Pegaso Z-102

Pegaso Z-102

Présentée en 1951, la Pegaso Z-102 est une voiture de sport espagnole conçue pour rivaliser avec les GT les plus prestigieuses de son époque. Développée par ENASA sous la direction de l’ingénieur Wifredo Ricart, elle associe un V8 sophistiqué, une boîte à cinq rapports, une architecture mécanique originale et des carrosseries réalisées par plusieurs grands noms de la carrosserie européenne. Produite en très petite série, elle demeure l’une des automobiles les plus ambitieuses de l’industrie espagnole des années 1950.

Fiche technique de la Pegaso Z-102

CaractéristiqueDonnée
ConstructeurENASA, marque Pegaso
Première présentation publique1951, Salon de Paris
Période de production généralement retenue1951-1958
CatégorieVoiture de sport et grand tourisme
CarrosseriesCoupé, berlinette, cabriolet et spider selon les exemplaires
Architecture moteurV8 à 90 degrés
Cylindrées principalesEnviron 2 500, 2 800 et 3 200 cm³
DistributionQuatre arbres à cames en tête, 16 soupapes
AlimentationCarburateurs, notamment Weber selon les versions
SuralimentationAtmosphérique ou avec compresseur selon la configuration
PuissanceEnviron 165 ch pour certaines versions de 2,5 litres ; jusqu’à environ 195 ch pour une version atmosphérique de 3,2 litres, davantage sur certaines versions compressées
CoupleEnviron 245 Nm à 3 500 tr/min pour une configuration de 3,2 litres donnée à 195 ch
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionRoues arrière motrices, boîte manuelle à cinq rapports
Architecture de transmissionBoîte-pont arrière de type transaxle
ChâssisStructure métallique semi-monocoque
Suspension avantIndépendante, triangles superposés et barres de torsion
Suspension arrièreEssieu de Dion, barres de torsion et amortisseurs
FreinsQuatre tambours
RouesJantes de 16 pouces sur certaines configurations
Pneumatiques195 VR 16 sur une configuration de 3,2 litres documentée
LongueurEnviron 4 100 mm pour une configuration répertoriée
LargeurEnviron 1 650 mm pour une configuration répertoriée
HauteurEnviron 1 290 mm pour une configuration répertoriée
PoidsValeurs publiées variables, notamment autour de 990 à 1 200 kg selon les exemplaires et les fiches consultées
Vitesse maximaleEnviron 200 à 205 km/h pour certaines versions de route ; davantage pour les variantes spéciales
ConsommationEnviron 14,5 l/100 km dans une fiche consacrée à une GT Touring
Production totaleEnviron 84 exemplaires selon le décompte le plus fréquemment cité

La naissance de la Pegaso Z-102 sous la direction de Wifredo Ricart

ENASA, acronyme d’Empresa Nacional de Autocamiones S.A., est créée en 1946 pour développer la production espagnole de véhicules industriels. Ses installations de Barcelone proviennent en partie de l’ancienne activité d’Hispano-Suiza. L’entreprise se consacre principalement aux camions et aux autobus, mais Wifredo Ricart souhaite également démontrer que l’industrie nationale peut concevoir une automobile de sport de très haut niveau.

Ingénieur expérimenté, Ricart a notamment travaillé chez Alfa Romeo avant de rentrer en Espagne. Il imagine une voiture qui ne se contente pas d’une carrosserie spectaculaire : la mécanique doit elle aussi témoigner d’un savoir-faire avancé. Le projet reçoit la désignation Z-102 et mobilise les compétences techniques d’ENASA, avec une attention particulière portée au moteur, au châssis et à la transmission.

Un prototype est développé en 1951, avant la présentation publique de la Z-102 au Salon de l’automobile de Paris en octobre de la même année. La voiture attire l’attention par son architecture mécanique ambitieuse et par son positionnement inhabituel pour un constructeur espagnol. Elle n’est pas destinée à devenir un modèle populaire, mais une vitrine technologique capable de porter l’image de Pegaso au-delà du marché national.

La réalisation s’inscrit toutefois dans un contexte industriel difficile. Une automobile aussi complexe coûte cher à développer et à fabriquer, tandis que les débouchés commerciaux restent limités. Cette situation explique en partie la production confidentielle du modèle et l’arrêt du programme après quelques années d’activité.

Des carrosseries signées par de grands spécialistes européens

La Pegaso Z-102 ne possède pas une silhouette unique. ENASA réalise les premières carrosseries, puis fait appel à des carrossiers indépendants afin de proposer différentes interprétations de la voiture. Cette diversité est essentielle pour comprendre les exemplaires conservés aujourd’hui : deux Z-102 peuvent partager la même base mécanique tout en présentant des proportions et des détails très différents.

La Carrozzeria Touring de Milan compte parmi les partenaires les plus importants. Ses berlinettes adoptent une ligne basse et fluide, avec un long capot, un habitacle compact et des ailes intégrées à la carrosserie. La technique Superleggera, qui repose sur une ossature tubulaire légère recouverte de panneaux métalliques, convient particulièrement à une voiture dont les performances doivent s’accompagner d’une masse contenue.

Le carrossier français Saoutchik propose une approche plus démonstrative. Certaines de ses réalisations se distinguent par des ailes très sculptées, des surfaces complexes et une décoration chromée généreuse. Elles donnent à la Z-102 une allure plus théâtrale que les berlinettes Touring, tout en conservant son identité mécanique.

Le constructeur espagnol fait également appel à Serra, tandis que les carrosseries ENASA comprennent des coupés et des cabriolets. Des projets particuliers, comme la Coupola et la Thrill réalisée par Touring, témoignent de la liberté laissée aux carrossiers. Ces créations expérimentales ne doivent cependant pas être confondues avec les configurations ordinaires destinées à la route.

