La Renault Caravelle apparaît en 1959 comme l’appellation destinée au marché nord-américain de la Floride, le élégant coupé-cabriolet dévoilé par Renault à la fin de 1958. Ce nom finit ensuite par s’imposer en Europe à partir de 1962, avant de remplacer totalement celui de Floride pour le millésime 1964. Cette histoire explique pourquoi les deux appellations sont souvent confondues alors qu’elles correspondent, selon les années et les marchés, à des variantes d’une même lignée.
Produite jusqu’en 1968, la Caravelle constitue l’une des premières tentatives de Renault pour proposer une automobile de loisir séduisante à partir d’une mécanique de grande série. Son moteur arrière, ses lignes dessinées en Italie et ses carrosseries ouvertes la distinguent nettement des berlines populaires qui composent alors l’essentiel du catalogue de la Régie.
Une Renault pensée pour séduire l’Amérique
Le projet naît en 1957 après un voyage de Pierre Dreyfus, président de Renault, et de Fernand Picard, directeur des Études, aux États-Unis. Les responsables de la filiale américaine constatent l’intérêt du public pour les petites voitures européennes, mais aussi pour les cabriolets. L’idée consiste donc à transformer la base technique de la Renault Dauphine en une voiture plus élégante, capable de renforcer l’image de Renault tout en restant relativement économique à produire.
Renault confie l’étude stylistique à la carrosserie italienne Ghia, dirigée par Luigi Segre. Le dessin est généralement attribué à Pietro Frua, attribution fréquemment reprise par l’historiographie automobile, même si les archives Renault disponibles mettent surtout en avant le rôle de Ghia sans identifier formellement un auteur unique. Le cahier des charges impose de conserver le soubassement, les trains roulants et une large part de la mécanique de la Dauphine.
La voiture est présentée sous le nom Floride en Europe, puis exposée en janvier 1959 aux États-Unis sous le nom Caravelle. Renault choisit cette appellation pour le marché américain avant même que le nom ne soit employé durablement en France. La production débute en juin 1959 et les premières voitures sont livrées durant l’été.
La fabrication elle-même est atypique. Flins étant déjà fortement occupée, Renault répartit le travail entre plusieurs partenaires industriels. Chausson participe à la réalisation des carrosseries tandis que Brissonneau et Lotz assure notamment l’assemblage final à Creil, avec du personnel Renault détaché. La Caravelle n’est donc pas simplement une Dauphine transformée sur une chaîne Renault classique.
De la Floride à la Caravelle 1100 S
Les premières voitures reposent sur le type R1092 et utilisent le quatre cylindres Ventoux de 845 cm3. Elles se reconnaissent notamment à leurs prises d’air latérales placées sur les ailes arrière. Sur le marché américain, ces voitures portent déjà le nom Caravelle, alors qu’en France et dans une grande partie de l’Europe elles restent vendues sous l’appellation Floride.
Une évolution importante intervient en 1962 avec les Floride S et Caravelle R1131. Le moteur Ventoux laisse place au nouveau quatre cylindres Sierra de 956 cm3, futur moteur Cléon-Fonte, tandis que le freinage adopte quatre disques. Les prises d’air latérales disparaissent au profit d’une entrée d’air arrière. Sur le marché européen, la distinction se fait alors aussi par la carrosserie: la Floride S reste la version découvrable tandis que le nom Caravelle désigne notamment le coupé à pavillon redessiné et à quatre places.
Cette modernisation rapproche techniquement la voiture de la Renault 8, apparue à la même période et elle aussi associée à la nouvelle famille de moteurs Sierra. La Caravelle conserve toutefois son positionnement de voiture de loisir, avec une présentation et une carrosserie nettement plus raffinées.
Pour le millésime 1964, Renault abandonne définitivement le nom Floride et lance la Caravelle 1100, type R1133. Sa cylindrée passe à 1 108 cm3 et la boîte manuelle à quatre rapports devient entièrement synchronisée. La puissance et les performances progressent sans transformer la voiture en véritable sportive.
