Lancé le 17 juin 1970, le Range Rover Classic est la première génération du Range Rover. Sa formule associe des capacités tout-terrain authentiques à un confort routier alors inhabituel dans cette catégorie : transmission intégrale permanente, V8, ressorts hélicoïdaux et quatre freins à disque. Produit jusqu’en 1996, il évolue pendant plus d’un quart de siècle, passant d’un robuste deux-portes à un 4×4 de luxe proposé avec plusieurs V8, des moteurs Diesel, une boîte automatique et, en fin de carrière, une suspension pneumatique.
Un nouveau type de Land Rover en 1970
Dans les années 1960, Rover cherche à développer un véhicule capable d’aller aussi loin hors route qu’un Land Rover tout en offrant un comportement, des performances et un confort mieux adaptés aux longs trajets. Le projet est étroitement associé à Charles Spencer King, dit Spen King. Le dessin fonctionnel élaboré autour de l’équipe d’ingénierie est affiné par David Bache, responsable du style Rover.
Le développement prend forme au cours de la seconde moitié des années 1960. Des prototypes circulent sous le nom Velar afin de dissimuler leur véritable identité. Cette appellation, bien antérieure au SUV Range Rover Velar moderne, est donc à l’origine un nom de camouflage. Vingt véhicules sont ensuite préparés en mai 1970 pour le lancement presse, avant la présentation officielle du Range Rover le mois suivant.
Le modèle initial est volontairement simple. Il ne possède que deux portes latérales, un intérieur facilement lavable et une présentation beaucoup moins luxueuse que celle des Range Rover ultérieurs. Sa différence avec les Land Rover traditionnels tient surtout à sa conception mécanique : là où la branche devenue plus tard le Land Rover Defender conserve une forte vocation utilitaire, le Range Rover accorde dès l’origine une importance beaucoup plus grande au confort, à la vitesse sur route et à la polyvalence.
Une architecture conçue pour la route et le tout-terrain
Le Range Rover repose sur un châssis séparé de type échelle et conserve deux essieux rigides, mais adopte des ressorts hélicoïdaux à grand débattement. Cette solution améliore sensiblement le confort par rapport aux ressorts à lames des Land Rover contemporains sans sacrifier les mouvements de suspension nécessaires en terrain difficile. Un dispositif Boge Hydromat participe au maintien de l’assiette arrière sur les configurations qui en sont équipées.
Le premier moteur est le Rover V8 de 3 528 cm³, installé longitudinalement à l’avant. Ce V8 atmosphérique en alliage léger reçoit deux carburateurs et développe, dans la spécification britannique de lancement, 135 bhp à 4 750 tr/min pour environ 251 Nm à 2 500 tr/min. Les valeurs publiées dans d’autres normes de puissance peuvent différer, ce qui explique que certaines fiches historiques affichent un chiffre inférieur.
La transmission LT95 réunit une boîte manuelle à quatre rapports et une boîte de transfert proposant des gammes longue et courte. Surtout, les quatre roues sont entraînées en permanence grâce à un différentiel central verrouillable. Cette transmission intégrale permanente constitue l’une des caractéristiques essentielles du Range Rover, aussi importante pour sa motricité hors route que pour son comportement sur chaussée.
Les quatre roues disposent de freins à disque dès 1970. Au fil des années, la mécanique évolue profondément : boîtes manuelles à cinq rapports, transmissions automatiques, injection électronique et cylindrées supérieures apparaissent progressivement. Malgré ces transformations, le principe fondateur reste celui d’un véritable tout-terrain capable d’être utilisé quotidiennement sur route.
Fiche technique de la Range Rover Classic
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Période de production | 1970 à 1996 |
| Configuration d’origine | 2 portes latérales, moteur avant longitudinal |
| Architecture | Châssis séparé de type échelle, deux essieux rigides |
| Moteur de lancement | V8 Rover essence atmosphérique à 90° |
| Cylindrée de lancement | 3 528 cm³ |
| Alimentation de lancement | Deux carburateurs |
| Puissance de lancement | 135 bhp à 4 750 tr/min, spécification britannique |
| Couple de lancement | Environ 251 Nm à 2 500 tr/min |
| Autres motorisations | V8 3,5 litres, V8 3,9 litres, V8 4,2 litres LSE, Diesel VM 2,4 et 2,5 litres, 200Tdi, 300Tdi selon années et marchés |
| Transmission | 4 roues motrices permanentes, gamme courte et différentiel central verrouillable |
| Boîte d’origine | Manuelle LT95 à 4 rapports avec boîte de transfert intégrée |
| Boîtes ultérieures | Manuelles 5 rapports et automatiques 3 puis 4 rapports selon versions |
| Suspension | Essieux rigides, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques |
| Suspension tardive | Suspension pneumatique électronique sur LSE |
| Freins | Disques aux quatre roues dès 1970, ABS sur versions ultérieures |
| Empattement standard | 2 540 mm, 100 pouces |
| Empattement LSE | Environ 2 743 mm, 108 pouces |
| Longueur | Environ 4 445 mm en empattement standard, variable selon version |
| Largeur | Environ 1 781 mm selon version |
| Hauteur | Environ 1,78 à 1,80 m selon version |
| Vitesse maximale du modèle initial | Environ 145 à 155 km/h selon mesure et spécification |
| 0 à 100 km/h du modèle initial | Environ 14 s selon les mesures d’époque |
| Production totale | 317 615 exemplaires |
Du deux-portes rustique au 4×4 de luxe
L’évolution du Classic est progressive plutôt qu’organisée autour de changements complets de génération. Le quatre-portes apparaît en 1981 et transforme son potentiel familial. Une boîte automatique devient disponible peu après. L’habitacle gagne simultanément en qualité, en équipement et en raffinement, au point que le modèle initialement pensé comme un véhicule polyvalent finit par devenir une référence du 4×4 haut de gamme.
