Rolls-royce Phantom Iii

Rolls-royce Phantom Iii

Présentée en 1935 puis produite à partir de 1936, la Rolls-royce Phantom Iii constitue l’une des évolutions techniques les plus importantes de la gamme Rolls-Royce avant la Seconde Guerre mondiale. Elle succède à la Rolls-royce Phantom Ii avec une architecture entièrement nouvelle, caractérisée par un moteur V12 de 7,3 litres et une suspension avant indépendante. Elle est aussi la dernière grande Rolls-Royce développée sous l’influence directe de Sir Henry Royce.

Une nouvelle Phantom développée autour d’un V12

Au début des années 1930, Rolls-Royce cherche à faire évoluer ses grandes automobiles. Le six-cylindres en ligne utilisé par les Phantom précédentes reste réputé pour son silence et sa souplesse, mais son potentiel de développement atteint progressivement ses limites. La concurrence américaine propose alors des moteurs de cylindrées et de configurations plus ambitieuses. Rolls-Royce entreprend donc la mise au point d’un moteur douze cylindres, avec pour objectif de conserver les qualités traditionnelles de la marque tout en augmentant les performances.

Le programme expérimental reçoit le nom de code Spectre. Henry Royce participe directement à la conception avant sa mort en avril 1933. Le développement se poursuit ensuite avec les équipes techniques de Rolls-Royce. Dix voitures expérimentales sont construites entre 1934 et 1937 afin de mettre au point le moteur, le châssis et les différents systèmes de la future automobile.

La Phantom III est annoncée le 2 octobre 1935 et présentée au public au London Olympia Motor Show quelques semaines plus tard. La production débute en 1936 dans l’usine Rolls-Royce de Derby. Le premier châssis de production est livré en août 1936 avec une carrosserie de type saloon à séparation réalisée par H. J. Mulliner.

Dans la chronologie de la marque, elle appartient à la même période que la Rolls-royce 20/25 et la 25/30, mais son positionnement est nettement supérieur. Elle représente le sommet de la gamme et conserve le principe du châssis séparé permettant au client de choisir une carrosserie réalisée par un carrossier indépendant.

Un V12 de 7,3 litres pour la grande Rolls-Royce

La principale nouveauté de la Phantom III est son moteur V12 à 60 degrés. Il affiche une cylindrée de 7 338 cm³, avec un alésage de 82,5 mm et une course de 114,3 mm. Sa conception privilégie la souplesse, le silence et la disponibilité du couple plutôt que la recherche d’un régime moteur élevé.

La distribution repose sur un arbre à cames central, des poussoirs et des culbuteurs. Le moteur bénéficie également d’un double allumage avec deux distributeurs, deux bobines et 24 bougies, soit deux bougies par cylindre. L’alimentation est assurée par des carburateurs, tandis que deux pompes électriques participent à l’alimentation en carburant.

La puissance annoncée au lancement est d’environ 165 ch à 3 000 tr/min. Les évolutions apportées au cours de la production permettent d’atteindre environ 180 ch sur les exemplaires tardifs. Rolls-Royce ne communique pas à l’époque une valeur de puissance selon les standards modernes avec une courbe complète de couple, ce qui explique l’absence d’un chiffre de couple universellement établi.

Le V12 permet surtout de réduire la longueur du groupe motopropulseur par rapport au six-cylindres de la génération précédente. Cette architecture libère davantage d’espace pour les occupants tout en améliorant l’équilibre général de la voiture. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière.

Un châssis profondément modernisé

La Phantom III conserve le principe du châssis séparé propre aux Rolls-Royce de cette époque. Le constructeur fournit le châssis roulant et la mécanique, tandis que la carrosserie est commandée séparément. Cette organisation explique la grande diversité des silhouettes produites sur une même base technique.

L’une des avancées majeures concerne la suspension avant. La Phantom III est la première Rolls-Royce de série à recevoir une suspension avant indépendante. Des ressorts hélicoïdaux et des bras triangulés remplacent ainsi l’architecture plus traditionnelle des générations précédentes. À l’arrière, un essieu rigide reste associé à des ressorts semi-elliptiques à lames.

La direction est également modernisée afin de réduire l’effort nécessaire au volant et d’améliorer la maniabilité d’une automobile dont les dimensions et le poids restent considérables. Le freinage utilise quatre tambours avec assistance par servo mécanique Rolls-Royce. Ce dispositif s’inscrit dans la continuité des solutions de freinage assisté développées par la marque sous licence Hispano-Suiza.

La transmission repose initialement sur une boîte manuelle à quatre rapports. Les exemplaires tardifs bénéficient d’évolutions de transmission, dont l’apparition d’un overdrive intégré sur certaines des dernières séries. Les modifications mécaniques réalisées pendant la production concernent également la distribution, la carburation et différents équipements auxiliaires.

