Maserati Mistral

Maserati Mistral

Présentée au Salon de Turin en 1963, la Maserati Mistral incarne l’une des expressions les plus élégantes de la transformation de Maserati en constructeur de grandes voitures de route. Cette GT deux places dessinée par Pietro Frua associe une silhouette fastback particulièrement basse au célèbre six-cylindres en ligne à double arbre de la marque. D’abord dévoilée sous une appellation liée à la 3500 GT, elle adopte ensuite le nom Mistral et inaugure chez Maserati la tradition des modèles baptisés d’après des vents.

Une GT deux places née au début des années 1960

La Mistral apparaît à une période où Maserati développe rapidement son activité routière. La 3500 GT avait donné une nouvelle dimension commerciale à la marque, tandis que des automobiles beaucoup plus exclusives comme la Maserati 5000 GT avaient démontré sa capacité à produire des GT de très haut prestige. Maserati cherche alors à proposer une voiture plus compacte et plus sportive, tout en conservant les qualités d’une grande routière.

Le projet reprend certains principes techniques éprouvés sur la génération précédente, mais avec un empattement ramené à 2,40 m. Contrairement à la Maserati Sebring, contemporaine et davantage orientée vers la polyvalence d’une GT 2+2, la Mistral est conçue comme une stricte deux places. Son habitacle reculé, son long capot et ses dimensions contenues renforcent immédiatement son caractère sportif.

Le modèle est dévoilé à Turin en novembre 1963, avant le véritable démarrage de sa carrière commerciale en 1964. Cette chronologie explique que son apparition soit parfois datée de 1963 et sa production de 1964. Le code de type AM109 permet d’identifier la famille Mistral. Un Spyder est également présenté à Genève en 1964, mais il constitue une déclinaison ouverte distincte du coupé fastback qui définit principalement le modèle.

Le dessin de Pietro Frua

Pietro Frua signe une carrosserie très différente des Maserati routières précédentes. La Mistral privilégie des volumes simples et tendus, avec un capot très long, une cabine placée vers l’arrière et un pavillon qui descend progressivement jusqu’à une poupe tronquée. La grande surface vitrée arrière forme un hayon, solution aussi pratique qu’inhabituelle parmi les GT italiennes du début des années 1960.

La face avant est basse et dépouillée. Deux projecteurs ronds encadrent une calandre étirée où prend place le Trident. Les premières voitures sont notamment reconnaissables à leurs roues à rayons Borrani, tandis que des jantes en alliage apparaissent sur certaines Mistral plus tardives. L’acier constitue l’essentiel de la carrosserie, avec l’emploi d’aluminium pour certains ouvrants et éléments afin de limiter la masse.

La fabrication illustre le fonctionnement de la carrosserie automobile italienne de cette période. Frua est responsable du dessin, tandis que la réalisation des caisses du coupé est notamment associée à Maggiora et leur finition à Officine Padane. Il ne faut donc pas confondre la signature stylistique de Frua avec l’entreprise chargée de fabriquer matériellement chaque élément de carrosserie.

Le six-cylindres Maserati et ses trois cylindrées

Sous son long capot, la Mistral conserve l’un des liens les plus directs entre les Maserati de compétition des années 1950 et les GT routières de la marque. Son six-cylindres en ligne possède deux arbres à cames en tête, deux soupapes par cylindre et un double allumage. Cette famille mécanique prolonge l’expérience acquise avec les moteurs de compétition, notamment à l’époque de la Maserati 300S, tout en étant adaptée aux exigences d’une automobile de grand tourisme.

L’alimentation par injection mécanique Lucas distingue également la Mistral. Trois cylindrées se succèdent. Le rare moteur de 3 485 cm3 développe 235 ch à 5 800 tr/min selon les données historiques Maserati. Le 3 694 cm3 porte la puissance à 245 ch au même régime. Le 4 014 cm3 constitue l’évolution la plus importante et devient la motorisation emblématique des dernières années de production.

La puissance du 4 litres illustre cependant les écarts rencontrés dans les archives consacrées au modèle. Maserati indique 265 ch à 5 200 tr/min dans ses données historiques, tandis que plusieurs documentations anciennes ou spécialisées mentionnent 255 ch à 5 500 tr/min. Ces valeurs ne doivent donc pas être fusionnées en une donnée unique. Quelle que soit la spécification retenue, le 4 litres place la Mistral parmi les GT rapides de son époque.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La boîte manuelle ZF à cinq rapports constitue la transmission caractéristique du modèle. Une boîte automatique Borg-Warner à trois rapports a également été proposée, notamment pour certains marchés. Cette architecture reste relativement traditionnelle, mais elle associe une mécanique sophistiquée à une chaîne cinématique conçue pour les longues distances à vitesse élevée.

