Une évolution sportive de l’A110
L’Alpine A110 1600 S apparaît à la fin des années 1960 comme l’une des évolutions les plus sportives de la berlinette française. Elle reprend l’architecture caractéristique de l’A110, avec un moteur Renault installé longitudinalement à l’arrière, une propulsion et une carrosserie légère en polyester montée sur un châssis-poutre en acier. Cette conception privilégie avant tout le rapport entre masse et performances.
La 1600 S dérive directement de l’A110 1600 présentée en 1968. Son moteur de 1 565 cm3 reçoit une préparation plus poussée et deux carburateurs Weber 45 DCOE, tandis qu’une boîte manuelle à cinq rapports complète l’ensemble. Avec environ 125 ch DIN pour une masse contenue, la berlinette dispose alors d’un rapport poids-puissance particulièrement favorable.
La première apparition de la version est généralement rattachée à 1969, même si les archives spécialisées font remonter un premier exemplaire de 1600 S à 1968. Cette particularité explique les différences de datation rencontrées dans les documents consacrés au modèle. La production se poursuit ensuite jusqu’au début des années 1970, avec une évolution progressive des mécaniques et des types usine.
De l’A110 1600 à la 1600 S
L’histoire de la 1600 S s’inscrit dans la progression rapide des mécaniques utilisées par Alpine. Après les premières A110 équipées de moteurs de cylindrée plus modeste, l’arrivée du 1 565 cm3 Renault de la 16 TS permet à la berlinette de franchir un nouveau cap. La 1600 S reprend cette base mais reçoit une alimentation par deux carburateurs double corps Weber 45 DCOE et une mise au point destinée à augmenter nettement les performances.
La version est notamment associée au type usine 1600 VB. Son quatre cylindres en ligne développe environ 125 ch DIN à 6 000 tr/min, soit près de 138 ch selon l’ancienne norme SAE utilisée dans certaines documentations. Cette différence de norme explique une partie des chiffres contradictoires encore présents dans les fiches techniques consacrées à l’A110 1600 S.
La mécanique reste installée en porte-à-faux arrière et entraîne les roues arrière. Le choix d’une boîte à cinq rapports permet de mieux exploiter la plage de fonctionnement du moteur tout en conservant la vocation routière de la voiture. L’ensemble est installé dans une caisse extrêmement légère, ce qui contribue davantage aux performances que la seule puissance maximale.
La carrière de la 1600 S connaît ensuite une évolution avec le type 1600 VC. Les dernières voitures adoptent notamment le moteur de 1 605 cm3 de type 844-32. La désignation 1600 S reste utilisée alors que la mécanique évolue, ce qui impose de distinguer les différents millésimes lorsqu’une donnée technique précise est recherchée.
Une berlinette conçue autour de la légèreté
La carrosserie de la 1600 S conserve la silhouette basse et étroite de l’Alpine A110 Berlinette. Sa carrosserie en polyester repose sur un châssis-poutre central en acier. Cette architecture permet de limiter fortement la masse tout en conservant une structure adaptée à une voiture destinée aussi bien à la route qu’à la compétition.
Le dessin général de la berlinette est issu du travail de Giovanni Michelotti et des développements réalisés par Alpine. La ligne associe un long capot avant, une cellule habitacle reculée et un arrière très court abritant le groupe motopropulseur. Les proportions compactes, les projecteurs supplémentaires intégrés à l’avant et la faible hauteur participent à l’identité visuelle de la voiture.
Le châssis reçoit des suspensions indépendantes et des freins à disque aux quatre roues. La direction à crémaillère complète un ensemble volontairement simple et léger. Les jantes de 13 pouces et la faible largeur de la voiture correspondent à la philosophie de l’époque, loin des dimensions et des masses des sportives modernes.
La filiation avec l’Alpine A108 Berlinette est particulièrement intéressante pour comprendre l’évolution du modèle. L’A108 avait déjà installé la marque dans le registre des petites berlinettes à moteur arrière, mais l’A110 transforme cette architecture en véritable arme de compétition internationale. La 1600 S représente l’une des étapes les plus abouties de cette progression.
