La Morgan 4/4 est un roadster britannique lancé en 1936 par Morgan Motor Company. Première automobile à quatre roues de la marque, elle inaugure une lignée de voitures de sport légères dont la production se poursuit, avec plusieurs interruptions et de nombreuses évolutions, jusqu’en 2018. Son nom fait référence à ses quatre roues et à son moteur quatre cylindres, une distinction essentielle à une époque où Morgan est surtout connu pour ses véhicules à trois roues.
Fabriquée artisanalement à Malvern Link, en Angleterre, la Morgan 4/4 conserve pendant plus de huit décennies une architecture traditionnelle associant un châssis en acier, une structure de carrosserie en bois de frêne et une mécanique relativement simple. Derrière son apparence ancienne, elle connaît pourtant plusieurs générations, de nombreux moteurs et des transformations techniques importantes. Cette continuité esthétique, malgré l’évolution de ses composants, constitue l’une des principales particularités de son histoire.
Origines de la Morgan 4/4 : la première Morgan à quatre roues en 1936
Depuis sa fondation en 1909 par Henry Frederick Stanley Morgan, l’entreprise britannique s’est spécialisée dans les véhicules légers à trois roues. Ces machines, souvent équipées de moteurs bicylindres, rencontrent un certain succès grâce à leur faible poids, leur simplicité et leurs qualités sportives. Mais au milieu des années 1930, le marché évolue et les automobiles conventionnelles à quatre roues deviennent plus attractives.
Morgan décide alors de développer un modèle capable de séduire une clientèle plus large sans abandonner sa philosophie de construction. La 4/4 apparaît en 1936 avec une carrosserie ouverte deux places, un moteur quatre cylindres Coventry Climax de 1 122 cm³ et une transmission aux roues arrière. Son architecture repose sur un châssis séparé et une carrosserie légère, conformément aux méthodes de fabrication du constructeur.
Cette nouveauté marque une rupture avec les véhicules historiques de Morgan. La Morgan 3 Wheeler, commercialisée bien plus tard à partir de 2011, réinterprétera cet héritage des trois-roues, tandis que la 4/4 représente dès 1936 l’entrée de la marque dans l’univers des voitures de sport à quatre roues.
La première Morgan 4/4 possède déjà les éléments qui caractériseront durablement les automobiles de Malvern : un long capot, des ailes séparées, des phares circulaires et un habitacle compact. Sa silhouette reste cependant différente de celle des versions d’après-guerre, notamment au niveau de la calandre et du traitement de la partie avant.
La gamme s’élargit rapidement. Une carrosserie quatre places apparaît en 1937, suivie d’un Drophead Coupé en 1938, destiné aux automobilistes recherchant une protection plus complète contre les intempéries. En 1939, Morgan remplace le moteur Coventry Climax par un quatre cylindres Standard Special de 1 267 cm³, développant environ 39 chevaux.
La Seconde Guerre mondiale interrompt la fabrication automobile. La production reprend progressivement après le conflit, mais la première génération de la 4/4 disparaît en 1951. Cette interruption explique pourquoi sa longue carrière ne peut pas être considérée comme une production continue d’un modèle techniquement inchangé.
Les générations et motorisations de la Morgan 4/4
La Morgan 4/4 connaît une seconde naissance au milieu des années 1950. La Series II, introduite en 1955-1956, adopte un moteur Ford de 1 172 cm³ et une carrosserie dont la présentation se rapproche davantage du style Morgan devenu emblématique. Sa calandre arrondie, son long capot et ses ailes enveloppantes définissent une silhouette que la marque conservera pendant plusieurs décennies.
La Series III apparaît en 1960 avec un moteur Ford de 997 cm³. Elle est suivie de la Series IV, équipée d’un quatre cylindres de 1 340 cm³, puis de la Series V, lancée en 1963 avec un moteur Ford de 1 498 cm³. Ces évolutions concernent principalement la mécanique, les performances et certains équipements, sans modifier profondément l’identité visuelle de la voiture.
