La Panhard 24 est une automobile française produite de 1963 à 1967, dernière voiture particulière commercialisée par le constructeur Panhard. Reconnaissable à sa silhouette basse, ses doubles projecteurs et sa carrosserie aux lignes modernes, elle associe une traction avant, un moteur bicylindre à plat refroidi par air et une conception particulièrement soignée pour son époque. Déclinée en coupés courts et en versions allongées, elle représente l’ultime tentative de Panhard pour renouveler sa gamme avant l’arrêt de sa production automobile sous l’influence de Citroën.
Présentée en 1963 pour le millésime 1964, la Panhard 24 se distingue des berlines françaises contemporaines par son style, sa légèreté et son architecture mécanique originale. Malgré ses qualités, sa carrière reste relativement courte, avec 28 651 exemplaires fabriqués toutes versions confondues.
Histoire de la Panhard 24 : la dernière voiture de la marque
Au début des années 1960, Panhard doit moderniser son catalogue pour faire face à une concurrence française de plus en plus structurée. La marque dispose d’une solide expérience dans les automobiles légères à traction avant, mais ses moyens industriels sont limités. La Panhard PL 17, commercialisée depuis 1959, conserve une mécanique originale tout en reposant sur une conception dont les origines remontent à la décennie précédente.
Le constructeur entreprend alors le développement d’une voiture entièrement nouvelle sur le plan esthétique, tout en conservant une grande partie de ses solutions mécaniques éprouvées. Le projet doit permettre de séduire une clientèle sensible au style, aux performances et à la distinction, sans nécessiter les investissements considérables qu’impliquerait la création d’un moteur inédit.
Le dessin de la carrosserie est principalement associé à Louis Bionier et au bureau d’études Panhard. Le résultat tranche avec les formes arrondies des modèles précédents. La nouvelle voiture présente un capot plongeant, une ligne de toit très basse et des surfaces vitrées généreuses. Son apparence évoque davantage un coupé de grand tourisme qu’une petite automobile équipée d’un moteur de moins de 900 cm³.
La Panhard 24 est dévoilée en 1963 et commercialisée pour le millésime 1964. La gamme débute avec deux versions à empattement court, la Panhard 24 C, dotée du moteur standard, et la 24 CT, plus sportive. Toutes deux disposent de deux portes et d’un habitacle dont les places arrière restent relativement limitées.
Le contexte industriel joue rapidement contre le développement du modèle. Citroën, entré au capital de Panhard en 1955, prend progressivement le contrôle du constructeur. En 1965, Panhard passe entièrement sous son autorité. La stratégie du groupe privilégie alors les modèles Citroën, ce qui réduit les perspectives d’évolution de la gamme 24.
La fabrication des voitures particulières Panhard prend fin en 1967. La dernière sortie de chaîne officielle est généralement identifiée comme une 24 B bleu Hierro, le 20 juillet 1967, même si quelques assemblages sont encore mentionnés ultérieurement. La Panhard 24 ne reçoit aucun successeur commercialisé sous sa marque.
Les différentes versions de la Panhard 24
La gamme Panhard 24 comprend cinq variantes principales : C, CT, B, BT et BA. Leurs différences portent essentiellement sur la longueur de la carrosserie, la motorisation, la présentation intérieure et certains équipements. Deux empattements permettent de distinguer les coupés courts des versions plus habitables.
La Panhard 24 CT constitue la déclinaison sportive de la gamme initiale. Elle reçoit le moteur Tigre, plus puissant que le bicylindre standard, ainsi qu’une présentation valorisante. Sa carrosserie courte et son poids contenu favorisent son caractère dynamique. Elle deviendra la version la plus produite de la famille.
En 1964, Panhard présente deux nouvelles variantes à empattement allongé, commercialisées pour le millésime 1965. La Panhard 24 B conserve une motorisation standard, mais offre davantage d’espace aux passagers arrière. Cette évolution répond aux critiques concernant l’habitabilité limitée des premiers coupés.
