Sbarro Super Eight

Sbarro Super Eight

Présentée au Salon de Genève en 1984, la Sbarro Super Eight est une sportive suisse unique en son genre : une petite voiture à trois portes équipée du V8 d’une Ferrari 308. Conçue par Franco Sbarro, elle associe une carrosserie compacte de seulement 3,15 mètres à une mécanique de grand tourisme italien, installée en position centrale arrière. Derrière son allure de citadine bodybuildée se cache une véritable architecture de voiture de sport, avec propulsion, boîte manuelle à cinq rapports et suspensions indépendantes.

Produite à un seul exemplaire, la Super Eight est née d’une commande particulière et d’une volonté de simplifier une précédente création de Sbarro, la Super Twelve. Son histoire illustre les expérimentations automobiles des années 1980, lorsque certains constructeurs indépendants n’hésitaient pas à associer des éléments mécaniques prestigieux à des carrosseries entièrement originales.

Une création de Franco Sbarro présentée en 1984

La Super Eight apparaît à une époque où Franco Sbarro possède déjà une solide expérience dans la conception de voitures spéciales. Installé en Suisse, ce carrossier et constructeur d’origine italienne s’est fait connaître par ses répliques, ses transformations et ses créations techniques parfois très éloignées des automobiles conventionnelles.

Son atelier, l’Atelier de Construction Automobile Sbarro, développe des véhicules destinés à des clients particuliers, mais aussi des prototypes permettant d’explorer de nouvelles architectures. Chaque réalisation peut ainsi répondre à un cahier des charges très différent, sans les contraintes habituelles d’une production industrielle.

La Super Eight s’inscrit dans cette démarche. Son développement est lié à Bernd Grohe, industriel allemand établi en Suisse et amateur des créations de Franco Sbarro. Déjà associé à plusieurs projets de l’atelier, il joue un rôle important dans l’histoire de cette petite sportive à moteur central.

Deux ans auparavant, Sbarro avait présenté la Super Twelve au Salon de Genève 1982. Cette automobile spectaculaire utilisait une mécanique particulièrement inhabituelle : deux moteurs Kawasaki à six cylindres, réunis pour former un ensemble de douze cylindres. Le système nécessitait également une transmission complexe, avec deux boîtes de vitesses synchronisées.

Si cette solution démontrait les capacités techniques de l’atelier, elle compliquait considérablement l’utilisation et la mise au point de la voiture. Pour la Super Eight, Franco Sbarro conserve le principe d’une carrosserie compacte abritant un moteur puissant, mais choisit un groupe motopropulseur automobile déjà éprouvé.

Le résultat est dévoilé au Salon international de l’automobile de Genève en 1984. La Super Eight reprend l’esprit de la Super Twelve, tout en adoptant une mécanique Ferrari et une conception plus conventionnelle. Elle reste néanmoins une création artisanale exceptionnelle, sans programme de commercialisation en série.

Cette période correspond également au développement d’autres sportives originales de l’atelier. La Sbarro Challenge témoigne notamment de l’intérêt du constructeur pour les automobiles performantes dotées de solutions techniques et stylistiques très personnelles.

Un V8 de Ferrari 308 dans une carrosserie compacte

La principale particularité de la Super Eight réside dans sa mécanique. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer son gabarit, elle ne repose pas sur une petite voiture de grande série équipée d’un moteur remplacé. Sa conception utilise une structure dérivée de Ferrari 308, adaptée aux dimensions de la nouvelle carrosserie.

Le moteur appartient à la famille Ferrari F106, un V8 atmosphérique de 2 927 cm³. Il est installé transversalement derrière les sièges, dans une disposition centrale arrière comparable à celle de la Ferrari donneuse. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à cinq rapports.

Cette implantation permet de concentrer les principaux éléments mécaniques dans la partie centrale du véhicule. Elle distingue radicalement la Super Eight des citadines sportives classiques de son époque, généralement dotées d’un moteur avant et d’une transmission aux roues avant.

Les descriptions détaillées de l’exemplaire conservé mentionnent un V8 Ferrari Quattrovalvole à injection Bosch, avec quatre soupapes par cylindre. La provenance exacte de tous les éléments mécaniques n’est toutefois pas entièrement établie par les documents d’origine accessibles.

La puissance annoncée varie également dans les publications spécialisées. Certaines indiquent environ 237 bhp, soit 240 chevaux métriques, tandis que d’autres évoquent 260 ch. Ces chiffres ne correspondent pas à des mesures indépendantes effectuées sur la Super Eight. Il est donc préférable de retenir une puissance annoncée comprise entre 240 et 260 ch.

Le châssis conserve les principes techniques d’une véritable sportive : structure tubulaire en acier, suspensions indépendantes à doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et freins à disque sur les quatre roues. La carrosserie en fibre de verre permet de réaliser les formes particulières imaginées par Franco Sbarro.

La Super Eight n’est donc pas simplement une transformation esthétique. Elle constitue une automobile spécialement construite autour d’une mécanique de Ferrari, avec des proportions et une carrosserie adaptées à son concept.

