Apparue au Japon en 1971, la Subaru Leone occupe une place centrale dans l’histoire du constructeur. Cette famille de berlines, coupés et breaks a surtout servi de point de départ à la généralisation des quatre roues motrices chez Subaru. Le lancement du Leone 4WD Station Wagon en 1972 transforme une technologie jusque-là surtout associée aux véhicules tout-terrain en une solution utilisable sur une voiture familiale.
La Leone ne désigne toutefois pas un modèle resté identique pendant plus de vingt ans. Trois générations se succèdent et les appellations varient fortement selon les marchés. Certaines voitures sont vendues comme Leone, d’autres simplement comme Subaru 1600 ou 1800, puis sous les noms L-Series ou Loyale. Cette diversité explique pourquoi des caractéristiques techniques très différentes sont parfois attribuées à tort à une unique “Subaru Leone”.
Une nouvelle Subaru lancée en 1971
La première Leone prolonge les choix techniques développés par Subaru avec les 1000 et FF-1. Elle conserve notamment un moteur quatre cylindres à plat installé longitudinalement à l’avant et, dans sa configuration initiale, une transmission aux roues avant. Cette architecture permet à Subaru de proposer une voiture compacte relativement conventionnelle dans son usage, mais déjà très différente techniquement des nombreuses concurrentes à moteur quatre cylindres en ligne.
La Leone est présentée en 1971 et commence sa carrière japonaise sous la forme d’un coupé. Une berline rejoint rapidement la gamme en 1972, suivie d’autres carrosseries. Le constructeur développe ainsi une véritable famille comprenant, selon les années et les marchés, coupés, berlines deux ou quatre portes, hardtop et breaks.
L’étape déterminante intervient en septembre 1972 avec le Leone 4WD Station Wagon. Subaru avait expérimenté dès la fin des années 1960 une transmission intégrale installée sur des voitures particulières, notamment à partir du Subaru 1000. Les besoins de véhicules capables de circuler dans les régions japonaises fortement enneigées accélèrent le développement d’une solution de série.
Le break Leone associe ainsi une carrosserie familiale à une transmission quatre roues motrices enclenchable. Contrairement à un tout-terrain traditionnel, il conserve l’architecture, le confort et les dimensions d’une automobile de tourisme. Subaru le présente comme la première voiture particulière 4WD produite en grande série. Cette formulation est importante : la Leone n’est évidemment pas le premier véhicule à quatre roues motrices de l’histoire.
Du 4WD enclenchable à la transmission intégrale permanente
Sur les premières Leone 4WD, le conducteur roule normalement en traction avant et engage les roues arrière lorsque les conditions l’exigent. Le moteur boxer longitudinal facilite cette architecture : la mécanique est organisée dans l’axe du véhicule, avec la boîte puis un arbre de transmission conduisant au différentiel arrière. Cette disposition devient progressivement l’un des principes techniques caractéristiques de Subaru.
La deuxième génération apparaît en 1979. Plus grande et plus habitable, elle développe considérablement l’offre quatre roues motrices. Le moteur 1,8 litre prend une importance croissante et certaines versions reçoivent une transmission Dual Range avec gamme courte. La Leone devient alors particulièrement adaptée aux régions montagneuses et enneigées sans adopter pour autant la conception d’un véritable 4×4 à châssis séparé.
Subaru poursuit l’évolution du système au début des années 1980. Une transmission automatique 4WD utilisant un embrayage multidisque apparaît en 1981. D’autres équipements renforcent la polyvalence de certaines versions, notamment une garde au sol réglable et le dispositif Hill Holder facilitant les démarrages en côte.
La troisième génération, introduite en 1984, modernise nettement l’ensemble. La carrosserie devient plus aérodynamique, avec un coefficient de traînée annoncé à 0,35 pour certaines versions, tandis que la gamme mécanique accueille l’injection et le turbo. En 1986, le coupé RX/II franchit une nouvelle étape avec une transmission intégrale permanente et un différentiel central verrouillable. La Leone permet ainsi d’observer presque toute l’évolution qui conduit Subaru du 4WD occasionnellement enclenché aux systèmes AWD qui deviendront ensuite emblématiques de la marque.
Trois générations et de nombreuses identités
La première génération conserve les dimensions contenues d’une compacte du début des années 1970. Les motorisations reposent sur des quatre cylindres boxer de la famille EA, avec plusieurs cylindrées suivant les années. Le Leone 4WD Station Wagon de 1972 utilise notamment un boxer 1,4 litre développant 72 ch dans la documentation historique Subaru. Les versions sportives japonaises du coupé pouvaient recevoir des réglages différents et des puissances supérieures.
Avec la génération de 1979, la Leone change d’échelle et le 1,8 litre devient l’une de ses motorisations emblématiques. C’est également cette génération qui installe durablement les Subaru 4WD sur certains marchés européens. Les noms compliquent cependant son identification : “Leone” n’est pas systématiquement mis en avant et des voitures sont commercialisées comme Subaru 1600 ou Subaru 1800.
Le renouvellement de 1984 accentue encore cette fragmentation commerciale. La troisième Leone est connue comme L-Series dans plusieurs pays et prendra plus tard le nom Loyale en Amérique du Nord. Elle existe en berline, break et carrosseries trois portes, avec des versions allant de modèles relativement simples à des variantes 1.8 Turbo nettement plus performantes.
Plusieurs modèles proches doivent aussi être distingués de la Leone elle-même. Le Subaru Brat est un pick-up directement dérivé de cette famille technique, mais constitue un modèle à part entière. Dans les années 1980, le Subaru XT adopte de son côté une approche de coupé beaucoup plus futuriste et aérodynamique : sa proximité technique avec les Subaru contemporaines ne doit pas conduire à le considérer comme une simple carrosserie Leone.
