Lancée en 1922, la Rolls-Royce 20 HP, souvent simplement appelée Twenty, répond à une transformation profonde du marché britannique de l’après-guerre. Plus compacte que les grandes Rolls-Royce qui ont établi la réputation de la marque, elle est conçue pour des propriétaires davantage susceptibles de prendre eux-mêmes le volant. Elle conserve pourtant la construction soignée, le châssis séparé et le principe de carrosserie sur mesure associés à Rolls-Royce.
Cette automobile ne doit pas être confondue avec la Rolls-Royce 20 hp de 1905-1906, beaucoup plus ancienne et équipée d’un quatre cylindres de plus de quatre litres. La Twenty qui nous intéresse apparaît le 6 octobre 1922, reçoit un six cylindres de 3 127 cm3 et reste produite jusqu’en 1929. Sa dénomination 20 HP ne signifie d’ailleurs pas que son moteur développe seulement 20 ch : elle renvoie à la classification fiscale britannique de l’époque.
Une Rolls-Royce plus compacte pour l’après-guerre
Henry Royce avait anticipé avant même la fin de la Première Guerre mondiale la nécessité d’une voiture plus petite. Le contexte économique avait changé et une partie de la clientèle fortunée ne souhaitait plus nécessairement employer le personnel qu’exigeait traditionnellement l’utilisation d’une imposante automobile avec chauffeur. Rolls-Royce devait parallèlement adapter l’activité de son usine de Derby à la baisse de la demande qui suivit la guerre.
Le développement se concrétise au début des années 1920 et débouche sur une voiture nettement plus compacte que la Rolls-Royce Silver Ghost. Il ne s’agit cependant pas d’une Rolls-Royce populaire au sens économique du terme. La Twenty reste une automobile de grand luxe, construite selon les standards de la marque et généralement livrée sous forme de châssis roulant que le propriétaire fait habiller par un carrossier spécialisé.
Cette architecture commerciale explique la diversité considérable des 20 HP aujourd’hui conservées. Barker, Hooper, Park Ward, H. J. Mulliner, Thrupp & Maberly ou Windovers figurent parmi les maisons ayant réalisé des carrosseries pour ce châssis. Tourers ouverts, berlines, limousines, landaulets et coupés pouvaient ainsi partager la même base mécanique tout en présentant des silhouettes, des dimensions et des masses sensiblement différentes.
Un nouveau six cylindres de 3,1 litres
La mécanique constitue l’une des avancées majeures de la Twenty. Son six cylindres en ligne de 3 127 cm3 possède un alésage de 76 mm et une course de 114 mm. Il adopte des soupapes en tête ainsi qu’une culasse amovible, une conception moderne pour la marque à cette époque. Cette architecture joue un rôle important dans le développement ultérieur des moteurs six cylindres Rolls-Royce.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. Les premières voitures utilisent une boîte manuelle à trois rapports avec commande centrale. À partir de 1925 environ, une boîte à quatre rapports apparaît, accompagnée d’un levier placé à droite du conducteur. La transmission demeure fidèle à une conception classique, avec arbre reliant la boîte au pont arrière.
Le châssis repose sur des essieux rigides et des ressorts à lames semi-elliptiques. Les premières Twenty freinent principalement par les roues arrière. Au cours de la carrière du modèle, Rolls-Royce adopte le freinage sur les quatre roues avec assistance mécanique, amélioration importante pour une voiture dont le poids final dépend fortement de la carrosserie installée.
Fiche technique de la Rolls-royce 20 Hp
| Caractéristique | Rolls-Royce 20 HP |
|---|---|
| Production | 1922-1929 |
| Architecture moteur | 6 cylindres en ligne, essence |
| Cylindrée | 3 127 cm3 environ |
| Alésage x course | 76 x 114 mm |
| Distribution | Soupapes en tête, culasse amovible |
| Refroidissement | Par eau |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle 3 rapports à l’origine, puis 4 rapports à partir de 1925 environ |
| Structure | Châssis séparé destiné à recevoir une carrosserie indépendante |
| Suspension avant | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Freinage | Roues arrière sur les premières séries, puis quatre roues avec servo mécanique |
| Empattement | Environ 3 277 mm, 129 pouces |
| Vitesse maximale indicative | Environ 97 km/h avec une carrosserie suffisamment légère |
| Nombre produit | 2 940 exemplaires |
| Site de production du châssis | Derby, Royaume-Uni |
Le poids des carrosseries, enjeu central de la Twenty
Les performances d’une Rolls-Royce 20 HP ne peuvent pas être résumées par une masse ou une longueur universelle. Rolls-Royce fournissait essentiellement le châssis et sa mécanique, tandis que le dessin et la construction de la carrosserie relevaient du client et du carrossier. Une élégante carrosserie ouverte pouvait rester relativement légère, alors qu’une limousine très équipée imposait une charge nettement supérieure au même moteur.
