Mazda Cosmo

Mazda Cosmo

La Mazda Cosmo apparaît en 1967 comme la première automobile de série de Mazda équipée d’un moteur rotatif. Ce coupé deux places, connu au Japon sous le nom Mazda Cosmo Sport et sur certains marchés d’exportation comme 110S, ne constitue pas simplement une nouvelle sportive dans la gamme. Il matérialise plusieurs années de développement consacrées à rendre le moteur Wankel suffisamment fiable pour une utilisation routière et une production commerciale.

La première Cosmo est produite jusqu’en 1972 sous deux formes principales, L10A puis L10B. Son nom sera ensuite réutilisé par Mazda sur des automobiles très différentes. Cette distinction est essentielle : la Cosmo de 1967 est un petit coupé sportif à moteur rotatif, tandis que les générations suivantes évoluent progressivement vers des coupés plus grands et plus luxueux.

Une vitrine pour le moteur rotatif Mazda

Mazda commence à travailler sur le moteur rotatif au début des années 1960. La technologie séduit par sa compacité, son faible nombre de pièces mobiles et son fonctionnement particulièrement régulier, mais elle pose alors de sérieux problèmes de durabilité. L’usure des chambres au passage des joints d’apex constitue notamment un obstacle majeur à son industrialisation. Sous l’impulsion d’une équipe d’ingénieurs associée à Kenichi Yamamoto, Mazda développe ses propres solutions, notamment de nouveaux joints destinés à améliorer l’étanchéité et la longévité du moteur.

La Cosmo devient la vitrine de ce programme. Un prototype est montré dès 1963, avant une présentation plus formelle au Tokyo Motor Show de 1964. Les années suivantes sont consacrées aux essais et à la mise au point. Mazda indique que son programme d’essais cumule environ 700 000 km avant la commercialisation. Le lancement intervient finalement le 30 mai 1967 au Japon.

Ce choix d’une sportive spécifique plutôt que d’une berline existante permet aussi de valoriser les avantages du moteur rotatif. Très compact, le 10A contribue à abaisser le capot et à donner à la Cosmo une silhouette inhabituelle. La voiture devient ainsi à la fois un démonstrateur mécanique et une vitrine du savoir-faire de Toyo Kogyo, alors raison sociale du constructeur Mazda.

Deux séries, L10A et L10B

La première version commerciale, identifiée L10A, utilise un moteur 10A composé de deux rotors de 491 cm3 chacun. Il développe 110 PS à 7 000 tr/min et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports. Avec 940 kg et seulement 1 165 mm de hauteur, la Cosmo privilégie une architecture compacte et légère. Mazda annonce alors 185 km/h et un 400 mètres départ arrêté en 16,3 secondes.

En 1968 apparaît la L10B, parfois appelée Series II. Il ne s’agit pas d’une simple retouche esthétique. L’empattement passe d’environ 2 200 à 2 350 mm, la boîte adopte cinq rapports et le moteur évolue pour atteindre officiellement 128 PS. Mazda annonce désormais 200 km/h et 15,8 secondes sur 400 mètres départ arrêté. Des roues de 15 pouces et une assistance de freinage complètent notamment les modifications.

Les différences extérieures restent suffisamment discrètes pour que les deux séries soient régulièrement confondues. La L10B se reconnaît notamment à l’évolution de ses prises d’air avant et à ses proportions légèrement allongées. Cette distinction explique aussi pourquoi il est trompeur d’attribuer une puissance, un empattement ou une boîte de vitesses uniques à toutes les Cosmo produites entre 1967 et 1972.

Fiche technique de la Mazda Cosmo

CaractéristiqueL10AL10B
Période1967-19681968-1972
CarrosserieCoupé 2 portes, 2 placesCoupé 2 portes, 2 places
MoteurRotatif Mazda 10A, 2 rotorsRotatif Mazda 10A évolué, 2 rotors
Cylindrée géométrique2 x 491 cm3, soit 982 cm32 x 491 cm3, soit 982 cm3
AlimentationCarburateurCarburateur
Puissance110 PS à 7 000 tr/min128 PS
CoupleEnviron 130 Nm à 3 500 tr/minEnviron 140 Nm
ImplantationMoteur avant longitudinalMoteur avant longitudinal
TransmissionPropulsionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle 4 rapportsManuelle 5 rapports
StructureMonocoqueMonocoque
Suspension avantIndépendante à doubles triangles, ressorts hélicoïdauxIndépendante à doubles triangles, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreType De Dion, ressorts à lamesType De Dion, ressorts à lames
FreinsDisques avant, tambours arrièreDisques avant, tambours arrière avec assistance
Roues14 pouces15 pouces
Longueur4 140 mmEnviron 4 130 mm
Largeur1 595 mmEnviron 1 595 mm
Hauteur1 165 mmEnviron 1 165 mm
Empattement2 200 mmEnviron 2 350 mm
Poids940 kgEnviron 960 kg
Vitesse maximale annoncée185 km/h200 km/h
400 m départ arrêté16,3 s15,8 s

