La Rene Bonnet Missile est un petit cabriolet sportif français produit de 1962 à 1964. Conçue par René Bonnet après sa séparation avec Charles Deutsch, elle associe une carrosserie légère en polyester à une mécanique Renault de 845 cm³. Avec ses deux places, sa transmission aux roues avant et sa silhouette inspirée des voitures de sport de la fin des années 1950, elle représente l’offre la plus accessible de la nouvelle marque René Bonnet.
Commercialisée à une époque où les petites sportives françaises restent relativement rares, la Missile se distingue par une conception originale : elle repose sur une plateforme de Renault 4 profondément adaptée et utilise un moteur dérivé de celui de la Dauphine 1093. Sa production, généralement estimée à 297 exemplaires, en fait aujourd’hui une automobile de collection particulièrement peu courante.
Fiche technique de la Rene Bonnet Missile
| Caractéristique | Rene Bonnet Missile (1962-1964) |
|---|---|
| Marque | René Bonnet |
| Modèle | Missile |
| Année de lancement | 1962 |
| Période de production | 1962 à 1964 |
| Pays de fabrication | France |
| Carrosserie | Cabriolet deux portes |
| Nombre de places | 2 |
| Moteur | Renault Billancourt, quatre cylindres en ligne |
| Origine du moteur | Renault Dauphine 1093 |
| Cylindrée | 845 cm³, 844 cm³ selon la FIA |
| Carburant | Essence |
| Alimentation | Carburateur double corps |
| Refroidissement | Liquide |
| Puissance maximale | 55 ch SAE à 6 000 tr/min |
| Implantation du moteur | Longitudinale avant |
| Transmission | Traction avant |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Structure | Plateforme de Renault 4 modifiée |
| Matériau de carrosserie | Polyester renforcé de fibres de verre |
| Suspensions | Architecture dérivée de la Renault 4, barres de torsion |
| Freins avant | Disques |
| Freins arrière | Tambours |
| Pneumatiques | 145 × 330, monte historique documentée |
| Poids | Environ 560 kg, estimation historique |
| Vitesse maximale | Environ 150 km/h |
| Production estimée | Environ 297 exemplaires |
| Prix neuf au lancement | 12 800 francs français |
| Homologation FIA | GT, fiche n° 88 du 11 novembre 1962 |
Une sportive née de la séparation entre Deutsch et Bonnet
L’histoire de la Rene Bonnet Missile commence avec la disparition de l’association entre Charles Deutsch et René Bonnet. Depuis les années 1930, les deux hommes développaient des automobiles sportives légères, notamment sous la marque DB. Leurs voitures, souvent équipées de moteurs Panhard, avaient acquis une réputation grâce à leurs qualités aérodynamiques et à leurs engagements en compétition.
À la fin de 1961, leurs orientations deviennent incompatibles. Charles Deutsch souhaite poursuivre ses travaux autour des mécaniques Panhard et de l’aérodynamique, tandis que René Bonnet privilégie une nouvelle collaboration avec Renault. Cette rupture conduit Bonnet à créer sa propre gamme de voitures sportives, reposant désormais sur des composants fournis par la Régie Renault.
Le 11 juillet 1962, René Bonnet présente les modèles destinés à établir sa nouvelle marque. La Missile constitue l’entrée de gamme, avec une formule relativement simple et un prix contenu. Au-dessus figure la Rene Bonnet Le Mans, un cabriolet plus grand et plus luxueux, équipé d’un moteur Renault de 1 108 cm³. Les deux voitures conservent une architecture à moteur avant et traction avant, mais ne possèdent pas exactement les mêmes dimensions ni les mêmes caractéristiques.
La gamme comprend également la Rene Bonnet Djet, une berlinette fermée beaucoup plus ambitieuse techniquement. Contrairement à la Missile, la Djet adopte un moteur central arrière et une transmission aux roues arrière. Elle illustre la volonté de René Bonnet de développer des voitures de sport modernes, au-delà des cabriolets issus de l’expérience acquise avec DB.
