Maserati Merak

Maserati Merak

Présentée en 1972, la Maserati Merak est une sportive à moteur central conçue pour compléter la Bora avec une mécanique plus compacte et un habitacle 2+2. Sous sa carrosserie dessinée par Giorgetto Giugiaro, elle associe une architecture de GT italienne à un V6 étroitement lié au programme Citroën SM. Cette combinaison en fait l’une des Maserati les plus représentatives de la période durant laquelle le constructeur de Modène appartient à Citroën.

La Merak porte le type usine AM122. Dans sa configuration initiale, elle reçoit un V6 atmosphérique de 2 965 cm3 développant 190 ch. Elle ne doit donc pas être confondue avec la Merak SS apparue ensuite avec 220 ch, ni avec la Merak 2000 à moteur deux litres. Ces versions conservent la même silhouette générale mais correspondent à des évolutions techniques distinctes.

Une sportive plus accessible dérivée de la Bora

Au début des années 1970, Maserati dispose avec la Maserati Bora d’une GT à moteur central équipée d’un V8. La Merak reprend une grande partie de son architecture et de son dessin, mais répond à un cahier des charges différent. Son moteur plus compact permet d’aménager deux petites places derrière les sièges avant et de proposer une voiture moins coûteuse à produire et à commercialiser.

Le projet est lancé alors que Maserati est sous le contrôle de Citroën. Cette situation explique une partie importante de la conception de la Merak, notamment son V6 et plusieurs équipements hydrauliques. Sa présentation intervient au Salon de Paris en 1972. Il serait donc inexact de considérer sa création comme une réponse à la crise pétrolière de 1973, même si la hausse ultérieure du prix des carburants rendra son moteur de trois litres plus cohérent que les gros V8 de certaines GT contemporaines.

Dans l’histoire de la gamme, la Merak marque aussi une rupture avec les grandes GT à moteur avant comme la Maserati Ghibli. Maserati cherche alors à occuper le marché des sportives à moteur central de cylindrée intermédiaire, avec une voiture capable de conserver une certaine polyvalence grâce à sa disposition 2+2.

Le V6 Maserati-Citroën au coeur de la Merak

La mécanique constitue l’une des particularités majeures de la Merak. Son V6 à 90 degrés appartient à la famille de moteurs développée par Maserati sous la direction technique de Giulio Alfieri pour la Citroën SM. Pour la Merak, la cylindrée atteint 2 965 cm3 grâce à un alésage de 91,6 mm et une course de 75 mm. L’alimentation repose sur trois carburateurs Weber double corps.

Dans la Merak originelle, ce V6 atmosphérique développe 190 ch à 6 000 tr/min. Il est installé longitudinalement derrière l’habitacle et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à cinq rapports. Le moteur plus court que le V8 de la Bora libère suffisamment d’espace pour installer deux places d’appoint à l’arrière, caractéristique qui distingue immédiatement la philosophie des deux modèles.

La parenté avec Citroën dépasse le moteur. Les premières Merak utilisent notamment un système de freinage hydraulique à haute pression issu de la technologie Citroën, ainsi que plusieurs commandes et éléments d’habitacle. Sur certaines voitures à conduite à gauche, le volant monobranche et la présentation du tableau de bord rendent cette filiation particulièrement visible. Ces caractéristiques évolueront progressivement au cours de la carrière du modèle, notamment après la fin de la période Citroën.

Fiche technique de la Maserati Merak

CaractéristiqueMaserati Merak AM122
Présentation1972
TypeCoupé 2+2 à moteur central
Architecture moteurV6 atmosphérique à 90 degrés
Cylindrée2 965 cm3
Alésage x course91,6 x 75 mm
DistributionDouble arbre à cames en tête, 2 soupapes par cylindre
Alimentation3 carburateurs Weber double corps 42 DCNF
Puissance190 ch à 6 000 tr/min
CoupleEnviron 255 Nm à 4 000 tr/min
ImplantationCentrale arrière longitudinale
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
StructurePlate-forme en acier dérivée de la Bora
SuspensionIndépendante aux quatre roues, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux
DirectionÀ crémaillère
FreinsDisques aux quatre roues, assistance hydraulique haute pression sur les premières versions
Pneus185/70 VR15 avant, 205/70 VR15 arrière
Longueur4 335 mm
Largeur1 768 mm
Hauteur1 134 mm
Empattement2 600 mm
Voie avantEnviron 1 474 mm
Voie arrièreEnviron 1 447 mm
Poids1 420 kg à sec selon Maserati
Vitesse maximale240 km/h annoncés
0 à 100 km/hEnviron 7,5 à 7,8 s selon les données publiées
RéservoirEnviron 85 litres

Un dessin de Giugiaro étroitement lié à la Bora

La carrosserie est dessinée par Giorgetto Giugiaro chez Italdesign. La parenté avec la Bora est volontairement forte, notamment à l’avant, mais la partie arrière donne à la Merak sa personnalité. Au lieu de la grande lunette et du volume arrière vitré de la Bora, elle reçoit une lunette presque verticale, un capot moteur horizontal et deux arcs-boutants ajourés qui prolongent visuellement le pavillon.

