Lamborghini Jarama

Lamborghini Jarama

Présentée en 1970, la Lamborghini Jarama appartient à une branche aujourd’hui singulière de l’histoire de la marque : celle des coupés 2+2 à moteur V12 installé à l’avant. Elle succède directement à la Lamborghini Islero, tout en adoptant une carrosserie beaucoup plus anguleuse dessinée par Marcello Gandini pour Bertone. Produite à seulement 327 exemplaires d’après les chiffres communiqués par Lamborghini, elle reste nettement plus rare que les modèles les plus célèbres de Sant’Agata Bolognese.

Une nouvelle GT V12 pour 1970

La Jarama apparaît à une période de transformation rapide pour Lamborghini. Depuis la Lamborghini 350 GT, le constructeur italien s’est développé autour de grandes routières puissantes et sophistiquées. À la fin des années 1960, l’Islero perpétue encore cette formule dans une carrosserie relativement classique, alors que les créations plus spectaculaires de la marque ont profondément renouvelé son image.

Lamborghini prépare donc une remplaçante plus moderne. La Jarama est dévoilée au Salon de Genève en mars 1970. Son développement exploite une architecture apparentée à celle de la Lamborghini Espada, mais avec un empattement raccourci à environ 2,38 m. Cette solution permet de conserver quatre places dans un coupé sensiblement plus compact que l’Espada.

La mécanique demeure fidèle à la tradition de la marque. Le V12 de 3 929 cm3 est placé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La boîte manuelle à cinq rapports, les quatre roues indépendantes et les freins à disque aux quatre roues composent une architecture de grande routière performante plutôt que celle d’une sportive dépouillée.

La Jarama occupe ainsi une position particulière dans la gamme du début des années 1970. Elle partage son époque avec la spectaculaire Lamborghini Miura, dont le V12 est au contraire placé en position centrale arrière. Les deux automobiles incarnent deux conceptions très différentes de la voiture de hautes performances : grand tourisme 2+2 à moteur avant d’un côté, berlinette à moteur central de l’autre.

Le dessin de Marcello Gandini

Marcello Gandini signe chez Bertone une silhouette qui rompt franchement avec celle de l’Islero. La Jarama est basse, large et tendue, avec une ceinture de caisse presque horizontale, des passages de roues fortement dessinés et une importante surface vitrée latérale. Malgré ses quatre places, elle conserve des proportions compactes et une présence visuelle particulièrement dense.

Sa face avant constitue son élément le plus immédiatement reconnaissable. Quatre projecteurs sont partiellement dissimulés derrière des panneaux mobiles qui forment des sortes de paupières lorsqu’ils ne sont pas utilisés. Ce dispositif permet d’obtenir un avant très bas sans recourir aux phares entièrement escamotables devenus caractéristiques de nombreuses sportives de cette période.

La fabrication de la carrosserie fait intervenir plusieurs acteurs. Bertone est responsable du dessin, tandis que Lamborghini attribue à Carrozzeria Marazzi la production et l’assemblage des carrosseries. L’ensemble habille une base technique étroitement apparentée à celle de l’Espada, raccourcie d’environ 27 cm au niveau de l’empattement.

Cette architecture explique aussi le caractère inhabituel de la Jarama. Avec environ 4,49 m de longueur pour 1,82 m de largeur et seulement 1,19 m de hauteur, elle combine l’encombrement d’une GT relativement compacte avec une largeur importante et une position de conduite très basse. L’habitacle offre deux places principales et deux places arrière, conformément à sa vocation de coupé 2+2.

Un V12 de quatre litres à l’avant

Le moteur appartient à la célèbre famille de V12 Lamborghini. Dans la Jarama 400 GT, sa cylindrée atteint 3 929 cm3. Le bloc atmosphérique à 60 degrés possède deux arbres à cames en tête par rangée et une alimentation assurée par six carburateurs Weber double corps. Lamborghini annonce 350 CV à 7 500 tr/min pour cette version.

La transmission aux seules roues arrière et la boîte manuelle à cinq rapports maintiennent une conception relativement traditionnelle pour une GT de cette époque. La Jarama n’est pourtant pas une automobile techniquement conservatrice : son train roulant indépendant aux quatre roues et ses quatre freins à disque accompagnent les performances élevées permises par le V12.

Les chiffres de vitesse maximale publiés à l’époque et repris dans la documentation ne sont pas parfaitement uniformes. Une valeur proche de 260 km/h a notamment été annoncée, tandis que certaines fiches donnent plutôt 245 à 250 km/h. Les différences de protocole, de version et de configuration rendent plus pertinent de considérer la Jarama comme une GT capable d’approcher les 250 km/h que d’attribuer une mesure unique à tous les exemplaires.