Fiche technique de la Sbarro Super Eight

CaractéristiqueSbarro Super Eight (1984)
ConstructeurSbarro, Atelier de Construction Automobile
Pays d’origineSuisse
Année de présentation1984
Production1 exemplaire
CarrosserieCompacte sportive à 3 portes
Nombre de places2
Architecture moteurV8 atmosphérique Ferrari F106
Cylindrée2 927 cm³
DistributionDouble arbre à cames en tête par banc, 4 soupapes par cylindre selon la configuration Quattrovalvole décrite
AlimentationInjection mécanique Bosch K-Jetronic
Puissance annoncéeEnviron 240 à 260 ch suivant les sources
Couple annoncéEnviron 260 Nm à 5 000 tr/min
ImplantationCentrale arrière transversale
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
ChâssisStructure dérivée de Ferrari 308, tubulaire en acier
Matériau de carrosserieFibre de verre
Suspension avantIndépendante à doubles triangles
Suspension arrièreIndépendante à doubles triangles
AmortissementRessorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques
Barres antiroulisAvant et arrière
DirectionÀ crémaillère
FreinageDisques aux quatre roues
JantesBBS de 15 pouces sur l’exemplaire documenté
Longueur3 150 mm
Largeur1 750 mm
Hauteur1 300 mm
Empattement2 200 mm
Masse publiéeEnviron 800 à 1 230 kg selon les publications, sans valeur définitive vérifiée
Vitesse maximale annoncéeEnviron 220 km/h
Accélération de 0 à 60 mphEnviron 5 secondes, estimation non homologuée

Un design spectaculaire inspiré des sportives des années 1980

La silhouette de la Sbarro Super Eight constitue l’une de ses caractéristiques les plus reconnaissables. Avec seulement 3,15 mètres de longueur pour 1,75 mètre de largeur, elle présente des proportions très inhabituelles. Sa carrosserie est presque aussi large que celle de certaines grandes sportives contemporaines, tout en restant nettement plus courte qu’une citadine traditionnelle.

Le dessin général évoque une petite voiture à hayon, mais les ailes largement élargies, les prises d’air et les roues imposantes révèlent immédiatement sa véritable vocation. L’ensemble présente une allure trapue, avec des porte-à-faux réduits et une partie arrière particulièrement massive.

La face avant se distingue par un capot court, des lignes anguleuses et une large calandre composée de lamelles horizontales. Ces éléments prolongent visuellement les optiques et donnent au véhicule une expression caractéristique des années 1980. Le bouclier intègre un spoiler inférieur qui accentue son aspect sportif.

De profil, les grandes prises d’air latérales situées devant les roues arrière constituent un élément essentiel de son identité. Leurs ailettes horizontales soulignent la largeur des flancs et participent au refroidissement de la mécanique installée derrière l’habitacle.

La partie arrière adopte des formes plus arrondies et enveloppantes. Elle reçoit des feux provenant de l’Opel Ascona de deuxième génération, un exemple du recours à des composants existants dans la construction automobile artisanale. Quatre sorties d’échappement relevées, disposées par paires, complètent cette présentation originale.

La carrosserie rouge et les jantes multibranches dorées de style BBS participent à l’identité visuelle de la Super Eight. Différentes photographies prises au cours de son existence montrent cependant des changements de finition des roues, notamment des jantes peintes en rouge.

L’habitacle contraste avec l’extérieur spectaculaire. Les sièges sont habillés de matériaux bruns, associant cuir et textile, tandis que la planche de bord reçoit une instrumentation analogique. L’exemplaire conservé possède des compteurs Veglia Borletti, un volant MOMO et une commande de boîte Ferrari à grille métallique apparente.

La voiture dispose également d’équipements de confort inhabituels pour une réalisation aussi radicale, notamment des vitres électriques et une installation audio Clarion. Cette présentation traduit la volonté de construire une automobile utilisable plutôt qu’un simple objet d’exposition.

Performances et comportement : une petite voiture aux ambitions de supercar

L’association d’un V8 Ferrari atmosphérique et d’un empattement de 2,20 mètres donne à la Super Eight un caractère mécanique très particulier. La puissance disponible est élevée pour une voiture aussi courte, tandis que l’architecture centrale arrière place une part importante de la masse à proximité de l’essieu moteur.

Sur le papier, cette disposition favorise la motricité et la réactivité aux changements de direction. Elle impose également une mise au point précise des suspensions, car un empattement court et un moteur puissant peuvent rendre les réactions plus vives qu’avec une sportive de dimensions conventionnelles.

Les publications consacrées à la Super Eight annoncent une vitesse maximale voisine de 220 km/h et une accélération de 0 à 60 mph en cinq secondes environ. Ces performances correspondent à des estimations historiques plutôt qu’à des résultats d’essais normalisés.

La question du poids complique l’évaluation de ses capacités réelles. Certaines publications avancent une masse proche de 800 kg, tandis qu’une fiche technique de Classic & Sports Car indique 1 230 kg. Faute de pesée certifiée permettant de trancher, il n’est pas possible d’établir un rapport poids/puissance définitif.