Cette production artisanale explique pourquoi les dimensions, le poids et certains équipements varient d’un exemplaire à l’autre. Pour identifier précisément une Z-102, le nom du carrossier et le numéro de châssis sont donc aussi importants que la désignation du modèle.

Un V8 sophistiqué et une architecture mécanique originale

La principale singularité de la Pegaso Z-102 réside dans son moteur. ENASA développe un V8 à 90 degrés en alliage léger, doté de quatre arbres à cames en tête, soit deux par rangée de cylindres. Cette architecture est particulièrement élaborée pour une voiture de route du début des années 1950. Le moteur dispose également d’une lubrification par carter sec, une solution adaptée à une utilisation sportive soutenue.

La cylindrée initiale est d’environ 2,5 litres. Le développement conduit ensuite à des versions de 2,8 et 3,2 litres. La puissance dépend de la cylindrée et de la configuration retenue. Les versions atmosphériques les plus puissantes dépassent les 190 ch, tandis que certaines variantes équipées d’un compresseur atteignent des valeurs nettement supérieures. Ces chiffres concernent des configurations précises et ne peuvent pas être appliqués indistinctement à toutes les Z-102.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La transmission se distingue par une boîte manuelle à cinq rapports placée à l’arrière avec le pont, selon une architecture transaxle. Cette disposition contribue à équilibrer les masses entre les deux essieux et souligne l’ambition technique du projet.

Le châssis fait lui aussi appel à des solutions recherchées. À l’avant, les roues bénéficient d’une suspension indépendante à triangles superposés et barres de torsion. À l’arrière, un essieu de Dion maintient les roues reliées tout en séparant le différentiel du dispositif mobile. Les barres de torsion et les amortisseurs complètent l’ensemble. Cette combinaison vise à concilier tenue de route, précision mécanique et comportement adapté à une voiture de hautes performances.

Le freinage repose sur quatre tambours. Sur certaines configurations, les freins arrière sont placés près de la transmission afin de limiter les masses non suspendues. Malgré l’absence de disques modernes ou d’assistance électronique, l’ensemble témoigne d’une conception ambitieuse pour son époque.

Performances, records et ambitions sportives

La Z-102 est conçue pour démontrer que Pegaso peut rivaliser avec les grandes marques européennes de voitures de sport. Sa mécanique sophistiquée, sa boîte à cinq rapports et ses carrosseries légères lui permettent d’afficher des performances remarquables pour le début des années 1950. Les chiffres exacts varient néanmoins selon la cylindrée, la suralimentation et la carrosserie. Une berlinette de route ne doit donc pas être assimilée à une voiture spéciale préparée pour un record.

L’épisode le plus célèbre est la tentative de vitesse organisée à Jabbeke, en Belgique, en 1953. Une Z-102 spécialement préparée, équipée d’un moteur suralimenté et d’une carrosserie adaptée, atteint environ 241 km/h selon les récits historiques. Cette performance illustre le potentiel de la voiture, mais elle ne constitue pas un record mondial homologué incontestable pour une automobile de série. Certaines communications historiques ont entretenu la confusion entre vitesse revendiquée et record officiellement reconnu.

Pegaso cherche également à se mesurer aux constructeurs sportifs en compétition. Pour les 24 Heures du Mans 1953, des spiders spécifiques sont préparés avec le concours de Touring. Le programme n’aboutit pas à une participation effective à la course, les voitures étant retirées après un accident survenu pendant les préparatifs. La Z-102 ne construit donc pas son prestige sur une série de victoires internationales, mais davantage sur ses choix techniques et sur la rareté de ses réalisations.

Les projets de compétition et de record demeurent importants dans l’histoire de la marque, car ils permettent de mettre en avant les capacités du V8 et la qualité du châssis. Ils montrent aussi les limites d’un programme coûteux, développé par un constructeur dont l’activité principale reste tournée vers les véhicules industriels.

Production confidentielle et place dans l’histoire de Pegaso

La production de la Z-102 est généralement évaluée à environ 84 exemplaires, même si certains décomptes donnent un chiffre légèrement différent selon qu’ils incluent les prototypes ou certaines voitures incomplètes. La diversité des carrossiers et les particularités de chaque châssis rendent toute répartition définitive délicate. Cette faible diffusion explique la rareté actuelle du modèle, particulièrement recherchée dans ses configurations Touring et Saoutchik.

Les prix de collection varient fortement selon la carrosserie, l’authenticité, l’état de conservation et l’historique. En février 2020, un cabriolet ENASA de 1952 doté d’un V8 de 2,8 litres a été vendu aux enchères à Paris pour 713 000 euros, frais inclus. Ce résultat concerne un exemplaire déterminé et ne constitue pas une cote générale applicable à toutes les Z-102.

La fin du programme de voitures de sport intervient dans la seconde moitié des années 1950. La Z-103, développée ensuite dans une optique de simplification, ne représente pas une nouvelle génération produite à grande échelle. Pegaso revient progressivement à son activité industrielle principale, consacrée notamment aux camions et aux autobus. Le Pegaso Comet illustre cette orientation vers les véhicules industriels, qui constitue le cœur durable de l’entreprise.

La Z-102 conserve ainsi une place particulière dans l’histoire automobile espagnole. Sa production limitée, ses V8 à quatre arbres à cames en tête et la variété de ses carrosseries en font un modèle dont chaque exemplaire doit être étudié selon son châssis, son moteur et son carrossier plutôt qu’à partir d’une fiche technique unique.

Marque Pegaso

Année de sortie 1951

Catégories