Présentée en 1956 pour le millésime 1957, la Simca Océane est un cabriolet deux portes dérivé de la Simca Aronde. Elle occupe toutefois une place à part dans la gamme française. Sa carrosserie réalisée par Facel-Métallon, son spectaculaire pare-brise panoramique et sa finition soignée en font davantage une automobile d’image et d’agrément qu’une simple Aronde découvrable. Sa carrière se poursuit jusqu’en 1962, avec plusieurs évolutions esthétiques et mécaniques.
Le nom demande une précision importante. L’Océane désigne bien le cabriolet présenté en 1956. Elle ne doit pas être confondue avec la « Ligne Océane », expression utilisée auparavant par Simca pour désigner le nouveau style de la gamme Aronde 1300. Cette proximité des appellations explique une partie des confusions rencontrées aujourd’hui entre le cabriolet et les Aronde contemporaines.
Un cabriolet Simca façonné par Facel
L’Océane s’inscrit dans une histoire commencée avant elle avec les automobiles de prestige de la famille Simca Sport. Sous l’impulsion d’Henri-Théodore Pigozzi, Simca utilise ces modèles produits en volumes limités pour donner à sa gamme une dimension plus élégante et exclusive. Leur réalisation fait intervenir Facel-Métallon, entreprise dirigée par Jean Daninos et également à l’origine des prestigieuses Facel Vega.
Dans cette lignée, l’Océane prend la relève de la Simca Week-End. Le changement est spectaculaire. La nouvelle venue abandonne les formes plus arrondies de sa devancière au profit d’une silhouette basse, tendue et largement influencée par les tendances américaines du milieu des années 1950. Un premier exemplaire apparaît durant l’été 1956, avant la présentation du modèle au Salon de l’Automobile de Paris en octobre.
La construction est particulière pour une Simca. La mécanique provient de l’Aronde, mais la carrosserie spéciale est confiée à Facel-Métallon. La fabrication fait intervenir plusieurs établissements français du carrossier, notamment Amboise pour des opérations d’emboutissage ainsi que Colombes et Dreux pour l’assemblage et la finition. Cette organisation explique en partie le positionnement et le prix élevés de l’Océane par rapport aux modèles Simca de grande série.
Le cabriolet partage l’essentiel de son style avec le Simca Plein Ciel, son équivalent fermé. Les appellations peuvent sembler contre-intuitives : Plein Ciel désigne le coupé à toit fixe, tandis qu’Océane est bien le cabriolet. Les deux modèles reposent sur la même parenté technique avec l’Aronde et bénéficient du savoir-faire de Facel.
Un style spectaculaire pour une mécanique d’Aronde
Le détail le plus caractéristique de l’Océane est son immense pare-brise panoramique. Très cintré sur les côtés et associé à des montants inclinés vers l’avant dans leur partie inférieure, il donne immédiatement à la voiture une allure plus exotique que celle d’une Aronde ordinaire. La carrosserie basse, les nombreux éléments chromés, les petits ailerons arrière et le traitement travaillé de la face avant renforcent cette impression.
Les premières voitures adoptent une calandre grillagée en aluminium poli. Le prototype avait reçu une solution différente, avec des aubages couleur carrosserie, abandonnée avant la commercialisation. À l’avant, les phares sont soulignés par des visières tandis que les clignotants prennent place dans les ailes. L’ensemble cherche moins la discrétion que l’élégance spectaculaire caractéristique de la seconde moitié des années 1950.
Sous cette robe spéciale, Simca conserve une architecture éprouvée. Le quatre cylindres de 1 290 cm3 est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports. La première version utilise le moteur Flash Spécial à vilebrequin trois paliers. Avec 57 ch SAE, l’Océane n’est donc pas une sportive radicale malgré sa silhouette. Elle privilégie le tourisme et l’agrément, tout en offrant des performances honorables pour une française de cette cylindrée à la fin des années 1950.
Un essai d’époque a mesuré 138,994 km/h avec la capote en place et un 0 à 100 km/h en 18,8 secondes. La vitesse mesurée décapotée était légèrement inférieure, à 136,920 km/h. Ces valeurs permettent de situer précisément les capacités de la première Océane sans lui attribuer les performances supérieures des moteurs apparus plus tard.
