La Porsche 911 Turbo 3.0 est la première 911 Turbo produite en série. Présentée au Salon de Paris en octobre 1974 puis commercialisée à partir du printemps 1975, elle inaugure une nouvelle catégorie dans la gamme Porsche en associant le moteur six cylindres à plat refroidi par air de la 911 à un turbocompresseur. Son type interne 930 deviendra durablement associé à la première génération de 911 Turbo.
Une 911 Turbo née de la compétition
Le développement de la 911 Turbo s’inscrit dans les travaux de Porsche sur la suralimentation en compétition. L’expérience acquise avec les 917/10 et 917/30 de Can-Am permet aux ingénieurs d’adapter le principe du turbocompresseur à une voiture destinée à la route. Ernst Fuhrmann joue un rôle important dans cette orientation, tandis que Hans Mezger et les équipes techniques de Porsche travaillent sur l’adaptation du moteur et de la suralimentation.
Un premier prototype est présenté à Francfort en septembre 1973. L’histoire de la Turbo comporte ensuite un exemplaire particulièrement célèbre, le « Turbo No. 1 », offert à Louise Piëch le 29 août 1974. Cette voiture ne doit toutefois pas être confondue avec la 911 Turbo de série : elle conserve une carrosserie étroite de 911 Carrera et utilise un moteur turbocompressé de 2,7 litres développant 240 ch.
La version définitive reçoit une carrosserie considérablement élargie et un six cylindres de 3,0 litres. Présentée à Paris en octobre 1974, elle entre en production en 1975. Elle devient alors le modèle le plus performant de la gamme 911 et constitue la première Porsche de série équipée d’un moteur turbocompressé.
La 911 Turbo 3.0 type 930
La première Turbo de série appartient à la famille type 930. Le terme Porsche 930 permet de replacer cette version dans l’évolution de la 911, mais la Turbo 3.0 possède une identité technique et stylistique propre. Sa carrosserie reçoit des ailes élargies, des voies plus importantes, un spoiler avant et le grand aileron arrière qui deviendra l’un de ses signes distinctifs.
Le moteur est un six cylindres à plat de 2 993 cm3, refroidi par air et alimenté par injection mécanique Bosch K-Jetronic. Un turbocompresseur KKK fournit la suralimentation, sans échangeur air-air tel qu’il apparaîtra sur la future Turbo 3.3. Dans sa spécification européenne, le moteur développe 260 ch à 5 500 tr/min et environ 343 Nm à 4 000 tr/min.
La transmission reste volontairement relativement simple pour l’époque : moteur en porte-à-faux arrière, propulsion et boîte manuelle à quatre rapports. Le châssis bénéficie de composants renforcés et de larges voies destinés à exploiter les performances supplémentaires. Certains éléments techniques sont directement inspirés de la compétition, notamment des solutions issues de la 917 et de la 911 Carrera RSR.
Fiche technique de la Porsche 911 Turbo
| Caractéristique | Porsche 911 Turbo 3.0 type 930 |
|---|---|
| Production | 1975 à 1977 |
| Carrosserie | Coupé 2+2 |
| Architecture moteur | Six cylindres à plat Boxer, refroidi par air |
| Cylindrée | 2 993 cm3 environ |
| Alésage x course | 95,0 x 70,4 mm |
| Alimentation | Injection mécanique Bosch K-Jetronic |
| Suralimentation | Un turbocompresseur KKK |
| Puissance | 260 ch à 5 500 tr/min, spécification européenne |
| Couple | Environ 343 Nm à 4 000 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal en porte-à-faux arrière |
| Transmission | Propulsion arrière |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Suspension avant | Jambes de force, barres de torsion longitudinales et barre stabilisatrice |
| Suspension arrière | Bras obliques, barres de torsion transversales et barre stabilisatrice |
| Direction | À crémaillère, sans assistance |
| Freins | Disques ventilés aux quatre roues |
| Jantes | Fuchs 15 pouces, 7J à l’avant et 8J à l’arrière |
| Pneus | 185/70 VR15 à l’avant, 215/60 VR15 à l’arrière |
| Longueur | Environ 4,29 m |
| Largeur | Environ 1,775 m |
| Hauteur | Environ 1,31 à 1,32 m selon la mesure retenue |
| Empattement | 2,272 m |
| Voie avant | Environ 1,438 m |
| Voie arrière | Environ 1,511 m |
| Poids | Environ 1 140 kg DIN sur les premières données, certaines configurations étant documentées autour de 1 195 kg |
| Vitesse maximale | 250 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 5,5 s selon la donnée constructeur d’époque |
| Réservoir | Environ 80 litres |
Une silhouette immédiatement reconnaissable
La transformation visuelle par rapport à une 911 classique est l’une des caractéristiques essentielles de la Turbo 3.0. Les ailes arrière particulièrement larges permettent d’accueillir des roues et pneumatiques plus imposants, tandis que les voies sont fortement augmentées. À l’arrière, le grand aileron fixe en forme de « queue de baleine » devient l’élément le plus emblématique de la voiture.
