La Porsche 928 apparaît en 1977 avec une ambition inhabituelle pour la marque : proposer un grand coupé 2+2 à moteur V8 avant, conçu pour les longues distances et suffisamment moderne pour prendre éventuellement la relève de la 911. Présentée au Salon de Genève en mars 1977, elle inaugure une architecture entièrement nouvelle chez Porsche et devient le premier modèle de série de la marque équipé d’un V8 refroidi par eau.
Une nouvelle Porsche à moteur avant
Le projet de la 928 démarre en 1971, dans un contexte où Porsche réfléchit à l’avenir de sa gamme. La 911 reste la sportive emblématique, mais son architecture à moteur arrière et les contraintes croissantes en matière de sécurité et d’émissions poussent la direction à étudier une voiture différente. L’objectif est alors de créer une GT plus confortable, plus polyvalente et mieux adaptée aux marchés internationaux, notamment aux États-Unis.
Le développement est mené sous la responsabilité d’Ernst Fuhrmann, tandis que le style est placé sous la direction d’Anatole Lapine. Wolfgang Möbius et Hans-Georg Kasten participent notamment à la conception. La silhouette retenue rompt avec les formes de la 911 : long capot, pavillon fluide, surfaces très lisses et partie arrière fastback avec hayon. Les phares escamotables installés dans les ailes avant participent fortement à son identité.
La crise pétrolière de 1973 intervient pendant la mise au point. Le V8 initialement envisagé évolue finalement vers une cylindrée de 4,5 litres, avec un rapport volumétrique adapté aux carburants disponibles à cette période. Le moteur conserve toutefois une architecture ambitieuse pour une GT de série, avec un bloc en alliage léger et une distribution à quatre arbres à cames.
La 928 est présentée au public en mars 1977 à Genève. Les premières voitures de série correspondent à l’année-modèle 1978. En 1978, elle reçoit le titre de Voiture européenne de l’année, une distinction particulièrement remarquable puisqu’elle est la première voiture de sport à l’obtenir.
Le principe Transaxle de la 928
L’une des particularités fondamentales de la 928 est son architecture Transaxle. Le V8 est installé longitudinalement à l’avant, tandis que la boîte de vitesses et le différentiel sont regroupés à l’arrière. Cette disposition permet de déplacer une partie importante des masses vers l’essieu arrière et d’obtenir une répartition plus équilibrée que celle d’une voiture à moteur avant et boîte accolée au moteur.
Cette solution n’est pas isolée dans la gamme Porsche. Le Porsche 924 adopte lui aussi une architecture Transaxle, avant que la famille ne soit complétée par d’autres modèles à moteur avant. La 928 se distingue cependant immédiatement par son V8 et son positionnement de grand tourisme haut de gamme.
Le châssis reçoit des roues indépendantes et un essieu arrière Weissach particulièrement sophistiqué. Sa géométrie permet de modifier passivement le pincement lors des mouvements de la suspension, contribuant à stabiliser la voiture en virage et lors des phases de décélération. La direction à crémaillère est assistée et les quatre roues disposent de freins à disque.
La carrosserie fait également appel à des solutions destinées à limiter la masse. Les portes, les ailes avant et le capot sont notamment réalisés en aluminium. Les pare-chocs intégrés utilisent des éléments capables d’absorber de petits chocs sans déformation permanente, conformément aux exigences auxquelles Porsche souhaitait répondre sur les marchés internationaux.
Fiche technique de la Porsche 928
| Caractéristique | Porsche 928 initiale |
|---|---|
| Architecture moteur | V8 à 90°, refroidi par eau |
| Cylindrée | 4 474 cm³ |
| Distribution | 4 arbres à cames en tête, 16 soupapes |
| Alimentation | Injection mécanique Bosch K-Jetronic |
| Puissance maximale | 240 ch (176 kW) à 5 500 tr/min |
| Couple maximal | 350 Nm à 3 600 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion arrière, architecture Transaxle |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports ou automatique selon configuration |
| Structure | Carrosserie monocoque avec éléments en aluminium |
| Suspension avant | Roues indépendantes à double triangulation |
| Suspension arrière | Essieu Weissach indépendant |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Empattement | 2 500 mm |
| Longueur | Environ 4,45 à 4,48 m selon les données retenues pour les premiers modèles |
| Largeur | Environ 1,84 m |
| Hauteur | Environ 1,28 m |
| Poids à vide | Environ 1 450 kg |
| Vitesse maximale | 230 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,2 à 7,5 s selon les conditions et les mesures d’époque |
| Carrosserie | Coupé 2+2 à deux portes et hayon |
Des évolutions qui transforment progressivement la 928
La première 928 utilise son V8 de 4,5 litres et développe 240 ch. Porsche fait rapidement évoluer le modèle. La 928 S apparaît à la fin des années 1970 avec un moteur porté à 4,7 litres et une puissance de 300 ch. Au fil des années, la gestion moteur, la transmission et les équipements progressent, tandis que la puissance augmente.