Fiche technique de la Simca Océane
| Caractéristique | Simca Océane |
|---|---|
| Carrosserie | Cabriolet 2 portes, 2 places |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur initial | Flash Spécial, 4 cylindres en ligne essence |
| Cylindrée | 1 290 cm3 |
| Alésage x course | 74 x 75 mm |
| Distribution | Soupapes en tête commandées par culbuteurs |
| Vilebrequin initial | 3 paliers |
| Alimentation | Carburateur inversé Solex 32 PBICT |
| Taux de compression | 7,8:1 |
| Puissance initiale | 57 ch SAE à environ 5 200 tr/min |
| Moteurs ultérieurs | Rush Super 5 paliers, 62 ch SAE, puis Rush Super M donné pour 70 ch SAE en fin de carrière |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports, 2e, 3e et 4e synchronisés |
| Commande de boîte | Levier au volant |
| Embrayage | Monodisque à sec |
| Structure | Autoporteuse dérivée de l’Aronde et adaptée à la carrosserie spéciale |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques, barre stabilisatrice |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques, amortisseurs télescopiques |
| Direction | Vis globique et galet |
| Freins | Tambours hydrauliques aux quatre roues |
| Pneumatiques de première série | 5,60 x 14 |
| Longueur | Environ 4,26 m sur la première série, légèrement supérieure après évolution de la carrosserie |
| Largeur | Environ 1,57 m sur la première série |
| Hauteur | Environ 1,38 à 1,39 m |
| Empattement | 2,44 m |
| Voies avant / arrière | Environ 1,25 m / 1,25 m |
| Poids | 970 kg à vide pour une première série essayée à l’époque |
| Vitesse maximale mesurée | 138,994 km/h capotée pour la version 57 ch essayée |
| 0 à 100 km/h mesuré | 18,8 s pour la version 57 ch essayée |
| 1 000 m départ arrêté | 41,2 s pour la version 57 ch essayée |
| Consommation mesurée | 8,2 l/100 km à 60 km/h, 9,2 l/100 km à 80 km/h, 12,3 l/100 km à vitesse maximale |
| Puissance fiscale | 7 CV |
De la première Océane aux versions Grand Carrossier et S
L’Océane évolue sensiblement pendant ses six années de carrière. Un restylage intervient à l’automne 1958 : la face avant change avec une calandre plus large et les pare-chocs sont repositionnés, tandis que différents détails d’éclairage et de finition sont revus. Ces modifications accompagnent l’évolution générale du style Simca à l’époque de la Simca Aronde P60.
La gamme se diversifie ensuite avec une présentation plus luxueuse généralement désignée « Grand Carrossier » et une Océane S plus simple. Cette dernière répond à un problème fondamental du modèle : son prix. Pour le réduire, Simca emploie davantage de composants issus de la grande série et simplifie certains équipements. La sellerie en simili remplace notamment le cuir. L’Océane conserve ainsi son allure distinctive tout en devenant moins coûteuse à produire et à commercialiser.
La mécanique connaît elle aussi une évolution importante. À partir de la fin de 1960, le moteur Rush Super conserve la cylindrée de 1 290 cm3 mais adopte un vilebrequin à cinq paliers au lieu de trois et atteint environ 62 ch SAE. En toute fin de carrière apparaît également le Rush Super M, annoncé à 70 ch SAE. Il faut donc éviter d’attribuer une puissance unique à toutes les Océane : une voiture de 1957 et l’un des derniers exemplaires ne possèdent pas exactement la même définition mécanique.
Une automobile chère et produite en faibles volumes
L’exclusivité de l’Océane se retrouve dans son tarif. Un document d’époque consacré au modèle mentionne un prix de 1 165 000 anciens francs. La carrosserie spécifique, le recours à Facel et une finition plus ambitieuse que celle de l’Aronde expliquent ce positionnement. Pour Simca, l’intérêt d’une telle automobile tient autant à l’image qu’au volume de ventes.
Le nombre exact d’Océane produites est en revanche moins solidement établi que ses caractéristiques techniques. Un total voisin de 11 500 exemplaires est régulièrement avancé pour l’ensemble Océane et Plein Ciel, mais les publications historiques donnent des périmètres et des chiffres différents. Les statistiques concernant toutes les Simca carrossées par Facel englobent en outre plusieurs générations antérieures. Il n’est donc pas rigoureux de transformer ces totaux en un chiffre de production certain pour la seule Océane.
Cette diffusion limitée et la vulnérabilité des carrosseries anciennes à la corrosion ont rendu les exemplaires préservés relativement rares. Pour une voiture de collection, l’identification du millésime est particulièrement importante : calandre, pare-chocs, feux, finition intérieure et type de moteur permettent de distinguer les principales étapes de sa carrière. Une restauration mélangeant des éléments de plusieurs séries peut facilement brouiller cette lecture.
La fin de l’Océane en 1962
La production s’arrête en juillet 1962. Le contexte de la gamme Simca a alors profondément changé. La marque développe des automobiles conçues pour une production industrielle plus rationnelle, symbolisée notamment par la Simca 1000. L’Océane et le Plein Ciel, avec leur fabrication spéciale chez Facel, appartiennent à une formule devenue coûteuse face aux nouvelles priorités du constructeur.
Simca ne remplace pas directement l’Océane par un nouveau cabriolet équivalent. La marque continue cependant à rechercher des modèles capables de valoriser son image, notamment à travers des coupés. Quelques années plus tard, la Simca 1200 S illustrera à son tour cette volonté, mais avec une architecture et une conception appartenant à une tout autre génération.
L’Océane demeure ainsi étroitement liée à une période précise de l’histoire de Simca, celle où une mécanique de grande série pouvait servir de base à une carrosserie presque artisanale confiée à un spécialiste prestigieux. Son pare-brise panoramique, sa silhouette de cabriolet et sa fabrication chez Facel en sont les signatures les plus caractéristiques, bien davantage que des performances sportives qui n’ont jamais constitué sa vocation première.




