Porsche 924

Porsche 924

Une Porsche née d’un projet Volkswagen

La Porsche 924 apparaît en 1976 dans un contexte particulier. Son histoire commence en 1972 avec le projet EA 425, lancé à la demande de Volkswagen et confié à Porsche. L’objectif est alors de développer un nouveau coupé destiné à remplacer progressivement la Porsche 914. Le cahier des charges prévoit une architecture entièrement nouvelle pour la marque, avec un moteur quatre cylindres refroidi par eau placé à l’avant et une transmission de type Transaxle.

Volkswagen abandonne finalement le projet à la fin de 1974. Porsche rachète les droits et décide de transformer l’EA 425 en véritable modèle de sa propre gamme. La voiture est présentée en pré-série à La Grande-Motte en novembre 1975 avant son lancement commercial en 1976. Sa production est confiée à l’usine Audi de Neckarsulm, tandis que le développement technique est assuré par Porsche.

Le dessin est réalisé par Harm Lagaay sous la direction d’Anatole Lapine. La silhouette rompt avec les habitudes de Porsche : la 924 adopte un long capot, une ligne en coin, un vaste hayon et des phares escamotables. Elle se distingue ainsi nettement de la Porsche 911, qui conserve à cette époque son moteur six cylindres à plat installé à l’arrière.

Une architecture Transaxle inhabituelle chez Porsche

La principale particularité technique de la 924 réside dans son architecture Transaxle. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant, tandis que la boîte de vitesses se trouve à l’arrière. Les deux ensembles sont reliés par un long arbre de transmission placé dans un tube rigide. Cette disposition permet de mieux répartir les masses entre les deux essieux et constitue l’une des caractéristiques fondamentales de la famille des Porsche à moteur avant de cette période.

Le quatre cylindres atmosphérique de 1 984 cm3 provient à l’origine de la banque de composants Volkswagen Audi, mais Porsche apporte d’importantes modifications, notamment au niveau de la culasse. Avec son injection mécanique Bosch K-Jetronic, il développe 125 ch sur la version européenne initiale. La voiture reste une propulsion, avec une suspension indépendante et une carrosserie monocoque en acier.

Cette architecture accompagne une réorientation plus large de Porsche vers les modèles à moteur avant. La 924 est lancée peu avant la Porsche 928, conçue autour d’un V8 avant et d’une transmission Transaxle. Les deux voitures n’ont toutefois ni le même positionnement ni la même mécanique : la 924 constitue le modèle sportif compact et accessible de la gamme.

Fiche technique de la Porsche 924

CaractéristiquePorsche 924
Architecture moteur4 cylindres en ligne, essence, atmosphérique
Cylindrée1 984 cm3
AlimentationInjection mécanique Bosch K-Jetronic
Puissance125 ch à 5 800 tr/min
Couple maximalEnviron 165 Nm à 3 500 tr/min
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion, architecture Transaxle
Boîte de vitessesManuelle 4 rapports au lancement, puis 5 rapports selon millésime ; automatique 3 rapports disponible selon marché
StructureCarrosserie monocoque en acier
Suspension avantRoues indépendantes, jambes de force McPherson
Suspension arrièreRoues indépendantes, bras obliques et barres de torsion transversales
DirectionÀ crémaillère
FreinsDisques à l’avant, tambours à l’arrière sur la version atmosphérique de base
Roues et pneusRoues de 14 pouces ; notamment 185/70 HR14 selon configuration
Longueur4 213 mm
Largeur1 685 mm
Hauteur1 270 mm
Empattement2 400 mm
PoidsEnviron 1 080 kg sur la configuration initiale
Vitesse maximaleEnviron 200 km/h
0 à 100 km/hEnviron 9,6 à 9,9 secondes selon les mesures et documents d’époque
Réservoir62 litres
Coefficient aérodynamiqueEnviron 0,33 à 0,34 selon configuration et source

Une carrière qui donne naissance à plusieurs 924

La 924 évolue rapidement sans perdre son architecture fondamentale. Les premières voitures reçoivent une boîte manuelle à quatre rapports, tandis qu’une transmission à cinq rapports apparaît ensuite. Les équipements, les roues et certains éléments de carrosserie évoluent également au fil des millésimes. Il faut donc distinguer les caractéristiques de la première 924 de celles des modèles produits plus tard.