Au début des années 1980, la 928 S évolue notamment grâce à l’injection électronique et atteint 310 ch. Une évolution à moteur 5,0 litres et quatre soupapes par cylindre apparaît ensuite sur certains marchés sous l’appellation S3, avant la généralisation de cette architecture avec la 928 S4 à partir de 1986. Cette dernière reçoit un V8 5,0 litres de 320 ch et une carrosserie profondément remaniée.
La gamme se diversifie encore avec la S4 Club Sport, conçue dans une logique d’allègement et de comportement plus sportif, puis avec la 928 GT lancée en 1989. La GT développe 330 ch et adopte une définition plus dynamique que la S4 tout en conservant l’architecture générale du modèle.
Au début des années 1990, Porsche prépare la dernière évolution majeure. Présentée en 1991, la GTS reçoit un V8 porté à 5,4 litres et développe 350 ch. Elle se distingue aussi visuellement par ses ailes arrière élargies et plusieurs éléments spécifiques. Pour découvrir cette ultime évolution séparément, voir la Porsche 928 GTS.
La production de la famille 928 s’achève en 1995. Contrairement à ce que la stratégie initiale pouvait laisser penser, la 928 n’a pas remplacé la 911. Les deux modèles ont finalement coexisté pendant toute la carrière de la GT à moteur avant. La Porsche 911 poursuit ensuite seule cette lignée de sportive à moteur arrière au sein de la gamme.
Production, séries spéciales et records
Porsche a produit 61 056 exemplaires de la famille 928 entre 1977 et 1995. Les chiffres détaillés par version diffèrent toutefois selon les bases historiques et les méthodes de comptabilisation. Le total constructeur constitue donc la référence la plus solide pour l’ensemble de la carrière du modèle.
Plusieurs séries et événements ont marqué cette production. En 1981, une série spéciale de 928 S limitée à 140 exemplaires reçoit notamment une finition Meteor Metallic et un intérieur spécifique. En 1982, une 928 S engagée à Nardò établit un record d’endurance en parcourant 6 033 km en 24 heures, soit une moyenne de 251,4 km/h.
La 928 connaît également des engagements sportifs plus ponctuels. Des exemplaires participent notamment aux 24 Heures du Mans en 1983 et 1984. La voiture engagée en 1984 termine 22e, après une première tentative interrompue l’année précédente par un problème mécanique.
La carrière de la 928 comprend aussi des projets restés sans suite commerciale. Porsche étudie notamment une 928 S4 Cabriolet ainsi qu’une 928-4 Shooting Brake. Ces véhicules expérimentaux ne doivent pas être confondus avec des versions de série de la 928.
Une GT reconnaissable entre toutes
Le dessin de la 928 constitue l’un de ses éléments les plus caractéristiques. Les phares escamotables sont intégrés aux ailes avant et peuvent être relevés pour faire apparaître leurs optiques circulaires. Le capot très long, le pare-brise fortement incliné, les surfaces vitrées importantes et le hayon arrière donnent à la voiture une silhouette différente de celle des Porsche contemporaines à moteur arrière.
La première 928 se reconnaît également à sa présentation relativement sobre par rapport aux versions ultérieures. Les éléments aérodynamiques restent discrets et la carrosserie conserve une apparence de grand coupé plutôt que de sportive radicale. Les évolutions successives ajoutent progressivement des spoilers, des roues plus larges et des éléments de carrosserie spécifiques.
Cette distinction est importante pour éviter de mélanger la 928 originelle avec la S4 ou la GTS. La première version dispose du V8 4,5 litres de 240 ch, alors que les versions les plus tardives atteignent 5,4 litres et 350 ch. Les dimensions de roues, certains équipements, les éléments aérodynamiques et une partie des caractéristiques techniques changent également au cours de la carrière.
La 928 appartient ainsi à une génération de Porsche à moteur avant qui comprend également la Porsche 944. Son positionnement reste toutefois particulier : contrairement aux quatre cylindres Transaxle plus accessibles, elle associe cette architecture à un V8 et à une vocation de grande routière. Cette combinaison explique la place singulière qu’elle occupe dans l’histoire de Porsche jusqu’à l’arrêt de sa production en 1995.