À partir de la fin des années 1960, la Morgan 4/4 entre dans une nouvelle période avec les versions 1600. Plusieurs moteurs Ford de cette cylindrée sont utilisés au fil des années, notamment des mécaniques issues de la famille Kent. Certaines variantes Competition bénéficient de configurations plus sportives. Des motorisations Fiat sont également proposées sur certains marchés au début des années 1980.
L’année 1968 marque parallèlement l’arrivée de la Morgan Plus 8, équipée d’un moteur V8 Rover. Avec cette automobile nettement plus puissante, Morgan élargit sa gamme tout en conservant la 4/4 comme proposition plus accessible, légère et fidèle à la philosophie du petit roadster britannique.
Au cours des années 1980, la 4/4 bénéficie de motorisations Ford plus modernes, notamment des moteurs CVH. L’injection électronique se développe ensuite, permettant d’améliorer l’utilisation quotidienne et de répondre aux normes antipollution successives.
Dans les années 1990, la famille 4/4 1800 remplace progressivement les versions 1600. Elle utilise différentes générations de moteurs Ford de 1,8 litre, avec des puissances variables selon les millésimes. Cette évolution améliore les performances sans transformer le caractère de la voiture, toujours fondé sur une masse contenue et une transmission manuelle.
En 2009, Morgan revient à une cylindrée de 1,6 litre avec le moteur Ford Sigma. Cette dernière évolution, commercialisée jusqu’en 2018, développe officiellement 110 bhp, soit environ 112 chevaux métriques. Elle reçoit une boîte manuelle Mazda à cinq rapports et conserve une carrosserie particulièrement étroite.
En 2016, Morgan célèbre les 80 ans du modèle avec la 4/4 80th Anniversary, une édition spéciale annoncée à 80 exemplaires. Elle se distingue notamment par ses finitions spécifiques, ses détails décoratifs couleur cuivre et sa présentation inspirée des automobiles historiques de la marque.
Design, châssis et conduite : une conception britannique traditionnelle
La Morgan 4/4 se distingue par une architecture devenue rare dans l’industrie automobile. Contrairement aux voitures modernes à structure monocoque, elle conserve un châssis séparé en acier sur lequel repose une carrosserie utilisant une ossature en bois de frêne et des panneaux métalliques. Le bois ne constitue donc pas le châssis principal : il intervient dans la construction et le maintien de certains éléments de carrosserie.
Cette méthode artisanale contribue à l’identité du constructeur. Les éléments de carrosserie sont assemblés et ajustés dans les ateliers de Malvern Link, selon des techniques qui évoluent progressivement tout en conservant une importante intervention humaine.
La silhouette de la 4/4 reprend les codes des voitures de sport britanniques classiques. Son long capot présente des rangées d’ouïes latérales, tandis que ses ailes avant séparées dessinent une courbe caractéristique autour des roues. La calandre verticale, les deux grands phares ronds et le pare-brise relativement droit renforcent son apparence traditionnelle.
Sur les dernières versions, les proportions sont particulièrement reconnaissables : la voiture mesure environ quatre mètres de long pour seulement 1,63 mètre de large. Cette carrosserie étroite contribue à différencier la 4/4 des Morgan plus puissantes, notamment des Plus 4 contemporaines.
Le système de suspension avant constitue une autre particularité technique. Morgan utilise des montants coulissants, appelés sliding pillars, associés à des ressorts hélicoïdaux. Contrairement à une suspension à doubles triangles, la roue est guidée verticalement par un dispositif spécifique dont les origines remontent aux premières réalisations du constructeur.
À l’arrière, la voiture conserve un essieu rigide suspendu par des ressorts à lames semi-elliptiques. Cette combinaison privilégie la simplicité mécanique et la fidélité à une architecture traditionnelle plutôt que le raffinement des suspensions indépendantes modernes.
La direction, le freinage et les équipements évoluent selon les générations. Les dernières Morgan 4/4 disposent notamment de freins à disques à l’avant et de tambours à l’arrière. Les roues étroites, souvent à rayons selon les finitions, participent à la présentation classique du modèle.
