La Morgan Plus 8 est un roadster sportif britannique lancé en 1968 par Morgan Motor Company. Reconnaissable à sa silhouette traditionnelle, son long capot et ses ailes séparées, elle se distingue surtout par son moteur V8, une mécanique particulièrement généreuse pour une voiture aussi légère. Produite dans sa configuration classique jusqu’en 2004, elle réapparaît entre 2012 et 2018 avec un V8 BMW et un châssis moderne en aluminium. Ces deux périodes de fabrication illustrent une même philosophie : associer les performances d’une sportive à l’apparence intemporelle d’une automobile artisanale.
Origines de la Morgan Plus 8 : la naissance du roadster V8 en 1968
Au milieu des années 1960, Morgan doit envisager le remplacement du moteur quatre cylindres Triumph équipant sa Plus 4. L’évolution de la gamme Triumph menace la disponibilité de cette mécanique, alors que le constructeur de Malvern souhaite préserver sa formule traditionnelle : un roadster compact, léger, à moteur avant et propulsion.
Peter Morgan choisit une solution ambitieuse en adoptant le V8 Rover de 3,5 litres. Ce moteur trouve ses origines dans le Buick 215 américain, un huit-cylindres développé au début des années 1960 et caractérisé par sa construction entièrement en aluminium. Rover en avait acquis les droits de fabrication avant de l’adapter à ses propres automobiles.
Le principal intérêt de cette mécanique réside dans son rapport entre puissance et poids. Malgré ses huit cylindres, le moteur Rover reste suffisamment compact et léger pour être installé dans une Morgan sans bouleverser complètement l’équilibre du véhicule. L’ingénieur Maurice Owen participe au développement de la nouvelle voiture, notamment à l’adaptation du châssis et de la transmission.
La Plus 8 reprend l’architecture traditionnelle de la Plus 4 historique, dont la lignée est aujourd’hui représentée par la Morgan Plus Four. L’installation du V8 impose toutefois des modifications structurelles et mécaniques. Le résultat est présenté au salon automobile de Londres, à Earls Court, en octobre 1968.
La nouvelle Morgan se fait immédiatement remarquer par ses accélérations. Le constructeur revendique un passage de 0 à 60 mph, soit environ 97 km/h, en 6,7 secondes. Cette performance lui permet de présenter la Plus 8 comme l’une des voitures britanniques de série les plus rapides à l’accélération de son époque.
Contrairement aux sportives qui cherchent alors à adopter des carrosseries aérodynamiques et des architectures toujours plus modernes, Morgan conserve volontairement son identité visuelle. La Plus 8 devient ainsi une proposition singulière : une automobile aux lignes anciennes capable d’offrir des performances comparables à celles de sportives contemporaines beaucoup plus sophistiquées.
Une première génération à moteur Rover V8 de 1968 à 2004
La première Morgan Plus 8 débute sa carrière avec un V8 Rover de 3 532 cm³ alimenté par deux carburateurs SU. Sa puissance varie selon les réglages, les taux de compression et les marchés. Les premières versions sont généralement créditées d’environ 150 ch dans les documentations britanniques, tandis que certaines fiches françaises mentionnent des valeurs inférieures suivant les normes de mesure.
Le moteur est associé initialement à une boîte manuelle Moss à quatre rapports. Cette transmission est remplacée au cours des années 1970 par une boîte Rover, avant l’arrivée d’une boîte à cinq rapports en 1977. Ces évolutions accompagnent l’augmentation progressive des performances et améliorent l’utilisation routière du roadster.
La carrosserie évolue également. Les premières Plus 8 possèdent des voies relativement étroites et une silhouette proche de celle de la Plus 4. L’élargissement du véhicule au cours des années 1970 permet d’accueillir des pneumatiques plus généreux et de mieux exploiter le couple du V8. Les modèles ultérieurs se distinguent notamment par leurs ailes plus larges.
L’alimentation constitue une autre étape importante. Au début des années 1980, Morgan introduit progressivement l’injection électronique sur certaines versions du V8 Rover. Cette évolution améliore la réponse du moteur et facilite son adaptation aux exigences de fonctionnement et d’émissions.
En 1990, la gamme accueille le V8 Rover de 3,9 litres, d’une cylindrée de 3 947 cm³. Cette mécanique développe généralement autour de 190 ch et offre un couple plus important que les premières versions. La Plus 8 conserve son caractère de sportive légère, avec des accélérations particulièrement franches à bas et moyen régime.
