Jaguar Mark 1

Jaguar Mark 1

Apparue en 1955, la Jaguar Mark 1 occupe une place particulière dans l’histoire du constructeur britannique. Elle inaugure une nouvelle famille de berlines plus compactes et surtout la construction monocoque chez Jaguar. Pourtant, le nom Mark 1 ne figurait pas sur les premières voitures : le modèle fut commercialisé comme Jaguar 2.4 Litre, puis 3.4 Litre à partir de 1957. L’appellation Mark 1, ou Mark I, s’est imposée rétrospectivement lorsque la Jaguar Mark 2 lui a succédé en 1959.

Cette berline associait une carrosserie quatre portes relativement compacte au six cylindres XK déjà emblématique de Jaguar. Avec la 3.4 Litre, elle acquit des performances qui contribuèrent à définir la berline sportive britannique, aussi à l’aise sur route que dans les compétitions de voitures de tourisme.

Une nouvelle berline Jaguar en 1955

Au début des années 1950, la gamme Jaguar repose notamment sur les sportives XK et sur de grandes berlines telles que la Jaguar Mark VII. William Lyons souhaite compléter cette offre par une voiture plus petite, susceptible de toucher une clientèle plus large sans abandonner les performances et la présentation raffinée associées à la marque.

Le projet est d’abord envisagé autour d’un moteur d’environ deux litres. Jaguar étudie notamment une déclinaison à quatre cylindres du XK, avant de retenir un six cylindres raccourci à 2 483 cm3. La nouvelle 2.4 Litre est annoncée le 28 septembre 1955 et présentée au salon automobile de Londres la même année.

Son architecture marque une rupture. Alors que les grandes berlines Jaguar utilisent encore une carrosserie montée sur un châssis séparé, la 2.4 Litre adopte une coque autoporteuse produite avec le concours de Pressed Steel. C’est la première Jaguar de série construite selon ce principe. Cette solution permet d’obtenir une automobile plus compacte tout en conservant quatre portes et un habitacle conçu pour cinq occupants.

La Mark 1 ne remplace donc pas directement une grande berline. Elle ouvre une branche supplémentaire dans la gamme, parallèlement aux modèles supérieurs, dont la Jaguar Mark VIII à partir de 1956. Cette stratégie permet à Jaguar d’étendre sa clientèle tout en conservant une identité mécanique commune autour du moteur XK.

De la 2.4 Litre à la performante 3.4 Litre

Le modèle de 1955 reçoit un six cylindres en ligne XK de 2 483 cm3 à double arbre à cames en tête. Alimenté par deux carburateurs Solex, il développe environ 112 bhp dans sa configuration initiale. La boîte manuelle à quatre rapports peut être complétée par un overdrive Laycock de Normanville.

Cette mécanique appartient à la même grande famille XK que celle utilisée sur les voitures de sport Jaguar. La première 2.4 Litre possède d’ailleurs une calandre relativement étroite dont l’allure rappelle celle de la Jaguar XK140. L’objectif n’est cependant pas de transformer une sportive en berline : le moteur est adapté à une automobile plus polyvalente et à une clientèle différente.

La principale évolution intervient en 1957 avec la 3.4 Litre. Son six cylindres de 3 442 cm3, alimenté par deux carburateurs SU, est annoncé à 210 bhp SAE gross. Cette valeur n’est pas directement comparable aux 112 bhp généralement associés au 2.4, les méthodes de mesure publiées n’étant pas identiques. L’arrivée du moteur 3.4 s’accompagne notamment d’un refroidissement renforcé, d’une calandre élargie et d’adaptations de la transmission arrière.

La différence de performances est spectaculaire. Un essai britannique de la 2.4 Litre avec overdrive mesurait environ 163 km/h et un 0 à 60 mph en 14,4 secondes. Une 3.4 Litre manuelle avec overdrive atteignait 60 mph en environ 9,1 secondes lors d’un autre essai d’époque, tandis que la vitesse maximale de la 3.4 pouvait approcher 193 km/h. Les résultats dépendent fortement de la transmission et de la configuration de la voiture.