Avec une masse à sec annoncée de 795 kg pour la dernière version, la Morgan 4/4 n’a pas besoin d’une puissance particulièrement élevée pour offrir des performances intéressantes. Son moteur avant longitudinal, sa propulsion et sa boîte manuelle privilégient une relation directe entre le conducteur et la mécanique.
Cette approche la distingue de la Morgan Roadster, introduite en 2004 avec un moteur V6. Les deux automobiles partagent une présentation classique, mais la Roadster propose une mécanique plus puissante, tandis que la 4/4 conserve un positionnement davantage centré sur la légèreté et la simplicité.
Fiche technique de la Morgan 4/4
| Caractéristique | Morgan 4/4 1.6 Ford Sigma (2009-2018) |
|---|---|
| Constructeur | Morgan Motor Company |
| Année de lancement de la lignée | 1936 |
| Période de la dernière version | 2009-2018 |
| Production | Malvern Link, Angleterre |
| Carrosserie | Roadster 2 portes, 2 places |
| Moteur | Ford Sigma, 4 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 1 595 cm³ |
| Carburant | Essence |
| Alimentation | Injection électronique |
| Puissance maximale | 110 bhp, environ 112 ch, à 6 000 tr/min |
| Couple maximal | 131 Nm |
| Implantation moteur | Avant longitudinale |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle Mazda à 5 rapports |
| Châssis | Châssis séparé en acier |
| Structure de carrosserie | Ossature en frêne et panneaux métalliques |
| Suspension avant | Montants coulissants et ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide et ressorts à lames |
| Freins avant | Disques |
| Freins arrière | Tambours |
| Roues | 15 pouces |
| Pneumatiques | 165/80 R15 selon version |
| Longueur | 4 010 mm |
| Largeur | 1 630 mm |
| Hauteur | 1 220 mm |
| Empattement | 2 440 mm |
| Masse à sec | 795 kg |
| Vitesse maximale | 188 km/h |
| Accélération annoncée | 8,0 secondes, mesure de référence non précisée dans la fiche constructeur consultée |
| Consommation mixte | 6,4 l/100 km selon version homologuée |
| Émissions de CO2 | 143 g/km selon version |
La Morgan 4/4 en compétition : les 24 Heures du Mans
La Morgan 4/4 développe rapidement une réputation sportive. Sa légèreté, sa mécanique relativement simple et son châssis robuste favorisent son engagement dans les compétitions britanniques, les courses de côte et les épreuves d’endurance.
En 1938, une Morgan 4/4 participe aux 24 Heures du Mans avec Marjorie Fawcett et Geoffrey White. L’équipage termine à la 13e place du classement général, un résultat remarquable pour une petite voiture de sport de cylindrée modeste confrontée à des automobiles nettement plus puissantes.
L’année suivante, Geoffrey White revient au Mans avec Cuthbert Marc Anthony. Leur Morgan 4/4 termine 15e au classement général et deuxième de sa catégorie. Ces deux participations démontrent la capacité du modèle à affronter une épreuve d’endurance particulièrement exigeante.
La 4/4 apparaît également dans diverses compétitions nationales et courses réservées aux voitures de sport. Des exemplaires sont engagés au Tourist Trophy avant-guerre, puis dans des épreuves britanniques organisées après 1945. Une partie de cette activité sportive repose sur des pilotes privés plutôt que sur une équipe officielle permanente.
Il convient de distinguer ces résultats de ceux de la Morgan Plus 4, qui remporte sa catégorie aux 24 Heures du Mans 1962. Bien que les deux modèles partagent une partie de leur histoire et de leur philosophie, leurs palmarès ne doivent pas être confondus.
Place dans la gamme Morgan et fin de production en 2018
La Morgan 4/4 occupe pendant l’essentiel de sa carrière une place particulière dans la gamme britannique. Elle représente la porte d’entrée dans l’univers des roadsters traditionnels du constructeur, avec une motorisation quatre cylindres et une conception volontairement légère.
