Rolls-royce 20/25

Rolls-royce 20/25

Lancée en 1929, la Rolls-Royce 20/25 H.P. répond à un problème très concret. La petite Rolls-Royce de la décennie précédente avait été pensée pour des propriétaires conduisant eux-mêmes, mais les clients lui faisaient souvent recevoir des carrosseries lourdes et luxueuses qui sollicitaient fortement sa mécanique. Avec un six-cylindres porté à environ 3,67 litres, la 20/25 conserve la philosophie de sa devancière tout en offrant davantage de souplesse et de performances. Elle devient l’un des modèles essentiels de Rolls-Royce pendant l’entre-deux-guerres.

De la 20 HP à la 20/25 H.P.

L’origine de la 20/25 remonte à la Rolls-Royce 20 HP, ou Twenty, apparue en 1922. Henry Royce avait voulu proposer une automobile plus compacte et maniable que les grandes Rolls-Royce, susceptible d’être conduite directement par son propriétaire plutôt que systématiquement par un chauffeur. Son six-cylindres de 3,1 litres convenait à cette mission tant que la carrosserie restait relativement légère.

La réalité du marché modifie rapidement cette équation. Les acheteurs continuent à demander des berlines, limousines et carrosseries sur mesure richement équipées. Le poids supplémentaire réduit les performances de la Twenty et conduit Rolls-Royce à développer une mécanique plus généreuse. Pour la 20/25, l’alésage du six-cylindres est augmenté tandis que sa course reste inchangée, portant la cylindrée à 3 669 cm3.

Présentée en 1929, la nouvelle voiture reste la Rolls-Royce de dimensions relativement contenues de la gamme. Elle ne cherche pas à remplacer les grandes automobiles de prestige de la marque. La Rolls-Royce Phantom II, contemporaine à partir de 1929, occupe un niveau supérieur avec des dimensions et une mécanique adaptées à des carrosseries encore plus imposantes.

Cette hiérarchie permet à la 20/25 de conserver un caractère particulier. Elle associe les standards de fabrication de Rolls-Royce à un châssis moins encombrant et à une mécanique conçue pour fonctionner avec davantage d’aisance que celle de la Twenty. Le modèle traverse ainsi une grande partie des années de crise économique du début des années 1930 tout en occupant une place importante dans l’activité de la marque.

Un six-cylindres de 3,7 litres conçu pour la souplesse

Le moteur est un six-cylindres en ligne à soupapes en tête, avec un alésage de 82,55 mm et une course de 114,3 mm. La cylindrée obtenue est de 3 669 cm3. D’autres valeurs, généralement comprises entre 3 675 et 3 699 cm3, apparaissent dans certaines publications en raison notamment des conversions et arrondis des dimensions exprimées à l’origine en pouces. La valeur de 3 669 cm3 est celle à privilégier pour caractériser la mécanique.

Le vilebrequin repose sur sept paliers, une architecture favorable à la régularité de fonctionnement recherchée par Rolls-Royce. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. Une boîte manuelle à quatre rapports assure la transmission. Celle-ci évolue pendant la carrière du modèle, notamment avec l’arrivée de la synchronisation sur les rapports supérieurs en 1932.

Le nom 20/25 H.P. ne correspond pas à une puissance maximale de 20 ou 25 chevaux. Rolls-Royce ne publiait traditionnellement pas la puissance de ses moteurs et les chiffres rencontrés aujourd’hui sont issus d’estimations ou de mesures portant sur des voitures particulières. Des valeurs autour de 60 à 65 hp sont documentées, mais elles ne constituent pas une puissance usine unique applicable à toutes les 20/25.

La recherche de raffinement concerne également les équipements périphériques. La voiture dispose notamment d’un système d’allumage avec dispositif de secours et d’un refroidissement dont la gestion évolue. Les volets verticaux du radiateur, d’abord commandés manuellement, bénéficient ensuite d’un contrôle thermostatique. Ces améliorations successives sont caractéristiques de la méthode Rolls-Royce, qui faisait évoluer ses châssis au fil des séries plutôt que d’attendre un changement complet de modèle.

Fiche technique de la Rolls-Royce 20/25

CaractéristiqueRolls-Royce 20/25 H.P.
Période de production1929-1936
Architecture moteur6 cylindres en ligne, soupapes en tête
Cylindrée3 669 cm3
Alésage x course82,55 x 114,3 mm
Vilebrequin7 paliers
AlimentationCarburateur
PuissanceEnviron 60 à 65 hp selon mesure ou estimation, puissance officielle non publiée
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports, spécification évolutive selon série
EmbrayageMonodisque à sec
StructureChâssis séparé en acier
Suspension avantEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
FreinsTambours aux quatre roues avec servo mécanique
EmpattementEnviron 3,27 m, puis environ 3,35 m pour le châssis long
Vitesse maximaleEnviron 120 km/h pour certaines configurations

Un châssis, une multitude de carrosseries

Parler de la silhouette de la Rolls-Royce 20/25 impose de distinguer le châssis de la carrosserie. Rolls-Royce livrait principalement un ensemble roulant comprenant la mécanique et les principaux organes techniques. Le client faisait ensuite réaliser la carrosserie par un spécialiste. Il n’existe donc pas une forme de 20/25 qui pourrait représenter à elle seule toute la production.