Les années 1990 voient apparaître d’autres évolutions du V8 Rover, notamment des versions de 4,0 et 4,6 litres selon les marchés et les configurations. Le 4,6 litres peut dépasser 200 ch, avec une puissance annoncée autour de 220 ch sur certaines déclinaisons. Les boîtes manuelles et les systèmes de gestion moteur évoluent parallèlement.
Malgré ces transformations, la structure fondamentale demeure fidèle à la tradition Morgan. La voiture conserve un châssis séparé en acier, une ossature de carrosserie en frêne et des suspensions avant à colonnes coulissantes. Cette combinaison contribue à son comportement très particulier, sensiblement différent de celui des sportives modernes.
La production de cette première génération s’achève en 2004. La Morgan Roadster, équipée d’un moteur V6 Ford, prend alors le relais dans la gamme traditionnelle. Elle conserve une philosophie comparable, mais abandonne le huit-cylindres qui avait fait la réputation de la Plus 8.
Fiche technique de la Morgan Plus 8
| Caractéristique | Plus 8 Rover (1968-2004) | Plus 8 BMW (2012-2018) |
|---|---|---|
| Constructeur | Morgan Motor Company | Morgan Motor Company |
| Pays de fabrication | Royaume-Uni, Malvern Link | Royaume-Uni, Malvern Link |
| Carrosserie | Roadster 2 portes, 2 places | Roadster 2 portes, 2 places |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | V8 Rover atmosphérique à 90° | V8 BMW atmosphérique à 90° |
| Cylindrée | 3 532, 3 947 et jusqu’à 4 552 cm³ selon version | 4 799 cm³ |
| Bloc moteur | Aluminium | Aluminium |
| Distribution | Arbre à cames central, 16 soupapes | Double arbre à cames en tête par banc, 32 soupapes |
| Alimentation | Carburateurs SU puis injection électronique | Injection électronique |
| Puissance | Environ 137 à 220 ch selon version et norme | 367 ch (270 kW) à 6 300 tr/min |
| Couple | Variable selon cylindrée et préparation | 490 Nm à 3 400 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 puis 5 rapports | Manuelle à 6 rapports ou automatique à 6 rapports |
| Châssis | Châssis séparé en acier | Structure en aluminium collé |
| Structure de carrosserie | Ossature en frêne, panneaux métalliques | Carrosserie traditionnelle sur architecture moderne |
| Suspension avant | Indépendante à colonnes coulissantes | Indépendante à double triangulation |
| Suspension arrière | Essieu rigide et ressorts à lames | Indépendante à double triangulation |
| Direction | Mécanique, puis évolutions selon millésime | À crémaillère |
| Freins avant | Disques | Disques |
| Freins arrière | Tambours | Disques |
| Pneumatiques | 185 VR15 sur les premières versions, montes élargies ensuite | Montes spécifiques au châssis moderne |
| Longueur | Environ 3 860 à 3 960 mm selon période | Environ 4 010 mm |
| Largeur | Environ 1 470 à 1 600 mm selon période | Environ 1 750 mm |
| Hauteur | Environ 1 220 à 1 240 mm selon version | Environ 1 220 mm |
| Empattement | Environ 2 490 mm | Environ 2 530 mm |
| Poids | Environ 850 à plus de 1 000 kg selon version | Environ 1 100 kg à sec selon configuration |
| 0 à 100 km/h | Environ 5,6 à 8 s selon version et source | Environ 4,5 s |
| Vitesse maximale | Environ 190 à 210 km/h selon version | Environ 249 km/h |
| Réservoir | 62 litres sur certaines premières versions | Variable selon configuration |
| Période de production | 1968-2004 | 2012-2018 |
Le retour de la Morgan Plus 8 avec un V8 BMW en 2012
Huit ans après l’arrêt de la première génération, Morgan relance la Plus 8 en 2012. Si son apparence reste immédiatement identifiable, cette nouvelle version représente une transformation technique majeure. Elle abandonne le châssis traditionnel en acier pour une structure moderne en aluminium assemblée par collage.
Cette architecture dérive de celle de la Morgan Aero 8, sportive lancée en 2000 et développée autour d’une conception beaucoup plus contemporaine. La Plus 8 de 2012 reprend une partie de cette base technique tout en conservant les lignes classiques associées à son nom depuis 1968.
