Mclaren M6gt

Mclaren M6gt

La McLaren M6GT est une voiture de sport britannique développée en 1969 sous l’impulsion de Bruce McLaren. Issue de l’univers de la compétition Can-Am, elle devait devenir une GT de route capable de rivaliser avec les voitures les plus rapides de son époque. Avec son moteur V8 Chevrolet en position centrale arrière, sa carrosserie extrêmement basse et son châssis de compétition, elle incarnait une ambition nouvelle pour le constructeur : proposer une automobile portant le nom McLaren, utilisable en dehors des circuits.

Le projet ne dépassa jamais le stade d’une poignée d’exemplaires. La mort de Bruce McLaren en juin 1970 mit fin à son développement commercial. Pourtant, la M6GT occupe une place essentielle dans l’histoire de la marque. Plus de vingt ans avant la McLaren F1, elle posait les premières bases d’une supercar routière conçue avec les méthodes et les technologies de la compétition.

Origines de la McLaren M6GT : du Can-Am à la voiture de route

L’histoire de la M6GT commence avec les succès sportifs de Bruce McLaren durant les années 1960. Pilote et ingénieur néo-zélandais, il fonde sa propre écurie en 1963 et développe progressivement des voitures capables de rivaliser avec les meilleurs constructeurs. En 1966, il remporte les 24 Heures du Mans aux côtés de Chris Amon sur une Ford GT40 Mk II, une expérience qui renforce son intérêt pour les grandes courses d’endurance.

En 1967, la McLaren M6A domine le championnat nord-américain Can-Am. Cette barquette de compétition, équipée d’un puissant V8 Chevrolet, associe un châssis léger, une aérodynamique efficace et une mécanique relativement simple. Bruce McLaren remporte le championnat, tandis que son coéquipier Denny Hulme contribue au succès de l’équipe.

Cette réussite inspire un nouveau programme. McLaren souhaite adapter l’architecture de ses prototypes Can-Am à une voiture fermée susceptible de participer aux compétitions internationales d’endurance. Le projet repose notamment sur la M6B, version destinée aux équipes clientes, dont la structure constitue une base intéressante pour développer une GT.

La nouvelle voiture reçoit une carrosserie de coupé en fibre de verre, avec un toit fixe et un habitacle fermé. Elle prend le nom de M6GT, pour McLaren M6 Grand Touring. Son développement doit permettre à la marque d’accéder aux courses de voitures de Grand Tourisme tout en préparant une éventuelle commercialisation routière.

Les règlements sportifs constituent cependant un obstacle majeur. L’homologation dans les catégories concernées exige la construction d’un nombre minimal de véhicules. Les documents historiques évoquent des seuils de 25 ou 50 exemplaires selon les périodes et les dispositions réglementaires. Pour une entreprise principalement engagée en Formule 1 et en Can-Am, une telle production représente un investissement considérable.

Le programme de compétition initial est progressivement abandonné, mais Bruce McLaren conserve son ambition de créer une voiture de route. Il décide de développer un exemplaire personnel destiné à démontrer qu’une automobile issue de la course peut devenir utilisable au quotidien.

Développement, prototypes et abandon du projet

La M6GT apparaît en 1969, avec une présentation du programme au London Racing Car Show en janvier. Le projet associe les équipes McLaren, le constructeur britannique Trojan, qui produit des châssis de compétition pour la marque, et l’entreprise Specialised Mouldings, chargée de réaliser les éléments de carrosserie en matériaux composites.

Les voitures construites ne possèdent pas toutes la même destination. Certaines sont conçues pour la compétition, tandis que l’exemplaire personnel de Bruce McLaren reçoit des adaptations permettant une circulation routière. Cette distinction explique une partie des différences observées dans les caractéristiques techniques et les descriptions historiques.

La voiture de Bruce McLaren, généralement identifiée sous la désignation M6GT-1 et immatriculée OBH 500H, possède une carrosserie rouge et un habitacle noir. Son moteur Chevrolet est adapté à un usage moins exclusivement sportif, tandis que les suspensions reçoivent des réglages plus souples. Des équipements de route et des garnitures intérieures complètent sa transformation.

