Présenté le 17 juin 1970, le Range Rover naît d’une idée alors peu commune : réunir les capacités tout-terrain d’un Land Rover et les qualités routières d’une automobile confortable. Avec son V8, ses quatre roues motrices permanentes, ses ressorts hélicoïdaux et ses quatre freins à disque, il s’éloigne nettement des 4×4 utilitaires de son époque. Pourtant, le premier Range Rover n’est pas encore le véhicule de grand luxe auquel son nom sera ensuite associé. Son habitacle est simple, robuste et conçu pour supporter un usage intensif.
Cette première génération reste produite jusqu’en 1996 après avoir profondément évolué pendant plus d’un quart de siècle. Elle ne prend le nom de Range Rover Classic que rétrospectivement, afin de la différencier de la deuxième génération apparue en 1994. Les caractéristiques du modèle de 1970 doivent donc être distinguées de celles des versions plus puissantes, plus luxueuses et parfois plus longues commercialisées ultérieurement.
Du projet Road Rover au lancement de 1970
Rover réfléchit depuis les années 1950 à un véhicule plus routier que ses Land Rover traditionnels. Le programme qui aboutit réellement au Range Rover prend forme au milieu des années 1960. Charles Spencer King, dit Spen King, et l’ingénieur Gordon Bashford jouent un rôle déterminant dans son architecture. L’objectif est de conserver de véritables aptitudes hors route tout en obtenant un véhicule capable de rouler rapidement et confortablement sur de longues distances.
Le contraste est important avec un modèle comme le Land Rover Series 2A, conçu avant tout comme un outil polyvalent et robuste. Pour le futur Range Rover, Rover retient notamment un V8 essence léger, des ressorts hélicoïdaux à grand débattement et une transmission intégrale permanente. Le projet est ainsi pensé dès l’origine pour dépasser la traditionnelle opposition entre véhicule tout-terrain et voiture routière.
Les proportions générales résultent largement des impératifs définis par King et Bashford. David Bache, responsable du style chez Rover, affine ensuite le dessin et plusieurs détails extérieurs. Cette genèse explique la forme très fonctionnelle du véhicule : capot horizontal, surfaces vitrées généreuses, montants relativement fins, porte-à-faux courts et carrosserie haute aux lignes simples.
En 1969, les prototypes de préproduction circulent sous le nom Velar afin de dissimuler leur identité. Vingt-six exemplaires sont ainsi badgés avant la présentation du modèle définitif. Le Range Rover est officiellement lancé en juin 1970 sous la forme d’un trois portes. Il est construit à Solihull, en Angleterre, site historique de Rover puis de Land Rover.
Une architecture technique inhabituelle pour un 4×4
Le premier Range Rover repose sur un châssis séparé en acier et conserve deux essieux rigides, une solution parfaitement adaptée à ses ambitions tout-terrain. Sa différence majeure réside dans l’emploi de ressorts hélicoïdaux à grand débattement, complétés à l’arrière par un dispositif d’aide au maintien de l’assiette. Cette architecture améliore à la fois l’articulation des essieux sur terrain difficile et le confort sur route.
La transmission intégrale permanente constitue une autre caractéristique fondamentale. La boîte manuelle LT95 à quatre rapports est associée à une boîte de transfert proposant gammes longue et courte ainsi qu’un différentiel central verrouillable. Contrairement à de nombreux 4×4 contemporains utilisant normalement deux roues motrices sur route, le Range Rover transmet donc en permanence le mouvement aux deux essieux.
Sous le capot se trouve le Rover V8 de 3 528 cm3, moteur en aluminium issu du V8 d’origine Buick acquis par Rover. Alimenté par deux carburateurs Zenith-Stromberg sur les premières voitures, il développe autour de 130 à 135 bhp selon la configuration et la documentation considérée. Le couple atteint environ 251 Nm dans la spécification initiale documentée. Le moteur est implanté longitudinalement à l’avant.
Les quatre freins à disque sont particulièrement remarquables en 1970 pour un véhicule tout-terrain. Le Range Rover peut atteindre environ 153 km/h, performance qui contribue à démontrer qu’un 4×4 doté de grandes capacités de franchissement peut également maintenir un rythme élevé sur route. Cette polyvalence technique est plus importante dans l’histoire du modèle que la recherche de performances pures.
Fiche technique du Range Rover
| Caractéristique | Range Rover de lancement |
|---|---|
| Année de lancement | 1970 |
| Production de la première génération | 1970 à 1996 |
| Carrosserie au lancement | 3 portes, hayon arrière en deux parties |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, transmission intégrale permanente |
| Moteur | V8 Rover essence en aluminium |
| Cylindrée | 3 528 cm3 |
| Alimentation | Deux carburateurs Zenith-Stromberg |
| Puissance | Environ 130 à 135 bhp selon spécification |
| Couple | Environ 251 Nm à 2 500 tr/min dans la spécification initiale documentée |
| Boîte de vitesses | Manuelle LT95 à 4 rapports |
| Boîte de transfert | Gammes longue et courte |
| Différentiel central | Verrouillable |
| Châssis | Châssis séparé en acier |
| Suspension avant | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques, dispositif de maintien d’assiette |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Empattement | 2 540 mm, 100 pouces |
| Longueur | Environ 4,45 m |
| Largeur | Environ 1,78 m |
| Hauteur | Environ 1,80 m |
| Vitesse maximale | Environ 153 km/h |
| 0 à 60 mph | Environ 14 s |
| Site principal de production | Solihull, Royaume-Uni |
Un dessin fonctionnel devenu une signature
Le style du Range Rover de 1970 découle directement de sa fonction. Son capot enveloppant, son toit presque horizontal, ses grandes surfaces vitrées, sa ligne de caisse continue et son hayon arrière en deux parties constituent des éléments facilement reconnaissables. La face avant demeure très sobre, avec des projecteurs ronds et une calandre simple. Les panneaux extérieurs font largement appel à l’aluminium, montés autour d’une structure et d’un châssis qui ne sont pas intégralement réalisés dans ce matériau.
