La Toyota Crown apparaît au Japon en janvier 1955 sous le nom de Toyopet Crown. Avec elle, Toyota franchit une étape décisive : le constructeur ne se contente plus d’adapter des solutions existantes ou de faire réaliser certaines carrosseries à l’extérieur, mais développe une véritable voiture particulière en interne. La Crown devient ainsi l’un des symboles de l’ambition industrielle japonaise de l’après-guerre, à une époque où Toyota produit également des véhicules plus utilitaires comme le Toyota Land Cruiser.
La première version porte le code RS. C’est elle qui sert ici de référence : une berline à propulsion, équipée d’un quatre cylindres de 1 453 cm³ développant 48 ch au lancement. Cette précision est essentielle, car le nom Crown couvre ensuite de nombreuses évolutions, variantes et générations dont les caractéristiques diffèrent sensiblement.
Une grande berline japonaise conçue dès l’origine comme une voiture particulière
Le développement débute en 1952 sous la responsabilité de Kenya Nakamura. Toyota cherche alors à concevoir une automobile adaptée aux routes japonaises et suffisamment robuste pour supporter un usage intensif. Contrairement à plusieurs constructeurs japonais de la même période, qui produisent sous licence ou avec l’assistance de marques européennes, Toyota choisit une voie largement autonome.
Le programme donne lieu à plusieurs prototypes et à des essais d’endurance avant la commercialisation. Les premiers véhicules expérimentaux roulent dès 1953, puis Toyota accumule plusieurs dizaines de milliers de kilomètres de mise au point. La version de série est finalement lancée le 7 janvier 1955, en même temps que la Toyopet Master, plus directement destinée aux usages professionnels.
La Crown se distingue immédiatement de cette dernière par une conception plus raffinée. Son train avant indépendant à doubles triangles et ressorts hélicoïdaux vise un meilleur confort et un comportement plus adapté à une voiture particulière. La Master conserve pour sa part une architecture avant plus rustique, mieux adaptée au service sévère des taxis.
Une architecture moderne pour le Japon des années 1950
La Crown RS repose encore sur un châssis séparé de type échelle, mais sa conception tranche avec les automobiles Toyota antérieures. La carrosserie est développée et fabriquée directement par Toyota, avec des panneaux emboutis et soudés en interne. La voiture conserve une architecture classique à moteur avant longitudinal et roues arrière motrices.
Le moteur R est un quatre cylindres en ligne à soupapes en tête. Avec 1 453 cm³ et 48 ch à 4 000 tr/min dans sa configuration initiale, il privilégie davantage la souplesse et l’endurance que les performances. Toyota annonce alors une vitesse maximale de 100 km/h. La boîte manuelle à trois rapports se commande au volant, une disposition courante sur les grandes berlines de l’époque et compatible avec la banquette avant permettant d’accueillir trois occupants.
L’une des signatures visuelles les plus reconnaissables de la première Crown reste l’ouverture antagoniste des portes : les portes avant sont articulées classiquement à l’avant, tandis que les portes arrière sont articulées vers l’arrière. Cette disposition contribue au surnom japonais faisant référence aux portes Kannon. Les premières voitures possèdent également un pare-brise en deux parties, avant l’adoption d’un vitrage monobloc lors des évolutions ultérieures.
Fiche technique de la Toyota Crown
| Caractéristique | Toyopet Crown RS 1955 |
|---|---|
| Type | Berline 4 portes, 6 places |
| Code modèle | RS |
| Moteur | 4 cylindres en ligne Toyota R, essence, refroidi par eau, soupapes en tête |
| Cylindrée | 1 453 cm³ |
| Puissance | 48 ch à 4 000 tr/min |
| Couple | 10 mkg à 2 400 tr/min, environ 98 Nm |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 3 rapports, commande au volant |
| Châssis | Châssis séparé de type échelle |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Direction | Vis et galet |
| Freins | Tambours hydrauliques aux quatre roues |
| Longueur | 4 285 mm |
| Largeur | 1 680 mm |
| Hauteur | 1 525 mm |
| Empattement | 2 530 mm |
| Voie avant | 1 326 mm |
| Voie arrière | 1 370 mm |
| Garde au sol | 210 mm |
| Poids | 1 210 kg |
| Vitesse maximale | 100 km/h |
| Système électrique | 12 V |
Des évolutions rapides dès la première génération
La Crown ne reste pas figée dans sa configuration de janvier 1955. Dès décembre, Toyota lance une Crown Deluxe portant le code RSD. Plus richement équipée, elle reçoit notamment des éléments de confort et de présentation supplémentaires. Le moteur évolue également : sa puissance atteint 55 ch en 1956, puis 58 ch en 1958. Ces valeurs ne doivent donc pas être attribuées à la RS de lancement.
