Lamborghini Islero

Lamborghini Islero

Présentée au Salon de Genève en 1968, la Lamborghini Islero appartient à la première génération de grandes GT de Sant’Agata Bolognese. Moins spectaculaire que la Miura et plus discrète que l’Espada lancée la même année, elle conserve la formule qui avait établi la réputation des premières Lamborghini routières : un puissant V12 installé à l’avant, une transmission aux roues arrière et une carrosserie de coupé pensée pour voyager rapidement.

L’Islero succède directement à la Lamborghini 400 GT. Elle en reprend largement les principes mécaniques, mais reçoit une carrosserie entièrement différente et un châssis raccourci. Sa production restera extrêmement limitée, avec seulement 225 exemplaires en comptant l’évolution Islero S apparue en 1969.

Une nouvelle GT après la 400 GT

Les origines de l’Islero sont étroitement liées à celles des premières automobiles de Ferruccio Lamborghini. La Lamborghini 350 GT, puis la 400 GT, avaient installé la jeune marque italienne sur le marché des coupés de grand tourisme à moteur V12. Leur carrosserie était associée à Touring, mais la disparition de cette entreprise oblige Lamborghini à trouver une nouvelle solution pour remplacer la 400 GT.

Le projet aboutit à l’Islero, dévoilée en mars 1968 à Genève. Mario Marazzi, ancien de Touring et fondateur de la Carrozzeria Marazzi, est généralement associé à son dessin. L’organisation de la fabrication est toutefois plus complexe qu’une simple attribution à un carrossier : Lamborghini indique que les panneaux étaient formés par Bertone, tandis que leur assemblage était assuré par Marazzi.

La nouvelle carrosserie rompt avec les formes arrondies de la 400 GT. Le capot reste long et l’habitacle reculé, conformément aux proportions d’une GT à moteur avant, mais les volumes deviennent plus rectilignes. Les phares sont dissimulés lorsque l’éclairage n’est pas utilisé, ce qui permet d’obtenir une face avant basse et particulièrement sobre.

L’Islero partage le Salon de Genève 1968 avec la Lamborghini Espada. Les deux automobiles utilisent un V12 avant, mais répondent à des philosophies différentes. L’Espada propose une interprétation plus spectaculaire et spacieuse de la grande GT, tandis que l’Islero reste proche du coupé traditionnel qui avait caractérisé les débuts de Lamborghini.

Le V12 Lamborghini au coeur de l’Islero

Sous son long capot prend place le V12 atmosphérique de 3 929 cm3 qui constitue alors l’une des signatures techniques de Lamborghini. Installé longitudinalement, ce moteur possède deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres et une alimentation assurée par six carburateurs Weber. Il entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à cinq rapports.

La puissance de l’Islero standard fait l’objet d’une divergence entre les documentations. Lamborghini indique aujourd’hui 340 CV à 7 000 tr/min, tandis que plusieurs références historiques donnent environ 320 ch pour la première version. Cette différence peut notamment dépendre des méthodes et normes utilisées pour exprimer la puissance à l’époque. La valeur de 340 CV correspond donc à la spécification actuellement publiée par le constructeur, sans faire disparaître les chiffres inférieurs présents dans la documentation historique.

L’architecture générale reste sophistiquée pour une GT de la fin des années 1960. Les quatre roues disposent de suspensions indépendantes à doubles triangles et le freinage repose sur quatre disques. Lamborghini indique également avoir raccourci le châssis de 11,5 cm par rapport à celui de la 400 GT et allégé l’ensemble de 65 kg.

Cette mécanique permet à l’Islero de revendiquer des performances élevées tout en conservant une présentation nettement moins démonstrative que celle de la Lamborghini Miura. Cette dernière avait fait basculer la marque vers la voiture de sport à moteur central, alors que l’Islero perpétuait la conception originelle de Lamborghini comme constructeur de grandes routières rapides à V12 avant.

Fiche technique de la Lamborghini Islero

CaractéristiqueLamborghini Islero
Année de présentation1968
CarrosserieCoupé GT 2 portes
Architecture moteurV12 atmosphérique à 60°
ImplantationLongitudinale avant
Cylindrée3 929 cm3
Alésage x course82 x 62 mm
DistributionDeux arbres à cames en tête par rangée, 24 soupapes
AlimentationSix carburateurs Weber double corps
Puissance340 CV à 7 000 tr/min selon Lamborghini, environ 320 ch dans plusieurs références historiques
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
ChâssisStructure tubulaire en acier
Suspension avantIndépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreIndépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux
FreinsDisques aux quatre roues
Roues15 pouces
Pneus205 VR15 selon les principales fiches techniques
LongueurEnviron 4 520 à 4 525 mm
LargeurEnviron 1 730 mm
HauteurEnviron 1 270 à 1 300 mm selon les références
Empattement2 550 mm
Voie avantEnviron 1 380 mm
Voie arrièreEnviron 1 380 mm
PoidsEnviron 1 240 à 1 315 kg selon la définition et la source
Vitesse maximaleEnviron 250 à 260 km/h selon les mesures et références
0 à 100 km/hEnviron 6,2 à 6,5 s selon les références
Capacité du réservoirEnviron 80 à 87 litres selon les références

L’Islero S fait évoluer la formule en 1969

La carrière de la première Islero est courte. Dès 1969 apparaît une évolution généralement appelée Islero S, avec également l’appellation GTS dans une partie de la documentation. Elle conserve la silhouette et l’architecture fondamentale du modèle de 1968, mais bénéficie de modifications mécaniques et esthétiques qui permettent de distinguer les deux versions.