Le développement se poursuit entre la fin de 1969 et le début de 1970. Bruce McLaren utilise personnellement sa voiture pour évaluer son comportement, sa fiabilité et les améliorations nécessaires. Le Bruce McLaren Trust rapporte qu’il parcourt environ 1 918 miles, soit un peu plus de 3 000 kilomètres, avec le prototype.

Cette utilisation réelle distingue la M6GT d’une simple étude de salon. Bruce McLaren cherche à mettre au point une automobile très performante, mais également suffisamment fonctionnelle pour les déplacements ordinaires. L’accès à bord, la visibilité, la chaleur dégagée par la mécanique et le confort de suspension font partie des difficultés à résoudre.

Le 2 juin 1970, Bruce McLaren trouve la mort à Goodwood lors des essais d’une McLaren M8D de Can-Am. Sa disparition bouleverse l’entreprise et interrompt les perspectives de développement de la M6GT. L’équipe concentre alors ses ressources sur ses engagements sportifs, sans engager la fabrication d’une voiture de route en série.

La M6GT demeure ainsi un projet inachevé sur le plan industriel. Elle n’est ni commercialisée dans un réseau de distribution ni produite suivant un programme de fabrication régulier. Son existence se limite aux exemplaires expérimentaux et aux voitures liées au programme de compétition.

Design et architecture : une GT directement inspirée de la course

La silhouette de la McLaren M6GT reprend les principes aérodynamiques des prototypes d’endurance de la fin des années 1960. Son avant très plongeant, son habitacle compact et sa partie arrière large composent une carrosserie particulièrement basse. Avec une hauteur publiée d’environ 1,02 mètre, elle se distingue nettement des voitures de Grand Tourisme traditionnelles.

La carrosserie en fibre de verre permet de limiter la masse tout en adoptant des formes complexes. Les ailes enveloppent de larges pneumatiques, tandis que les prises d’air assurent le refroidissement des organes mécaniques. Sur l’exemplaire routier de Bruce McLaren, les phares escamotables préservent la ligne du capot lorsqu’ils ne sont pas utilisés.

L’habitacle accueille deux occupants dans une position de conduite très basse. Les seuils de portes sont particulièrement larges, car ils participent à la structure du véhicule et abritent des éléments liés aux réservoirs de carburant. L’accès nécessite donc davantage de souplesse que dans une GT conventionnelle.

La structure centrale utilise une construction monocoque en alliage d’aluminium, héritée des techniques employées par McLaren en compétition. Des éléments métalliques et des panneaux assemblés assurent la rigidité de l’ensemble. Cette architecture légère permet de conserver un rapport poids-puissance particulièrement favorable.

Le moteur est installé longitudinalement derrière les sièges, devant l’essieu arrière. Cette disposition favorise la répartition des masses et la motricité, tout en libérant la partie avant de la voiture. Elle impose cependant un compartiment mécanique compact et une gestion rigoureuse du refroidissement.

Les suspensions indépendantes reprennent également les principes des voitures de course. À l’avant, des doubles triangles superposés guident les roues. À l’arrière, plusieurs bras de suspension contrôlent leurs mouvements. Les ressorts hélicoïdaux, les amortisseurs et les barres antiroulis permettent d’adapter les réglages à l’utilisation recherchée.

La M6GT conserve ainsi une personnalité très différente de celle d’une voiture de tourisme sportive. Le confort acoustique reste limité, le V8 demeure très présent dans l’habitacle et la position de conduite privilégie le contrôle du véhicule. L’objectif consiste avant tout à rendre exploitable sur route une architecture conçue pour les circuits.

Cette philosophie peut être rapprochée, avec plusieurs décennies d’écart, de celle de la McLaren GT présentée en 2019. Les deux modèles cherchent à associer performances et utilisation routière, mais la voiture moderne accorde une importance bien supérieure au confort, aux équipements et à la polyvalence.