Un dessin immédiatement identifiable

La Cosmo tranche avec les autres Mazda du milieu des années 1960. Sa carrosserie très basse associe un long capot effilé à un habitacle compact et à un arrière aux lignes fuselées. Les projecteurs avant placés derrière des protections transparentes, le pare-brise fortement incliné et les feux arrière ronds participent à une esthétique futuriste cohérente avec le caractère expérimental de sa mécanique.

Le moteur rotatif joue directement sur ces proportions. Son encombrement réduit facilite l’adoption d’un capot particulièrement bas, tandis que l’architecture à moteur avant et propulsion conserve une disposition traditionnelle pour une sportive. Le châssis ne se limite toutefois pas à celui d’une berline Mazda habillée d’une carrosserie plus spectaculaire : la Cosmo est développée comme un modèle spécifique.

Sa suspension avant indépendante à doubles triangles est associée à un dispositif arrière de type De Dion. Les freins combinent disques avant et tambours arrière. L’ensemble traduit une conception destinée à une GT légère davantage qu’à une voiture de grande diffusion, ce que confirme son faible volume de fabrication.

Une production confidentielle et une épreuve de 84 heures

La Cosmo reste rare même lorsqu’elle est neuve. Mazda indique une production totale de 1 176 exemplaires. La ventilation généralement retenue est de 343 L10A et 833 L10B. Le chiffre de 1 519 voitures parfois rencontré résulte d’une confusion consistant à ajouter les 343 premières voitures au total de 1 176. Le prix japonais de lancement, 1 480 000 yens, place également le modèle très loin d’une automobile populaire.

Mazda cherche parallèlement à démontrer que son moteur rotatif n’est pas seulement performant. En 1968, deux Cosmo sont engagées au Marathon de la Route, une épreuve de 84 heures disputée sur le Nürburgring. L’une abandonne après environ 82 heures, tandis que l’autre termine quatrième au classement général après plus de 9 700 km. Pour un moteur dont la fiabilité avait constitué l’un des principaux défis de développement, ce résultat fournit au constructeur une démonstration particulièrement importante.

De la Cosmo aux grandes sportives rotatives Mazda

La Cosmo cesse d’être produite en 1972, mais son moteur ouvre une branche entière de l’histoire de Mazda. Dans les années 1970, le rotatif se diffuse sur des modèles plus accessibles, notamment la Mazda Rx-3, tandis que la RX-4 élargit encore cette offre. Le constructeur passe ainsi d’une technologie présentée sur un coupé presque expérimental à une famille complète d’automobiles rotatives.

Le nom Cosmo réapparaît lui-même en 1975 sur la Cosmo AP, beaucoup plus grande et davantage orientée vers le grand tourisme. Cette continuité nominale peut prêter à confusion : la Mazda Cosmo n’est donc pas une automobile restée presque inchangée pendant plusieurs décennies, mais une succession de modèles. La lignée atteint un nouveau sommet technologique en 1990 avec la Mazda Eunos Cosmo, proposée avec des moteurs rotatifs à deux ou trois rotors et positionnée comme un coupé de prestige.

Entre ces deux époques, le moteur rotatif trouve son expression sportive la plus durable dans la Mazda Rx-7, lancée en 1978 et développée sur trois générations. La RX-8 prolongera ensuite cette histoire au XXIe siècle avec une architecture à quatre portes antagonistes et une nouvelle génération de moteur Renesis.

Le rôle fondateur de la Cosmo

La place historique de la Cosmo tient moins à son volume de production qu’à ce qu’elle a rendu possible. Elle est la première Mazda commercialisée avec un moteur rotatif et la première sportive produite en série à utiliser un Wankel à deux rotors. Elle ne doit en revanche pas être présentée comme la première automobile Wankel de série de l’histoire, puisque la NSU Spider à rotor unique l’avait précédée.

La technologie inaugurée commercialement par la Cosmo restera associée à Mazda pendant plusieurs décennies, jusque dans des usages très différents de celui imaginé en 1967. Après les sportives RX, le principe réapparaît notamment sur le Mazda Mx-30 R-ev, où un moteur rotatif compact ne propulse plus directement les roues mais sert de générateur pour prolonger l’autonomie électrique. Cette application moderne exploite précisément l’une des qualités qui avait déjà façonné la silhouette de la Cosmo : la compacité particulière du moteur rotatif.