Rolls-royce Phantom

Rolls-royce Phantom

La Rolls-royce Phantom apparaît en 1925 sous le nom officiel de New Phantom. Cette première génération, appelée rétrospectivement Phantom I après l’arrivée de sa remplaçante, inaugure une appellation appelée à devenir indissociable du sommet de gamme Rolls-Royce. Elle conserve une partie de l’architecture éprouvée de sa devancière, mais introduit surtout un nouveau six cylindres de 7,7 litres à soupapes en tête, conçu pour offrir davantage de puissance sans sacrifier le silence et la souplesse recherchés par la marque.

La Phantom de 1925 doit aussi être distinguée des automobiles modernes portant le même nom. Elle appartient encore à l’époque où Rolls-Royce livrait principalement un châssis roulant, ensuite habillé par un carrossier choisi par le propriétaire. Il n’existe donc pas une silhouette unique de la première Phantom, mais une multitude de limousines, berlines, tourers, coupés et carrosseries ouvertes construites en Grande-Bretagne comme aux États-Unis.

De la Silver Ghost à la New Phantom

Au début des années 1920, la 40/50 HP qui avait acquis le nom de Rolls-royce Silver Ghost reste la référence de la marque, mais sa conception remonte au début du siècle. Henry Royce estime qu’une évolution profonde devient nécessaire pour obtenir davantage de performances tout en conservant les qualités de fonctionnement qui ont établi la réputation de Rolls-Royce. Le développement d’une nouvelle 40/50 HP s’engage ainsi avant le milieu de la décennie.

Rolls-Royce annonce officiellement la New Phantom le 2 mai 1925. Le choix de cette appellation prolonge la tradition des noms évocateurs associés à la marque. L’attribution du nom à Claude Johnson, figure commerciale majeure de Rolls-Royce, reste généralement présentée comme probable plutôt que définitivement établie.

La transformation essentielle se trouve sous le capot. Alors que la Silver Ghost utilisait un moteur à soupapes latérales, la New Phantom reçoit un six cylindres en ligne de 7 668 cm3 à soupapes en tête. Cette architecture améliore la respiration du moteur et procure un gain de puissance important. Rolls-Royce ne communiquait toutefois pas une puissance normalisée comme le ferait un constructeur contemporain, préférant considérer celle-ci comme suffisante. Les valeurs rétrospectives publiées pour la Phantom I diffèrent donc suivant l’année, le marché et la configuration.

La production britannique est assurée à Derby à partir de 1925. Une seconde branche de la famille apparaît à Springfield, dans le Massachusetts, où Rolls-Royce of America fabrique ses propres Phantom à partir de 1926. Ces voitures américaines ne sont pas de simples copies des Derby. Elles possèdent des spécifications adaptées à leur marché, notamment la conduite à gauche et, sur les configurations couramment documentées, une boîte à trois rapports, alors que les voitures britanniques sont principalement associées à une boîte à quatre rapports.

Un châssis de prestige habillé sur mesure

La Phantom appartient à une époque où l’achat d’une automobile de très grand luxe se déroule en plusieurs étapes. Rolls-Royce fournit essentiellement le châssis roulant avec sa mécanique, tandis que le propriétaire confie la réalisation de la carrosserie à une maison spécialisée. Hooper, Brewster, Windovers ou encore Murphy figurent parmi les noms associés à des Phantom I. Deux voitures partageant la même base mécanique peuvent ainsi présenter une apparence, un habitacle, des dimensions et un poids sensiblement différents.

Cette méthode explique la diversité visuelle du modèle. Une Phantom peut prendre la forme d’une imposante limousine fermée destinée à être conduite par un chauffeur ou d’un tourer beaucoup plus ouvert. Les proportions fondamentales restent néanmoins reconnaissables, avec un très long capot, une grande calandre verticale Rolls-Royce surmontée du Spirit of Ecstasy, des ailes séparées et un habitacle rejeté vers l’arrière.

Le châssis demeure techniquement proche de celui de la Silver Ghost. Il repose sur des essieux rigides et des ressorts à lames, dans une architecture robuste adaptée aux routes et aux carrosseries lourdes de l’époque. La Phantom bénéficie en revanche de freins à tambour sur les quatre roues avec servo-assistance mécanique suivant le principe sous licence Hispano-Suiza sur les configurations britanniques documentées. La direction est également travaillée afin de limiter les remontées de chocs jusqu’au conducteur.

Les différences entre Derby et Springfield interdisent de réduire toutes les Phantom I à une fiche strictement identique. Les empattements varient notamment selon les séries et les marchés, tandis que la carrosserie choisie modifie directement longueur hors tout, hauteur et masse. La production américaine connaît également ses propres évolutions techniques, dont l’utilisation d’un système de lubrification centralisée.