Le moteur Rover laisse place à un V8 BMW atmosphérique de 4,8 litres, appartenant à la famille N62. Cette mécanique développe 367 ch et 490 Nm. Elle est proposée avec une boîte manuelle à six rapports ou une transmission automatique à six rapports, ce qui constitue une différence importante avec les générations historiques.
Les performances progressent considérablement. Morgan annonce une accélération de 0 à 100 km/h en environ 4,5 secondes et une vitesse maximale proche de 250 km/h. Le V8 atmosphérique se caractérise par sa montée en régime progressive, sa souplesse et sa sonorité, sans recourir à la suralimentation.
Le comportement routier évolue également. Les suspensions indépendantes remplacent l’architecture arrière à essieu rigide des anciennes Plus 8. Le châssis aluminium apporte davantage de rigidité et permet d’améliorer la précision de conduite, tout en préservant une masse relativement contenue pour une sportive équipée d’un V8.
La Plus 8 moderne appartient à une famille de Morgan utilisant des motorisations BMW. La Morgan AeroMax, coupé à carrosserie fermée produit à la fin des années 2000, partage cette parenté mécanique avec la famille Aero, mais possède une identité stylistique et une carrosserie très différentes de celles du roadster Plus 8.
La production régulière de la Plus 8 moderne s’achève en 2018, année de son cinquantième anniversaire. La Morgan Plus Six, dévoilée en 2019, lui succède dans le haut de gamme des roadsters traditionnels Morgan. Elle inaugure la plateforme CX-Generation et adopte un six-cylindres BMW turbocompressé, marquant la fin du V8 atmosphérique dans cette lignée.
Design, carrosserie et sensations de conduite
La Morgan Plus 8 conserve pendant toute son histoire les éléments essentiels du style traditionnel de la marque. Son capot allongé, sa calandre verticale, ses phares ronds indépendants et ses ailes avant galbées composent une silhouette immédiatement reconnaissable. Cette identité remonte notamment à la Morgan 4/4, présentée en 1936, qui a durablement défini le langage stylistique des Morgan à quatre roues.
Les premières Plus 8 se distinguent par leurs proportions particulièrement étroites. Le long capot abrite un moteur V8 installé longitudinalement, tandis que l’habitacle reculé accueille deux occupants. Les roues à rayons, les petits pare-chocs chromés et le pare-brise presque vertical renforcent l’apparence classique du modèle.
Les élargissements successifs de la carrosserie modifient progressivement son allure. Les modèles des années 1990 présentent des ailes plus généreuses et une assise visuelle plus imposante. La version de 2012 pousse cette évolution plus loin avec des voies élargies, des roues modernes et une carrosserie adaptée aux dimensions du châssis aluminium.
L’intérieur reste fidèle à la tradition artisanale britannique. Le tableau de bord fait largement appel au bois, tandis que le cuir occupe une place importante dans l’habillage des sièges et des panneaux. Les instruments circulaires et les commandes classiques participent à une ambiance très différente de celle des sportives contemporaines.
La fabrication de la carrosserie repose historiquement sur une ossature en bois de frêne, une technique caractéristique de Morgan. Cette structure sert de support aux panneaux métalliques, mais ne remplace pas le châssis porteur en acier des premières générations. L’association de ces matériaux contribue à la singularité de la construction et nécessite un entretien adapté au vieillissement du véhicule.
Sur la route, les Plus 8 historiques privilégient une relation directe entre le conducteur et la mécanique. Leur faible poids et le couple du V8 permettent des reprises vigoureuses sans solliciter constamment les hauts régimes. En contrepartie, les suspensions traditionnelles, la direction et l’insonorisation offrent un niveau de confort et de précision différent de celui des sportives modernes.
La génération BMW apporte une expérience plus aboutie sur le plan technique, notamment grâce à son châssis rigide et à ses suspensions indépendantes. Elle conserve néanmoins une position de conduite basse, une protection aérodynamique limitée et un caractère de roadster ouvert qui privilégie les sensations mécaniques.
Versions spéciales et cinquantième anniversaire
Au cours de sa longue carrière, la Morgan Plus 8 connaît plusieurs configurations particulières, mais les dernières années de production donnent naissance à des séries spéciales particulièrement marquantes.
En 2014, Morgan présente la Plus 8 Speedster. Cette déclinaison de la génération BMW adopte une présentation volontairement dépouillée, avec un petit saute-vent à la place du pare-brise conventionnel dans sa configuration caractéristique. Elle met l’accent sur l’expérience de conduite à ciel ouvert et sur une esthétique inspirée des voitures de sport anciennes.
