Apparue en 1935, la Bugatti Type 57 Atalante est l’une des interprétations les plus sportives de la grande routière de Molsheim. Ce coupé à deux portes associe le long capot du huit cylindres Bugatti à un habitacle compact rejeté vers l’arrière et à une carrosserie particulièrement travaillée. Rare dès l’origine, l’Atalante occupe une place singulière dans la famille Bugatti Type 57, entre automobile de grand tourisme et création de carrosserie à très faible diffusion.
Le nom Atalante désigne d’abord une carrosserie et non une mécanique particulière. Cette distinction est essentielle, car cette silhouette a été associée à différentes configurations de la famille Type 57. Une Atalante construite sur le châssis Type 57 standard ne possède donc pas nécessairement les caractéristiques d’une 57S, d’une 57C ou d’une 57SC.
Une nouvelle carrosserie sportive pour la Type 57
La Type 57 est lancée en 1934 pour renouveler les grandes Bugatti routières. Elle succède à une génération représentée notamment par la Bugatti Type 50 et devient rapidement le socle d’une gamme composée de plusieurs carrosseries. Bugatti peut ainsi proposer des automobiles très différentes autour d’une même architecture mécanique, de la berline au cabriolet en passant par des coupés plus sportifs.
L’Atalante naît dans ce contexte. Un dessin d’usine portant le numéro 1070 et daté du 20 janvier 1935 est attribué à Joseph Walter, au sein du bureau d’études travaillant sous l’impulsion de Jean Bugatti. Les premières carrosseries apparaissent au printemps 1935. Avant que le nom Atalante ne s’impose, elles sont désignées comme des « Faux Cabriolet », appellation alors courante pour certains coupés fermés.
Les archives permettent de suivre plusieurs automobiles très précoces au cours de l’année 1935. Une première carrosserie est notamment documentée comme livrée en avril. La voiture portant le châssis 57330 joue ensuite un rôle important dans l’identification du modèle : achevée à l’automne, elle est présentée au Salon de Paris d’octobre 1935 sous l’appellation Atalante.
Dans la gamme, ce coupé se distingue d’une Bugatti Type 57 Ventoux davantage orientée vers le grand tourisme traditionnel. L’Atalante privilégie une silhouette plus ramassée visuellement, malgré l’utilisation du long châssis de la Type 57 standard.
Le dessin de l’Atalante
L’identité de l’Atalante repose sur des proportions spectaculaires. Son long capot précède un habitacle relativement court et placé très en arrière. La calandre Bugatti en fer à cheval demeure presque verticale, tandis que les ailes avant séparées s’étirent vers les marchepieds. Le pavillon fortement galbé et la poupe effilée renforcent l’impression de mouvement.
Les carrosseries ne sont toutefois pas parfaitement identiques. Les premiers exemplaires peuvent recevoir un vaste toit découvrable à enroulement, tandis que certains détails de carrosserie, les ailes, les ouvertures, les pare-chocs ou le traitement de la partie arrière évoluent au fil des commandes. Plusieurs premières voitures utilisent une carrosserie en acier. Des réalisations plus tardives font davantage appel à l’aluminium afin d’alléger l’ensemble.
La comparaison avec la Bugatti Type 57 Atlantic est incontournable mais les deux automobiles ne doivent pas être confondues. L’Atlantic possède une architecture de carrosserie beaucoup plus radicale, immédiatement reconnaissable à son arête longitudinale caractéristique et à ses formes extrêmement basses. L’Atalante reste un coupé de construction plus conventionnelle, avec un pavillon continu et une silhouette propre.
L’intérieur correspond à la vocation de grand tourisme sportif du modèle. La documentation commerciale d’époque mentionne notamment des sièges indépendants garnis de cuir et un coffre aménagé dans la partie arrière. L’Atalante conserve ainsi une véritable aptitude routière malgré une carrosserie beaucoup plus expressive que celle des Type 57 les plus conventionnelles.
Un huit cylindres de 3,3 litres
Sur la Type 57 Atalante standard, le long capot abrite le huit cylindres en ligne atmosphérique de la Type 57. Ce moteur à double arbre à cames en tête possède un alésage de 72 mm et une course de 100 mm. Les documents et catalogues spécialisés ne donnent pas tous exactement la même cylindrée, généralement comprise entre 3 245 et 3 257 cm3 selon la méthode retenue. Une valeur d’environ 3,3 litres est donc la plus représentative de la famille.
La puissance de la version atmosphérique se situe autour de 130 à 135 ch, avec 135 ch à 5 000 tr/min documentés pour certains exemplaires. Elle est transmise aux roues arrière par une boîte mécanique à quatre rapports. Dans cette configuration, une vitesse maximale de l’ordre de 155 km/h est généralement associée à l’Atalante sur châssis Type 57.