Fiche technique de l’Alpine A110 1600s
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Moteur | 4 cylindres en ligne Renault Cléon-Alu |
| Cylindrée | 1 565 cm3 pour les principales 1600 S de type VB ; 1 605 cm3 sur les dernières type VC |
| Alimentation | Deux carburateurs double corps Weber 45 DCOE |
| Puissance | Environ 125 ch DIN à 6 000 tr/min, soit environ 138 ch SAE selon la norme d’époque |
| Couple | Environ 144 à 147 Nm vers 5 000 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal arrière en porte-à-faux |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Châssis-poutre en acier avec carrosserie en polyester |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barre antiroulis |
| Suspension arrière | Indépendante avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Roues | Jantes de 13 pouces |
| Pneumatiques | Environ 165/70 R13 selon configuration |
| Longueur | Environ 3,85 m |
| Largeur | Environ 1,52 m |
| Hauteur | Environ 1,13 m |
| Empattement | Environ 2,10 m |
| Voie avant | Environ 1,31 m |
| Voie arrière | Environ 1,29 m |
| Poids | Environ 680 à 715 kg selon millésime et configuration |
| Vitesse maximale | Environ 215 km/h |
| Réservoir | Environ 38 litres |
Une 1600 S intimement liée au rallye
La vocation sportive de la 1600 S ne se limite pas à sa fiche technique. Alpine engage ses berlinettes dans les rallyes internationaux et transforme progressivement l’A110 en l’une des références de la discipline. La légèreté du châssis, la motricité apportée par le moteur arrière et les dimensions réduites constituent des avantages particulièrement adaptés aux routes sinueuses et aux épreuves sur terre.
En 1970, les A110 1600 S obtiennent plusieurs résultats majeurs sur la scène internationale. Jean-Claude Andruet s’impose notamment au championnat d’Europe des rallyes, tandis que les berlinettes accumulent les victoires dans des épreuves comme le Rallye de Lorraine, le Rallye de Genève, le Rallye de Pologne ou le Tour de Corse.
L’année 1971 marque un nouveau sommet. Ove Andersson et David Stone remportent le Rallye Monte-Carlo sur une A110 1600 S, Alpine réalisant à cette occasion un triplé avec les voitures de Jean-Luc Thérier et Jean-Claude Andruet. La marque remporte également plusieurs grandes épreuves internationales et décroche le titre international des marques.
Il faut toutefois distinguer la 1600 S de route des voitures de compétition dérivées pour le Groupe 4. Ces dernières bénéficient de préparations spécifiques et peuvent afficher des puissances très supérieures. Les chiffres dépassant largement ceux de la voiture de série ne doivent donc pas être attribués à toutes les A110 1600 S.
Une version devenue rare
Les volumes exacts de production de la 1600 S varient selon les méthodes de comptage et la distinction opérée entre les types VB et VC. Les sources historiques situent généralement la production autour de 1 600 à 1 800 exemplaires. Cette diffusion relativement limitée, associée au palmarès sportif de l’A110, explique la place prise aujourd’hui par la 1600 S dans le marché des Alpine historiques.
Les numéros de châssis et les types usine constituent des éléments essentiels pour identifier une voiture authentique. La transition entre les types 1600 VB et 1600 VC ne correspond pas toujours parfaitement à une année civile ou à une date administrative, de sorte qu’une identification sérieuse doit mettre en relation le numéro de châssis, la date de fabrication et la mécanique effectivement montée.
Les dernières évolutions de la berlinette conduisent ensuite vers les versions 1600 SC et SI, puis vers des cylindrées supérieures. L’Alpine A110 1800 prolonge ainsi la recherche de performances engagée avec la 1600 S, tandis que la gamme Alpine prépare progressivement le remplacement de la berlinette par une nouvelle génération.
De la berlinette à l’A310
L’A110 1600 S occupe une position particulière dans la chronologie Alpine puisqu’elle appartient à la période où la petite berlinette atteint son apogée en compétition. Son développement reste fondé sur une conception apparue plusieurs années auparavant, mais l’augmentation de la cylindrée et la préparation des moteurs permettent à Alpine de maintenir des performances de premier plan sans renoncer à une masse très faible.
L’arrivée de l’Alpine A310 ouvre ensuite une nouvelle étape. Plus grande et conçue autour d’une carrosserie différente, l’A310 doit progressivement prendre la relève de l’A110 dans la gamme sportive de la marque. La 1600 S demeure néanmoins l’une des expressions les plus représentatives de la berlinette A110 dans sa période de maturité.