La Super Eight se distingue aussi par sa transmission manuelle. Contrairement à certaines créations expérimentales dotées de systèmes complexes, elle utilise une commande mécanique classique provenant de l’univers Ferrari. Cette solution répond directement aux difficultés rencontrées avec l’architecture de la Super Twelve.

La voiture n’a pas été développée pour répondre à un règlement sportif particulier. Malgré ses proportions qui peuvent rappeler celles des automobiles de rallye à moteur central des années 1980, elle ne possède aucun lien technique direct avec les programmes d’homologation du Groupe B.

Aucun engagement officiel en compétition ni record chronométré n’est établi pour cet exemplaire. Son intérêt repose avant tout sur son architecture et sur le contraste entre son format extérieur et sa mécanique.

Un exemplaire unique devenu une automobile de collection

La Sbarro Super Eight n’a jamais connu de fabrication en série. L’exemplaire présenté en 1984 est le seul identifié, ce qui la distingue des modèles commercialisés en petites quantités par certains constructeurs artisanaux. Sa rareté découle directement de son statut de commande spéciale.

Son histoire est associée à Bernd Grohe, qui figure comme destinataire initial dans les récits historiques du modèle. La voiture a ensuite circulé entre différentes collections européennes, notamment en Suisse et aux Pays-Bas. Les dates précises de tous ses changements de propriétaire ne sont pas entièrement connues.

La conservation de cette automobile est particulièrement intéressante, car les prototypes et les créations uniques des petits constructeurs disparaissent parfois après leur présentation. La Super Eight a au contraire continué à être photographiée, exposée et même essayée par la presse spécialisée plusieurs décennies après sa construction.

En 2018, elle attire de nouveau l’attention lors d’une mise en vente sur eBay, relayée par des médias automobiles. Elle apparaît ensuite chez le professionnel belge Speed 8 Classics, avec un prix demandé de 155 000 euros autour de 2020-2021. Ce montant constitue un prix d’annonce, et non la preuve d’une transaction conclue.

En décembre 2024, l’exemplaire est proposé aux enchères sur Bring a Trailer. La vente permet de documenter précisément son état, son habitacle, sa mécanique et certains éléments administratifs. Les enchères atteignent 160 000 dollars, sans que le prix de réserve soit atteint. La voiture n’est donc pas adjugée à cette somme.

Le dossier de vente mentionne également une particularité administrative : le numéro F106AB31465 figure comme identification du véhicule, mais les documents néerlandais utilisent un numéro lié à la mécanique Ferrari. Cette référence ne permet pas, à elle seule, de certifier le numéro de châssis original construit par Sbarro.

Les documents d’immatriculation comportent par ailleurs une référence à l’année 1980, alors que la présentation de la Super Eight est bien datée de 1984. Cette différence illustre les complications administratives qui peuvent accompagner les automobiles artisanales construites à partir d’éléments mécaniques préexistants.

La valeur de la Super Eight ne peut pas être déterminée à partir d’une cote classique, puisqu’il n’existe aucune série comparable de transactions. Son historique, son authenticité mécanique, son état de conservation et la documentation accompagnant l’exemplaire jouent un rôle déterminant dans son appréciation par les collectionneurs.

La Super Eight parmi les créations expérimentales de Sbarro

La Super Eight occupe une place particulière dans les travaux de Franco Sbarro. Elle appartient à une période durant laquelle l’atelier suisse multiplie les recherches sur les voitures compactes, les mécaniques puissantes et les architectures inhabituelles. Elle ne constitue pourtant ni le point de départ d’une gamme commerciale ni une version de série d’un prototype antérieur.

Sa parenté avec la Super Twelve est essentiellement conceptuelle et stylistique. Les deux voitures partagent l’idée d’une carrosserie compacte abritant une mécanique spectaculaire, mais leur conception mécanique diffère profondément. La Super Eight privilégie la cohérence d’un groupe motopropulseur Ferrari complet plutôt que l’assemblage de plusieurs moteurs de motocyclette.

Les expérimentations de l’atelier se poursuivent ensuite dans différentes directions. La Sbarro Chrono illustre cette volonté de développer des automobiles sportives originales, avec des choix techniques qui ne répondent pas nécessairement aux conventions des constructeurs généralistes.

De même, la Sbarro Challenge III appartient à une autre famille de créations sportives de l’atelier. Elle ne doit pas être considérée comme une descendante directe de la Super Eight, mais témoigne de la diversité des projets menés sous le nom Sbarro.

Cette liberté de conception explique pourquoi la Super Eight reste difficile à classer parmi les catégories automobiles habituelles. Elle possède l’apparence générale d’une petite berline sportive à hayon, l’architecture mécanique d’un coupé Ferrari à moteur central et le statut d’une réalisation sur mesure. Sa présentation à Genève en 1984 demeure ainsi celle d’une automobile complète, construite pour fonctionner et circuler, plutôt que d’une simple étude de style.

Marque Sbarro

Année de sortie 1984

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