Le spoiler avant complète le dispositif aérodynamique et contribue à la stabilité à haute vitesse. Les jantes Fuchs de 15 pouces, avec des dimensions différentes entre l’avant et l’arrière, participent également à l’identification de cette version. L’ensemble donne à la Turbo une apparence nettement plus large et plus agressive que celle des autres 911 de la période.
Cette apparence permet notamment de la distinguer du prototype Turbo No. 1. Elle permet aussi de différencier la 3.0 de la future Turbo 3.3, dont l’aileron est plus volumineux et qui reçoit un échangeur air-air sous celui-ci. La première Turbo de série reste ainsi identifiable par l’association de sa carrosserie large, de son moteur 3,0 litres et de son aileron spécifique.
Production, performances et évolution
La 911 Turbo 3.0 est produite pendant trois années, de 1975 à 1977. Porsche indique un total de 2 850 exemplaires, ce qui en fait une voiture nettement moins diffusée que les versions ordinaires de la 911 de la même période. Son prix de lancement atteint 65 800 Deutsche Mark, un niveau élevé qui correspond à son positionnement au sommet de la gamme.
Avec 260 ch et une vitesse maximale annoncée de 250 km/h, la Turbo 3.0 atteint un niveau de performances exceptionnel pour une voiture de série du milieu des années 1970. Porsche annonce environ 5,5 secondes pour passer de 0 à 100 km/h. Les mesures d’époque peuvent toutefois varier selon les conditions et les méthodes utilisées, tandis que certaines versions destinées à l’exportation possèdent des caractéristiques différentes de la spécification européenne.
La production évolue ensuite vers la Turbo 3.3, toujours basée sur le type 930. Le moteur gagne en cylindrée et en puissance, et surtout reçoit un échangeur air-air. La Turbo 3.0 étudiée ici reste donc la première étape de la lignée de série, avant les évolutions qui vont rendre la 911 Turbo progressivement plus performante et plus sophistiquée.
La génération suivante est la Porsche 964 Turbo, qui succède au type 930. Cette évolution marque une nouvelle étape dans la conception de la 911 Turbo tout en conservant le principe d’un moteur six cylindres à plat turbocompressé installé à l’arrière.
La Turbo et la compétition
La 911 Turbo de route n’est pas une voiture de compétition, mais son architecture sert directement de base à plusieurs programmes sportifs. À partir de 1976, Porsche développe notamment les 934 et 935 à partir de la technologie et de la structure de la 911 Turbo. Ces voitures sont profondément adaptées aux règlements de compétition et ne doivent donc pas être confondues avec la 930 routière.
Le Porsche 935 représente l’expression la plus radicale de cette filiation. Conçu pour la compétition, il bénéficie de transformations beaucoup plus importantes que celles d’une 911 Turbo de série et connaît un palmarès majeur dans les championnats internationaux d’endurance et de voitures de sport. Les titres et victoires du 935 appartiennent toutefois à cette voiture de course et non directement à la 911 Turbo routière.
Cette proximité entre route et compétition explique une partie de la conception de la Turbo 3.0. Le recours au turbocompresseur ne constitue pas seulement une recherche de puissance : il permet à Porsche de transférer vers une voiture homologuée pour la route une technologie développée dans les catégories les plus exigeantes du sport automobile.





