Maserati 5000 GT

Maserati 5000 GT

Présentée en 1959, la Maserati 5000 GT est l’une des automobiles routières les plus exclusives jamais produites à Modène. Son projet, identifié par le type AM103, naît d’une commande exceptionnelle du Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi. Il associe le raffinement d’une grande GT italienne à un V8 directement apparenté à celui de la Maserati 450S de compétition. Seulement 34 exemplaires sont construits, avec des carrosseries réalisées par plusieurs des plus grands ateliers italiens.

Une Maserati créée pour le Shah d’Iran

L’histoire commence à la fin de 1958. Mohammad Reza Pahlavi essaie une Maserati 3500 GT, alors au coeur de la nouvelle stratégie routière du constructeur. Il apprécie la voiture, mais souhaite un modèle sensiblement plus puissant et surtout beaucoup plus exclusif. La demande dépasse rapidement le cadre d’une simple 3500 GT personnalisée.

Giulio Alfieri, directeur technique de Maserati, dirige le développement du projet AM103 en 1959. Le constructeur part d’une architecture apparentée à celle de la 3500 GT, mais l’adapte pour recevoir un V8 d’environ cinq litres issu de la compétition. Cette filiation prend tout son sens dans le contexte de la fin des années 1950, lorsque Maserati vient de développer des machines comme la Maserati 300S et la 450S avant de mettre fin à son engagement officiel en compétition après la saison 1957.

La première 5000 GT reçoit une carrosserie de Touring et devient naturellement connue sous les appellations Shah of Persia ou Scià di Persia. La nouvelle Maserati est présentée au Salon de Turin en novembre 1959. Touring réalise les premières voitures de ce type, mais la 5000 GT évolue rapidement vers une production extrêmement limitée dans laquelle chaque commande peut donner naissance à une automobile différente.

Du moteur de course à un V8 de grand tourisme

Le coeur de la 5000 GT est son V8 à 90 degrés. Sur les premières voitures, sa parenté avec le moteur de la 450S reste particulièrement directe. La cylindrée atteint 4 937,8 cm3, avec un alésage de 98,5 mm et une course de 81 mm. Alimentée par quatre carburateurs Weber double corps, cette première configuration développe 325 ch à 5 500 tr/min.

Maserati ne se contente toutefois pas d’installer durablement un moteur de compétition dans une GT. Dès 1960, la mécanique est profondément revue pour devenir plus adaptée à la route. L’alésage passe à 94 mm et la course à 89 mm, portant la cylindrée à 4 941,1 cm3. L’injection mécanique Lucas remplace les carburateurs et la puissance annoncée atteint 340 ch à 5 800 tr/min. Le V8 conserve une distribution à double arbre à cames en tête par rangée de cylindres et un double allumage.

Cette évolution explique pourquoi deux fiches techniques de 5000 GT peuvent afficher des valeurs différentes sans nécessairement être erronées. Les caractéristiques des premières Touring ne doivent pas être systématiquement appliquées aux voitures ultérieures. Maserati annonce suivant la configuration une vitesse maximale comprise entre 260 et 270 km/h, un niveau remarquable pour une automobile routière du début des années 1960.

La puissance est transmise aux roues arrière. Les premières voitures disposent d’une boîte manuelle à quatre rapports, tandis qu’une transmission à cinq rapports apparaît à partir de 1963. Sous les carrosseries parfois très différentes demeure un châssis tubulaire de 2 600 mm d’empattement, adapté aux contraintes du puissant V8.