Moteur Chevrolet V8 et performances de la M6GT

La McLaren M6GT routière est généralement décrite avec un V8 Chevrolet atmosphérique de 5,7 litres. Cette mécanique américaine s’inscrit dans la tradition des McLaren Can-Am, dont les moteurs de grosse cylindrée offrent une puissance élevée et une réponse immédiate à l’accélérateur.

Dans la configuration documentée pour la voiture personnelle de Bruce McLaren, le moteur développe environ 370 bhp, soit près de 375 chevaux métriques. Il est associé à une boîte-pont manuelle ZF à cinq rapports transmettant la puissance aux seules roues arrière.

La conception légère de la voiture constitue l’autre élément déterminant de ses performances. Les archives mentionnent une masse à sec d’environ 725 kg, tandis que certaines fiches spécialisées retiennent une valeur proche de 800 kg. Cette différence peut notamment dépendre de la configuration et des conditions de mesure.

Les performances publiées sont remarquables pour la période. Plusieurs fiches annoncent une vitesse maximale voisine de 290 km/h et un 0 à 60 mph en 4,2 secondes. Ces valeurs ne correspondent toutefois pas à des mesures indépendantes uniformément documentées. Le Bruce McLaren Trust indique pour sa part une vitesse supérieure à 160 mph, soit environ 257 km/h.

Il faut également distinguer cette version routière des configurations de compétition. Les archives de l’Automobile Club de l’Ouest évoquent notamment un V8 Chevrolet de 5 litres développant environ 430 chevaux pour le projet sportif. Il ne s’agit pas de la même définition mécanique que celle du prototype personnel de Bruce McLaren.

Au-delà des chiffres, la M6GT illustre une conception fondée sur la légèreté, la puissance mécanique et l’efficacité aérodynamique. Cette recherche de vitesse se retrouve beaucoup plus tard dans la McLaren Speedtail, même si cette dernière utilise une architecture hybride moderne sans filiation technique directe avec la M6GT.

Fiche technique de la Mclaren M6gt

CaractéristiqueMcLaren M6GT (configuration routière)
Année de première apparition1969
OrigineRoyaume-Uni
CarrosserieCoupé fermé biplace
ArchitectureMoteur central arrière longitudinal, propulsion
MoteurV8 Chevrolet atmosphérique à 90°
Cylindrée5 735 cm³ (350 ci)
Alésage x course101,6 x 88,4 mm
DistributionArbre à cames central, 2 soupapes par cylindre
Alimentation4 carburateurs Weber double corps selon les fiches spécialisées
Puissance maximale370 bhp à 5 800 tr/min, environ 375 ch
Couple maximal502 Nm à 4 000 tr/min
Taux de compression11:1 selon Ultimatecarpage
RefroidissementLiquide
Boîte de vitessesManuelle ZF à 5 rapports
TransmissionRoues arrière motrices
ChâssisStructure monocoque en alliage d’aluminium
CarrosserieFibre de verre
Suspension avantRoues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs
Suspension arrièreRoues indépendantes, bras de guidage, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs
DirectionÀ crémaillère
FreinsDisques ventilés Girling à l’avant et à l’arrière
RouesJantes légères de compétition à fixation centrale
Longueur4 114 mm selon les fiches spécialisées
Largeur1 854 mm
Hauteur1 016 mm
Empattement2 375 à 2 450 mm selon les sources et les châssis
Voies avant et arrièreEnviron 1 321 à 1 350 mm selon les sources
Poids725 kg à sec annoncés ; environ 800 kg dans certaines fiches
Vitesse maximaleEnviron 290 km/h annoncés, mesure indépendante non confirmée
Accélération de 0 à 60 mph4,2 secondes selon les fiches spécialisées
Production3 exemplaires généralement recensés, selon les critères d’identification

Production limitée, compétition et exemplaires historiques

La rareté de la McLaren M6GT tient à l’abandon du programme avant son industrialisation. Trois exemplaires originaux sont généralement recensés, bien que certaines archives présentent un décompte différent en fonction des châssis, des voitures achevées et des transformations réalisées.