En 2018, Morgan célèbre les cinquante ans de la Plus 8 avec la série 50th Anniversary, limitée à 50 exemplaires. Présentée au salon de Genève, elle constitue l’une des dernières expressions du roadster équipé du V8 BMW atmosphérique.
Cette édition anniversaire est proposée dans des présentations spécifiques, notamment une carrosserie bleue inspirée d’une ancienne Plus 8 de compétition et une version verte rappelant les couleurs traditionnelles britanniques. Les voitures reçoivent des détails de finition exclusifs et une numérotation individuelle.
Le cinquantenaire donne également lieu à des rassemblements et à des célébrations organisés autour de l’histoire du modèle. Morgan met notamment en avant plusieurs voitures anciennes, dont des exemplaires liés aux débuts de la production, afin d’illustrer les évolutions de la Plus 8 depuis 1968.
En 2021, Morgan dévoile la Plus 8 GTR, une série spéciale limitée à neuf exemplaires. Elle utilise des châssis aluminium issus de la précédente génération et adopte une carrosserie élargie, des éléments aérodynamiques spécifiques et une présentation inspirée de la compétition.
Son V8 BMW de 4,8 litres bénéficie d’une préparation portant sa puissance à environ 380 ch. La GTR devient alors la Morgan la plus puissante annoncée par le constructeur à cette date. Cette série ne correspond toutefois pas à une reprise de la production régulière de la Plus 8, arrêtée trois ans auparavant.
Production, compétition et place sur le marché de collection
La Morgan Plus 8 a été fabriquée artisanalement dans l’usine historique de Malvern Link, dans le Worcestershire. Contrairement aux grandes marques automobiles, Morgan produit ses véhicules en volumes limités, avec de nombreuses possibilités de personnalisation. Les finitions, les équipements et certains détails techniques peuvent ainsi varier entre deux exemplaires proches par leur année de fabrication.
Le constructeur indiquait en 2018 que plus de 6 000 Plus 8 avaient été construites depuis le lancement du modèle. Ce chiffre donne une idée de sa diffusion relativement confidentielle, même si la première génération s’est maintenue au catalogue pendant plus de trois décennies.
La Plus 8 s’est également illustrée dans les compétitions britanniques de voitures de sport, les courses de clubs et les épreuves historiques. Sa mécanique V8, son poids limité et sa construction simple ont favorisé son utilisation en compétition. Certaines voitures ont reçu des préparations spécifiques, notamment des carrosseries élargies, des suspensions modifiées et des moteurs optimisés.
Parmi les exemplaires de course les plus connus figure une Plus 8 surnommée Big Blue, engagée dans les années 1990. Son apparence spectaculaire a servi de référence stylistique à la série GTR présentée en 2021, notamment pour les ailes élargies et la présentation plus agressive de la carrosserie.
Sur le marché de collection, les Plus 8 anciennes sont recherchées pour leur moteur Rover V8, leur fabrication traditionnelle et leur caractère mécanique. Les premières voitures étroites présentent un intérêt historique particulier, tandis que les versions 3,9 et 4,6 litres séduisent les amateurs recherchant davantage de puissance et un usage routier plus facile.
L’état du châssis en acier et de l’ossature en frêne constitue un point essentiel lors de l’examen d’une Plus 8 traditionnelle. La corrosion, les infiltrations d’eau et les réparations anciennes peuvent entraîner des travaux importants. L’historique d’entretien du V8 Rover, du circuit de refroidissement et de la transmission mérite également une attention particulière.
Les Plus 8 modernes à moteur BMW présentent des enjeux différents, notamment concernant l’électronique, la transmission automatique éventuelle et les composants spécifiques au châssis aluminium. Les éditions 50th Anniversary et GTR se distinguent par leurs productions limitées, mais leur valorisation dépend aussi de leur provenance, de leur état et de leur documentation.
Pour les exemplaires historiques comme pour les versions récentes, les archives de Morgan et les documents de fabrication permettent de vérifier la configuration d’origine, les caractéristiques mécaniques et les éventuelles modifications. Ces éléments sont particulièrement utiles sur un modèle dont les spécifications ont évolué pendant plusieurs décennies et dont de nombreuses voitures ont été personnalisées à la commande.