La Missile est exposée au Salon automobile de Paris en octobre 1962. Elle s’adresse à une clientèle recherchant une voiture de loisir sportive, légère et originale, sans devoir investir dans un modèle plus puissant ou plus coûteux. Son tarif annoncé de 12 800 francs la positionne sensiblement en dessous de la Le Mans, proposée à environ 18 300 francs.
Un cabriolet compact à la carrosserie en polyester
La Rene Bonnet Missile reprend certains principes esthétiques des précédantes réalisations de Deutsch et Bonnet, particulièrement la DB Le Mans apparue en 1959. Elle conserve une silhouette basse, un capot allongé et un habitacle reculé. Cependant, il ne s’agit pas d’une simple DB Le Mans équipée d’un autre moteur : sa plateforme, ses proportions et plusieurs éléments de carrosserie sont spécifiques.
La face avant constitue l’un de ses signes distinctifs. Elle reçoit deux projecteurs simples, disposés aux extrémités des ailes, ainsi qu’une ouverture de calandre horizontale relativement étroite. Cette présentation la différencie notamment de la Rene Bonnet Le Mans, reconnaissable à ses doubles projecteurs Megalux. Les pare-chocs et les ornements sont également simplifiés afin de conserver une apparence légère.
De profil, la Missile présente des ailes arrondies, un pare-brise incliné et des portes relativement courtes. La ligne de caisse demeure basse et l’arrière se termine par un petit coffre. La carrosserie est réalisée en polyester renforcé de fibres de verre, une technique déjà maîtrisée dans l’univers des voitures DB. Les activités de carrosserie spécialisées, notamment celles de Chappe et Gessalin, participent à cet environnement industriel.
L’emploi du polyester permet de réaliser des formes complexes sans recourir à une carrosserie traditionnelle entièrement métallique. Cette solution contribue à limiter la masse du véhicule, un avantage particulièrement important avec un moteur de petite cylindrée. Elle permet aussi une fabrication en quantités modestes, adaptée aux moyens d’un constructeur spécialisé.
La Missile est un cabriolet strictement deux places. Son habitacle privilégie la simplicité : instrumentation réduite, planche de bord fonctionnelle et équipements limités au nécessaire. Le compteur principal est apparenté à celui des premières Renault 4, tandis qu’un compte-tours séparé complète les indications destinées au conducteur. Le chauffage fait partie des équipements proposés.
Les portes utilisent des vitrages coulissants, une disposition cohérente avec la conception économique de la voiture. Une capote permet de rouler à l’abri des intempéries. À partir de 1963, un toit rigide amovible peut également être installé. Ce hard-top se distingue de celui de la Le Mans par l’absence de vitres de custode latérales.
Les différences de présentation entre les exemplaires doivent être examinées avec attention, car certaines voitures ont été restaurées ou modifiées au fil des décennies. La forme des projecteurs, la configuration des vitrages et les détails de carrosserie constituent des indices utiles pour distinguer une Missile authentique d’une Le Mans ou d’une ancienne DB.
Une mécanique Renault adaptée à une voiture légère
La principale originalité technique de la Rene Bonnet Missile réside dans l’association d’éléments mécaniques Renault provenant de plusieurs modèles. Plutôt que de concevoir entièrement un nouveau véhicule, René Bonnet utilise une base existante et l’adapte aux exigences d’une petite voiture sportive.
La structure repose sur une plateforme dérivée de la Renault 4, modifiée pour recevoir la carrosserie basse du cabriolet. Cette origine explique notamment l’architecture à traction avant et l’utilisation de suspensions à barres de torsion. La disposition des principaux organes diffère ainsi de celle des sportives traditionnelles à moteur avant et roues arrière motrices.