L’exemplaire le plus célèbre est celui de Bruce McLaren, identifié par son immatriculation britannique OBH 500H. Cette voiture rouge représente la configuration routière du projet. Elle conserve une importance particulière puisqu’elle fut directement utilisée et développée par le fondateur de la marque.

Un autre exemplaire est associé au pilote britannique David Prophet. Destiné à la compétition, il participe à plusieurs épreuves européennes en 1969 avant de connaître des transformations. Son histoire illustre la vocation sportive initiale de la M6GT, distincte de celle du prototype routier.

Un troisième véhicule est généralement rattaché à Trojan et à ses activités de construction et d’évaluation. La documentation historique mentionne notamment les désignations BMR6GT-1, M6GT-2-R et GT-1969E. Ces références ne constituent cependant pas une numérotation parfaitement homogène, certains exemplaires étant associés à des châssis de la famille McLaren M12.

La question de l’homologation demeure également importante. Une fiche historique de la FIA identifie une McLaren M6GT en Groupe 4, avec un moteur de 4 993 cm³ et une production minimale déclarée de 25 voitures. Cette documentation témoigne de l’ambition sportive du programme, mais ne signifie pas que les 25 exemplaires exigés ont effectivement été fabriqués.

La M6GT ne participe finalement pas aux 24 Heures du Mans dans le cadre du projet officiel imaginé par Bruce McLaren. Une voiture dérivée de la même famille apparaît aux qualifications de l’édition 1981, sans obtenir sa place sur la grille de départ. Il ne faut pas la confondre avec la M6GT routière originale.

L’objectif de réunir une supercar routière et une véritable carrière en endurance sera concrétisé bien plus tard par la McLaren F1 GTR, qui remporte les 24 Heures du Mans en 1995. Cette victoire appartient toutefois à un programme entièrement différent, développé plusieurs décennies après la disparition de Bruce McLaren.

Après 1970, la M6GT personnelle de Bruce connaît plusieurs changements de conservation et de propriétaire. Elle est notamment exposée en Nouvelle-Zélande, au Museum of Transport and Technology d’Auckland, avant de rejoindre des collections privées. Elle apparaît également lors de manifestations historiques consacrées à McLaren, notamment au Goodwood Revival en 2015.

La rareté des exemplaires authentiques a favorisé l’apparition de répliques et de conversions de châssis de compétition. Certaines reprennent fidèlement la silhouette de la M6GT, mais leur construction postérieure et leurs différences mécaniques imposent de les distinguer des voitures réalisées à l’époque du programme original.

De la M6GT à la naissance des voitures de route McLaren

L’abandon de la M6GT ne met pas immédiatement fin aux activités sportives de McLaren. L’entreprise poursuit son développement en Formule 1 et dans d’autres disciplines, consolidant progressivement sa réputation d’ingénierie et de performance. En revanche, l’idée d’une voiture de route commercialisée sous son propre nom reste longtemps sans suite.

En 1992, la présentation de la McLaren F1 marque un changement majeur. Conçue sous la direction technique de Gordon Murray, elle adopte une monocoque en fibre de carbone, un moteur BMW V12 atmosphérique et une disposition intérieure à trois places. Sa conception ne dérive pas directement de la M6GT, mais elle reprend l’ambition fondamentale de créer une automobile routière sans compromis sur les performances.

Une nouvelle étape intervient avec la McLaren MP4-12C, lancée commercialement en 2011. Ce modèle inaugure la production moderne de voitures de sport McLaren Automotive à plus grande échelle, avec une architecture à moteur central, une structure en carbone et un V8 biturbo développé pour la gamme.

La M6GT demeure donc distincte des McLaren routières contemporaines par son origine, sa construction artisanale et son absence de production en série. Elle représente surtout le témoignage matériel du projet personnel de Bruce McLaren : transformer l’expérience acquise sur les circuits en une automobile capable de circuler sur route. Son exemplaire rouge OBH 500H en conserve l’expression la plus directe, celle d’une voiture réellement conduite par son créateur pendant les derniers mois de sa vie.