La gamme s’enrichit également d’une boîte automatique Borg-Warner à trois rapports. À partir de la fin de 1957, des freins Dunlop à disque sur les quatre roues deviennent disponibles en option. Ils ne doivent donc pas être considérés comme un équipement systématique de toutes les Mark 1, y compris des 3.4 Litre.

Fiche technique de la Jaguar Mark 1

CaractéristiqueJaguar Mark 1
Production1955 à 1959
CarrosserieBerline 4 portes, 5 places
StructureCoque autoporteuse
ImplantationMoteur longitudinal avant, propulsion
Moteur 2.46 cylindres en ligne XK, double arbre à cames en tête
Cylindrée 2.42 483 cm3
Alésage x course 2.483 x 76,5 mm
Alimentation 2.42 carburateurs Solex
Puissance 2.4Environ 112 bhp au lancement
Moteur 3.46 cylindres en ligne XK, double arbre à cames en tête
Cylindrée 3.43 442 cm3
Alimentation 3.42 carburateurs SU
Puissance 3.4210 bhp SAE gross vers 5 500 tr/min
Couple 3.4Environ 289 Nm à 4 000 tr/min
Boîtes de vitessesManuelle 4 rapports, manuelle avec overdrive, automatique Borg-Warner 3 rapports selon version et période
Suspension avantIndépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques, barre antiroulis
Suspension arrièreEssieu rigide Salisbury, ressorts semi-elliptiques, barre Panhard
FreinsTambours au lancement, disques Dunlop aux quatre roues disponibles en option à partir de 1957
RouesAcier avec enjoliveurs ou roues à rayons selon équipement
LongueurEnviron 4 597 mm
LargeurEnviron 1 695 mm
HauteurEnviron 1 454 mm
EmpattementEnviron 2 730 mm
PoidsEnviron 1 300 à 1 480 kg selon version et méthode de mesure
Vitesse maximale 2.4Environ 163 km/h mesurés sur une version avec overdrive
0 à 60 mph 2.414,4 s mesurés sur une version avec overdrive
Vitesse maximale 3.4Jusqu’à environ 193 km/h selon configuration
0 à 60 mph 3.4Environ 9,1 s pour une version manuelle avec overdrive lors d’un essai d’époque

Un châssis qui distingue la Mark 1

La coque autoporteuse constitue la nouveauté fondamentale, mais Jaguar conserve des solutions mécaniques sophistiquées pour l’époque. Le train avant indépendant utilise des doubles triangles, des ressorts hélicoïdaux et une barre antiroulis. À l’arrière, la voiture possède un essieu rigide Salisbury guidé transversalement par une barre Panhard et associé à des ressorts semi-elliptiques.

Le développement intervient à une période où Jaguar accumule les succès en compétition avec des voitures comme la Jaguar D-type. La Mark 1 n’est pas une D-type à quatre portes, mais certaines préoccupations techniques de la marque, notamment le contrôle précis de l’essieu arrière et l’exploitation de performances élevées, se retrouvent dans sa conception.

Une caractéristique importante est la différence de largeur entre les voies avant et arrière. La voie arrière est environ 114 mm plus étroite que celle de l’avant. Cette disposition contribue à la silhouette particulière de la voiture vue de l’arrière et constitue une différence technique majeure avec sa remplaçante. Elle pouvait également rendre le comportement de la puissante 3.4 plus exigeant lorsque l’adhérence diminuait.

Les premières voitures utilisent des freins à tambour. L’expérience acquise par Jaguar avec les freins à disque Dunlop en compétition trouve ensuite une application sur la berline, avec la disponibilité de quatre disques à partir de 1957. Associés aux performances du moteur 3.4, ils renforcent nettement les aptitudes sportives du modèle.