Dès 1950, la Plus 4 historique propose une alternative plus puissante. Cette distinction entre un petit roadster quatre cylindres et des modèles supérieurs se maintient pendant plusieurs décennies. La Morgan Plus Four moderne, lancée en 2020, reprend le principe d’une sportive quatre cylindres, mais repose sur une plateforme en aluminium de nouvelle génération et ne constitue pas une simple évolution de la 4/4.
Au tournant des années 2000, Morgan entreprend une modernisation plus profonde de sa gamme. La Morgan Aero 8, présentée en 2000, introduit une architecture en aluminium et une approche technique nettement différente. La 4/4 poursuit néanmoins sa carrière avec son châssis traditionnel en acier, permettant au constructeur de proposer simultanément deux philosophies de voitures de sport.
La production de la Morgan 4/4 prend officiellement fin en 2018, après 82 années écoulées depuis son lancement. Cette longévité concerne une lignée ayant connu de nombreuses évolutions et plusieurs interruptions, et non un véhicule fabriqué sans changement depuis 1936.
La disparition de la 4/4 intervient alors que Morgan prépare une nouvelle génération de voitures. En 2019, la Morgan Plus Six inaugure la plateforme CX-Generation, une structure moderne en aluminium conçue pour accueillir des motorisations plus performantes. Elle illustre cette transition industrielle sans constituer un remplacement direct de la 4/4.
Production, prix et collection : les Morgan 4/4 les plus recherchées
La Morgan 4/4 possède une histoire de production particulièrement longue, mais ses volumes doivent être distingués selon les générations. Les archives historiques recensent notamment 1 315 exemplaires dans les principales catégories de carrosseries de la première série, répartis entre les périodes d’avant-guerre et d’après-guerre. La Series II est généralement créditée d’environ 386 exemplaires.
Les premières Morgan 4/4 se distinguent par leurs carrosseries spécifiques. Les roadsters deux places représentent la configuration la plus emblématique, tandis que les versions quatre places et Drophead Coupé occupent une place particulière dans l’histoire du modèle. Leur rareté dépend de leur période de fabrication, de leur état de conservation et de l’authenticité de leurs composants.
Les générations suivantes présentent des profils très différents. Les Series III, IV et V intéressent les amateurs de Morgan anciennes, tandis que les versions 1600 et 1800 offrent une mécanique plus récente tout en conservant l’apparence classique. Les dernières 4/4 Ford Sigma constituent une alternative pour les automobilistes recherchant une Morgan traditionnelle avec une motorisation relativement moderne.
Sur le marché français, la Morgan 4/4 1.6 de 2018 affichait un prix neuf indicatif d’environ 46 000 euros dans les catalogues automobiles. Le tarif pouvait varier selon les équipements, les finitions et les conditions de commercialisation. Les exemplaires anciens ne peuvent pas être évalués sur cette base, leurs valeurs dépendant principalement de leur génération, de leur authenticité et de leur historique.
L’achat d’une Morgan 4/4 ancienne nécessite une attention particulière à la corrosion du châssis, à l’état de l’ossature en frêne et à la qualité des réparations de carrosserie. Les points de fixation, les parties exposées à l’humidité et les éléments de suspension méritent un examen approfondi. Le système avant à montants coulissants demande notamment un entretien adapté.
La conformité de la motorisation à la période de fabrication représente également un critère important pour les collectionneurs. Certaines voitures ont reçu des moteurs différents de ceux montés à l’origine, parfois dans le cadre de restaurations ou de modifications anciennes. La vérification du numéro de châssis, des documents d’immatriculation et des archives disponibles permet de mieux identifier leur configuration initiale.
Pour les exemplaires des années 1930 et 1940, les archives de compétition, les photographies anciennes et les documents de propriété peuvent apporter des informations déterminantes. Ils permettent notamment de distinguer une véritable voiture de compétition historique d’un exemplaire de route transformé ultérieurement dans le style des Morgan engagées en course.