La Panhard 24 BT reprend cette carrosserie longue en l’associant au moteur Tigre. Elle cherche ainsi à concilier les performances de la CT avec une utilisation familiale plus pratique. Avec plus de 10 000 exemplaires fabriqués, elle rencontre un succès commercial supérieur à celui de la 24 B.
La cinquième variante, la 24 BA, apparaît comme une proposition économique. Elle utilise la carrosserie longue et une présentation simplifiée, avec un équipement réduit. Sa carrière est particulièrement discrète : seulement 161 exemplaires sont produits, ce qui en fait la version la plus rare de la gamme en nombre de voitures construites.
Malgré les ambitions familiales des B, BT et BA, aucune Panhard 24 à quatre portes n’est commercialisée. Les versions longues conservent les deux portes latérales de la carrosserie d’origine. Des études de berline quatre portes sont envisagées, mais elles ne débouchent pas sur une production de série.
Fiche technique de la Panhard 24
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Panhard |
| Pays d’origine | France |
| Production | 1963 à 1967 |
| Présentation | 1963, millésime 1964 |
| Site de fabrication | Usine de la Porte d’Ivry, Paris |
| Carrosserie | Coupé ou coach deux portes, empattement court ou long |
| Versions | 24 C, 24 CT, 24 B, 24 BT, 24 BA |
| Architecture moteur | 2 cylindres à plat opposés, 4 temps |
| Cylindrée | Environ 848 cm³ |
| Alésage et course | 84,85 × 75 mm |
| Refroidissement | Par air, avec turbine |
| Distribution | 2 soupapes par cylindre, rappel par barres de torsion |
| Alimentation | Carburateur, simple ou double corps selon moteur |
| Moteur standard | M8N |
| Moteurs Tigre | M8S et M10S selon version et millésime |
| Puissance standard | 42 ch DIN, environ 50 ch SAE |
| Puissance Tigre | Environ 50 ch DIN, 60 ch SAE |
| Régime de puissance standard | 5 250 tr/min |
| Régime de puissance Tigre | Environ 5 750 tr/min |
| Couple moteur | Environ 67 à 79 Nm selon motorisation |
| Implantation | Moteur avant longitudinal en porte-à-faux |
| Transmission | Traction avant |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports synchronisés |
| Structure | Carrosserie en acier avec renforts structurels |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressort transversal à lames |
| Suspension arrière | Roues indépendantes, barres de torsion |
| Amortisseurs | Télescopiques |
| Direction | Mécanique, sans assistance |
| Freinage | Tambours sur les premières versions ; disques sur certaines versions Tigre ultérieures |
| Longueur versions courtes | Environ 4 260 mm |
| Longueur versions longues | Environ 4 490 mm |
| Largeur | Environ 1 620 mm |
| Hauteur | Environ 1 220 mm |
| Empattement court | Environ 2 290 mm |
| Empattement long | Environ 2 540 mm |
| Poids à vide | Environ 795 à 840 kg selon version |
| Vitesse maximale | Environ 135 à 160 km/h selon motorisation et carrosserie |
| Installation électrique | 12 volts |
| Production totale | 28 651 exemplaires |
Moteur bicylindre, comportement routier et performances
La Panhard 24 conserve l’une des particularités les plus anciennes de la marque : son moteur bicylindre à plat refroidi par air. Cette architecture, déjà présente sur la Panhard Dyna Z, permet de limiter le poids de la mécanique tout en conservant une bonne compacité. Le moteur est placé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues avant.
Malgré sa petite cylindrée, ce bicylindre possède un caractère particulier. Il accepte des régimes de rotation relativement élevés pour une automobile de son époque et développe une puissance spécifique intéressante. Son fonctionnement se distingue néanmoins de celui des moteurs quatre cylindres concurrents, avec des sonorités et des vibrations caractéristiques.
Les versions standard privilégient une utilisation souple et économique, tandis que les moteurs Tigre disposent d’une alimentation et de réglages favorisant les performances. La différence entre les puissances DIN et SAE explique une partie des chiffres contradictoires rencontrés dans les fiches historiques. Les 60 ch souvent attribués aux versions Tigre correspondent à une mesure SAE, et non à 60 ch DIN.
