Nissan Juke-r

Nissan Juke-r

Présenté en 2011, le Nissan Juke-r est l’une des créations les plus radicales de Nissan. Son principe consiste à réunir la carrosserie compacte du Juke de première génération et le groupe motopropulseur de la GT-R R35. Ce qui devait initialement rester un exercice technique construit à deux exemplaires devient suffisamment spectaculaire pour convaincre Nissan d’accepter quelques commandes de clients.

Le résultat n’est pas un simple Juke doté d’un moteur plus puissant. L’installation du V6 biturbo, de la boîte transaxle, de la transmission intégrale et des trains roulants de GT-R impose une reconstruction profonde du véhicule. Cette particularité distingue immédiatement le Juke-r du Nissan Juke Nismo, beaucoup plus proche du crossover de série dans sa conception.

La rencontre improbable entre le Juke et la GT-R

Le projet est annoncé officiellement en octobre 2011. Nissan part du Nissan Juke F15, lancé l’année précédente, avec l’idée de créer un crossover compact capable d’exploiter les organes mécaniques de sa supercar. RML, spécialiste britannique de l’ingénierie et de la compétition, réalise la transformation avec l’appui technique de Nissan.

Deux prototypes sont initialement prévus, l’un avec conduite à gauche et l’autre avec conduite à droite. Le développement s’effectue en quelques mois et oblige les ingénieurs à résoudre un problème fondamental : les deux voitures réunies dans ce projet n’ont ni les mêmes dimensions, ni la même architecture mécanique. Le Juke conserve notamment son empattement de 2 530 mm, alors qu’il doit accueillir un ensemble conçu pour une GT-R nettement plus grande.

La carrosserie est donc largement modifiée et la structure renforcée. Une cage de sécurité répondant aux spécifications FIA participe à la rigidité de l’ensemble. Le moteur prend place longitudinalement à l’avant, tandis que la boîte de vitesses est installée vers l’arrière. L’arbre de transmission et différents composants doivent être adaptés aux dimensions particulières du Juke.

Après sa présentation physique à Malaga en octobre 2011 et sa phase de mise au point, le Juke-r fait parler de lui à Dubaï au début de 2012. Nissan l’oppose notamment à des voitures de sport dans une opération promotionnelle avec Lucas Ordóñez au volant. La démonstration contribue fortement à la notoriété du projet, au point de modifier son avenir.

Un V6 VR38DETT dans un crossover compact

Le coeur du premier prototype est le VR38DETT de 3 799 cm3 de la Nissan GT-R. Ce V6 à double turbocompresseur développe dans cette configuration 485 bhp, soit environ 492 ch DIN, et 588 Nm. La puissance est transmise aux quatre roues par une boîte à double embrayage à six rapports et une transmission intégrale dérivées de la GT-R.

L’intégration ne se limite pas au moteur. Le Juke-r reçoit également des éléments de suspension et de freinage issus de la GT-R, adaptés à sa structure et à son empattement. Les voies sont fortement élargies et la carrosserie atteint 1 910 mm de largeur, soit une augmentation considérable par rapport au Juke dont elle dérive.

Les performances officielles du prototype permettent de mesurer l’ampleur de la transformation. Nissan annonce un 0 à 100 km/h en 3,7 secondes et une vitesse maximale de 257 km/h. Le poids minimal à vide communiqué pour cette configuration atteint 1 806 kg. Malgré les dimensions compactes de sa carrosserie, le Juke-r n’est donc pas particulièrement léger : les organes de GT-R, les renforts structurels et la cage de sécurité alourdissent sensiblement l’ensemble.

Fiche technique de la Nissan Juke-r

CaractéristiqueNissan Juke-r prototype
Première apparition2011
CarrosserieCrossover compact 5 portes, configuration 2 places
MoteurVR38DETT, V6 essence biturbo à 60°
Cylindrée3 799 cm3
Puissance485 bhp, environ 492 ch DIN
Couple588 Nm
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionIntégrale, dérivée de la GT-R
Boîte de vitesses6 rapports à double embrayage, architecture transaxle
StructureCoque de Juke profondément modifiée et renforcée, cage de sécurité
SuspensionsÉléments dérivés de la GT-R et adaptés au Juke-r
FreinsSystème dérivé de la GT-R
JantesRAYS forgées de 20 pouces
Longueur4 135 mm
Largeur1 910 mm
Hauteur1 575 mm
Empattement2 530 mm
Voie avant1 586 mm
Voie arrière1 598 mm
Garde au sol minimale115 mm
Poids minimal à vide1 806 kg
0 à 100 km/h3,7 s
Vitesse maximale257 km/h

Du prototype à une fabrication sur commande

Le Juke-r n’était pas destiné à devenir un modèle commercial lorsqu’il a été imaginé. L’accueil rencontré par les prototypes conduit pourtant Nissan à annoncer en mai 2012 une fabrication extrêmement limitée sur commande. Trois commandes fermes sont alors confirmées, dont deux provenant d’un même client à Dubaï.