Fiche technique de la Maserati Mistral

CaractéristiqueDonnées
TypeGT deux places, coupé fastback 2 portes
Code de typeAM109
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
Moteur6 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête, 12 soupapes, double allumage
AlimentationInjection mécanique Lucas
Cylindrées3 485 cm3, 3 694 cm3 ou 4 014 cm3
Puissance 3.5235 ch à 5 800 tr/min
Puissance 3.7245 ch à 5 800 tr/min
Puissance 4.0265 ch à 5 200 tr/min selon Maserati, 255 ch à 5 500 tr/min dans d’autres documentations
Boîte de vitessesManuelle ZF à 5 rapports
Boîte optionnelleAutomatique Borg-Warner à 3 rapports
ChâssisStructure tubulaire en acier
Suspension avantIndépendante, triangles superposés
Suspension arrièreEssieu rigide
FreinsDisques aux quatre roues
Empattement2 400 mm
LongueurEnviron 4 450 à 4 500 mm selon spécification
LargeurEnviron 1 650 à 1 680 mm selon spécification
HauteurEnviron 1 250 à 1 300 mm selon spécification
Poids1 430 kg à sec dans les données historiques Maserati
RouesBorrani à rayons sur les premières voitures, jantes en alliage sur certaines voitures tardives
Pneumatiques185 VR 16 documentés sur les premières configurations, 205 VR 15 sur certaines versions ultérieures
Vitesse maximaleJusqu’à 255 km/h dans les données historiques Maserati, valeurs inférieures également publiées selon version et rapport de transmission

Un châssis classique au service d’une GT rapide

La sophistication du moteur contraste avec une partie-cycle volontairement éprouvée. Le châssis tubulaire dérive des solutions utilisées par Maserati sur ses précédentes GT, mais son empattement plus court contribue à donner à la Mistral des proportions et un comportement plus sportifs. À l’avant, les roues sont indépendantes avec des triangles superposés. L’arrière conserve un essieu rigide, solution courante sur les Maserati routières de cette génération.

Le freinage repose sur quatre disques, un équipement important pour une GT capable d’atteindre des vitesses élevées. Les données de performances demandent toutefois une distinction entre versions. Les archives historiques Maserati annoncent jusqu’à 255 km/h, y compris pour plusieurs cylindrées, alors que d’autres documents donnent des vitesses de pointe plus proches de 225 à 235 km/h. Les rapports de pont, les spécifications de marché et les méthodes de mesure peuvent expliquer une partie de ces différences.

La Mistral n’est pas une voiture de compétition homologuée pour la route, mais une véritable Gran Turismo. Son intérêt réside précisément dans l’adaptation d’une mécanique issue de la culture sportive de Maserati à un coupé destiné aux voyages rapides. Elle appartient ainsi à la dernière période durant laquelle le six-cylindres en ligne occupe une place centrale dans les GT de Modène.

Production et évolution de la Mistral

Les premières voitures utilisent le moteur de 3,5 litres, mais cette version est extrêmement rare. Les archives historiques de Maserati recensent seulement trois coupés 3.5. Le 3.7 devient rapidement la version principale, avec 387 exemplaires indiqués par la marque. Le 4.0 apparaît ensuite au milieu de la décennie et représente la série la plus importante avec 454 coupés.

Ces chiffres donnent 844 coupés dans le décompte Maserati. Le total global varie davantage lorsqu’on ajoute le Spyder : le chiffre de 124 exemplaires ouverts est fréquemment publié, tandis que d’autres inventaires donnent des nombres légèrement différents pour les deux carrosseries. La production reste dans tous les cas inférieure au millier d’unités, ce qui explique aujourd’hui la rareté du modèle, et plus encore celle du Spyder.

La période de fabrication est elle aussi présentée différemment suivant la méthode de comptage. Les données Maserati placent le 3.5 en 1964, le 3.7 de 1964 à 1969 et le 4.0 de 1965 à 1969. Des historiques plus larges indiquent 1963 à 1970 en intégrant la présentation initiale, les prototypes ou certains exemplaires tardifs. La formulation la plus précise consiste donc à distinguer la présentation de 1963 de la production régulière, essentiellement comprise entre 1964 et 1969.

De la Mistral à la génération des GT à moteur V8

La Mistral occupe une position particulière dans la généalogie Maserati. Elle conserve le six-cylindres qui avait marqué plusieurs générations de voitures de route, depuis les premières GT telles que la Maserati A6G, mais son style annonce déjà une automobile italienne beaucoup plus moderne. Son lancement accompagne aussi l’élargissement de la gamme avec la Maserati Quattroporte, qui transpose les performances d’une GT dans une grande berline quatre portes.

À partir de 1966, la Maserati Ghibli ouvre une autre phase. Plus anguleuse et équipée d’un V8, elle devient la nouvelle référence sportive de la gamme et incarne le changement de génération qui relègue progressivement la Mistral au second plan. D’autres noms de vents suivront chez Maserati, notamment Bora et Khamsin, faisant de l’appellation inaugurée par la Mistral le point de départ d’une tradition durable de la marque.