Le moteur M10S, introduit au cours de la carrière du modèle, accompagne les évolutions des versions sportives. Dans les configurations les plus performantes, la 24 CT peut atteindre une vitesse maximale annoncée d’environ 160 km/h. Cette performance reste remarquable pour une automobile de moins de 900 cm³, même si elle dépend des conditions de mesure et de la configuration exacte du véhicule.
La faible masse constitue un avantage déterminant. Avec un poids voisin de 800 kg, la Panhard 24 n’a pas besoin d’une puissance élevée pour offrir des reprises et une vivacité convenables. Sa carrosserie profilée contribue également à limiter la résistance aérodynamique, particulièrement sensible lorsque la puissance disponible reste modeste.
Le comportement routier bénéficie de la traction avant et des quatre roues indépendantes. Le train avant utilise un ressort transversal à lames, tandis que la suspension arrière fait appel à des barres de torsion. Cette conception favorise le confort et la tenue de route, mais demande un entretien adapté aux particularités mécaniques de Panhard.
Le freinage évolue sensiblement au cours de la production. Les premières voitures disposent de quatre tambours, tandis que certaines versions Tigre reçoivent ensuite des freins à disques aux quatre roues. Les montages évolués utilisent notamment deux étriers par disque à l’avant. Cette modification améliore l’endurance du freinage, un point important sur une voiture capable de maintenir des vitesses relativement élevées.
Design, habitacle et innovations de sécurité
La carrosserie de la Panhard 24 est l’un de ses éléments les plus distinctifs. À une époque où de nombreuses voitures françaises conservent des formes relativement verticales, elle adopte une silhouette basse et élancée. Sa face avant se caractérise par quatre projecteurs disposés en deux ensembles horizontaux, associés à un capot plongeant et à des pare-chocs métalliques.
Le profil révèle un travail approfondi sur les proportions. La ligne de toit s’étire vers l’arrière, les montants sont relativement fins et les surfaces vitrées procurent une bonne visibilité. Les ailes et les flancs sont traités avec sobriété, sans recourir à des ornements excessifs. Les versions longues conservent l’identité esthétique des coupés courts tout en offrant un espace supplémentaire dans l’habitacle.
La structure de carrosserie fait l’objet d’une attention particulière. Panhard utilise des éléments de renfort et des nervures destinés à améliorer la rigidité tout en limitant le poids. Contrairement à certaines productions antérieures de la marque, la Panhard 24 ne repose pas sur une carrosserie intégralement en aluminium. L’acier occupe une place centrale dans sa construction.
La sécurité constitue également un axe important du développement. Les ingénieurs travaillent sur la résistance de l’habitacle, la protection des occupants et la disposition des équipements intérieurs. Le tableau de bord comporte des zones rembourrées, tandis que certains éléments sont conçus pour réduire les risques de blessures lors d’un choc. Des ceintures de sécurité peuvent être proposées selon les versions et les équipements.
À bord, la présentation cherche à se rapprocher de celle d’une automobile de catégorie supérieure. La planche de bord est élaborée, avec une instrumentation adaptée aux différentes finitions. Les versions Tigre bénéficient d’une ambiance plus sportive, tandis que les modèles standard privilégient une présentation moins démonstrative.
L’habitabilité demeure toutefois l’une des limites des premières 24. Les versions C et CT disposent de places arrière relativement réduites, davantage adaptées à des trajets occasionnels qu’à un usage familial régulier. L’arrivée des carrosseries longues améliore cet aspect, sans transformer la voiture en véritable berline quatre portes.
Le coffre permet d’envisager des déplacements routiers, mais l’architecture générale reste celle d’une automobile basse et relativement compacte. Cette combinaison entre élégance, légèreté et confort illustre la volonté de Panhard de proposer une voiture différente des modèles généralistes contemporains.