La transformation la plus importante intervient avec la 924 Turbo, présentée en 1978. Son moteur 2,0 litres reçoit un turbocompresseur et sa puissance atteint 170 ch dans sa première configuration européenne. Cette version adopte également des modifications de freinage, de refroidissement, de roues et de carrosserie. Elle constitue un dérivé spécifique et ne doit pas être confondue avec la 924 atmosphérique.

La même base donne naissance aux Carrera GT, Carrera GTS et Carrera GTR. Ces voitures beaucoup plus radicales exploitent le potentiel sportif du quatre cylindres turbo et servent notamment aux programmes de compétition. La Carrera GT atteint 210 ch et reçoit une préparation destinée à l’homologation en compétition.

En 1981, Porsche présente la 944, qui reprend le principe de la famille Transaxle tout en adoptant une carrosserie et une mécanique profondément remaniées. La Porsche 944 devient progressivement le modèle central de cette famille. La 924 poursuit néanmoins sa carrière jusqu’à l’apparition de la 924 S, équipée d’un quatre cylindres 2,5 litres issu de la 944.

Une silhouette immédiatement reconnaissable

La carrosserie de la 924 se distingue par ses proportions de coupé à moteur avant et son hayon arrière. Les phares escamotables permettent de conserver une face avant très basse lorsque ceux-ci sont fermés. L’absence de calandre traditionnelle, le capot étiré et la grande surface vitrée donnent à la voiture une identité très différente de celle des Porsche contemporaines à moteur arrière.

L’habitacle adopte une configuration 2+2, tandis que le hayon facilite l’accès à un espace arrière plus polyvalent que celui d’une sportive classique. La répartition des masses induite par la transmission Transaxle participe également au caractère particulier de la voiture. La 924 inaugure ainsi une conception qui sera reprise et perfectionnée sur plusieurs Porsche à moteur avant.

Son positionnement explique aussi pourquoi la comparaison avec la Porsche 356 doit rester historique plutôt que technique. La 356 appartient à une génération antérieure de voitures sportives Porsche, alors que la 924 ouvre une période dominée par les modèles à moteur avant refroidi par eau.

Production et premiers succès sportifs

La production de la famille 924 atteint 150 684 exemplaires jusqu’à la fin de sa carrière en 1988. Le modèle connaît rapidement un succès commercial important pour Porsche : dès 1977, il représente environ la moitié de la production de la marque. Le prix de lancement est fixé à 23 240 Deutsche Mark.

La 924 standard n’est pas conçue comme une voiture de compétition, mais sa plateforme sert de point de départ à plusieurs dérivés sportifs. Les Carrera GT et leurs évolutions participent notamment aux 24 Heures du Mans. En 1980, trois 924 Carrera GT Turbo officielles prennent le départ de l’épreuve, avec une sixième place au classement général pour la meilleure d’entre elles.

Les versions de compétition vont beaucoup plus loin que la voiture de série. La Carrera GTS utilisée par Walter Röhrl en championnat allemand des rallyes en 1981 développe ainsi des caractéristiques qui n’ont plus grand-chose à voir avec celles de la 924 atmosphérique de 125 ch. Cette distinction est essentielle pour comprendre la place de la 924 dans l’histoire sportive de Porsche sans attribuer à la version de base les performances de ses dérivés.

La production de la lignée se poursuit finalement avec la 924 S. Lancée en 1985, elle reçoit le quatre cylindres Porsche de 2,5 litres utilisé par la 944, d’abord avec 150 ch puis 160 ch. La dernière 924 S quitte l’usine de Neckarsulm en août 1988, mettant fin à une carrière de plus de douze ans pour cette famille de coupés à moteur avant et transmission Transaxle.