La dernière évolution majeure est la Caravelle 1100 S, dévoilée en 1965 pour le millésime 1966. Toujours dotée du 1 108 cm3, elle reçoit notamment un carburateur Weber double corps et une puissance accrue. Le tableau de bord est modernisé avec deux cadrans circulaires, dont un compte-tours, tandis que plusieurs détails de présentation évoluent. Cette version restera au catalogue jusqu’à l’arrêt de la production en juillet 1968.
Fiche technique de la Renault Caravelle
| Caractéristique | Caravelle 845 / R1092 | Caravelle R1131 | Caravelle 1100 / R1133 | Caravelle 1100 S / R1133 |
|---|---|---|---|---|
| Période | À partir de 1959 sur certains marchés | À partir de 1962 | Millésime 1964 | Millésime 1966 à 1968 |
| Moteur | 4 cylindres en ligne Ventoux | 4 cylindres en ligne Sierra | 4 cylindres en ligne Sierra | 4 cylindres en ligne Sierra |
| Cylindrée | 845 cm3 | 956 cm3 | 1 108 cm3 | 1 108 cm3 |
| Alimentation | Carburateur | Carburateur | Carburateur | Carburateur Weber double corps |
| Puissance | 40 ch SAE à 5 000 tr/min | 51 ch SAE à 5 500 tr/min | 55 ch SAE à 5 100 tr/min | 57,5 ch SAE à 5 500 tr/min, environ 50 à 51 ch DIN selon les références |
| Implantation | Moteur longitudinal arrière | Moteur longitudinal arrière | Moteur longitudinal arrière | Moteur longitudinal arrière |
| Transmission | Propulsion | Propulsion | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | 3 rapports, 4 rapports disponible selon version | Manuelle 4 rapports | Manuelle 4 rapports entièrement synchronisés | Manuelle 4 rapports |
| Structure | Carrosserie acier, soubassement dérivé de la Dauphine | Carrosserie acier | Carrosserie acier | Carrosserie acier |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Demi-essieux oscillants, ressorts hélicoïdaux | Demi-essieux oscillants, ressorts hélicoïdaux | Demi-essieux oscillants, ressorts hélicoïdaux | Demi-essieux oscillants, ressorts hélicoïdaux |
| Freins | 4 tambours hydrauliques | 4 disques | 4 disques | 4 disques |
| Empattement | Environ 2 270 mm | Environ 2 270 mm | Environ 2 270 mm | Environ 2 270 mm |
| Longueur | Variable selon carrosserie et marché | Variable selon carrosserie et marché | Environ 4 260 mm en configuration européenne | Environ 4 260 mm en configuration européenne |
| Largeur | Environ 1 580 mm | Environ 1 580 mm | Environ 1 578 mm | Environ 1 578 mm |
| Hauteur | Variable selon carrosserie | Variable selon carrosserie | Environ 1 340 mm | Environ 1 340 mm |
| Voies | Variables selon version | Variables selon version | Environ 1 260 mm à l’avant et 1 230 mm à l’arrière | Environ 1 260 mm à l’avant et 1 230 mm à l’arrière |
| Pneumatiques | Selon marché et millésime | Jantes ajourées sur les évolutions R1131 | Monte variable selon marché | 145 SR 15 couramment documenté |
| Poids | Variable selon carrosserie | Variable selon carrosserie | Variable selon carrosserie | Environ 810 à 845 kg selon carrosserie et méthode de mesure |
| Vitesse maximale | Environ 125 km/h | Environ 135 km/h | Environ 140 km/h | Environ 145 km/h |
| 0 à 100 km/h | Non homogène selon les essais disponibles | Non homogène selon les essais disponibles | Environ 19 s dans certains essais | Environ 20,5 s dans certaines bases techniques |
| Réservoir | Environ 38 à 40 litres selon version | Environ 38 à 40 litres | Environ 38 à 40 litres | Environ 38 à 40 litres |
Un cabriolet élégant plutôt qu’une sportive
La Caravelle privilégie la ligne, la facilité d’utilisation et l’agrément de conduite à la performance pure. Même dans sa version 1100 S, ses puissances restent modestes. Son faible poids et son implantation mécanique arrière lui donnent néanmoins un caractère très différent des berlines françaises contemporaines.