En octobre 1958, la première génération connaît une évolution importante avec les modèles RS20 et RS21. La carrosserie est modernisée, la face avant change et le pare-brise devient monobloc. La gamme continuera ensuite à évoluer avec des motorisations plus importantes, notamment un moteur de 1,9 litre, avant l’arrivée d’une nouvelle génération en 1962.
La Crown participe ainsi à la construction progressive d’une gamme Toyota beaucoup plus vaste. Dans les années 1960, le constructeur élargit fortement son offre, des petites voitures populaires jusqu’aux modèles sportifs comme la Toyota Sports 800 et, plus tard, à la très ambitieuse Toyota 2000GT.
La Crown comme vitrine du savoir-faire Toyota
La Crown occupe très tôt une position particulière dans la gamme. Elle n’est pas seulement une berline familiale : elle sert aussi de vitrine au constructeur et participe à son expansion internationale. À partir de la fin des années 1950, Toyota tente notamment de l’introduire aux États-Unis. Cette offensive commerciale montre toutefois les limites d’une voiture conçue avant tout pour le Japon, notamment face aux vitesses plus élevées et aux attentes spécifiques du marché américain.
La stratégie internationale de Toyota évoluera ensuite vers des berlines mieux adaptées aux différents marchés, parmi lesquelles la Toyota Cressida puis, à une échelle beaucoup plus large, la Toyota Camry. La Crown, elle, conservera surtout au Japon son statut de grande berline institutionnelle et haut de gamme.
Cette position évolue encore avec l’apparition en 1967 de la Toyota Century, placée plus haut dans la hiérarchie et destinée à une clientèle de prestige. La Crown continue néanmoins d’occuper un rôle central chez Toyota, à mi-chemin entre la grande berline statutaire, la voiture de direction et le modèle technologiquement avancé.
Une participation précoce à la compétition internationale
En 1957, une Crown Deluxe RSD est engagée au Mobilgas Round Australia Rally. Il ne s’agit donc pas exactement de la RS de janvier 1955, mais d’une évolution directe de la même première génération. L’épreuve, longue d’environ 14 480 km, figure alors parmi les rallyes d’endurance les plus exigeants au monde.
La Crown termine l’épreuve et se classe troisième parmi les concurrents étrangers. Au-delà du résultat sportif, l’engagement a surtout une portée industrielle et symbolique : Toyota utilise cette compétition pour démontrer la robustesse de sa conception et se confronter à des conditions très éloignées de celles du Japon. Cette participation est également considérée par Toyota comme l’une des premières apparitions internationales majeures d’un constructeur japonais en compétition automobile.
Une automobile fondatrice pour Toyota
La Crown de 1955 précède de plus d’une décennie des modèles qui feront de Toyota un constructeur mondial. La Toyota Corolla, lancée en 1966, répondra à une logique très différente, celle de la voiture populaire produite à très grande échelle. La Crown représente au contraire l’étape où Toyota démontre qu’il peut concevoir seul une berline complète, confortable et techniquement crédible.
La première génération reste produite jusqu’en 1962, avec de nombreuses évolutions qui éloignent progressivement la gamme de la RS originelle. C’est pourquoi la Toyota Crown de 1955 doit être distinguée des Crown Deluxe, RS20, RS21 et des générations suivantes : sa configuration initiale, avec son moteur 1,5 litre de 48 ch, son pare-brise en deux parties et ses portes arrière antagonistes, correspond au véritable point de départ d’une lignée qui deviendra l’une des plus anciennes de Toyota.