Production, succès commercial et fin de carrière
La Panhard 24 totalise 28 651 exemplaires produits. La répartition par version montre une nette préférence des acheteurs pour les motorisations Tigre : la 24 CT atteint 14 181 unités et la 24 BT 10 649. Les versions standard restent plus confidentielles, avec 1 623 exemplaires pour la 24 C et 2 037 pour la 24 B. La 24 BA ne dépasse pas 161 voitures.
La production atteint son niveau le plus élevé au milieu de la carrière du modèle, avant de diminuer fortement à partir de 1966. Cette évolution ne s’explique pas uniquement par les qualités intrinsèques de la voiture. La situation industrielle de Panhard, l’absence d’une véritable gamme de moteurs et les décisions stratégiques de Citroën limitent ses perspectives commerciales.
Le bicylindre de 848 cm³, malgré son rendement intéressant, constitue progressivement un handicap face aux automobiles concurrentes équipées de moteurs plus gros et plus souples. Panhard ne dispose pas des ressources nécessaires pour industrialiser rapidement une mécanique entièrement nouvelle. L’élargissement de la gamme à des carrosseries quatre portes ou à d’autres motorisations aurait nécessité des investissements supplémentaires.
Des projets de développement sont pourtant étudiés, notamment autour d’une berline à quatre portes et de différentes configurations mécaniques. Des prototypes associant des éléments Panhard et Citroën témoignent également des recherches menées pendant cette période. Aucun de ces projets ne donne naissance à une nouvelle gamme de voitures particulières Panhard.
Le nom 24 possède par ailleurs une signification historique : il fait référence aux 24 Heures du Mans, compétition dans laquelle Panhard s’est illustré avec des voitures de petite cylindrée et des carrosseries aérodynamiques. La Panhard CD appartient à cet univers sportif, mais reste un modèle distinct de la Panhard 24 de série. Les performances obtenues en endurance par ces voitures de compétition ne doivent donc pas être attribuées au coupé routier.
La disparition de la Panhard 24 en 1967 met un terme à une longue tradition de construction de voitures particulières sous le nom Panhard. L’entreprise poursuit ensuite d’autres activités industrielles, notamment dans le domaine des véhicules militaires, tandis que ses dernières automobiles entrent progressivement dans l’univers de la collection.
La Panhard 24 en collection : versions recherchées et points de vigilance
La Panhard 24 occupe une place particulière parmi les voitures françaises de collection. Sa production relativement limitée, son esthétique originale et son statut de dernier modèle de tourisme de la marque attirent les amateurs d’automobiles des années 1960. Les coupés CT sont les plus représentés parmi les exemplaires produits, tandis que les versions BA se distinguent par leur extrême rareté.
Le choix d’un exemplaire dépend avant tout de son état structurel et de la qualité de son entretien. La corrosion doit être recherchée avec attention dans les bas de caisse, les planchers, les passages de roue et les zones de fixation des éléments mécaniques. La conception particulière de la carrosserie impose de vérifier soigneusement les réparations anciennes et les éventuelles déformations.
Le moteur bicylindre demande des compétences spécifiques. Son refroidissement par air, sa distribution originale et ses réglages nécessitent une bonne connaissance de la mécanique Panhard. Une restauration approximative ou un entretien inadapté peuvent compromettre sa fiabilité. L’état de la transmission, des suspensions et du système de freinage mérite également une inspection approfondie.
L’authenticité constitue un autre critère important. Les différences entre versions ne se limitent pas aux monogrammes : motorisation, empattement, instrumentation, équipements et freinage peuvent varier. L’identification du type, du numéro de série et des caractéristiques d’origine permet de distinguer une voiture conforme d’un exemplaire ayant subi des transformations.
Les clubs spécialisés jouent un rôle essentiel dans la préservation de ces automobiles. Ils contribuent à la connaissance des évolutions par millésime, à l’identification des pièces et à la transmission des méthodes d’entretien. Pour une Panhard 24 destinée à rouler régulièrement, la disponibilité des composants mécaniques spécifiques et la qualité des interventions précédentes restent des éléments déterminants lors de l’achat.