Son V12 de 3,9 litres est annoncé par Lamborghini à 350 CV à 7 500 tr/min. Cette puissance supérieure accompagne plusieurs évolutions de châssis et de présentation. La carrosserie reçoit notamment des prises d’air sur les ailes avant ainsi qu’une ouverture de capot plus importante. Des modifications touchent également l’habitacle, tandis que plusieurs documentations techniques mentionnent une évolution du freinage et de la suspension arrière.

Ces détails sont importants pour identifier correctement une Islero de 1968. Une voiture équipée des prises d’air caractéristiques sur les ailes avant peut correspondre à une Islero S et ne doit donc pas être utilisée comme référence visuelle sans vérifier sa version. Les deux modèles restent néanmoins très proches par leurs proportions générales et leur mécanique.

Une production de seulement 225 exemplaires

La production totale communément retenue atteint 225 Islero, toutes versions confondues. La répartition exacte entre la version originale et l’Islero S présente cependant une contradiction notable. Lamborghini indique actuellement 155 Islero et 70 Islero S, tandis que de nombreuses références historiques publient au contraire 125 exemplaires de la première version et 100 de la S. Le total reste identique, mais les archives accessibles ne permettent pas de faire disparaître cette divergence.

Cette diffusion confidentielle contraste avec l’importance de la gamme Lamborghini de cette période. L’Islero cohabite avec des automobiles aux personnalités particulièrement fortes et sa silhouette volontairement sobre contribue probablement à sa moindre notoriété. Elle demeure pourtant une véritable Lamborghini V12, construite en très petite série et directement issue de la lignée fondatrice des GT de Sant’Agata.

Ferruccio Lamborghini lui-même est associé à l’utilisation d’une Islero, signe que le modèle correspondait particulièrement bien à la conception du grand tourisme qui avait accompagné les débuts de sa marque. L’Islero apparaît aussi au cinéma à la charnière des années 1960 et 1970. Une Islero S est notamment conduite par Roger Moore dans La Seconde Mort d’Harold Pelham, film sorti en 1970.

Une silhouette sobre dans une période spectaculaire

L’apparence de l’Islero prend tout son sens lorsqu’elle est replacée dans le catalogue Lamborghini de 1968. La Miura attire l’attention avec son architecture à moteur central et ses lignes spectaculaires, tandis que l’Espada impose une carrosserie longue et très basse. Face à elles, l’Islero privilégie une silhouette plus conventionnelle, sans renoncer aux proportions caractéristiques d’une GT italienne à hautes performances.

Le dessin associe un long capot presque horizontal, une ceinture de caisse rectiligne, de grandes surfaces vitrées et un arrière tronqué. Les phares escamotables permettent de conserver une proue basse lorsque la voiture est vue de jour. Les montants relativement fins et l’absence de détails décoratifs excessifs renforcent cette impression de retenue. Ce style marque aussi la transition entre les formes arrondies des 350 GT et 400 GT et le langage plus anguleux qui se généralise chez les constructeurs italiens au tournant des années 1970.

L’habitacle conserve la vocation de grand tourisme du modèle, avec une présentation plus classique que celle des Lamborghini à moteur central. L’Islero est généralement décrite dans la documentation historique comme une 2+2, même si la documentation actuelle de Lamborghini emploie parfois une classification différente. Son architecture et son positionnement restent ceux d’un coupé destiné à combiner les performances du V12 avec une utilisation routière plus polyvalente qu’une pure sportive.

De l’Islero à la Jarama

L’Islero disparaît rapidement du catalogue. Sa succession est assurée par la Lamborghini Jarama, présentée en 1970 et construite autour d’une interprétation renouvelée de la GT V12 à moteur avant. La Jarama n’est pas une simple évolution esthétique de l’Islero : sa carrosserie et son identité sont différentes, même si elle occupe une position comparable dans la gamme.

Cette succession clôt une période très courte durant laquelle Lamborghini proposait simultanément plusieurs interprétations radicalement différentes de son V12. L’Islero représentait la continuité avec les premières GT de la marque au moment même où la Miura explorait le moteur central et où l’Espada développait une conception plus ambitieuse de la quatre-places. Produite pendant cette phase de transformation, elle reste l’une des Lamborghini de série les plus rares de la fin des années 1960.