Son style constitue une grande partie de son attrait. La carrosserie basse, les ailes arrière légèrement marquées, le pare-brise panoramique et les lignes simples évoquent davantage les créations italiennes de la fin des années 1950 qu’une Renault populaire. Le hard-top amovible permet en outre de transformer certaines versions découvertes en coupé fermé, renforçant la polyvalence du modèle.
La concurrence française reste relativement limitée. Des modèles comme la Simca Océane proposent eux aussi une carrosserie ouverte et élégante, mais la Renault se distingue par son architecture tout à l’arrière et son lien étroit avec une grande berline populaire. Plus tard dans les années 1960, la Fiat 850 Spider adoptera une philosophie comparable de petit cabriolet européen à moteur arrière, sans qu’il existe de parenté technique entre les deux voitures.
Le freinage à quatre disques adopté sur les R1131 puis conservé sur les R1133 constitue l’une des évolutions les plus remarquables de la Caravelle. Il place techniquement la petite Renault à un niveau inhabituel pour sa catégorie au début des années 1960. Il est toutefois préférable de ne pas lui attribuer sans nuance le titre de première voiture française de série équipée de quatre disques, cette primauté dépendant de la définition et des modèles pris en compte.
Une carrière internationale et environ 117 000 exemplaires
La carrière de la Floride et de la Caravelle s’étend de 1959 à juillet 1968. Les chiffres publiés ne concordent pas totalement, mais ils convergent vers un volume global d’environ 117 000 exemplaires pour l’ensemble de la famille. Les archives Renault mentionnent 117 113 unités, tandis que d’autres décomptes aboutissent à 117 039 ou 117 118 voitures.
Cette production englobe plusieurs identités commerciales et plusieurs types techniques, ce qui explique une partie des confusions rencontrées aujourd’hui. Une Caravelle américaine de 1959 peut ainsi partager pratiquement toutes ses caractéristiques avec une Floride européenne de la même période, alors qu’une Caravelle 1100 S de 1966 appartient à une évolution profondément modernisée de la même famille.
Renault homologue également les types R1131 et R1133 auprès de la FIA en 1962 et 1963. La Caravelle n’est pourtant pas développée comme une véritable machine de compétition. Dans l’univers Renault des années 1960, ce rôle revient davantage à des modèles spécifiquement préparés et aux sportives à moteur arrière telles que la Renault Alpine A110.
Le prix évolue logiquement avec les versions. La Floride de lancement est annoncée autour de 870 000 anciens francs. Pour la Caravelle 1100 S présentée pour le millésime 1966, un tarif de 11 500 francs est documenté. Comparer directement ces deux sommes sans tenir compte de la réforme monétaire et des années qui les séparent n’aurait cependant guère de sens.
Comment reconnaître les principales Caravelle
La première génération dérivée directement de la Floride se distingue facilement par ses prises d’air latérales aménagées devant les roues arrière et par ses roues à voile plein. Sous cette carrosserie se trouve encore le moteur Ventoux de 845 cm3, associé au freinage à tambours.
Les R1131 de 1962 abandonnent ces ouïes latérales et reçoivent une prise d’air sur le panneau arrière. Les jantes deviennent ajourées, le moteur passe à 956 cm3 et les quatre freins à disque permettent de distinguer techniquement cette évolution. Le coupé Caravelle adopte également un pavillon plus haut et plus droit que celui de la première Floride afin d’améliorer l’habitabilité arrière.
La Caravelle 1100 R1133 se reconnaît surtout à sa mécanique de 1 108 cm3 et à l’abandon définitif du nom Floride. Le lettrage Caravelle devient particulièrement visible sur la face avant. Sur la 1100 S, le tableau de bord à deux grands cadrans ronds, avec compte-tours, le volant redessiné et le carburateur Weber double corps permettent d’identifier la dernière évolution importante.
Lorsque la production cesse en juillet 1968, Renault ne remplace pas directement la Caravelle par un nouveau petit cabriolet. Des coupés comme la Renault Fuego réapparaîtront bien plus tard dans le catalogue avec une philosophie très différente, tandis que le Renault Spider renouera encore plus tard avec l’idée d’une Renault découverte entièrement tournée vers le plaisir de conduite.





