Présentée en 1976 puis réellement commercialisée à la fin de la décennie, la Maserati Quattroporte III incarne le retour de la marque à une grande berline de prestige conçue autour de solutions mécaniques traditionnelles. Son V8 est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière, une architecture qui tranche avec celle de la Maserati Quattroporte II, développée durant la période Citroën avec traction avant et forte influence technique française. Sous la direction d’Alejandro De Tomaso, Maserati revient ainsi à une formule plus conforme à son identité historique.
Connue sous le code Tipo AM330, cette troisième génération se distingue également par son dessin signé Giorgetto Giugiaro. Anguleuse, imposante et luxueuse, elle associe les performances d’un V8 Maserati à un habitacle conçu pour quatre ou cinq occupants dans un niveau de confort digne des grandes berlines européennes de son époque. Produite à un peu plus de 2 100 exemplaires en comptant la très exclusive Royale, elle reste l’une des Quattroporte les plus singulières.
Une nouvelle Quattroporte pour l’ère De Tomaso
L’histoire du modèle est indissociable de la situation de Maserati au milieu des années 1970. Après la période Citroën, Alejandro De Tomaso prend le contrôle de la firme en 1975. La priorité est alors de reconstruire une gamme susceptible de préserver le prestige de Maserati tout en abandonnant certaines orientations techniques prises sous son ancien propriétaire. La grande berline constitue un symbole particulièrement important de cette rupture.
La formule choisie renoue en partie avec celle de la première Maserati Quattroporte des années 1960 : un moteur puissant placé à l’avant, une transmission aux roues arrière et une carrosserie quatre portes capable d’associer performances et grand luxe. La Quattroporte III n’est toutefois pas une réinterprétation nostalgique. Sa conception, son gabarit et son esthétique appartiennent pleinement à la seconde moitié des années 1970.
Giorgetto Giugiaro et Italdesign jouent un rôle déterminant dans cette identité. Les concepts Maserati Medici I de 1974 et surtout Medici II de 1976 avaient déjà exploré l’idée d’une grande automobile aux volumes géométriques, aux surfaces tendues et à l’habitacle spacieux. La future Quattroporte transpose cette recherche stylistique vers une berline destinée à la production.
Une voiture de présérie est montrée en novembre 1976 à Turin, mais cette date ne doit pas être confondue avec celle de sa véritable arrivée sur le marché. Le développement se prolonge et la commercialisation intervient essentiellement à partir de 1979. Cette chronologie explique pourquoi le modèle est parfois présenté comme une Quattroporte de 1976 et parfois comme une génération 1979-1990.
Le style Giugiaro au service d’une grande berline
La Quattroporte III rompt visuellement avec les courbes des Maserati des décennies précédentes. Sa carrosserie mesure environ 4,91 m de long pour 1,89 m de large, avec un empattement de 2,80 m. Le capot presque horizontal, la ceinture de caisse rectiligne, le coffre nettement séparé et les surfaces vitrées généreuses composent une silhouette massive sans recourir aux artifices d’une limousine traditionnelle.
La face avant constitue l’un de ses signes distinctifs. Elle est haute et presque verticale, avec une calandre rectangulaire portant le Trident et des blocs optiques eux-mêmes très géométriques. Les flancs sont tendus et peu décorés, tandis que l’arrière reprend la même logique de lignes droites. Cette architecture visuelle permet de reconnaître immédiatement la Quattroporte III parmi les grandes berlines de prestige de son époque.
L’habitacle poursuit une autre tradition Maserati. Cuir, boiseries, instrumentation analogique et équipement généreux cherchent moins le dépouillement sportif que le luxe artisanal. La masse élevée de la voiture, qui varie sensiblement suivant la configuration et la méthode de mesure, reflète ce positionnement. La Quattroporte III n’est pas une berline sportive légère : elle mise sur la réserve de puissance de son V8 et sur une conception de grand tourisme adaptée aux longs parcours.
Un V8 Maserati et le retour à la propulsion
La gamme repose sur le V8 Maserati à 90 degrés, doté de quatre arbres à cames en tête et alimenté par quatre carburateurs double corps. Deux cylindrées principales sont proposées. Le 4,2 litres développe officiellement 255 ch à 6 000 tr/min, tandis que le 4,9 litres atteint 280 ch à 5 600 tr/min. Ce dernier devient de très loin le moteur le plus diffusé.
Cette mécanique inscrit la Quattroporte III dans le renouveau de Maserati sous De Tomaso. Des composants mécaniques sont apparentés à ceux de la Maserati Kyalami, autre modèle important de cette période. La grande berline possède néanmoins sa propre vocation : transporter plusieurs passagers dans un confort élevé tout en conservant le caractère et les performances attendus d’une Maserati.
Une boîte manuelle ZF à cinq rapports est proposée, aux côtés d’une transmission automatique à trois rapports particulièrement adaptée au positionnement de la voiture. La propulsion est associée à des suspensions indépendantes aux quatre roues, une direction assistée et quatre freins à disque. En 1984 apparaît également un différentiel Sensitork de type Gleason destiné à améliorer la gestion du couple transmis aux roues arrière.