Park Ward, Barker, Hooper, H.J. Mulliner, Arthur Mulliner, Thrupp & Maberly, Gurney Nutting, James Young, Rippon Bros et d’autres maisons ont travaillé sur ce châssis. Selon la commande, une 20/25 pouvait devenir une berline relativement sobre, une limousine formelle, un coupé, un cabriolet ou une carrosserie ouverte. Cette diversité explique les différences importantes de longueur, de hauteur et surtout de masse entre les exemplaires.

Quelques traits permettent néanmoins de replacer une voiture dans son époque : haute calandre Rolls-Royce à volets verticaux, long capot, ailes séparées, marchepieds fréquents et proportions dictées par un châssis classique à moteur avant. Les phares, les ailes, la ligne de toit, le pare-brise ou le traitement de la poupe peuvent en revanche être très différents d’un carrossier à l’autre.

Deux empattements principaux sont associés au modèle. Le châssis initial mesure environ 129 pouces, soit 3,27 m, tandis qu’une configuration allongée atteint approximativement 132 pouces, soit 3,35 m. Cette possibilité facilite l’installation de carrosseries plus vastes, mais illustre aussi le défi auquel Rolls-Royce était confronté : conserver des performances convenables malgré les demandes toujours plus ambitieuses de sa clientèle.

Des évolutions continues jusqu’à la 25/30

La 20/25 ne connaît pas de rupture esthétique comparable aux changements de génération des automobiles modernes. Rolls-Royce perfectionne progressivement ses composants en fonction des séries de châssis. Outre la boîte synchronisée et la régulation thermostatique du radiateur, les dernières voitures bénéficient d’améliorations portant notamment sur l’amortissement. Ces différences rendent le numéro de châssis particulièrement important pour déterminer la spécification exacte d’un exemplaire.

La hausse du poids des carrosseries reste toutefois une tendance de fond. Rolls-Royce finit par appliquer une nouvelle fois la même solution que lors du passage de la Twenty à la 20/25 : augmenter la cylindrée. La Rolls-Royce 25/30 prend la relève en 1936 avec un six-cylindres porté à environ 4,26 litres. La continuité technique entre ces automobiles est donc beaucoup plus forte que ne le suggère un simple changement de nom.

Cette famille se prolonge ensuite à la fin de la décennie avec la Rolls-Royce Wraith. La succession Twenty, 20/25, 25/30 puis Wraith montre comment Rolls-Royce a progressivement adapté son modèle de dimensions intermédiaires aux attentes d’une clientèle qui exigeait toujours davantage de confort et d’équipement.

Production et identification des exemplaires

La production de la 20/25 est généralement donnée pour 3 827 châssis, ce qui en fait un modèle particulièrement important dans l’histoire de Rolls-Royce avant la Seconde Guerre mondiale. Une autre documentation historique donne toutefois 3 792 unités. Cette divergence justifie de conserver 3 827 comme chiffre couramment retenu sans présenter le total comme absolument incontesté.

Le prix du châssis seul est documenté à 1 185 livres pour une version à empattement de 129 pouces. Ce montant ne représentait qu’une partie de la facture finale : la carrosserie, son aménagement et les équipements choisis étaient commandés séparément. Deux 20/25 neuves pouvaient donc afficher des prix, des apparences et des caractéristiques pratiques très différents.

Cette construction sur mesure donne aujourd’hui une importance particulière à l’historique individuel de chaque voiture. Le numéro de châssis permet de situer sa fabrication et sa spécification d’origine, tandis que l’identification du carrossier permet d’établir la configuration dans laquelle elle a été livrée. Une carrosserie spectaculaire n’implique pas nécessairement qu’elle soit celle montée à l’époque : la correspondance entre châssis, archives et carrosserie constitue donc un élément essentiel de l’authentification.

La valeur en collection dépend en conséquence beaucoup moins du seul nom 20/25 que du carrossier, de l’originalité de la carrosserie, de la provenance, de la qualité d’une restauration et de la documentation conservée. Les exemplaires à carrosserie ouverte ou présentant une provenance remarquable peuvent se situer très loin des berlines plus conventionnelles. Cette diversité, née du système de fabrication sur mesure de Rolls-Royce, est aujourd’hui l’une des caractéristiques les plus distinctives de la 20/25.