La mécanique ne suffit cependant pas à identifier toutes les Atalante. Une Bugatti Type 57c utilise un compresseur et offre donc des caractéristiques différentes de celles de la Type 57 atmosphérique. Il serait ainsi erroné d’attribuer systématiquement à l’Atalante les puissances supérieures rencontrées sur les versions suralimentées.
La même distinction s’applique au châssis. La Bugatti Type 57s repose sur une structure raccourcie et surbaissée, avec un empattement d’environ 2,98 m, alors que la Type 57 standard atteint environ 3,30 m. Certaines 57S ont reçu une carrosserie Atalante, mais elles constituent une variante techniquement différente du coupé traité ici.
Fiche technique de la Bugatti Type 57 Atalante
| Caractéristique | Bugatti Type 57 Atalante |
|---|---|
| Première apparition | 1935 |
| Type | Coupé 2 portes de grand tourisme |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | 8 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête |
| Cylindrée | Environ 3,3 litres, 3 245 à 3 257 cm3 suivant les sources et moteurs considérés |
| Alésage x course | 72 x 100 mm |
| Alimentation | Atmosphérique sur Type 57 standard |
| Puissance | Environ 130 à 135 ch |
| Régime de puissance documenté | 135 ch à 5 000 tr/min sur certains exemplaires |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Châssis | Châssis séparé Type 57 |
| Suspension avant | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Freins | Tambours aux quatre roues, commande mécanique sur les premières voitures, hydraulique sur certains exemplaires et évolutions ultérieures |
| Empattement | Environ 3 300 mm |
| Vitesse maximale | Environ 155 km/h pour la Type 57 atmosphérique |
Une production extrêmement limitée
Déterminer un nombre unique d’Atalante exige de définir précisément ce que l’on compte. Les inventaires spécialisés évoquent environ 33 à 34 carrosseries Atalante au sens large, mais ce total peut englober différentes bases Type 57 et des voitures dont l’histoire de carrosserie diffère. Pour les premières Type 57 à châssis long, les registres permettent notamment d’identifier dix Atalante en 1935, puis huit en 1936. Six autres sont recensées pour 1937 dans certaines études fondées sur les archives.
Cette production artisanale explique les différences entre voitures. À la mécanique et au châssis s’ajoutent des variations de matériaux, de toit et d’équipements. Des transformations réalisées au cours de la vie des automobiles compliquent encore leur identification actuelle. Sur un exemplaire historique, la correspondance entre numéro de châssis, moteur, carrosserie et configuration de livraison est donc déterminante.
Le prix reflétait déjà l’exclusivité du modèle. Le Coupé Atalante 2/3 places à toit ouvrant apparaît au tarif d’octobre 1935 à 90 000 francs. Le tarif documenté passe à 87 000 francs en octobre 1936, puis à 108 000 francs en octobre 1937 pour une évolution du coupé associée notamment aux nouvelles constructions de carrosserie.
La production de la carrosserie Atalante s’étend essentiellement de 1935 à 1938. Elle disparaît du programme de l’usine à la fin de cette période, dans un contexte où Bugatti poursuit parallèlement le développement technique et stylistique de la famille Type 57.
Des exemplaires à l’histoire particulièrement documentée
Plusieurs châssis permettent aujourd’hui de retracer les débuts de l’Atalante. Le 57330 est notamment connu pour sa présentation au Salon de Paris de 1935. Le 57254 fut livré à Meo Costantini, ancien pilote et directeur de course de Bugatti, double vainqueur de la Targa Florio. Le 57432 est quant à lui associé au joaillier marseillais Charles Joseph Olivero et à une utilisation en rallye alpin.
L’Atalante n’a toutefois jamais été conçue comme une voiture de compétition spécialisée. Les grands succès sportifs liés au nom Type 57 appartiennent à d’autres dérivés de la famille. Son intérêt réside plutôt dans la réunion d’une mécanique de grande routière rapide, d’une carrosserie produite à quelques dizaines d’exemplaires et du travail stylistique développé à Molsheim autour de Jean Bugatti.
Les transactions publiques illustrent aujourd’hui cette rareté sans constituer une cote uniforme. Des Atalante authentifiées ont atteint plusieurs millions d’euros ou de livres lors de ventes internationales. Le châssis 57254 a ainsi été adjugé 3,024 millions d’euros en 2017, tandis que 57330 atteignait 2,276 millions d’euros la même année. L’historique, la conservation des composants d’origine, le type exact de châssis et l’authenticité de la carrosserie expliquent des écarts considérables entre exemplaires.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les recherches menées autour des grandes Bugatti ne s’arrêtent pas à la Type 57. Le projet Bugatti Type 64 témoigne encore des expérimentations stylistiques associées à Jean Bugatti, mais sa disparition accidentelle en août 1939 et l’entrée en guerre interrompent brutalement cette période de création à Molsheim.