Ces arcs-boutants ne ferment pas le compartiment moteur comme le ferait une carrosserie fastback traditionnelle. Ils servent principalement à conserver une continuité graphique entre le toit et l’extrémité arrière tout en laissant le capot moteur apparent. Avec les phares escamotables, la faible hauteur de caisse et les lignes tendues, ils constituent l’un des moyens les plus simples d’identifier une Merak.

Le dessin appartient pleinement à la période géométrique de Giugiaro. Le Maserati Boomerang, concept contemporain également signé par le designer italien, pousse cette recherche formelle beaucoup plus loin, mais illustre le même goût pour les surfaces nettes, les profils très bas et les volumes fortement structurés.

Malgré sa silhouette de sportive à moteur central, la Merak conserve une vocation de grand tourisme. Les deux sièges arrière restent des places d’appoint, mais leur présence élargit son usage par rapport à la Bora. Cette combinaison entre moteur central et disposition 2+2 demeure l’un des traits les plus singuliers du modèle.

Merak SS et Merak 2000, deux évolutions à distinguer

La première Merak AM122 est produite au milieu des années 1970 avec son V6 trois litres de 190 ch. Maserati fait ensuite évoluer le modèle avec la Merak SS, présentée en 1975 et produite à partir de 1976. Toujours animée par un V6 de 2 965 cm3, elle porte la puissance à 220 ch à 6 500 tr/min et bénéficie d’un travail d’allègement. Une prise d’air sur le capot avant fait partie de ses signes distinctifs les plus visibles.

Une autre déclinaison apparaît pour répondre au contexte fiscal italien. La Merak 2000, également appelée 2000 GT, reçoit un V6 ramené à 1 999 cm3 afin de rester sous le seuil des deux litres fortement taxé en Italie. Cette version, type AM122/D, se reconnaît notamment à certains détails de présentation, dont une bande noire extérieure. Elle ne doit pas être utilisée comme référence technique pour décrire la Merak de 1972.

La voiture continue également d’évoluer après le passage de Maserati sous le contrôle d’Alejandro de Tomaso. À la fin des années 1970, les modifications apportées aux Merak tardives réduisent progressivement la présence des composants Citroën, notamment avec l’abandon du système de freinage hydraulique haute pression sur les évolutions concernées.

Production et transition vers la Maserati des années 1980

Les volumes exacts des différentes Merak font l’objet de divergences documentaires. Maserati indique aujourd’hui 830 exemplaires pour la Merak AM122 originelle, 787 Merak SS et 200 Merak 2000, tout en évoquant environ 1 830 Merak toutes versions confondues. D’autres décomptes historiques attribuent 630 voitures à la première version et environ 1 000 à la SS. Le total d’environ 1 830 exemplaires constitue donc un ordre de grandeur plus consensuel que la répartition précise entre variantes.

La carrière de la famille Merak s’étend jusqu’au début des années 1980. Le registre spécialisé du modèle situe la fin officielle de la production en décembre 1982, avec quelques voitures achevées ou enregistrées en 1983. Cette longévité est remarquable pour une automobile née sous la direction de Citroën et ayant poursuivi sa carrière après les profonds changements de propriété et de stratégie intervenus chez Maserati.

À cette époque, la marque abandonne progressivement le principe d’une petite GT exotique dérivée d’une supercar à moteur central. La Maserati Biturbo, lancée en 1981, matérialise une stratégie différente fondée sur une production plus importante, un moteur V6 suralimenté et une architecture plus conventionnelle. Elle n’est donc pas le successeur technique direct de la Merak, mais représente le nouveau chapitre commercial qui accompagne la disparition de celle-ci.

Une place particulière parmi les Maserati à moteur central

La Merak occupe une position inhabituelle dans l’histoire routière de Maserati. Elle associe une carrosserie issue d’une GT à V8, un V6 né de la coopération franco-italienne et des solutions hydrauliques Citroën, tout en offrant quatre places théoriques dans une architecture à moteur central. Cette combinaison est étroitement liée à une période précise de l’histoire industrielle de la marque et ne sera pas reconduite sous cette forme.

Elle témoigne aussi d’une tentative de rendre la formule de la sportive à moteur central plus polyvalente sans renoncer aux performances d’une véritable GT. Avec 190 ch dans sa première configuration et une vitesse annoncée de 240 km/h, la Merak s’inscrit dans le marché des sportives européennes de haut niveau des années 1970 sans chercher à reproduire exactement le positionnement plus prestigieux et plus puissant de la Bora.

Maserati reviendra bien plus tard à une sportive routière à moteur central avec la Maserati MC20, mais dans un contexte technique sans rapport avec celui des années 1970. La Merak reste ainsi étroitement associée à l’époque où les savoir-faire de Maserati, le dessin italien de Giugiaro et les technologies issues de Citroën se sont retrouvés réunis dans une même automobile.