Fiche technique de la Rolls-royce Phantom

CaractéristiqueRolls-royce Phantom de 1925
Dénomination d’origineRolls-Royce 40/50 HP New Phantom
Dénomination rétrospectivePhantom I
Production1925 à 1929 à Derby, 1926 à 1931 à Springfield
Architecture moteur6 cylindres en ligne essence, soupapes en tête
Cylindrée7 668 cm3
Alésage x course107,9 x 139,7 mm
PuissancePas de valeur officielle unique publiée par Rolls-Royce pour l’ensemble de la génération
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle, principalement 4 rapports à Derby et 3 rapports sur les Springfield documentées
StructureChâssis séparé avec carrosserie réalisée indépendamment
Suspension avantEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts cantilever
FreinageTambours aux quatre roues, servo-assistance mécanique sur les configurations britanniques documentées
EmpattementVariable selon châssis et marché, notamment environ 3,72 m sur plusieurs Springfield et jusqu’à environ 3,81 m sur certains châssis longs britanniques
Longueur, largeur et hauteurVariables selon la carrosserie
PoidsVariable selon la carrosserie
Vitesse maximaleEnviron 129 km/h pour un exemplaire de 1925 documenté
Sites de productionDerby, Angleterre et Springfield, Massachusetts

Évolutions de la Phantom I

La New Phantom évolue au fil de sa carrière sans changer de principe. Le moteur conserve sa cylindrée de 7,7 litres, mais sa construction est perfectionnée. Une évolution notable intervient en 1928 avec l’adoption d’une culasse en aluminium à la place de la fonte. Cette progression illustre la démarche de Rolls-Royce, qui améliore continuellement ses voitures plutôt que de figer une spécification pour toute la durée de production.

La présence simultanée des productions britannique et américaine constitue l’autre particularité majeure. Springfield adapte la voiture aux attentes locales et développe des solutions qui peuvent différer de celles de Derby. Pour cette raison, une Phantom I ne peut être identifiée complètement par son année seule. Le numéro de châssis, l’usine d’origine et le carrossier sont essentiels pour déterminer sa configuration historique exacte.

En 1929, Rolls-Royce introduit la Rolls-royce Phantom II. Celle-ci va plus loin que la New Phantom en associant l’évolution mécanique à un nouveau châssis. La production britannique de la première génération prend alors fin, tandis que Springfield poursuit la fabrication de sa Phantom jusqu’en 1931.

Production et prix d’une automobile construite à la carte

Le nombre exact de Phantom I varie suivant les décomptes historiques. Le total de 3 512 exemplaires est fréquemment retenu, avec une répartition souvent donnée à 2 269 voitures de Derby et 1 243 de Springfield. D’autres inventaires spécialisés aboutissent cependant à 3 437 unités, dont 2 212 britanniques et 1 225 américaines. Cette différence tient notamment aux méthodes utilisées pour comptabiliser les châssis produits et livrés. Il est donc plus rigoureux de conserver cette divergence que d’attribuer au modèle un total incontestable.

En Grande-Bretagne, le châssis de la New Phantom est annoncé à environ 1 850 livres en 1925. Ce montant ne représente pas le prix d’une automobile terminée : la réalisation de la carrosserie constituait une dépense supplémentaire et pouvait atteindre un niveau considérable en fonction du carrossier, des matériaux et des demandes du propriétaire.

Cette logique de fabrication explique aujourd’hui les écarts considérables entre les exemplaires survivants. L’intérêt historique d’une Phantom I dépend non seulement de son état, mais aussi de l’authenticité de son châssis et de sa carrosserie, de l’identité du carrossier et de la qualité de sa provenance. Une carrosserie d’époque bien documentée peut ainsi jouer un rôle aussi important que la mécanique dans l’intérêt patrimonial de la voiture.

La naissance d’une lignée appelée à traverser un siècle

Le lancement de 1925 crée une continuité qui dépasse largement la carrière de la New Phantom. Après la Phantom II, la Rolls-royce Phantom III marque une rupture technique supplémentaire avec son moteur V12. Le nom devient ainsi progressivement celui des Rolls-Royce les plus ambitieuses plutôt que celui d’une architecture mécanique particulière.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Rolls-royce Phantom IV pousse l’exclusivité à un niveau extrême avec une production réservée à une clientèle particulièrement restreinte. La Phantom V qui lui succède dans la généalogie transforme ensuite l’appellation en symbole de la grande limousine de représentation, tout en conservant l’idée d’une automobile pouvant recevoir des aménagements très personnalisés.

Cette histoire explique aussi une confusion fréquente autour du nom Phantom. La voiture de 1925 n’est ni la grande berline lancée sous l’ère BMW au début du XXIe siècle, ni sa descendante actuelle. La Rolls-royce Phantom VII, dévoilée en 2003, ouvre une nouvelle période industrielle avec une conception moderne et une production à Goodwood, près de huit décennies après la première New Phantom.

La Rolls-royce Phantom VIII, apparue en 2017, poursuit cette filiation dans un contexte technique entièrement différent. Le lien avec la voiture de 1925 tient moins à une continuité mécanique qu’à une même fonction dans la gamme : représenter le niveau le plus élevé de la berline de prestige Rolls-Royce. La première New Phantom reste ainsi le point de départ historique de cette appellation, née à une époque où chaque exemplaire pouvait encore devenir une automobile presque unique par le seul choix de son carrossier.