L’habitacle originel est beaucoup plus dépouillé que celui des Range Rover ultérieurs. Les matériaux et équipements sont choisis pour leur résistance et leur facilité d’entretien. Cette simplicité rappelle que Rover ne cherche pas encore à construire une limousine surélevée. Le luxe devient progressivement un élément central du modèle à mesure que la clientèle découvre qu’un véhicule aussi performant hors route peut également servir de grande voiture de voyage.
La silhouette résiste remarquablement au temps. Les générations ultérieures conserveront plusieurs principes établis dès 1970, notamment le pavillon flottant visuellement au-dessus des surfaces vitrées, la ceinture de caisse horizontale, les proportions verticales et le capot caractéristique. Cette continuité permettra au Range Rover de changer profondément sur le plan technique sans perdre son identité.
De trois portes rustique à 4×4 de prestige
La carrière exceptionnellement longue de la première génération entraîne de nombreuses transformations. Une carrosserie à quatre portes latérales apparaît en 1981 et facilite l’utilisation familiale du véhicule. Parallèlement, l’équipement intérieur s’enrichit et les présentations deviennent plus raffinées. Le Range Rover Vogue symbolise particulièrement cette montée en gamme, qui fait progressivement du modèle une référence du 4×4 haut de gamme.
La mécanique évolue elle aussi. Le V8 reçoit l’injection et voit sa cylindrée augmenter sur certaines versions, d’abord à 3,9 litres puis à 4,2 litres. Des moteurs diesel rejoignent également la gamme, avec notamment des blocs VM puis les 200Tdi et 300Tdi de Land Rover. Des transmissions automatiques apparaissent tandis que les boîtes manuelles évoluent. Le Range Rover des années 1990 est donc techniquement et commercialement très éloigné du trois portes à carburateurs présenté en 1970.
La gamme s’élargit encore avec des versions à empattement long, dont la LSE de 108 pouces. Ces évolutions renforcent le confort arrière et le positionnement luxueux sans abandonner l’architecture générale qui avait fait la réputation du modèle. Elles expliquent aussi pourquoi il est trompeur d’attribuer une seule puissance, un seul poids ou une seule longueur à l’ensemble des Range Rover produits entre 1970 et 1996.
Expéditions, Dakar et reconnaissance internationale
Le Range Rover construit rapidement sa réputation loin des routes ordinaires. En 1971 et 1972, deux exemplaires participent à la British Trans-Americas Expedition, voyage d’environ 29 000 km reliant l’Alaska à la Terre de Feu. L’expédition comprend la difficile traversée du bouchon du Darién entre Panama et Colombie, démonstration spectaculaire des capacités du véhicule dans des conditions où sa vitesse sur route importe beaucoup moins que sa motricité et son débattement de suspension.
Le modèle s’illustre également en rallye-raid. Un Range Rover remporte la première édition du Paris-Dakar en 1979 avec Alain Génestier, Joseph Terbiaut et Jean Lemordant. René Metge et Bernard Giroux obtiennent une nouvelle victoire en 1981. Ces véhicules sont préparés pour la compétition et ne doivent pas être assimilés au modèle routier standard, mais leurs succès participent fortement à la réputation d’endurance de la lignée.
Le Range Rover acquiert aussi une reconnaissance inhabituelle pour un véhicule tout-terrain. Dès 1971, il est associé à une exposition organisée au Musée des Arts décoratifs du Louvre à Paris, avec un véhicule présenté à l’extérieur et une représentation à échelle réduite à l’intérieur. Il reçoit la même année le Dewar Trophy pour ses qualités techniques, alors que sa carrière commerciale ne fait que commencer.
Du Range Rover originel aux générations modernes
La première génération traverse les années 1970, 1980 et une partie des années 1990 sans rupture fondamentale de concept. La situation change avec l’arrivée du Range Rover P38 en 1994. L’ancien modèle reste brièvement au catalogue et l’appellation Classic permet alors de distinguer clairement les deux générations avant l’arrêt définitif de la première en 1996.
La lignée poursuit ensuite sa transformation. Le Range Rover L322, lancé au début des années 2000, accentue fortement la sophistication mécanique et le positionnement de prestige. Le Range Rover L405 franchit une nouvelle étape en adoptant une structure de carrosserie largement fondée sur l’aluminium, rompant avec le principe du châssis séparé de l’ancêtre.
Le Range Rover L460 perpétue aujourd’hui cette lignée avec une architecture et des technologies sans commune mesure avec celles de 1970. Malgré cette évolution, son profil, son capot, son pavillon et la simplicité générale de ses volumes continuent de reprendre des codes établis par le premier Range Rover plus d’un demi-siècle auparavant.




