Présentée en 1936 sous l’appellation MG 1½ Litre, la MG Va occupe une place particulière dans l’histoire de la marque britannique. Plus petite que la grande MG Sa, elle transpose dans un format plus compact la formule d’une MG de tourisme raffinée, capable d’associer quatre vraies places, une présentation soignée et des qualités routières encore teintées de sport. Sa production débute en 1937 et s’achève en 1939, après seulement 2 407 exemplaires.
Une nouvelle MG de tourisme née en 1936
Le développement de la Va intervient dans une période de transformation profonde pour MG. Après l’intégration de la marque à Morris Motors en 1935, la compétition officielle est abandonnée et la conception des nouvelles voitures s’inscrit davantage dans l’organisation industrielle du groupe Nuffield. MG conserve néanmoins une identité propre, fondée sur des automobiles plus vives et plus distinctives que les modèles de grande série dont elles peuvent reprendre certains composants.
La Va prend ainsi la relève des modèles sportifs à quatre places qui l’ont précédée, notamment dans la continuité de la MG Magnette. Elle est dévoilée en 1936, mais sa fabrication ne commence réellement qu’en février 1937. Dans la documentation commerciale, MG la présente comme la 1½ Litre. Le nom Va correspond au type du modèle et s’est progressivement imposé pour l’identifier parmi les MG historiques.
Son positionnement est différent de celui des petits roadsters de la marque. La MG Ta, apparue elle aussi en 1936, privilégie une formule légère et ouvertement sportive. La Va recherche davantage de confort et de polyvalence sans renoncer aux caractéristiques mécaniques qui donnent alors à MG son caractère.
Avec son empattement de 2,74 m, elle demeure sensiblement plus compacte que la Sa à six cylindres. L’arrivée ultérieure de la WA complète cette hiérarchie. Les trois modèles sont aujourd’hui souvent regroupés sous l’appellation SVW, formée à partir de leurs désignations, même si chacune possède son propre châssis et sa propre mécanique.
Trois carrosseries pour une même base
La Va est proposée en trois configurations principales. La Sports Saloon est une berline quatre portes destinée à concilier conduite rapide et usage familial. L’Open Tourer adopte deux portes, quatre places et un pare-brise rabattable, tandis que le Drophead Coupé reçoit une carrosserie plus élaborée réalisée par Salmons & Sons à Newport Pagnell. Ce dernier utilise le système Tickford permettant de manœuvrer sa capote au moyen d’un mécanisme dédié.
La silhouette reste immédiatement identifiable comme celle d’une MG des années 1930. Une calandre haute et étroite domine la face avant, encadrée de grands projecteurs séparés. Les ailes indépendantes suivent les roues avant, les marchepieds relient visuellement les deux essieux et les roues à rayons de 19 pouces renforcent l’allure sportive. Sur la Saloon, la roue de secours installée sur l’aile avant gauche constitue l’un des détails caractéristiques du modèle, une seconde pouvant prendre place du côté opposé.
La construction reste traditionnelle. La Va repose sur un châssis séparé en acier avec essieux rigides avant et arrière. La carrosserie associe une ossature en bois à des panneaux métalliques. Cette technique permet aux différentes variantes de carrosserie de partager une base mécanique commune tout en présentant des caractères sensiblement différents.
Un quatre cylindres de 1,5 litre
Sous son long capot se trouve un quatre cylindres en ligne de 1 548 cm³ dérivé d’une mécanique Morris mais adapté aux exigences de MG. Avec ses soupapes en tête et ses deux carburateurs SU, il développe environ 54 bhp à 4 500 tr/min. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports et un pont à couple conique spiralé.
La Va apporte des équipements modernes pour une MG de cette catégorie. La boîte bénéficie d’une synchronisation partielle, dont l’étendue évolue au cours de la production. Le freinage repose sur quatre tambours Lockheed à commande hydraulique de 10 pouces, alors que certaines MG antérieures utilisaient encore une commande mécanique. La suspension conserve des ressorts semi-elliptiques et des essieux rigides, associés à des amortisseurs hydrauliques Luvax.
La spécification n’est pas figée pendant les quelque deux années et demie de fabrication. MG modifie notamment l’embrayage, les carburateurs, les amortisseurs, certains éléments du pont arrière, la direction et plusieurs détails de carrosserie. L’embrayage initial utilisant une garniture en liège fonctionnant dans l’huile laisse notamment place à un embrayage monodisque à sec.
Malgré son orientation plus bourgeoise que celle des roadsters de la famille MG T-type, la Va conserve des performances honorables pour une 1,5 litre de la seconde moitié des années 1930. Un essai d’époque du Tourer a relevé un peu plus de 76 mph, soit environ 122 km/h, avec le pare-brise relevé, et près de 82 mph, environ 132 km/h, une fois celui-ci rabattu. Le 0 à 50 mph, équivalent à environ 80 km/h, était mesuré en 15,8 secondes.