Sous le capot se trouve un quatre cylindres Renault de la famille Billancourt, dérivé de la mécanique de la Dauphine 1093. Sa cylindrée est couramment indiquée à 845 cm³, tandis que la documentation d’homologation de la FIA retient 844 cm³. Il s’agit de deux présentations d’une même cylindrée, et non de deux motorisations distinctes.
Le moteur développe une puissance annoncée de 55 ch SAE à 6 000 tr/min. Cette valeur doit être comprise dans le contexte des normes de mesure utilisées au début des années 1960 : elle ne correspond pas directement à une puissance exprimée selon la norme DIN moderne. L’alimentation par carburateur participe au caractère relativement vif de ce petit moteur.
La transmission s’effectue par une boîte manuelle à quatre rapports, dont la première vitesse n’est pas synchronisée. Cette particularité, courante sur certaines mécaniques populaires de l’époque, impose davantage d’attention lors des rétrogradages à très basse vitesse.
Les suspensions reprennent les principes de la Renault 4, mais reçoivent des adaptations destinées à une utilisation sportive. Le débattement est notamment limité afin de mieux contrôler les mouvements de caisse. L’ensemble doit composer avec une répartition des masses marquée vers l’avant, conséquence de l’implantation du groupe motopropulseur et de la transmission.
Le freinage bénéficie de composants provenant de la gamme Renault, avec des disques à l’avant associés à des tambours arrière. Cette configuration est adaptée à une automobile légère et représente un équipement intéressant dans sa catégorie au début des années 1960.
Avec une masse généralement évaluée autour de 560 kg, la Missile mise davantage sur son faible poids que sur une puissance élevée. Sa vitesse maximale est annoncée aux environs de 150 km/h, une performance respectable pour un cabriolet de moins de 850 cm³ au moment de son lancement.
Une carrière commerciale courte entre 1962 et 1964
La carrière de la Rene Bonnet Missile se déroule sur une période particulièrement mouvementée pour son constructeur. En 1962, René Bonnet cherche à installer une nouvelle marque tout en développant plusieurs modèles simultanément. La Missile doit contribuer à élargir la clientèle grâce à son tarif plus accessible et à l’utilisation de composants Renault éprouvés.
La fabrication reste cependant artisanale ou semi-artisanale, avec des volumes sans commune mesure avec ceux des grands constructeurs. Les activités industrielles de René Bonnet s’organisent notamment autour de Champigny-sur-Marne et de Romorantin-Lanthenay, où la production automobile prend une importance croissante.
La Missile se trouve dans une position commerciale délicate. Son prix demeure élevé par rapport à celui des automobiles populaires dont elle reprend certains organes mécaniques, alors que sa puissance et son niveau d’équipement restent modestes. Elle doit donc séduire une clientèle sensible à sa légèreté, à son apparence sportive et à son originalité plutôt qu’à ses seules performances.
La concurrence des autres petites sportives françaises, notamment les modèles Alpine, accentue cette difficulté. Ces constructeurs s’adressent à des acheteurs recherchant des voitures légères, souvent équipées de mécaniques Renault, mais avec des philosophies techniques différentes. La Missile conserve l’avantage d’une silhouette de cabriolet et d’une architecture à traction avant relativement inhabituelle dans cette catégorie.
Les modifications apportées pendant sa commercialisation restent limitées. L’apparition du hard-top en 1963 élargit les possibilités d’utilisation, sans transformer la conception générale de la voiture. Aucune nouvelle génération ni évolution mécanique majeure de série n’est clairement établie pour la période.
En 1964, les difficultés financières de l’entreprise René Bonnet entraînent une réorganisation profonde de ses activités. Matra, déjà impliqué dans l’environnement industriel du constructeur, reprend progressivement l’activité automobile. La production de la Missile cesse, tout comme celle de la Le Mans, tandis que la Djet poursuit sa carrière sous l’impulsion de Matra.
Le nombre de Missile fabriquées est généralement évalué à 297 exemplaires. Ce chiffre, repris dans plusieurs historiques automobiles, traduit la diffusion extrêmement limitée du modèle. Il convient néanmoins de le considérer comme une estimation historique, faute de registre de production exhaustif permettant de confirmer chaque voiture assemblée.
