Maserati Mc12

Maserati Mc12

Présentée en 2004, la Maserati MC12 est une supercar à moteur central conçue avec un objectif très particulier : permettre à Maserati de revenir au plus haut niveau des compétitions GT. Sa version routière, produite à seulement 50 exemplaires, est ainsi indissociable de la MC12 de course. Avec son V12 atmosphérique de 5 998 cm³ développant 630 ch, sa structure en carbone et sa carrosserie longue de plus de 5,14 m, elle occupe une place à part dans l’histoire moderne du constructeur italien.

Une supercar créée pour ramener Maserati en compétition

Au début des années 2000, Maserati dispose d’une gamme routière notamment articulée autour de la Maserati Coupé, mais nourrit aussi l’ambition de retrouver les grandes compétitions internationales. La marque possède un immense passé sportif, tout en étant absente depuis longtemps des catégories dans lesquelles elle avait autrefois construit sa réputation. La MC12 naît précisément de cette volonté de retour.

Le programme est initialement développé sous l’appellation MCC, pour Maserati Corse Competizione. Giorgio Ascanelli en assure la direction technique, tandis qu’Andrea Bertolini participe activement au développement et aux essais. Les premiers roulages du projet de compétition ont lieu à Fiorano au début de 2004. Pour satisfaire les exigences d’homologation en GT, Maserati développe parallèlement une déclinaison utilisable sur route.

La MC12 est dévoilée au Salon de Genève en mars 2004. Son nom associe directement Maserati Corse à son moteur douze cylindres. Sa raison d’être explique une conception beaucoup plus proche d’une machine destinée à l’homologation que d’une traditionnelle GT de grand tourisme. Maserati avait déjà exploré une philosophie tournée vers la compétition avec la Maserati Barchetta des années 1990, mais la MC12 porte cette ambition à un tout autre niveau.

La parenté technique avec la Ferrari Enzo est fondamentale. Les deux voitures partagent une architecture et une base technologique étroitement liées, mais la MC12 ne se résume pas à une Enzo portant une autre carrosserie. Maserati développe une aérodynamique spécifique, modifie les réglages et donne à sa voiture des proportions radicalement différentes afin de répondre aux exigences du programme GT.

Une architecture issue de la Ferrari Enzo, profondément adaptée

La structure repose sur une monocoque faisant largement appel à la fibre de carbone et au nid d’abeille Nomex, complétée par des structures auxiliaires en aluminium. Le V12 atmosphérique est installé longitudinalement en position centrale arrière. D’une cylindrée de 5 998 cm³, ce moteur à 65 degrés, doté de 48 soupapes et d’un carter sec, délivre 630 ch à 7 500 tr/min et 652 Nm à 5 500 tr/min.

La transmission aux seules roues arrière passe par une boîte robotisée Cambiocorsa à six rapports commandée par palettes. Il s’agit d’une boîte mécanique à commande électrohydraulique, et non d’une boîte automatique conventionnelle. La disposition mécanique favorise également la répartition des masses, avec environ 41 % sur l’avant et 59 % sur l’arrière.

Les suspensions à doubles triangles utilisent une architecture à poussoirs. Un système permet de relever l’avant afin de franchir plus facilement rampes et ralentisseurs, équipement particulièrement utile sur une voiture aussi basse. Le freinage Brembo repose sur de grands disques ventilés et perforés, associés à des étriers à six pistons à l’avant et quatre pistons à l’arrière.

Les performances placent naturellement la MC12 parmi les voitures routières les plus rapides de son époque. Maserati annonce 3,8 s pour passer de 0 à 100 km/h, moins de 10 s pour atteindre 200 km/h et une vitesse maximale d’environ 330 km/h. Ces chiffres résultent autant des 630 ch que de la masse contenue et du travail aérodynamique particulièrement poussé.

Fiche technique de la Maserati Mc12

CaractéristiqueMaserati MC12 Stradale
Production2004 à 2005
TypeSupercar biplace à moteur central arrière
StructureMonocoque en fibre de carbone et nid d’abeille Nomex
MoteurV12 atmosphérique à 65 degrés, 48 soupapes
Cylindrée5 998 cm³
LubrificationCarter sec
Puissance maximale630 ch à 7 500 tr/min
Couple maximal652 Nm à 5 500 tr/min
ImplantationLongitudinale centrale arrière
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesCambiocorsa robotisée à 6 rapports
EmbrayageBidisque à sec
SuspensionsDoubles triangles avec architecture à poussoirs
DirectionCrémaillère assistée
Freins avantDisques ventilés et perforés de 380 x 34 mm, étriers 6 pistons
Freins arrièreDisques ventilés et perforés de 335 x 32 mm, étriers 4 pistons
Jantes19 pouces, 9J avant et 13J arrière
Pneus avant245/35 ZR19
Pneus arrière345/35 ZR19
Longueur5 143 mm
Largeur2 096 mm
Hauteur1 205 mm
Empattement2 800 mm
Porte-à-faux avant1 248 mm
Porte-à-faux arrière1 095 mm
Poids1 335 kg selon Maserati
Répartition des masses41 % avant, 59 % arrière
0 à 100 km/h3,8 s
0 à 200 km/hmoins de 10 s
Vitesse maximaleenviron 330 km/h

Un dessin dicté par l’aérodynamique

La MC12 impressionne moins par une accumulation d’éléments décoratifs que par ses proportions. Avec 5 143 mm de longueur pour seulement 1 205 mm de hauteur, elle est exceptionnellement longue et basse. La cabine paraît avancée, tandis que l’arrière s’étire très loin derrière le moteur. Un grand aileron fixe domine une poupe dont la forme répond directement aux besoins aérodynamiques du programme de compétition.