Ces voitures ne reproduisent pas exactement la fiche technique du prototype. Nissan décide d’utiliser les spécifications plus récentes de la GT-R MY12. Le V6 est alors annoncé à 545 bhp, soit environ 553 ch DIN, ce qui explique la valeur d’environ 550 ch fréquemment associée au Juke-r de production. Nissan estimait pour cette évolution un 0 à 62 mph proche de 3 secondes et une vitesse maximale de 170 mph, environ 274 km/h.

Cette distinction entre prototype et voitures clients est essentielle. Les valeurs de 485 bhp, 3,7 secondes et 257 km/h appartiennent à la première configuration officiellement testée, tandis que les chiffres supérieurs correspondent aux exemplaires construits ensuite avec la mécanique MY12. Mélanger ces deux fiches techniques produit une configuration qui n’a jamais existé telle quelle.

La fabrication reste artisanale et individualisée. Nissan indique en 2013 un prix à partir de 500 000 euros, très éloigné de celui d’un crossover conventionnel et même supérieur à celui de nombreuses supercars de l’époque. Le constructeur confirme également l’existence d’un exemplaire de production désigné Juke-r #001.

Le nombre total effectivement achevé reste moins clair. Les archives Nissan permettent d’établir l’existence des deux prototypes, puis des commandes de voitures supplémentaires, mais ne donnent pas de total final incontestable. Les chiffres nettement plus élevés parfois attribués au Juke-r ne doivent donc pas être confondus avec un volume de production officiellement confirmé.

Une carrosserie de Juke profondément transformée

Malgré ses modifications techniques, le Juke-r reste immédiatement reconnaissable. Il conserve les proportions générales et la signature visuelle singulière du Juke F15, mais ses ailes considérablement élargies changent son assise. Les voies nécessaires aux composants de GT-R imposent une largeur de 1,91 m, donnant au petit crossover une présence beaucoup plus imposante.

Le bouclier avant reçoit de larges ouvertures destinées au refroidissement. Le capot est également percé d’aérations, les passages de roues sont fortement gonflés et les bas de caisse deviennent plus massifs. À l’arrière, les éléments aérodynamiques et les doubles sorties d’échappement renforcent l’identité spécifique du modèle. Les prototypes noirs mats sont devenus l’image la plus connue du Juke-r.

Les jantes RAYS forgées de 20 pouces soulignent sa parenté mécanique avec la GT-R. Dans l’habitacle, cette filiation est encore plus évidente : instrumentation, commandes et écran multifonction issus de la sportive sont intégrés à un environnement qui conserve certaines formes du Juke. Les sièges arrière disparaissent au profit d’une configuration deux places avec baquets OMP, harnais et cage de sécurité visible.

Cette conception explique pourquoi le Juke-r ne peut pas être considéré comme une simple déclinaison sportive. Le Juke Nismo reste une évolution industrialisée du crossover, tandis que le Juke-r associe deux architectures différentes au prix d’un travail de reconstruction considérable.

Le Juke-r 2.0 de 600 ch

En 2015, Nissan reprend la formule avec le Juke-r 2.0. Cette évolution ne doit pas être confondue avec le modèle présenté quatre ans auparavant. Elle adopte les éléments esthétiques du Juke F15 restylé, notamment une face avant modernisée, tout en poussant beaucoup plus loin la puissance du V6 VR38DETT.

Le Juke-r 2.0 atteint 600 ch, niveau alors associé aux évolutions les plus performantes de la famille GT-R, dont la Nissan GT-R Nismo. La carrosserie reçoit également de nouvelles pièces aérodynamiques et des entrées d’air agrandies afin de répondre aux contraintes de refroidissement.

Le suffixe 2.0 désigne donc une évolution du concept Juke-r et non la deuxième génération du crossover. Le Juke-r originel repose exclusivement sur le F15 de première génération et précède de plusieurs années le Nissan Juke 2. Cette chronologie permet d’éviter l’une des confusions les plus courantes autour de l’appellation.

Un projet d’ingénierie devenu modèle ultra-limité

Le passage du prototype à la fabrication sur commande constitue l’aspect le plus inhabituel de l’histoire du Juke-r. Nissan et RML n’ont pas simplement développé une étude de salon statique : les prototypes sont roulants, homologués pour la route et capables d’exploiter une chaîne cinématique de supercar dans un empattement de crossover compact.

Le projet sert aussi de vitrine à la volonté de Nissan de développer une identité sportive autour du Juke. Cette stratégie prendra une forme beaucoup plus accessible avec les versions Nismo, alors que le Juke-r restera un véhicule construit à une échelle artisanale et vendu à un tarif sans rapport avec celui du modèle dont il reprend la silhouette.

Son caractère particulier tient finalement autant à son architecture qu’à ses performances. Là où de nombreuses préparations se concentrent sur l’augmentation de puissance d’un moteur existant, le Juke-r reçoit pratiquement toute la chaîne cinématique d’une autre automobile, avec moteur longitudinal, transmission intégrale et boîte transaxle. Cette transformation structurelle est précisément ce qui sépare le Nissan Juke-r d’un Juke simplement préparé.