La Rene Bonnet Missile en compétition
La compétition occupe une place centrale dans l’histoire de René Bonnet. Son expérience acquise avec les voitures DB influence directement le développement de la nouvelle gamme, même si la Missile n’a pas été conçue comme un prototype de course. Sa faible masse et sa mécanique Renault relativement performante pour sa cylindrée lui permettent néanmoins d’envisager des engagements dans certaines catégories sportives.
Le 11 novembre 1962, la Missile reçoit une homologation de la Fédération internationale de l’automobile, enregistrée sous le numéro 88 dans la catégorie des voitures de grand tourisme. Cette fiche confirme notamment son architecture à quatre cylindres, sa cylindrée de 844 cm³ et sa transmission aux roues avant. Elle constitue un document essentiel pour identifier les caractéristiques techniques de la voiture à son lancement.
Des Missile apparaissent dans des épreuves françaises au début des années 1960. Les archives du Club René Bonnet Matra Sports évoquent notamment des engagements en rallye, dont le rallye de La Baule en 1963. Des noms comme Jean-Pierre Beltoise, Johnny Rives ou A. Bazini figurent également dans la documentation historique liée à ces voitures et à leurs activités sportives.
Il faut cependant distinguer les participations de la Missile des résultats obtenus par les prototypes de compétition René Bonnet. La marque développe parallèlement des automobiles beaucoup plus spécialisées, destinées aux circuits et aux épreuves d’endurance.
La Rene Bonnet Aérodjet illustre cette recherche de performances aérodynamiques et les ambitions de René Bonnet en compétition. Elle appartient toutefois à une autre famille de véhicules et ne constitue pas une évolution directe de la Missile.
Rareté, authenticité et restauration
La Rene Bonnet Missile est aujourd’hui une automobile de collection rare, principalement en raison de sa production réduite et de la courte existence de la marque. Elle demeure moins connue que la Djet, dont la carrière s’est prolongée sous le nom Matra, et que les anciennes DB associées aux succès sportifs de Deutsch et Bonnet.
Son intérêt historique repose notamment sur sa position dans la gamme de 1962. Elle témoigne de la transition entre les automobiles DB à mécanique Panhard et les nouvelles réalisations de René Bonnet utilisant des composants Renault. Elle conserve également une architecture particulière, avec une carrosserie sportive très basse montée sur une base de traction avant dérivée d’une voiture populaire.
L’authenticité constitue un point important lors de l’examen d’un exemplaire. Les transformations réalisées au fil des décennies peuvent concerner les moteurs, les accessoires, les éléments de carrosserie ou les équipements intérieurs. Les ressemblances avec la DB Le Mans et la Rene Bonnet Le Mans rendent nécessaire une identification rigoureuse, fondée sur les documents du véhicule et ses caractéristiques de construction.
La carrosserie en polyester demande une attention spécifique. Les réparations anciennes, les fissures, les déformations et les différences de finition peuvent révéler des interventions successives. L’état de la plateforme métallique et de ses points de fixation doit également être contrôlé, car la bonne conservation de la carrosserie ne garantit pas celle de la structure qui la supporte.
La présence de composants Renault constitue un avantage pour certaines opérations mécaniques, mais elle ne signifie pas que toutes les pièces soient interchangeables avec celles d’une Renault 4 ou d’une Dauphine. Les adaptations propres à la Missile, les supports, les éléments de suspension et certaines pièces de carrosserie peuvent nécessiter des recherches spécialisées.
Pour une restauration respectueuse de l’origine, les archives des clubs consacrés à René Bonnet et Matra représentent une ressource particulièrement utile. Elles permettent de confronter les caractéristiques d’un exemplaire aux photographies anciennes, aux documents techniques et aux configurations connues, notamment pour les vitrages, les instruments de bord et les équipements de capote ou de hard-top.