Fiche technique de la Subaru Leone
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Production de la famille Leone | 1971 à 1994 selon générations et marchés |
| Générations | 3 |
| Architecture moteur | 4 cylindres à plat Subaru, famille EA |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Cylindrées | Environ 1,2 à 1,8 litre selon génération, marché et version |
| Alimentation | Carburateur, puis injection selon versions |
| Suralimentation | Turbo sur certaines versions 1.8 des dernières générations |
| Leone 4WD Station Wagon 1972 | Boxer 1,4 litre, 72 ch |
| Leone 1800 4WD, deuxième génération | 1,8 litre, environ 80 ch sur certaines versions européennes |
| 1.8 Turbo, troisième génération | Jusqu’à 136 ch sur certaines versions européennes |
| Transmission | Traction avant ou quatre roues motrices selon version |
| Systèmes 4WD | 4WD enclenchable, Dual Range, 4WD automatique, puis transmission intégrale permanente selon version et époque |
| Boîtes | Manuelles 4 ou 5 rapports, automatiques selon version |
| Structure | Monocoque |
| Suspension | Indépendante aux quatre roues sur la première génération, évolutions selon versions ultérieures |
| Longueur | Environ 4,00 m pour le coupé de première génération, jusqu’à environ 4,43 m pour certaines versions de troisième génération |
| Largeur du coupé 1971 | Environ 1,50 m |
| Empattement | Environ 2,455 m sur la première génération, jusqu’à environ 2,470 m sur certaines versions ultérieures |
| Poids du 4WD Station Wagon 1972 | Environ 855 kg |
| Performances 1.8 Turbo | Environ 190 km/h et 0 à 100 km/h en 9 s pour certaines versions européennes |
| Coefficient aérodynamique | Cx annoncé de 0,35 pour certaines versions de troisième génération |
Une gamme conçue autour de la polyvalence
La personnalité de la Leone évolue avec ses trois générations, mais le break 4WD reste sa silhouette historiquement la plus significative. Au début des années 1970, associer une carrosserie de break relativement basse à quatre roues motrices constitue une proposition atypique. La voiture peut être utilisée quotidiennement comme une familiale tout en disposant d’une motricité supplémentaire sur neige, chemins ou chaussées difficiles.
Cette philosophie explique aussi le développement de versions très différentes. Les premiers coupés cherchent davantage une image dynamique, tandis que les breaks mettent l’accent sur l’espace et la motricité. Les générations suivantes élargissent encore le spectre avec des transmissions à gamme courte, des versions turbo et des déclinaisons sportives. La Leone n’est donc pas seulement “la première Subaru 4WD” : elle constitue pendant deux décennies une vaste gamme autour de laquelle le constructeur affine son identité mécanique.
Cette formule influencera durablement les Subaru familiales. L’association d’une carrosserie routière, d’une transmission intégrale et d’une aptitude à sortir des conditions d’utilisation ordinaires réapparaîtra notamment avec la Subaru Legacy Outback, puis sous une forme plus proche du SUV avec le Subaru Forester.
Rallye, endurance et démonstration du 4WD
La transmission intégrale de la Leone trouve naturellement un terrain d’expression en compétition. Une Leone 4WD participe notamment au marathon Londres-Sydney de 1977 et termine quatrième de sa classe. Ces engagements permettent à Subaru de confronter son architecture à des parcours longs et difficiles bien avant que la marque ne devienne mondialement associée au rallye.
En 1980, une Leone 4WD est engagée au Safari Rally, étape importante dans l’histoire sportive de Subaru. L’équipage Takeshi Hirabayashi et Aslam Khan termine 18e au classement général. Ari Vatanen apporte ensuite à Subaru ses premiers points en Championnat du monde des rallyes lors du Safari 1983. Dans les années suivantes, les Leone continuent d’apparaître sur les épreuves internationales, notamment avec Mike Kirkland au Safari et Possum Bourne en Nouvelle-Zélande.
Ces résultats restent modestes face au palmarès que Subaru construira plus tard, mais ils établissent le lien entre transmission intégrale et rallye bien avant l’époque des Impreza. La Subaru Impreza bénéficiera dans les années 1990 d’une architecture et d’une identité sportive déjà largement façonnées par cette expérience accumulée.
De la Leone à la nouvelle gamme Subaru
À la fin des années 1980, la Leone ne correspond plus à la nouvelle organisation de la gamme. Subaru lance en 1989 la Subaru Legacy, une familiale plus moderne qui reprend progressivement le rôle des Leone supérieures. La transition ne se fait pas immédiatement : suivant les marchés, certaines déclinaisons de l’ancienne famille poursuivent leur carrière au début des années 1990, notamment sous l’appellation Loyale.
L’arrivée de l’Impreza en 1992 achève la réorganisation en occupant plus directement le segment compact autrefois couvert par la Leone. Il serait donc imprécis de présenter la Legacy comme son unique remplaçante : la succession est partagée entre deux familles de dimensions et de positionnements différents.
La Leone disparaît ainsi après avoir accompagné une transformation fondamentale de Subaru. Partie d’une compacte à traction avant en 1971, la gamme devient le laboratoire de plusieurs générations de systèmes 4WD, depuis la commande mécanique enclenchable du break de 1972 jusqu’aux transmissions intégrales permanentes des années 1980. C’est cette évolution technique, davantage qu’une carrosserie ou une motorisation particulière, qui permet d’identifier la contribution spécifique de la Leone à l’histoire de Subaru.