L’appellation Range Rover Vogue accompagne particulièrement cette montée en gamme. D’abord associée à une série plus exclusive, elle prend une importance croissante dans l’offre. Moquettes, selleries plus raffinées, équipements de confort et présentation intérieure évoluent considérablement, sans imposer une rupture avec la silhouette originelle.
La gamme mécanique suit le même mouvement. Le V8 3,5 litres reçoit l’injection sur certaines versions avant que le 3,9 litres ne prenne une place importante à partir de la fin des années 1980. Le Classic s’ouvre aussi au Diesel : moteurs VM Motori 2,4 puis 2,5 litres, suivis des quatre-cylindres Land Rover 200Tdi et 300Tdi. Ces derniers répondent mieux aux attentes européennes en matière de consommation et d’autonomie.
En 1989, le Range Rover reçoit l’ABS sur les versions concernées, une première revendiquée pour un 4×4. Le début des années 1990 apporte d’autres évolutions majeures. Le LSE allonge l’empattement de 100 à 108 pouces, utilise un V8 4,2 litres et reçoit une suspension pneumatique électronique. L’antipatinage électronique apparaît également en 1992. À ce stade, le véhicule est techniquement et commercialement très éloigné du Range Rover dépouillé de 1970.
Une silhouette restée identifiable pendant 26 ans
La longévité du Classic tient aussi à un dessin qui évolue sans perdre ses proportions fondamentales. Son capot enveloppant, sa ceinture de caisse presque horizontale, son pavillon plat, ses grandes surfaces vitrées et son hayon en deux parties établissent plusieurs codes encore associés au Range Rover. Les premiers modèles se reconnaissent immédiatement à leur face avant sobre à phares ronds et à leur carrosserie deux-portes.
La construction mêle acier et aluminium. Le châssis et une partie de la structure sont en acier, tandis que plusieurs panneaux extérieurs utilisent l’aluminium. Le Range Rover Classic ne possède donc pas une carrosserie entièrement en aluminium, même si ce matériau participe à sa conception et constitue une caractéristique historique importante des véhicules Rover et Land Rover.
La carrosserie quatre-portes modifie l’usage sans bouleverser la silhouette. Les années suivantes apportent de nouveaux pare-chocs, calandres, jantes, habillages et aménagements intérieurs. Les derniers exemplaires adoptent notamment le tableau de bord souvent appelé « soft dash », qui rapproche visuellement leur habitacle de celui des modèles Land Rover plus récents.
Expéditions, Dakar et démonstrations d’endurance
Les capacités du Range Rover sont rapidement mises en avant loin des routes. En 1972, deux exemplaires participent à l’expédition britannique Trans-Americas reliant l’Alaska à la Terre de Feu, avec notamment la difficile traversée du Darién. Deux ans plus tard, une autre expédition traverse le Sahara sur environ 12 000 km en cent jours. Ces opérations contribuent à installer l’image d’un véhicule capable de concilier grandes distances et franchissement.
La compétition confirme cette réputation. Un Range Rover remporte la première édition du Paris-Dakar en 1979, avec Alain Génestier, Joseph Terbiaut et Jean Lemordant. Le modèle s’impose de nouveau au Dakar en 1981 avec René Metge et Bernard Giroux. Son palmarès et ses expéditions ne transforment pas le Classic en véhicule de compétition à proprement parler, mais démontrent les possibilités d’une architecture conçue dès l’origine pour un usage tout-terrain exigeant.
Cette base technique joue également un rôle dans le développement d’autres véhicules de la marque. Le Land Rover Discovery, lancé à la fin des années 1980, exploite une architecture étroitement apparentée tout en visant un positionnement plus accessible. L’arrivée de ce modèle permet au Range Rover de poursuivre plus nettement encore sa progression vers le luxe.
Du Range Rover originel au nom Classic
Le nom « Range Rover Classic » peut prêter à confusion lorsqu’il est appliqué aux exemplaires des années 1970 ou 1980. Lors de son lancement, le véhicule s’appelle simplement Range Rover. Le qualificatif Classic apparaît tardivement afin de distinguer la première génération du nouveau modèle développé pour lui succéder. Employer aujourd’hui « Range Rover Classic » pour l’ensemble de la génération 1970-1996 est donc pratique et consacré, mais il s’agit d’une dénomination rétrospective pour la majeure partie de sa carrière.
Le Range Rover P38 est présenté en 1994 avec une carrosserie entièrement renouvelée et une conception plus moderne. Contrairement à ce que peut laisser penser cette date, le Classic ne disparaît pas immédiatement. Les deux générations coexistent pendant environ deux ans, et la production du modèle originel se poursuit jusqu’en 1996.
Au total, 317 615 Range Rover Classic sont produits. Sur cette période, le modèle conserve la même idée fondamentale tout en changeant profondément de statut : le véhicule deux-portes relativement dépouillé de 1970 devient progressivement un 4×4 haut de gamme à quatre portes, boîte automatique, V8 à injection, ABS, antipatinage et même suspension pneumatique. Cette évolution explique pourquoi un Classic de 1970 et un LSE des années 1990 partagent une identité immédiatement reconnaissable malgré des niveaux d’équipement et des caractéristiques très différents.