Fiche technique de la Maserati 5000 GT

CaractéristiqueMaserati 5000 GT
TypeAM103
Période de production1959 à 1964
CarrosserieCoupé grand tourisme 2+2, carrosseries variables selon le carrossier
MoteurV8 essence atmosphérique à 90 degrés
ImplantationLongitudinale avant
Cylindrée initiale4 937,8 cm3
Alésage x course initial98,5 x 81 mm
Cylindrée à partir de 19604 941,1 cm3
Alésage x course à partir de 196094 x 89 mm
DistributionDouble arbre à cames en tête par rangée, 2 soupapes par cylindre
AllumageDouble allumage
Rapport volumétrique8,5:1
Alimentation initiale4 carburateurs Weber double corps
Alimentation à partir de 1960Injection mécanique Lucas
Puissance initiale325 ch à 5 500 tr/min
Puissance à partir de 1960340 ch à 5 800 tr/min
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle 4 rapports, puis 5 rapports à partir de 1963
EmbrayageBidisque à sec
ChâssisStructure tubulaire
Suspension avantRoues indépendantes, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques, amortisseurs télescopiques
FreinageDisques avant assistés et tambours arrière sur la configuration historique de référence, certains exemplaires ultérieurs à quatre disques
Empattement2 600 mm
Voie avant1 390 mm
Voie arrière1 360 mm
Poids à secEnviron 1 500 kg selon la fiche historique Maserati
Vitesse maximale annoncée260 à 270 km/h selon la configuration
Production34 exemplaires

Des carrosseries presque sur mesure

Parler d’un dessin unique de la 5000 GT serait trompeur. Touring définit l’apparence des premières voitures, avec un long capot, une cabine reculée et une présentation particulièrement statutaire. Lorsque d’autres clients commandent la 5000 GT, Maserati fait appel à plusieurs carrossiers et la physionomie du modèle se diversifie considérablement.

Allemano réalise la variante produite au plus grand nombre d’exemplaires, sur un dessin associé à Giovanni Michelotti. Pininfarina, Frua, Ghia, Bertone et Monterosa interviennent également sur le projet, auxquels s’ajoutent des réalisations liées à Michelotti et Vignale. Calandre, optiques, ailes, vitrage et traitement de la poupe peuvent donc changer radicalement d’un châssis à l’autre.

Cette diversité interdit également de généraliser une longueur ou une hauteur unique à toute la production. L’empattement de 2,60 m constitue un repère bien plus pertinent pour identifier la base technique commune. Certaines caractéristiques mécaniques évoluent elles aussi au fil des voitures, notamment le freinage, puisque des exemplaires tardifs sont documentés avec quatre freins à disque alors que la configuration historique de référence associe disques avant et tambours arrière.

34 exemplaires et des propriétaires prestigieux

Maserati retient officiellement une production de 34 exemplaires entre 1959 et 1964. Des décomptes historiques différents apparaissent parfois, notamment lorsque sont incluses des voitures reconstruites ou recarrossées. Le total de 34 châssis reste donc la référence la plus cohérente pour mesurer la rareté du modèle.

La clientèle reflète son positionnement hors norme. Après le Shah d’Iran, la 5000 GT séduit notamment le prince Karim Aga Khan, Gianni Agnelli, Ferdinando Innocenti, l’acteur Stewart Granger et le pilote et entrepreneur américain Briggs Cunningham. Certaines commandes atteignent un degré de personnalisation exceptionnel. La Frua AM103.060 destinée à l’Aga Khan reçoit par exemple un équipement intérieur comprenant un tourne-disque Philips 45 tours.

La 5000 GT n’est donc jamais devenue une GT de série au sens traditionnel. Dans les mêmes années, des modèles comme la Maserati Sebring répondent à une logique de production nettement plus conventionnelle. L’AM103 reste au contraire un programme où mécanique, carrosserie et finition peuvent être adaptés aux exigences d’un commanditaire précis.

Une place particulière parmi les grandes GT Maserati

La 5000 GT ne remplace pas directement un modèle et ne doit pas être considérée comme une simple version à gros moteur de la 3500 GT. Elle occupe un échelon à part, entre automobile routière de prestige et démonstration du savoir-faire acquis en compétition. Elle marque aussi une étape importante dans l’utilisation du V8 par Maserati sur route.

Cette orientation vers des automobiles rapides et luxueuses se poursuit durant les années 1960 sous des formes moins confidentielles. La Maserati Quattroporte transpose notamment les performances d’une grande mécanique Maserati dans une berline de prestige, tandis que la Maserati Ghibli incarne quelques années plus tard une nouvelle interprétation de la grande GT V8.

La 5000 GT demeure néanmoins singulière par la combinaison qui lui a donné naissance : une commande royale, une mécanique issue de la course, une fabrication à quelques dizaines d’unités et une succession de carrosseries signées par différents ateliers italiens. Cette diversité explique pourquoi l’identification d’un exemplaire passe autant par son numéro de châssis et son carrossier que par le nom Maserati 5000 GT lui-même.