Comment reconnaître une Jaguar Mark 1

Le dessin supervisé par William Lyons conjugue les codes Jaguar des années 1950 avec des proportions plus ramassées. Le long capot, les ailes galbées, la calandre verticale et le pavillon arrondi donnent immédiatement une allure familiale avec les autres Jaguar contemporaines. L’habitacle conserve la présentation traditionnelle de la marque, avec cuir, boiseries et instrumentation largement regroupée au centre de la planche de bord.

Une 2.4 Litre des premières séries se distingue notamment par sa calandre étroite. L’arrivée de la 3.4 entraîne l’adoption d’une ouverture plus large nécessaire au refroidissement, modification ensuite étendue à la 2.4. Les voitures équipées de roues acier présentent généralement des roues arrière largement dissimulées par les spats, tandis que l’utilisation de roues à rayons impose des découpes permettant l’accès aux fixations centrales.

La confusion la plus fréquente concerne la Mark 2. La Mark 1 possède des montants de portes plus épais et des surfaces vitrées plus réduites. La Mark 2 adopte des encadrements affinés, un vitrage sensiblement agrandi et une voie arrière élargie. Elle reçoit également une gamme mécanique comprenant le 3.8 litres, cylindrée qui n’a pas été proposée sur la Mark 1 de série.

Production et carrière en compétition

Le total de production le plus couramment cité atteint 37 397 exemplaires, dont 19 992 voitures à moteur 2.4 et 17 405 à moteur 3.4. D’autres décomptes historiques aboutissent cependant à un total supérieur à 38 000 voitures. En l’absence d’un consensus absolu entre les sources, environ 37 400 exemplaires constitue le chiffre de référence le plus prudent.

La 3.4 Litre acquiert rapidement une réputation en compétition. Sa combinaison d’un puissant six cylindres, d’une carrosserie relativement compacte et, sur certaines voitures, de quatre freins à disque en fait une base efficace pour les courses de berlines. Des pilotes comme Stirling Moss, Roy Salvadori, Tommy Sopwith et Mike Hawthorn sont associés à son histoire sportive. Une Mark 1 3.4 engagée par John Coombs et pilotée par Salvadori participe notamment au British Saloon Car Championship de 1959.

Sa carrière se poursuit après l’arrêt de la production. David McKay remporte l’Australian Touring Car Championship 1960 au volant d’une Jaguar 3.4 Litre Mark 1, puis Bill Pitt s’impose dans le championnat australien 1961 avec le même type de voiture. Ces résultats illustrent le potentiel de la version 3.4 et expliquent en partie la place particulière de la Mark 1 dans l’histoire des berlines sportives Jaguar.

De la Mark 1 aux berlines sportives Jaguar des années 1960

En 1959, Jaguar remanie profondément sa petite berline. La Mark 2 conserve le principe général, les moteurs XK et l’identité stylistique de sa devancière, mais corrige plusieurs de ses limites avec davantage de surface vitrée, une voie arrière élargie et une gamme mécanique étoffée. C’est précisément l’apparition officielle du nom Mark II qui conduit à désigner l’ancienne 2.4/3.4 Litre sous le nom Mark I.

La formule inaugurée en 1955 ne disparaît pas pour autant. Jaguar continue à développer ses berlines sportives autour du six cylindres XK pendant les années 1960, notamment avec la Jaguar 3.8s. La famille issue de la Mark 2 poursuivra elle-même sa carrière jusqu’aux versions 240 et Jaguar 340, cette dernière conservant une cylindrée de 3,4 litres.

La Mark 1 reste ainsi identifiable comme le point de départ de cette lignée particulière : une Jaguar quatre portes plus compacte que les grandes berlines de prestige de la marque, construite en monocoque et capable, surtout dans sa configuration 3.4 Litre, de performances suffisamment élevées pour devenir une véritable voiture de compétition.