La vitesse maximale annoncée atteint 215 km/h avec le V8 4,2 litres et 220 km/h avec le 4,9 litres. Les performances d’accélération publiées à l’époque et dans les documentations ultérieures varient davantage selon le moteur, la transmission et les conditions de mesure. La vitesse de pointe constitue donc un indicateur plus homogène pour comparer les versions.
Fiche technique de la Maserati Quattroporte Iii
| Caractéristique | Quattroporte III 4.2 | Quattroporte III 4.9 |
|---|---|---|
| Code type | AM330 | AM330/49 |
| Architecture moteur | V8 à 90 degrés, 4 arbres à cames en tête, 16 soupapes | V8 à 90 degrés, 4 arbres à cames en tête, 16 soupapes |
| Cylindrée | 4 136 cm3 | 4 930 cm3 |
| Alimentation | 4 carburateurs double corps | 4 carburateurs double corps |
| Puissance | 255 ch à 6 000 tr/min | 280 ch à 5 600 tr/min |
| Implantation | Longitudinale avant | Longitudinale avant |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîtes | Manuelle ZF 5 rapports ou automatique 3 rapports | Manuelle ZF 5 rapports ou automatique 3 rapports |
| Suspensions | Indépendantes aux quatre roues, ressorts hélicoïdaux | Indépendantes aux quatre roues, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | À crémaillère assistée | À crémaillère assistée |
| Freins | Disques aux quatre roues | Disques aux quatre roues |
| Pneumatiques documentés | 225/70 VR15 | 225/70 VR15 |
| Longueur | Environ 4 910 mm | Environ 4 910 mm |
| Largeur | Environ 1 890 mm | Environ 1 890 mm |
| Hauteur | Environ 1 385 mm | Environ 1 385 mm |
| Empattement | 2 800 mm | 2 800 mm |
| Poids en ordre de marche | Environ 1 780 à 1 975 kg selon version et configuration | |
| Vitesse maximale | 215 km/h | 220 km/h |
| Capacité du réservoir | Environ 100 litres | |
Une production dominée par la Quattroporte 4.9
La diffusion reste limitée au regard des grandes berlines allemandes ou britanniques contemporaines. Les données historiques de Maserati établissent la production à 69 exemplaires pour la Quattroporte 4.2 et 2 025 pour la 4.9. L’écart illustre clairement le rôle de cette dernière comme version centrale de la carrière commerciale.
En France, c’est d’ailleurs la 4.9 qui représente véritablement le modèle. À son arrivée sur le marché français, son tarif est documenté à 289 500 francs avec la boîte manuelle ZF et 278 000 francs avec la transmission automatique Chrysler. Un tel positionnement place la Maserati parmi les automobiles les plus coûteuses de son segment et explique en partie sa faible diffusion.
Au début des années 1980, la gamme Maserati change profondément avec l’arrivée de la Maserati Biturbo. Plus compacte et pensée pour élargir la clientèle de la marque, celle-ci ne remplace pas directement la Quattroporte III. La grande AM330 conserve son rôle de modèle statutaire, créant pendant plusieurs années une gamme où coexistent deux philosophies très différentes.
La production totale fait l’objet de quelques divergences dans la littérature, mais les chiffres actuellement publiés par Maserati donnent 2 145 voitures en incluant 51 Royale. Cette donnée officielle permet de mesurer la rareté de la génération sans exagérer son exclusivité : la Quattroporte III demeure une automobile construite en petite série, mais sa version 4.9 n’est pas un prototype ou une fabrication à quelques dizaines d’unités.
La Royale, ultime évolution de la Quattroporte III
La dernière évolution prend le nom de Royale. Produite de 1987 à 1990 selon la chronologie officielle Maserati, elle ne constitue pas une quatrième génération de Quattroporte. Elle reste fondamentalement une AM330, mais reçoit une présentation plus exclusive, un équipement enrichi et une évolution du V8 de 4 930 cm3.
La puissance atteint alors 300 ch à 5 800 tr/min et la vitesse maximale annoncée progresse à 230 km/h. Avec seulement 51 exemplaires indiqués par Maserati, la Royale est nettement plus rare que la Quattroporte III 4.9 standard. Elle représente l’aboutissement du concept imaginé dans les années 1970 : une très grande berline italienne à moteur V8, encore construite selon une logique de petite série alors que le reste de la gamme Maserati s’est profondément transformé.
La fin de la Royale en 1990 clôt la carrière de cette architecture. Il faut attendre 1994 pour que la Maserati Quattroporte IV fasse réapparaître le nom sur une berline entièrement différente, plus compacte et issue de l’univers technique développé autour des Biturbo. La Quattroporte III demeure ainsi la dernière représentante de la grande berline Maserati traditionnelle à V8 atmosphérique avant cette longue interruption.




