Présentée en octobre 1953 au Salon de l’automobile de Paris, la Ferrari 375 America est une voiture de grand tourisme produite à seulement douze exemplaires selon le décompte généralement retenu. Elle associe un imposant V12 Lampredi de 4,5 litres à des carrosseries réalisées par Pinin Farina ou Vignale. Sa rareté, ses configurations presque individualisées et sa place particulière dans la famille des Ferrari « America » en font l’un des modèles routiers les plus exclusifs des années 1950.
Une Ferrari destinée au grand tourisme de prestige
Au début des années 1950, Ferrari développe une lignée de voitures routières puissantes conçues pour une clientèle recherchant à la fois des performances élevées et une automobile adaptée aux longs trajets. Cette orientation s’inscrit dans la continuité de la Ferrari 340 America, un modèle étroitement lié aux premières grandes routières de la marque.
La 375 America succède plus directement à la Ferrari 342 America. Elle reprend le principe d’une Ferrari de haut prestige construite en très petite série, mais reçoit une motorisation plus importante. Son positionnement reste distinct de celui des voitures de compétition, même si plusieurs éléments mécaniques sont issus de l’expérience acquise par Ferrari en course.
Le premier exemplaire connu sous cette appellation, portant le numéro de châssis 0293 AL, est dévoilé à Paris en octobre 1953 avec une carrosserie signée Pinin Farina. La 375 America apparaît ainsi à une période où Ferrari ne produit pas encore ses modèles routiers selon des séries largement standardisées. Le châssis et la mécanique sont fournis par le constructeur, tandis que la forme définitive de la voiture dépend du carrossier choisi.
Le V12 Lampredi de 4,5 litres
La principale évolution par rapport à la 342 America concerne le moteur. Ferrari remplace le V12 Colombo utilisé sur le modèle précédent par un V12 à bloc long conçu par l’ingénieur Aurelio Lampredi. Ce moteur à douze cylindres en V ouvert à 60 degrés est monté longitudinalement à l’avant.
Sa cylindrée exacte atteint 4 522,08 cm³. D’après les caractéristiques publiées par Ferrari, il développe 221 kW, soit 300 ch, à 6 300 tr/min. L’alimentation repose sur trois carburateurs Weber, tandis que la transmission est assurée par une boîte manuelle à quatre rapports.
La vitesse maximale annoncée est de 250 km/h, une valeur particulièrement élevée pour une automobile routière présentée en 1953. Ce chiffre doit néanmoins être replacé dans son contexte. Les performances pouvaient varier selon la carrosserie, le réglage mécanique, les rapports de transmission et la configuration propre à chaque châssis.
L’appellation 375 ne désigne pas un modèle unique dans l’histoire de Ferrari. La Ferrari 375 MM, par exemple, est développée pour la compétition et répond à des objectifs différents. La 375 America utilise la puissance du V12 Lampredi dans une automobile de grand tourisme, avec un empattement plus long et une carrosserie pensée pour un usage routier.
Un châssis long pour une grande routière
La Ferrari 375 America repose sur un châssis dont l’empattement atteint 2 800 mm. Le suffixe « AL » visible dans les numéros de plusieurs châssis est généralement interprété comme l’abréviation d’« America Lungo », en référence à cette architecture allongée.
Le train avant adopte une suspension indépendante, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide. Le freinage est confié à des tambours hydrauliques sur les quatre roues. Cette configuration correspond aux solutions techniques couramment employées sur les Ferrari routières de cette période, avant la généralisation des freins à disque et de conceptions plus modernes.
Le moteur Lampredi sera également associé à d’autres Ferrari à forte cylindrée. La Ferrari 375 Plus illustre l’utilisation de cette famille mécanique dans un cadre beaucoup plus directement orienté vers la course. La comparaison permet de comprendre que la 375 America n’est pas simplement une voiture de compétition habillée pour la route, mais un modèle développé autour d’une vocation de grand tourisme.
Douze exemplaires, mais plusieurs interprétations
Le chiffre de douze exemplaires demande une explication. Dix voitures auraient été construites directement selon les spécifications de la 375 America. Deux Ferrari 250 Europa auraient ensuite été transformées en usine pour recevoir une configuration correspondant à celle de la 375 America. Leur intégration au décompte porte donc la production totale communément admise à douze unités.
Cette méthode de comptabilisation reflète le fonctionnement artisanal de Ferrari dans les années 1950. Les modèles pouvaient évoluer en cours de fabrication, recevoir une nouvelle mécanique ou être modifiés après leur première livraison. La frontière entre deux versions n’est donc pas toujours aussi nette que sur une automobile produite industriellement en grande série.
La répartition documentée comprend huit coupés carrossés par Pinin Farina, trois coupés dessinés par Vignale et un unique cabriolet Vignale. La série se compose ainsi de onze coupés et d’un cabriolet. Cette diversité explique pourquoi deux 375 America peuvent présenter des silhouettes, des détails de carrosserie et des aménagements sensiblement différents.
Pinin Farina et Vignale, deux visions de la 375 America
Pinin Farina réalise la majorité des carrosseries. Ses coupés donnent à la 375 America l’allure d’une grande routière classique, avec un long capot rendu nécessaire par les dimensions du V12 Lampredi et une cabine installée en retrait. La carrosserie ne constitue toutefois pas un simple habillage esthétique. Elle influence également le poids, l’aérodynamique et la répartition des volumes de chaque voiture.
Vignale adopte une approche plus rare, avec trois coupés et un cabriolet. Les exemplaires issus de cet atelier sont particulièrement importants pour comprendre le caractère presque individuel de la production Ferrari à cette époque. Chaque châssis peut se distinguer par sa calandre, ses prises d’air, ses vitrages ou le traitement de sa partie arrière.
La création de voitures aussi exclusives correspond à la stratégie suivie par Enzo Ferrari durant les premières années de développement de la marque. Les automobiles routières de prestige contribuent alors à renforcer l’image de Ferrari et à soutenir une activité encore fortement centrée sur la compétition.
L’unique cabriolet Vignale
Le châssis 0353 AL occupe une place à part puisqu’il s’agit du seul cabriolet 375 America connu. Sa carrosserie Vignale en fait une configuration unique au sein d’une série déjà extrêmement limitée. Cette singularité explique l’attention particulière que lui accordent les concours d’élégance, les collectionneurs et les maisons de ventes spécialisées.
Lors de la vente RM Sotheby’s organisée à Monterey en 2022, ce cabriolet a été adjugé 7 595 000 dollars. Ce montant correspond à une transaction précise réalisée à une date donnée. Il ne doit pas être interprété comme une cote permanente ou comme la valeur actuelle de tous les exemplaires, car le prix d’une Ferrari historique dépend notamment de son châssis, de sa carrosserie, de sa provenance, de son état et de l’authenticité de ses composants.
Pourquoi la Ferrari 375 America reste difficile à résumer
La 375 America ne se définit pas seulement par sa puissance de 300 ch ou par sa vitesse maximale annoncée de 250 km/h. Son intérêt réside aussi dans sa production artisanale, dans le rôle des carrossiers et dans les transformations qui compliquent le décompte exact des voitures construites.
Elle constitue surtout une étape importante entre les premières Ferrari America et les grandes routières de prestige qui suivront. Son V12 Lampredi de 4,5 litres, son empattement de 2 800 mm et ses douze exemplaires permettent de l’identifier clairement, mais chaque châssis conserve une histoire et une configuration propres. Cette diversité est particulièrement visible dans l’unique cabriolet Vignale, dont la vente de 2022 illustre la valeur accordée aux exemplaires les plus singuliers.











