Range Rover P38

Range Rover P38

Lancé en 1994, le Range Rover P38 est la deuxième génération du grand tout-terrain britannique. Sa mission est délicate : moderniser profondément une formule née en 1970 sans effacer les caractéristiques qui ont fait du Range Rover un véhicule à part. Plus luxueux, plus électronique et plus puissant que son prédécesseur, il conserve pourtant une architecture traditionnelle avec châssis séparé, essieux rigides et transmission intégrale permanente.

Le nom P38, également rencontré sous la forme P38A, ne constitue pas son appellation commerciale d’origine. Il dérive du projet développé par Land Rover à Solihull, associé au bâtiment 38A. Le véhicule porte aussi le code interne LP. Dans la chronologie du Range Rover, il représente la deuxième génération et occupe une position charnière entre la conception classique des premiers modèles et la transformation technique beaucoup plus profonde opérée au début des années 2000.

Une deuxième génération développée pour les années 1990

À la fin des années 1980, le Range Rover originel reste performant et prestigieux, mais ses bases techniques remontent à près de vingt ans. Land Rover doit également tenir compte de l’arrivée du Discovery en 1989 : pour éviter que les deux véhicules ne se concurrencent directement, le nouveau Range Rover doit accentuer son caractère haut de gamme tout en conservant de véritables aptitudes hors route.

Le programme est d’abord connu sous le nom Pegasus avant de devenir Project 38A. Plusieurs propositions stylistiques sont étudiées, y compris auprès de studios extérieurs. Bertone atteint notamment la phase finale face au projet développé en interne. Le dessin retenu est finalement celui de l’équipe Land Rover dirigée par George Thomson, car il préserve plus clairement l’identité visuelle du modèle.

Présenté en septembre 1994, le P38 ne provoque donc pas une rupture esthétique spectaculaire. Son capot enveloppant, son pavillon visuellement flottant, ses grandes surfaces vitrées, sa ligne de caisse horizontale et son hayon en deux parties établissent une continuité immédiate avec le Range Rover Classic. Ce dernier reste d’ailleurs en production jusqu’en 1996, créant une courte période durant laquelle les deux générations coexistent.

Un design familier autour d’une architecture modernisée

Le P38 est exclusivement proposé avec cinq portes. Sa carrosserie atteint environ 4,71 m de long pour un empattement de 2,745 m. Les proportions demeurent très verticales, avec une importante surface vitrée et des porte-à-faux relativement contenus. À l’avant, les blocs optiques rectangulaires renfermant des éléments circulaires permettent de l’identifier facilement par rapport au Classic.

Sous cette carrosserie entièrement nouvelle, Land Rover conserve un châssis séparé et deux essieux rigides. Cette solution robuste distingue nettement le P38 des générations ultérieures. La suspension pneumatique électronique EAS constitue en revanche un élément essentiel de son comportement. Les quatre ressorts pneumatiques permettent de modifier la hauteur de caisse en fonction des conditions d’utilisation et participent autant au confort routier qu’aux capacités de franchissement.

La transmission intégrale permanente utilise une boîte de transfert BorgWarner avec gamme longue et gamme courte. L’ensemble maintient la vocation tout-terrain du modèle malgré sa montée en gamme. Selon les versions et les marchés, des boîtes manuelles à cinq rapports ou des transmissions automatiques ZF à quatre rapports sont proposées. Le 4.6 HSE, au sommet de la gamme régulière, est associé à la boîte automatique.

L’habitacle marque une évolution encore plus évidente. La planche de bord, l’instrumentation, les commandes électriques et les équipements de confort correspondent davantage aux standards d’une berline de prestige des années 1990. Cette sophistication apporte toutefois une densité électronique inconnue des premiers Range Rover, notamment avec la gestion de la suspension pneumatique, de la climatisation, de l’antidémarrage et des nombreux équipements électriques.

V8 Rover et six cylindres turbodiesel BMW

La gamme essence repose sur le célèbre V8 Rover en aluminium, proposé en 3 950 cm3 et 4 554 cm3. Dans les premières spécifications européennes, le 4.0 développe environ 190 ch et le 4.6 environ 225 ch. Ces valeurs évoluent légèrement suivant le marché, la norme de mesure et les modifications apportées pendant la carrière du véhicule. Le 4.6 équipe notamment le Range Rover HSE, qui représente l’une des configurations les plus caractéristiques du P38 haut de gamme.

Pour le diesel, Land Rover choisit le M51 de BMW, un six cylindres en ligne turbodiesel de 2 497 cm3. Dans sa spécification européenne courante, il développe 100 kW, soit 136 ch, et 270 Nm. Le choix de ce moteur constitue une rupture avec les diesels Land Rover employés jusque-là et répond à la nécessité de proposer une mécanique plus adaptée au niveau de raffinement recherché.