La Jarama S ou GTS de 1972

En 1972, Lamborghini fait évoluer le modèle avec une version couramment appelée Jarama S et désignée Jarama GTS par le constructeur. Le V12 conserve ses 3 929 cm3 mais sa puissance annoncée passe à 365 CV à 7 500 tr/min. L’évolution ne se limite pas au moteur et s’accompagne de plusieurs modifications permettant de reconnaître facilement les voitures les plus tardives.

Le capot reçoit notamment une prise d’air centrale, tandis que des ouvertures apparaissent sur les ailes avant. Les roues évoluent également : les premières Jarama utilisent des jantes en alliage à fixation centrale dans l’esprit de celles des Miura et des premières Espada, alors que la GTS adopte des roues fixées par cinq écrous. L’habitacle et le tableau de bord sont eux aussi remaniés.

La gamme d’équipements s’enrichit au cours de la carrière. Une transmission automatique à trois rapports d’origine Chrysler est proposée sur certaines GTS tardives, alternative très minoritaire à la boîte manuelle à cinq rapports. Lamborghini mentionne également un toit démontable optionnel composé de deux panneaux indépendants. Ces configurations particulières expliquent les différences parfois importantes entre les Jarama aujourd’hui conservées.

La production est généralement considérée comme essentiellement terminée en 1976, mais la chronologie exacte comporte une particularité. La documentation historique actuelle de Lamborghini indique une période allant jusqu’en 1978 pour la GTS, et certaines sources recensent un ultime exemplaire cette année-là après l’arrêt de la production régulière. Le total communiqué par Lamborghini est en revanche précis : 177 Jarama GT et 150 Jarama GTS, soit 327 voitures.

Fiche technique de la Lamborghini Jarama

CaractéristiqueJarama 400 GTJarama GTS
Présentation19701972
CarrosserieCoupé 2+2, 2 portesCoupé 2+2, 2 portes
MoteurV12 atmosphérique à 60 degrésV12 atmosphérique à 60 degrés
Cylindrée3 929 cm33 929 cm3
Alésage x course82 x 62 mm82 x 62 mm
Distribution4 arbres à cames en tête, 24 soupapes4 arbres à cames en tête, 24 soupapes
Alimentation6 carburateurs Weber double corps6 carburateurs Weber double corps
Puissance annoncée350 CV à 7 500 tr/min365 CV à 7 500 tr/min
ImplantationLongitudinale avantLongitudinale avant
TransmissionPropulsionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapportsManuelle à 5 rapports, automatique à 3 rapports sur certains exemplaires
Suspension4 roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux4 roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux
FreinsDisques aux 4 rouesDisques aux 4 roues
LongueurEnviron 4 485 mmEnviron 4 485 mm
LargeurEnviron 1 820 mmEnviron 1 820 mm
HauteurEnviron 1 190 mmEnviron 1 190 mm
EmpattementEnviron 2 380 mmEnviron 2 380 mm
PoidsEnviron 1 450 kg à sec, environ 1 540 kg selon la définition en ordre de marcheVariable selon équipement et définition de mesure
Vitesse maximaleEnviron 250 à 260 km/h selon les données publiéesEnviron 250 km/h ou davantage selon les données publiées
Production177 exemplaires150 exemplaires

Une Lamborghini produite à 327 exemplaires

Avec 327 unités pour les deux principales versions, la Jarama compte parmi les Lamborghini de série les moins diffusées de son époque. Cette rareté ne résulte pas d’une série limitée conçue comme telle : elle reflète plutôt la faible production d’une GT coûteuse commercialisée au moment où les attentes envers les voitures de sport évoluent rapidement.

La Jarama se retrouve en effet entre plusieurs univers. Elle conserve le V12 avant et les quatre places qui prolongent la tradition des premières GT de la marque, tandis que Lamborghini développe simultanément des voitures à moteur central. La Lamborghini Urraco, également dessinée par Gandini, adopte ainsi un V8 central dans un format 2+2 différent. Peu après, la Lamborghini Countach impose définitivement l’architecture à moteur V12 central comme l’une des signatures des modèles les plus spectaculaires du constructeur.

La Jarama n’a pas été développée pour la compétition et ne possède pas de palmarès sportif majeur. Un exemplaire profondément transformé par Bob Wallace, pilote d’essai de Lamborghini, est toutefois connu sous les appellations Jarama Rally ou Bob Wallace Jarama. Allégée et modifiée pour une utilisation beaucoup plus sportive, cette voiture reste un exemplaire expérimental et ne constitue pas une version de série supplémentaire.

Ferruccio Lamborghini lui-même utilisa une Jarama GTS pendant plusieurs années. Ce choix correspond bien à la vocation du modèle : offrir les performances du V12 dans une automobile destinée à voyager, avec davantage de polyvalence qu’une berlinette à moteur central. La Jarama ferme ainsi pratiquement la lignée des coupés Lamborghini 2+2 à V12 avant, une formule qui avait accompagné la marque depuis ses premières automobiles de grand tourisme.