Présentée au Salon de Genève en février 2006 puis commercialisée quelques mois plus tard, la Porsche 997 Turbo transpose les recettes historiques de la Porsche 911 Turbo dans la sixième génération de la 911. Moteur flat-six arrière, double suralimentation et transmission intégrale restent au programme, mais cette génération introduit une innovation déterminante : des turbocompresseurs à géométrie variable sur un moteur essence de série. Avec 480 ch dès son lancement, elle combine des performances de supercar et une polyvalence inhabituelle à ce niveau de puissance.
La carrière du modèle se divise en deux périodes nettement différentes. La première 997 Turbo, souvent appelée 997.1, utilise un flat-six biturbo de 3,6 litres. La 997.2 apparue en 2009 adopte un nouveau 3,8 litres à injection directe développant 500 ch et peut recevoir la boîte PDK à sept rapports. Cette distinction est essentielle : derrière une silhouette relativement proche se cachent deux motorisations et deux générations de transmission automatique différentes.
Une 911 Turbo profondément renouvelée en 2006
La Turbo arrive environ deux ans après le lancement de la Porsche 911 997. Cette génération marque déjà une rupture esthétique avec la 996, notamment par le retour à des projecteurs séparés de forme plus traditionnelle. Pour la Turbo, Porsche conserve cette identité tout en élargissant considérablement la carrosserie et en adaptant l’aérodynamique aux performances annoncées.
Elle succède directement à la Porsche 996 Turbo, mais le changement ne se limite pas à une augmentation de puissance. Porsche remplace notamment le système de transmission intégrale précédent par le Porsche Traction Management, capable de modifier électroniquement la répartition du couple entre les essieux grâce à un embrayage multidisque piloté.
Cette évolution poursuit une histoire commencée bien avant la 997. Après les premières 911 Turbo à propulsion, la transmission intégrale s’était imposée dans la lignée avec la Porsche 993 Turbo. Sur la 997, l’électronique permet d’obtenir une gestion plus réactive de la motricité tout en conservant l’implantation caractéristique du flat-six derrière l’essieu arrière.
Le Coupé est lancé en juin 2006. Le Cabriolet rejoint ensuite la gamme en 2007, avec la même mécanique de 480 ch mais une masse supérieure liée notamment au renforcement de la structure et au mécanisme de capote. La 997 Turbo reste une 2+2 et conserve ainsi une dimension routière que Porsche oppose aux variantes plus radicales destinées à privilégier la conduite sportive.
Le flat-six 3,6 litres et la révolution des turbos VTG
La 997.1 Turbo conserve une cylindrée de 3 600 cm3 mais porte la puissance à 480 ch à 6 000 tr/min. Son couple atteint 620 Nm entre 1 950 et 5 000 tr/min. Avec le Pack Sport Chrono Turbo, une fonction overboost augmente temporairement la pression de suralimentation et permet d’atteindre 680 Nm pendant une dizaine de secondes.
La grande innovation réside dans les deux turbocompresseurs à géométrie variable, ou VTG, développés avec BorgWarner. Des ailettes mobiles placées dans le flux des gaz d’échappement modifient leur orientation en fonction du régime et de la charge. À faible débit, elles accélèrent les gaz dirigés vers la turbine afin d’améliorer sa réponse. Lorsque le débit augmente, leur position évolue pour éviter de pénaliser le fonctionnement à haut régime.
Le principe était déjà connu sur les moteurs Diesel, mais son application à un moteur essence imposait de maîtriser des températures d’échappement nettement supérieures. La 997 Turbo devient ainsi la première automobile de série à moteur essence équipée de turbocompresseurs à géométrie variable. Cette technologie contribue à obtenir une forte disponibilité du couple sur une plage particulièrement large sans recourir à une cylindrée supérieure.
Deux transmissions sont proposées sur cette première phase : une boîte manuelle à six rapports et une Tiptronic S automatique à cinq rapports. La version manuelle atteint officiellement 100 km/h en 3,9 secondes et 200 km/h en 12,8 secondes, pour une vitesse maximale de 310 km/h. La Tiptronic S peut effectuer le 0 à 100 km/h en 3,7 secondes, illustration de l’importance croissante de l’électronique dans les performances de la Turbo.