Fiche technique de la MG Va
| Caractéristique | MG Va |
|---|---|
| Présentation | 1936 |
| Production | 1937 à 1939 |
| Carrosseries | Sports Saloon, Open Tourer, Tickford Drophead Coupé |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | 4 cylindres en ligne, soupapes en tête |
| Cylindrée | 1 548 cm³ |
| Alésage x course | 69,5 x 102 mm |
| Alimentation | 2 carburateurs SU |
| Puissance | Environ 54 bhp à 4 500 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports, synchronisation partielle |
| Châssis | Châssis séparé en acier |
| Suspension avant | Essieu rigide, ressorts semi-elliptiques, amortisseurs hydrauliques |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts semi-elliptiques, amortisseurs hydrauliques |
| Freins | Tambours Lockheed hydrauliques de 10 pouces aux quatre roues |
| Roues | Roues à rayons à fixation centrale |
| Pneus | 5.00 x 19 pouces |
| Empattement | 2 743 mm |
| Largeur | Environ 1 575 mm |
| Longueur | Environ 4,29 à 4,34 m suivant les références |
| Hauteur | Environ 1 568 mm selon carrosserie et référence |
| Poids | Environ 1 130 à 1 170 kg selon carrosserie et spécification |
| Vitesse maximale | Environ 122 km/h pour le Tourer avec pare-brise relevé lors d’un essai d’époque |
| 0 à 50 mph | 15,8 s lors d’un essai d’époque |
| Production totale | 2 407 exemplaires |
Une production courte avant la Seconde Guerre mondiale
La carrière commerciale de la Va reste brève. Entre 1937 et septembre 1939, MG en construit 2 407 exemplaires toutes carrosseries confondues. Les chiffres détaillés sont moins homogènes : 564 Tourer et 591 Tickford Drophead Coupé sont couramment recensés, tandis que le nombre de Saloon est donné à 1 252 ou 1 259 suivant les archives et les références. Le total de 2 407 constitue donc le chiffre le plus solide à retenir pour l’ensemble de la production.
À son lancement, la gamme couvre plusieurs niveaux de prix. L’Open Tourer est proposé autour de 280 livres sterling et la Saloon autour de 325 livres. Le Tickford Drophead Coupé est plus coûteux, ce qui correspond à sa carrosserie spécialisée et à son mécanisme de capote élaboré. La Va ne vise donc pas seulement les amateurs des petits roadsters MG : elle s’adresse à une clientèle recherchant une voiture britannique compacte mais valorisante, suffisamment pratique pour voyager à plusieurs.
Quelques Va connaissent des usages particuliers. Des exemplaires destinés à la police reçoivent une mécanique portée à une cylindrée supérieure à celle du modèle standard. Cecil Kimber, figure centrale de l’histoire de MG, utilise également une Va personnelle dotée d’un moteur agrandi à environ 1,7 litre. Ces voitures spécifiques ne doivent pas être confondues avec la spécification commerciale habituelle de 1 548 cm³.
La Va face aux MG sportives de son époque
La Va apparaît au moment où MG change profondément de stratégie. Avant 1935, la réputation de la marque repose largement sur de petites voitures sportives engagées en compétition. Son intégration à Morris entraîne une rationalisation de la production et l’arrêt du programme sportif officiel. La Va reflète cette nouvelle orientation : elle utilise davantage de composants issus de l’environnement Nuffield tout en conservant une mise au point et une présentation propres à MG.
Elle ne doit donc pas être considérée comme une grande version d’un roadster T-Type. La MG Tb, apparue en 1939, demeure beaucoup plus légère et directement tournée vers la conduite sportive. La Va privilégie une carrosserie plus spacieuse, un empattement supérieur et un niveau de confort permettant d’envisager de longs déplacements. Le Tourer apporte toutefois une alternative ouverte qui conserve une partie de l’esprit sportif de la marque.
Cette distinction explique aussi pourquoi la Va ne possède pas de palmarès d’usine comparable à celui de certaines MG plus anciennes. Son intérêt historique réside davantage dans la transformation de la gamme au milieu des années 1930 et dans l’association d’une mécanique relativement compacte à une automobile de tourisme élaborée.
De la MG d’avant-guerre aux modèles de l’après-guerre
La production s’arrête en septembre 1939 lorsque la guerre bouleverse l’activité industrielle britannique. La Va ne connaît donc pas de véritable évolution de deuxième génération. Lorsque MG reprend la fabrication de voitures particulières après le conflit, le paysage de la marque a changé et les modèles d’avant-guerre ne sont pas simplement remis en production.
La continuité la plus visible pour le public international passe alors par les petits roadsters. La MG Tc, lancée après la guerre sur les bases de la lignée T-Type, contribue fortement à faire connaître MG hors du Royaume-Uni. La Va reste au contraire associée à une période très précise de l’histoire de la firme : celle où Abingdon cherchait à appliquer son identité sportive à une voiture de tourisme compacte, plus confortable et plus polyvalente que ses traditionnels roadsters.
Ses trois carrosseries illustrent particulièrement bien cette ambition. La Saloon représente la facette familiale, le Tourer privilégie la conduite à ciel ouvert et le Tickford Drophead Coupé ajoute une finition plus sophistiquée. Avec seulement 2 407 voitures fabriquées avant l’interruption de 1939, chacune de ces configurations appartient aujourd’hui à une production nettement plus restreinte que celle des MG sportives qui feront connaître la marque à l’échelle internationale après la guerre.