Les V8 connaissent une évolution technique importante en cours de carrière. Les premières versions utilisent une gestion électronique GEMS, remplacée sur les modèles tardifs par un système Bosch Motronic, souvent associé au surnom « Thor » dans l’univers du P38. Ces évolutions s’accompagnent d’autres modifications électroniques, tandis que le contrôle de traction est progressivement étendu.

Fiche technique de la Range Rover P38

CaractéristiqueRange Rover P38
Production1994 à 2001, commercialisation prolongée jusqu’en 2002 sur certains marchés
CarrosserieTout-terrain / SUV de luxe, 5 portes, 5 places
Implantation moteurLongitudinale avant
Moteur dieselBMW M51, 6 cylindres en ligne turbodiesel, 2 497 cm3
Puissance diesel100 kW / 136 ch environ à 4 400 tr/min
Couple diesel270 Nm à 2 300 tr/min
Moteur essence 4.0V8 Rover en aluminium, 3 950 cm3, injection électronique
Puissance 4.0Environ 190 ch sur les premières spécifications européennes
Couple 4.0Environ 320 Nm
Moteur essence 4.6V8 Rover en aluminium, 4 554 cm3, injection électronique
Puissance 4.6Environ 225 ch sur les premières spécifications européennes
Couple 4.6Environ 380 Nm
TransmissionIntégrale permanente, gamme longue et gamme courte
Boîtes de vitessesManuelle 5 rapports ou automatique ZF 4 rapports selon version
StructureChâssis séparé
SuspensionEssieux rigides avant et arrière, ressorts pneumatiques EAS, amortisseurs télescopiques
DirectionAssistée hydraulique, boîtier à recirculation de billes
Freins4 disques, ventilés à l’avant, ABS
Pneumatiques235/70 R16, 255/65 R16 ou 255/55 R18 selon version
LongueurEnviron 4 713 mm
Largeur1 889 mm hors rétroviseurs
HauteurEnviron 1 818 mm en position normale
Empattement2 745 mm
Voie avant1 540 mm
Voie arrière1 530 mm
Masse à vide CEEEnviron 2 090 à 2 220 kg selon motorisation et transmission
Vitesse maximaleEnviron 162 à 195 km/h selon version
Capacité de remorquage freinéeJusqu’à 3 500 kg sur les versions documentées

Autobiography, Vogue et montée en gamme

Le P38 accompagne une transformation importante du positionnement de Range Rover. Le programme Range Rover Autobiography, présenté au milieu des années 1990, pousse plus loin la personnalisation avec des combinaisons de couleurs, de matériaux et d’équipements permettant de créer des véhicules particulièrement luxueux. Cette logique deviendra durablement l’un des piliers commerciaux de la marque.

Les appellations et séries spéciales se multiplient au fil des années et diffèrent selon les marchés. Vogue, Westminster, Holland & Holland ou encore la très exclusive Linley illustrent cette stratégie. L’appellation Range Rover Vogue apparaît notamment sur des configurations haut de gamme de la génération, mais il faut distinguer ces finitions des différentes utilisations du nom Vogue dans l’histoire plus large du Range Rover.

Le millésime 1999 apporte plusieurs détails permettant de différencier les P38 tardifs. Les clignotants avant deviennent notamment blancs, tandis que les projecteurs et feux arrière évoluent. Ces indices sont pratiques pour situer visuellement un exemplaire, mais ils ne suffisent pas à déterminer son millésime, de nombreuses voitures ayant reçu des pièces plus récentes au cours de leur vie.

Du P38 au Range Rover L322

La production du P38 s’achève après environ sept années de carrière. Un total proche de 167 000 exemplaires est généralement avancé pour cette génération, sans qu’un relevé industriel primaire facilement accessible permette d’établir ici un décompte plus précis. Sa diffusion reste donc importante malgré un positionnement nettement plus luxueux que celui des premiers Range Rover.

Son remplacement intervient avec le Range Rover L322, lancé en 2002. Le changement dépasse largement le renouvellement esthétique : le nouveau modèle abandonne les essieux rigides du P38 au profit de suspensions indépendantes et adopte une conception pensée pour rapprocher encore davantage le Range Rover des grandes berlines de prestige en matière de comportement et de raffinement.

Le P38 reste ainsi le dernier Range Rover à associer une carrosserie de luxe des années 1990 à une architecture comprenant châssis séparé et essieux rigides. Cette combinaison explique son caractère particulier : techniquement beaucoup plus sophistiqué que le Classic qu’il remplace, il conserve pourtant des solutions fondamentales issues de la tradition tout-terrain de Land Rover que son successeur abandonnera.