Fiche technique de la Porsche 997 Turbo
| Caractéristique | 997.1 Turbo | 997.2 Turbo |
|---|---|---|
| Période | 2006 à 2009 | 2009 à 2012 |
| Architecture moteur | Flat-six biturbo, refroidissement liquide | Flat-six biturbo, refroidissement liquide |
| Cylindrée | 3 600 cm3 | 3,8 litres |
| Alimentation | Injection électronique, 2 turbos VTG | Injection directe, 2 turbos VTG |
| Puissance | 480 ch à 6 000 tr/min | 500 ch |
| Couple | 620 Nm de 1 950 à 5 000 tr/min | 650 Nm |
| Couple avec overboost | 680 Nm avec Pack Sport Chrono Turbo | 700 Nm avec Sport Chrono |
| Implantation | Moteur longitudinal arrière | Moteur longitudinal arrière |
| Transmission | Intégrale PTM | Intégrale PTM |
| Boîtes | Manuelle 6 rapports ou Tiptronic S 5 rapports | Manuelle 6 rapports ou PDK 7 rapports |
| Suspension avant | McPherson, PASM | McPherson, PASM |
| Suspension arrière | Multibras, PASM | Multibras, PASM |
| Direction | Crémaillère assistée hydrauliquement, démultiplication variable | Crémaillère assistée hydrauliquement |
| Freins | Disques ventilés et perforés, PCCB en option | Disques ventilés et perforés, PCCB en option |
| Jantes | 19 pouces | 19 pouces |
| Pneus avant | 235/35 ZR19 | Selon monte et configuration |
| Pneus arrière | 305/30 ZR19 | Selon monte et configuration |
| Longueur | 4 450 mm environ | Environ 4,45 m |
| Largeur | 1 852 mm environ | Environ 1,85 m |
| Hauteur | 1 300 mm environ | Environ 1,30 m |
| Empattement | 2 350 mm | 2 350 mm |
| Poids Coupé | Environ 1 585 kg DIN en boîte manuelle | Variable selon boîte et équipement |
| 0 à 100 km/h | 3,9 s en manuelle, 3,7 s en Tiptronic S | Variable selon boîte et Sport Chrono |
| Vitesse maximale | 310 km/h | Plus de 310 km/h selon configuration |
| Consommation mixte | Environ 12,8 l/100 km en manuelle selon ancien cycle | Variable selon transmission |
| Réservoir | 67 litres | 67 litres |
997.2 Turbo : 3,8 litres, injection directe et boîte PDK
La mise à jour de 2009 modifie profondément la mécanique. Le 3,6 litres laisse place à un flat-six biturbo de 3,8 litres à injection directe. La puissance atteint 500 ch et le couple 650 Nm, avec jusqu’à 700 Nm en overboost lorsque la configuration correspondante est présente. Cette seconde phase ne doit donc pas être décrite comme une simple évolution électronique du moteur précédent.
La transmission automatique change elle aussi de génération. La Tiptronic S à convertisseur disparaît au profit de la PDK à double embrayage et sept rapports, tandis que la boîte manuelle à six rapports demeure disponible. La rapidité des changements de rapport de la PDK améliore sensiblement les accélérations et préfigure la généralisation de cette transmission sur les Porsche sportives des années suivantes.
La seconde phase évolue également visuellement, avec des boucliers et des éléments d’éclairage redessinés. Les modifications restent suffisamment discrètes pour que l’identification d’une 997.1 ou d’une 997.2 à partir de la seule silhouette soit moins immédiate que l’examen de la mécanique. Le passage du 3,6 litres à injection indirecte au 3,8 litres à injection directe constitue le critère technique essentiel.
La Turbo S apparaît ensuite avec 530 ch. Elle ne correspond pas à une appellation alternative de la Turbo de 500 ch : la Porsche 911 Turbo S constitue une version distincte, dotée notamment d’un niveau d’équipement et de performances supérieur. Cette séparation évite également de lui attribuer les chiffres d’accélération propres à la Turbo standard.
Une carrosserie large conçue autour des performances
La 997 Turbo se distingue immédiatement d’une Carrera par ses ailes arrière élargies et surtout par les prises d’air aménagées derrière les portes pour alimenter les échangeurs. À l’avant, le bouclier dispose de larges ouvertures de refroidissement. La première phase associe ses projecteurs Bi-Xénon à des antibrouillards ronds et à des éléments d’éclairage spécifiques intégrés dans le bouclier.
L’arrière reçoit un aileron propre à la Turbo dont la partie supérieure se déploie automatiquement avec la vitesse. Sur le Coupé de première phase, elle se soulève d’environ 35 mm à partir de 120 km/h et redescend lorsque la vitesse repasse sous environ 60 km/h. Le dispositif n’est donc pas seulement un signe distinctif : sa position évolue pour participer à l’équilibre aérodynamique de la voiture.
Porsche travaille parallèlement sur la masse. Les portes et le capot avant de la première phase utilisent notamment l’aluminium, les deux portes permettant à elles seules une économie annoncée de 14 kg par rapport à des éléments équivalents en acier. Le Porsche Active Suspension Management adapte l’amortissement, tandis que des freins carbone-céramique PCCB sont disponibles en option.
La Turbo reste différente de la Porsche 911 GT2. Cette dernière privilégie une approche plus radicale et la propulsion, alors que la Turbo conserve quatre roues motrices et une vocation plus polyvalente. Cette combinaison explique sa place particulière dans la gamme 997 : performances très élevées sans abandonner les quatre places, le confort routier et une utilisation quotidienne possible.
Production et place dans la lignée Turbo
Porsche indique une production de 21 725 exemplaires pour la première phase de la 997 Turbo jusqu’en 2009. Les ventilations précises entre Coupé et Cabriolet, puis les totaux attribués à la seule Turbo de seconde phase, sont moins uniformément documentés ; il est donc préférable de ne pas additionner des estimations issues de méthodes différentes pour produire un total artificiellement précis.
En France, le Coupé était affiché autour de 138 500 euros au lancement en 2006, le tarif variant ensuite avec les millésimes et les équipements. Le Cabriolet était sensiblement plus cher. Des options comme les freins PCCB ou le Pack Sport Chrono pouvaient également modifier fortement la configuration et les capacités d’un exemplaire, ce qui reste important pour distinguer deux voitures extérieurement très proches.
La 997 Turbo achève sa carrière en 2012. La Porsche 991 Turbo prend ensuite le relais avec une nouvelle génération de châssis et poursuit l’évolution vers des transmissions automatisées toujours plus performantes. La 997 demeure ainsi la dernière génération de 911 Turbo à avoir proposé sur l’ensemble de sa carrière une boîte manuelle, tout en ayant introduit successivement deux technologies devenues majeures chez Porsche : la géométrie variable appliquée aux turbos essence puis la boîte PDK sur la Turbo.





