Maserati Barchetta

Maserati Barchetta

La Maserati Barchetta apparaît au début des années 1990 comme une proposition singulière dans l’histoire récente de la marque. Produite à seulement 17 exemplaires selon Maserati, cette biplace ouverte à moteur central est conçue avant tout pour le Grantrofeo Monomarca Barchetta Maserati, un championnat destiné à remettre le Trident en piste dans une formule monotype. Sa production débute en 1992, même si sa présentation à la presse remonte à la fin de 1991.

Avec sa carrosserie extrêmement basse, son châssis léger, son V6 2,0 litres biturbo et ses 775 kg annoncés, elle tranche avec les coupés et berlines dérivés de la famille Biturbo qui constituent alors l’essentiel de la gamme. La Barchetta ne cherche pas à devenir une nouvelle GT Maserati. Elle est développée comme une véritable voiture de course, avec une version routière seulement envisagée au cours du programme.

Une Maserati créée pour retourner en compétition

Au début des années 1990, Maserati évolue toujours sous l’influence d’Alejandro de Tomaso. L’idée de la Barchetta consiste à renouer avec une facette sportive de la marque devenue beaucoup moins visible depuis les grandes voitures de compétition des décennies précédentes. Le choix d’une barquette légère rappelle, dans son principe davantage que dans sa conception, des machines historiques comme la Maserati A6GCS.

Le projet est toutefois entièrement contemporain. La Barchetta, désignée Tipo THB CMM par Maserati, reçoit une architecture à moteur central arrière et une structure spécifique. Son dessin est confié à Carlo Gaino et à Synthesis Design. Très basse et dépourvue de véritable pare-brise dans sa configuration de course, elle adopte des volumes dictés par l’aérodynamique, le refroidissement et la recherche de légèreté.

Sa conception bénéficie aussi des travaux réalisés autour du projet Chubasco, un prototype Maserati qui n’atteindra jamais la production. Le principe d’une poutre centrale en aluminium associée à des structures composites est repris pour la Barchetta. Cette recherche d’une architecture légère fait écho à une tradition ancienne chez Maserati, illustrée de façon très différente par la célèbre Maserati Tipo 61 Birdcage.

La Barchetta est donc bien davantage qu’une sportive routière allégée. Son châssis, sa position de conduite, ses suspensions et son enveloppe aérodynamique sont développés autour de la piste. La carrosserie en matériaux composites et fibre de carbone contribue à contenir la masse, tandis que certaines parties sont démontables afin de faciliter les interventions mécaniques.

Un V6 biturbo de 315 ch pour seulement 775 kg

Le moteur reste pourtant lié à la production Maserati de l’époque. Installé longitudinalement en position centrale arrière, le V6 à 90 degrés de 1 996 cm3 possède 24 soupapes, deux arbres à cames en tête et deux turbocompresseurs. Maserati annonce 315 ch à 7 250 tr/min. Cette mécanique appartient à la famille de V6 suralimentés développée autour de la Maserati Biturbo, mais elle prend ici place dans une architecture et un environnement radicalement différents.

Le choix d’une cylindrée de deux litres s’inscrit dans la longue exploitation de cette catégorie par le constructeur italien. À la même époque, la Maserati Racing montre elle aussi jusqu’où Maserati peut pousser son V6 biturbo sur un modèle à moteur avant. Dans la Barchetta, le rapport poids-puissance change d’échelle puisque les 315 ch doivent déplacer seulement 775 kg annoncés, soit environ 2,46 kg par cheval.

La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à six rapports. Les sources historiques divergent sur l’identité exacte de son fournisseur, raison pour laquelle la transmission à six rapports constitue la donnée la plus sûre à retenir. Maserati annonçait une vitesse maximale supérieure à 300 km/h. Les valeurs d’accélération publiées ultérieurement varient davantage et ne bénéficient pas de la même solidité documentaire.

Les trains roulants sont eux aussi conçus dans une logique de compétition. Les quatre roues sont indépendantes et les descriptions techniques font état de doubles triangles avec ressorts et amortisseurs montés à l’intérieur de la structure et commandés par biellettes. Maserati évoquait une géométrie inspirée de la Formule 1. L’ensemble contribue à distinguer profondément la Barchetta des Maserati routières contemporaines, y compris de la Maserati Ghibli II apparue dans la même période.