Cette particularité explique pourquoi une vitesse proche de 60 mph, soit environ 97 km/h, peut être associée aux voitures convenablement carrossées sans constituer une performance garantie pour chaque exemplaire. Les carrosseries formelles les plus lourdes réduisaient sensiblement les capacités du 3,1 litres. La question devint suffisamment importante pour influencer directement l’évolution du modèle.
Le caractère artisanal de ces réalisations produit également une grande variété visuelle. Le radiateur Rolls-Royce demeure le principal point commun immédiatement identifiable, tandis que les proportions de l’habitacle, le nombre de portes, la forme du pavillon ou du pare-brise et le traitement des ailes varient suivant le carrossier. Les volets horizontaux du radiateur constituent un signe distinctif des Twenty, les dernières séries évoluant vers une disposition verticale qui rapproche leur physionomie de celle des grandes Rolls-Royce contemporaines.
Une gamme Rolls-Royce désormais organisée sur deux niveaux
La Twenty modifie durablement le positionnement de Rolls-Royce. Plutôt que de concentrer l’essentiel de son activité sur une seule grande automobile, le constructeur dispose désormais d’un modèle plus compact capable de compléter son offre prestigieuse. Lorsque la Rolls-Royce Phantom prend la relève de la Silver Ghost au sommet de la gamme dans les années 1920, la 20 HP conserve cette fonction de Rolls-Royce plus maniable et de dimensions plus raisonnables.
La différence ne se limite pas au gabarit. La Twenty est particulièrement associée à l’idée d’une Rolls-Royce pouvant être conduite par son propriétaire. Cela ne supprime évidemment ni les limousines avec chauffeur ni les carrosseries très formelles, mais élargit les usages possibles de la marque. Le concept rencontre suffisamment de succès pour devenir une véritable lignée au sein du catalogue.
Les origines de Rolls-Royce comptaient déjà de petits modèles comme la Rolls-Royce 10 HP, mais la Twenty ne constitue pas leur simple continuation. Elle appartient à une autre époque industrielle et introduit une formule qui sera développée pendant les décennies suivantes : un modèle plus compact cohabitant avec les grandes voitures de prestige de la marque.
De la 20 HP à la 20/25
La carrière de la Twenty s’achève en 1929 après une production officielle de 2 940 exemplaires. Ce volume est significatif pour une automobile de luxe construite à une époque où chaque châssis pouvait recevoir une carrosserie pratiquement unique. Il contribue aussi à expliquer la diversité des Twenty survivantes : deux voitures de même année peuvent présenter des apparences très différentes tout en appartenant au même modèle.
L’augmentation progressive du poids des carrosseries révèle toutefois les limites du moteur de 3,1 litres. Rolls-Royce répond en 1929 avec la Rolls-Royce 20/25. Son six cylindres voit notamment son alésage augmenter, portant la cylindrée à environ 3,7 litres. Le principe général de la petite Rolls-Royce est donc conservé, mais avec davantage de ressources pour supporter les carrosseries fermées et richement équipées demandées par la clientèle.
Cette famille continue ensuite à évoluer, jusqu’à la Rolls-Royce 25/30 des années 1930. La 20 HP de 1922 occupe ainsi une position précise dans l’histoire de la marque : elle établit après la Première Guerre mondiale une seconde catégorie de Rolls-Royce, plus compacte que les modèles de représentation, tout en maintenant le principe du châssis de haute qualité habillé individuellement par les grands carrossiers de l’époque.