La genèse du dessin mérite d’être nuancée. Les documents de présentation de l’époque évoquent une idée initiale de Giorgetto Giugiaro, développée en soufflerie par Maserati avec une contribution importante de Frank Stephenson, alors responsable du concept design au sein du groupe Ferrari-Maserati. Maserati rattache également le modèle à son Centro Stile. Il serait donc réducteur d’attribuer l’ensemble de la carrosserie à un seul designer.

La prise d’air installée sur le toit, les multiples ouvertures de refroidissement, l’immense partie arrière et le travail du soubassement donnent immédiatement à la MC12 une allure de voiture de course adaptée à la route. Le panneau de toit rigide est amovible, particularité qui accentue encore son caractère atypique.

La combinaison blanc et bleu devenue emblématique fait référence au passé sportif de Maserati. Elle rappelle notamment les voitures engagées par l’équipe américaine Camoradi au tournant des années 1960, dont la célèbre Maserati Tipo 61 Birdcage. Cette livrée établit ainsi un lien visuel volontaire entre le retour en GT et l’âge d’or de la compétition Maserati.

50 exemplaires routiers pour homologuer une GT1

La rareté de la MC12 Stradale est directement liée à sa fonction. Maserati en produit 50 exemplaires, répartis en deux séries de 25 voitures en 2004 et 2005. Le tarif annoncé au lancement se situait autour de 600 000 euros hors taxes, ce qui la plaçait déjà parmi les automobiles neuves les plus exclusives de son époque.

La Stradale ne doit pas être confondue avec les voitures de compétition. La MC12 GT1 possède les équipements et réglages imposés par la course et par sa réglementation. Après cette dernière apparaît également la Maserati MC12 Corsa, version réservée à la piste dérivée du programme de compétition. Dépourvue d’homologation routière, celle-ci développe 755 ch et appartient à une série encore plus limitée.

Cette production minuscule a rapidement donné à la Stradale un statut de voiture de collection majeure. Un exemplaire de 2005 a atteint 5,2 millions de dollars lors d’une vente aux enchères en 2025, transaction présentée par Maserati comme un record pour une MC12 Stradale. Ce résultat reste celui d’une vente particulière et ne constitue pas à lui seul une cote générale pour les 50 voitures.

La MC12 GT1 et le retour victorieux de Maserati

La véritable justification du projet apparaît sur les circuits. La MC12 de compétition débute en FIA GT à Imola en septembre 2004. Elle obtient immédiatement les deuxième et troisième places. Dès l’épreuve suivante à Oschersleben, Andrea Bertolini et Mika Salo lui offrent sa première victoire. Une autre victoire suit à Zhuhai avant la fin de cette première campagne partielle.

À partir de 2005, le programme prend toute son ampleur. Maserati remporte la Coupe des constructeurs GT1 et Vitaphone Racing s’impose au classement des équipes. La MC12 devient ensuite l’une des références de la catégorie. Sur six saisons, le programme accumule cinq titres pilotes et six titres équipes, jusqu’au titre mondial FIA GT1 obtenu en 2010 par Andrea Bertolini et Michael Bartels avec Vitaphone.

Son palmarès ne comprend toutefois pas les 24 Heures du Mans. Les particularités de son homologation et les règlements appliqués par l’ACO empêchent la MC12 de mener une campagne classique dans cette épreuve, malgré sa conception de GT d’endurance. Cette absence explique pourquoi son immense réussite sportive est principalement associée au FIA GT et aux championnats qui lui ont succédé.

De la MC12 aux supercars Maserati modernes

La MC12 n’a pas reçu de successeur direct à la fin de sa production. Maserati est revenue beaucoup plus tard à l’architecture de la supercar à moteur central avec la Maserati MC20, présentée en 2020. Les deux voitures diffèrent profondément par leur conception et leur époque, mais partagent la volonté d’utiliser une automobile spectaculaire comme vitrine technologique de la marque.

Le parallèle s’étend à la compétition avec la Maserati MC20 GT2, qui marque un nouveau retour du Trident dans les courses de Grand Tourisme. Contrairement au programme MC12, la MC20 n’a cependant pas été créée essentiellement pour satisfaire une homologation GT : la relation entre voiture routière et voiture de course obéit à une logique différente.

Maserati a également renoué avec le principe d’une machine extrême réservée au circuit grâce à la Maserati MCXtrema. Cette filiation de philosophie rappelle davantage la MC12 Corsa : une production très limitée, aucune nécessité de compromis pour une homologation routière et une conception destinée à exploiter les performances sur piste.