Fiche technique de la Rolls-royce Phantom Iii

CaractéristiqueDonnée
MoteurV12 à 60 degrés, essence
Cylindrée7 338 cm³
Alésage x course82,5 x 114,3 mm
DistributionOHV, arbre à cames central, poussoirs et culbuteurs
AlimentationCarburateurs, deux pompes électriques
AllumageDouble allumage, 24 bougies
PuissanceEnviron 165 ch à 3 000 tr/min au lancement, jusqu’à environ 180 ch sur les versions tardives
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion arrière
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports, overdrive sur certains exemplaires tardifs
ChâssisChâssis séparé à longerons
Suspension avantIndépendante, ressorts hélicoïdaux et bras triangulés
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts semi-elliptiques à lames
DirectionDirection mécanique
FreinsQuatre tambours avec servo mécanique
RouesRoues à rayons métalliques, avec enjoliveurs Ace sur certains exemplaires
PneumatiquesEnviron 7.00 x 18 sur les configurations courantes, dimensions différentes sur certaines séries tardives
EmpattementEnviron 3 607 mm
LongueurEnviron 5,4 m selon la carrosserie
LargeurEnviron 1,9 m, variable selon la carrosserie
HauteurVariable selon la carrosserie
Voie avantEnviron 1 588 mm
Voie arrièreEnviron 1 588 mm
Poids du châssisEnviron 1 837 kg selon configuration documentée
Vitesse maximale87,5 mph, soit environ 140 km/h, lors d’un essai Autocar de 1938
0 à 60 mph16,8 s lors de l’essai Autocar de 1938
ConsommationEnviron 10 mpg impériaux lors de l’essai Autocar de 1938

Des évolutions pendant une production très limitée

La production de la Phantom III s’étend de 1936 à 1939. Plusieurs séries de châssis sont identifiées, notamment 3AZ, 3AX, 3BU, 3BT, 3CP, 3CM, 3DL et 3DH. Ces évolutions correspondent à une succession de modifications techniques apportées au fil de la carrière du modèle plutôt qu’à des générations distinctes.

En 1938, Rolls-Royce modifie notamment le système de réglage du jeu aux soupapes. Le dispositif hydraulique utilisé initialement est abandonné au profit de poussoirs réglables conventionnels. Les dernières voitures reçoivent également des évolutions de transmission et des pneumatiques plus larges, tandis que différents composants mécaniques et électriques sont améliorés.

La production automobile s’arrête en 1939 dans le contexte du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Rolls-Royce indique toutefois que le dernier exemplaire de Phantom III a été acheté en juin 1940, les opérations de carrosserie et de livraison pouvant se poursuivre après la fin de la fabrication des châssis.

Le nombre total produit fait l’objet de plusieurs décomptes historiques. Rolls-Royce retient 710 exemplaires de production, tandis que certains registres spécialisés aboutissent à 719 ou 727 châssis selon la manière dont sont comptabilisés les prototypes Spectre, les châssis expérimentaux et certains exemplaires renumérotés. Le chiffre de 710 constitue donc la référence constructeur pour la production de série.

Comme les autres grandes Rolls-Royce de cette période, la Phantom III n’est pas vendue avec une carrosserie standardisée unique. H. J. Mulliner, Barker, Park Ward, Hooper, Thrupp & Maberly et Windovers figurent parmi les carrossiers ayant réalisé des carrosseries sur ce châssis. Limousines, berlines, coupés, cabriolets et landaulets ont ainsi donné à la Phantom III des apparences très différentes.

Une grande Rolls-Royce reconnaissable entre toutes

La silhouette dépend largement de la carrosserie choisie, mais le châssis conserve les caractéristiques qui permettent de reconnaître la Phantom III. La longue partie avant accueille une imposante calandre Rolls-Royce verticale, tandis que le capot recouvre un V12 beaucoup plus compact que le six-cylindres de la Phantom II. Les ailes séparées, les marchepieds et les grandes roues à rayons participent à son allure typique des automobiles de prestige des années 1930.

La Phantom III se distingue surtout par sa combinaison inhabituelle de tradition et de modernité. Elle conserve le châssis séparé et la carrosserie réalisée sur mesure, mais adopte simultanément un V12, une suspension avant indépendante, un double allumage et un ensemble de systèmes destinés à améliorer le confort et la facilité d’utilisation. Un système de graissage centralisé permet notamment de réaliser l’entretien de nombreux points depuis l’habitacle.

Elle doit être distinguée de la première Rolls-royce Phantom, lancée en 1925, et de la Phantom II qui lui succède directement dans la chronologie. Elle ne doit pas non plus être assimilée à la Rolls-royce Phantom Iv : cette dernière apparaît en 1950 après la guerre et repose sur une conception entièrement différente.

Une Phantom sans véritable carrière sportive

La Phantom III n’a pas été conçue pour la compétition. Son objectif est celui d’une grande automobile de prestige capable de transporter ses occupants rapidement et dans un niveau de confort élevé. Les prototypes Spectre ont néanmoins fait l’objet d’un programme d’essais particulièrement poussé afin de valider le nouveau V12 et le châssis.

Les performances mesurées à l’époque montrent que cette imposante automobile était loin d’être lente. Lors d’un essai publié par Autocar en 1938, une Phantom III atteint 87,5 mph, soit environ 140 km/h, et passe de 0 à 60 mph en 16,8 secondes. Ces chiffres doivent être replacés dans le contexte d’une voiture dont les performances dépendent fortement de la carrosserie montée sur le châssis.

La Phantom III occupe ainsi une position particulière dans l’histoire de Rolls-Royce. Elle est la première Rolls-Royce de série à moteur V12 et reste l’unique grande Rolls-Royce V12 pendant plusieurs décennies. Sa production limitée à la fin des années 1930 en fait aujourd’hui l’un des modèles les plus recherchés de la période classique, avec une valeur qui dépend étroitement du châssis, de la carrosserie, de l’état de conservation et de l’historique de chaque exemplaire.

Dans la gamme Rolls-Royce de la fin des années 1930, la Rolls-royce 25/30 occupe un registre plus accessible tandis que la Phantom III demeure la grande voiture à douze cylindres destinée aux clients recherchant le niveau de prestige maximal proposé par la marque. Avec l’arrêt de sa production en 1939, elle marque la fin d’une époque technique et industrielle avant la transformation profonde de la gamme Rolls-Royce après-guerre.