Fiche technique de la Maserati Barchetta

CaractéristiqueMaserati Barchetta
Code modèleTipo THB CMM
Production1992-1993
CarrosserieBarquette biplace ouverte en matériaux composites et fibre de carbone
ArchitectureMoteur central arrière longitudinal, propulsion
MoteurV6 essence à 90 degrés, biturbo, 24 soupapes
Cylindrée1 996 cm3
Puissance315 ch à 7 250 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à 6 rapports
ChâssisPoutre centrale en aluminium et structure composite en nid-d’abeilles
Suspensions4 roues indépendantes, doubles triangles, ressorts et amortisseurs intérieurs commandés par biellettes
LongueurEnviron 4 050 mm
LargeurEnviron 1 965 mm
HauteurEnviron 930 mm
EmpattementEnviron 2 600 mm
Poids annoncé775 kg
Rapport poids-puissanceEnviron 2,46 kg/ch
Vitesse maximale annoncéePlus de 300 km/h
Production totale17 exemplaires selon Maserati

Le Grantrofeo Maserati de 1992 et 1993

La raison d’être de la Barchetta est le Grantrofeo Monomarca Barchetta Maserati. La formule permet aux pilotes de courir avec des voitures techniquement identiques et donne à Maserati un championnat entièrement centré sur son nouveau prototype. Six courses sont organisées pendant la saison 1992, puis dix en 1993, principalement en Italie mais avec également des déplacements sur d’autres circuits européens.

La première saison est particulièrement associée au pilote danois John Nielsen, qui remporte les six courses du calendrier 1992 et le championnat. Le programme permet ainsi à Maserati de réapparaître en compétition dans un cadre contrôlé, sans engager les moyens nécessaires à un programme international de premier plan.

L’expérience reste brève. Après deux saisons et seize épreuves, le Grantrofeo disparaît. Le contexte industriel de Maserati change parallèlement avec l’entrée de Fiat dans le capital en 1993. La Barchetta n’engendre donc pas une nouvelle lignée immédiate de voitures de compétition à moteur central. Il faudra attendre la Maserati MC12, plus d’une décennie plus tard, pour voir le constructeur revenir avec une machine à moteur central étroitement associée à un véritable programme sportif international.

Barchetta Corsa et projet Stradale

L’une des principales sources de confusion autour du modèle concerne la Barchetta Stradale. Maserati a effectivement étudié une déclinaison destinée à la route. Elle se distinguait notamment par l’adaptation d’équipements nécessaires à un usage routier, dont des projecteurs, et par une présentation moins exclusivement tournée vers la compétition. Mais cette version n’est jamais devenue un modèle de série commercialisé par Maserati, les difficultés d’homologation ayant contribué à l’abandon du projet.

Il est donc trompeur de présenter la Stradale comme une gamme routière produite parallèlement à la Corsa pendant plusieurs années. Des Barchetta de compétition ont par ailleurs été modifiées ou adaptées ultérieurement pour pouvoir circuler sur route, ce qui entretient la confusion entre projet Stradale d’origine et conversions postérieures.

Cette frontière entre voiture de compétition et machine réservée à une clientèle privée connaîtra plus tard une autre interprétation avec la Maserati MC12 Corsa. Dans le cas de la Barchetta, toutefois, le programme initial reste indissociable du championnat monotype pour lequel la voiture avait été conçue.

Une production de seulement 17 exemplaires

Maserati indique une production totale de 17 Barchetta. La répartition exacte de ce nombre fait l’objet de descriptions différentes dans les archives et catalogues consacrés au modèle. Certaines documentations évoquent quinze voitures auxquelles s’ajoutent deux prototypes, tandis que d’autres répartitions distinguent différemment voitures de course et exemplaires liés au projet Stradale. Le total officiel de 17 constitue donc la référence la plus solide sans attribuer artificiellement chaque châssis à une catégorie.

Cette production extrêmement limitée explique la faible présence du modèle sur le marché. Un exemplaire documenté par RM Sotheby’s, châssis THB CMM LLF et passé notamment par la collection du pilote Thomas Bscher, a été proposé aux enchères en 2018 avec une estimation comprise entre 225 000 et 250 000 livres sterling, sans trouver preneur. Cette estimation ponctuelle ne constitue pas une cote générale, mais elle illustre le statut très particulier d’une Maserati dont les transactions publiques restent rares.

Un dessin impossible à confondre avec les Maserati de son époque

La Barchetta ne mesure qu’environ 93 cm de haut. Le conducteur et son passager prennent place dans un cockpit ouvert, derrière de petits saute-vent, au milieu d’une carrosserie très large et plaquée au sol. Les ailes enveloppantes, le museau bas et la partie arrière massive répondent à des impératifs fonctionnels plutôt qu’à la recherche du confort d’une GT. L’absence de toit et de pare-brise conventionnel sur la voiture de course renforce encore cette silhouette spectaculaire.

Elle ne doit surtout pas être confondue avec le Maserati Chubasco. Ce dernier était un projet de supercar fermée dessiné par Marcello Gandini et motorisé par un V8, alors que la Barchetta est une biplace ouverte de compétition dessinée par Carlo Gaino et propulsée par un V6 biturbo. Leur lien réside essentiellement dans certains travaux de développement du châssis.

La conception de la Barchetta aura néanmoins une descendance extérieure à Maserati. Carlo Gaino travaille ensuite sur la De Tomaso Guarà, présentée en 1993, qui reprend et adapte le principe structurel développé pour la Barchetta afin de créer une sportive destinée à la route. Cette filiation technique constitue le prolongement le plus direct d’un programme Maserati resté limité à quelques dizaines de courses et à seulement 17 voitures.