Lancée en octobre 1965, l’Aston Martin DB6 prolonge la lignée des grandes GT britanniques initiée par la DB4. Elle conserve le six cylindres en ligne de 4 litres et l’allure générale de sa devancière, mais reçoit une carrosserie profondément retravaillée, un empattement allongé et surtout une poupe tronquée dotée d’un spoiler. Ces modifications répondent à deux objectifs concrets : améliorer l’habitabilité et rendre la voiture plus stable à haute vitesse.
La DB6 remplace directement l’Aston Martin DB5, dont elle reprend une grande partie de l’architecture mécanique. Elle est toutefois davantage qu’une simple évolution esthétique. Sa structure, son aérodynamique et ses dimensions évoluent suffisamment pour en faire une GT plus polyvalente, capable d’accueillir plus convenablement quatre occupants tout en conservant des performances de premier plan pour le milieu des années 1960.
Une évolution profonde de la lignée DB4 et DB5
Les origines techniques de la DB6 remontent à l’Aston Martin DB4 de 1958. Cette dernière avait introduit la famille de moteurs six cylindres conçue sous la direction de Tadek Marek et une silhouette associée à Carrozzeria Touring. La DB5 avait ensuite fait évoluer cette formule, notamment avec le passage du moteur à 4 litres. Au moment de développer sa remplaçante, Aston Martin choisit donc de perfectionner une architecture éprouvée plutôt que de repartir d’une feuille blanche.
La DB6 est présentée au London Motor Show d’octobre 1965. Son empattement atteint 2 585 mm, soit environ 95 mm de plus que celui de la DB5. Le pavillon est également rehaussé et le pare-brise devient plus vertical. Ces changements dégagent davantage de place à l’arrière et donnent à la nouvelle voiture une vocation de véritable Grand Tourisme 2+2 plus affirmée.
La construction évolue elle aussi. La DB4 et la DB5 sont étroitement associées au principe Superleggera de Touring, reposant sur une ossature de petits tubes habillée de panneaux légers. Sur la DB6, Aston Martin abandonne pour l’essentiel cette méthode, tout en conservant une carrosserie en aluminium et une petite structure tubulaire dans la zone de l’entrée du radiateur. Présenter toute DB6 comme une authentique carrosserie Superleggera serait donc réducteur.
Une poupe Kamm conçue pour la stabilité
La différence visuelle la plus importante apparaît à l’arrière. Là où la DB5 possède une poupe fastback arrondie, la DB6 adopte une terminaison plus abrupte surmontée d’un spoiler intégré. Cette solution inspirée du principe aérodynamique de la poupe Kamm ne répond pas seulement à une recherche stylistique. Les essais menés pendant le développement avaient mis en évidence la nécessité de réduire la portance arrière à grande vitesse.
Aston Martin attribuait à cette nouvelle configuration une diminution de plus de 30 % de la portance sur les roues arrière. Le traitement devient immédiatement l’un des signes permettant de distinguer une DB6 d’une DB5. Les pare-chocs sont divisés, une ouverture destinée au refroidissement apparaît sous la calandre et les vitres latérales ainsi que les déflecteurs évoluent. Les projecteurs avant restent en revanche protégés par des carénages transparents, préservant la parenté avec la génération précédente.
La voiture reste relativement compacte au regard de son positionnement : environ 4,62 m de long pour 1,68 m de large. L’allongement profite essentiellement à l’empattement et à l’habitabilité. Avec une masse voisine de 1,47 tonne, la DB6 n’est pas une sportive dépouillée, mais une GT conçue pour conjuguer vitesse, confort et voyages à longue distance.
Le six cylindres 4 litres et les performances
Sous le long capot demeure le six cylindres en ligne Aston Martin à double arbre à cames en tête. Sa cylindrée de 3 995 cm3 résulte d’un alésage de 96 mm et d’une course de 92 mm. Dans sa configuration standard, il est alimenté par trois carburateurs SU HD8 et développe 282 bhp à 5 500 tr/min, avec un couple annoncé de 280 lb-ft, soit environ 380 Nm, à 4 500 tr/min.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La transmission mécanique ZF à cinq rapports constitue la configuration emblématique, tandis qu’une boîte automatique Borg-Warner à trois rapports pouvait également être choisie. La DB6 conserve ainsi une architecture très classique, mais particulièrement élaborée pour une GT britannique de cette période.
La suspension avant est indépendante, avec triangles, ressorts hélicoïdaux et barre antiroulis. À l’arrière, Aston Martin conserve un essieu rigide guidé notamment par un parallélogramme de Watt. Quatre freins à disque Girling assistés assurent le freinage. Cet ensemble ne cherche pas la sophistication d’une voiture de compétition : il privilégie un comportement prévisible et la capacité à soutenir des vitesses élevées sur longue distance.
La DB6 standard est annoncée pour environ 148 mph, soit 238 km/h, et un 0 à 60 mph en 6,1 secondes. Ces performances la placent parmi les GT les plus rapides de son époque, malgré l’augmentation des dimensions et du poids par rapport aux premières voitures de la lignée DB.
Fiche technique de l’Aston Martin DB6
| Caractéristique | Aston Martin DB6 standard |
|---|---|
| Production | À partir d’octobre 1965, DB6 Mk1 jusqu’en 1969 |
| Carrosserie | GT 2 portes, 2+2 |
| Production | Newport Pagnell, Royaume-Uni |
| Moteur | 6 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête |
| Cylindrée | 3 995 cm3 |
| Alésage x course | 96 x 92 mm |
| Alimentation | 3 carburateurs SU HD8 |
| Puissance | 282 bhp à 5 500 tr/min |
| Couple | 280 lb-ft, environ 380 Nm, à 4 500 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | ZF manuelle à 5 rapports, automatique Borg-Warner à 3 rapports disponible |
| Suspension avant | Indépendante, triangles et ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux, guidage par parallélogramme de Watt |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques Girling aux quatre roues avec assistance |
| Longueur | Environ 4 620 mm |
| Largeur | Environ 1 680 mm |
| Empattement | 2 585 mm |
| Poids | Environ 1 470 kg selon la définition retenue |
| Vitesse maximale annoncée | 148 mph, environ 238 km/h |
| 0 à 60 mph | 6,1 s |
Vantage, Volante et DB6 Mk2
La gamme ne se limite pas au coupé standard. La spécification Vantage porte la puissance annoncée aux environs de 325 bhp et se distingue notamment par l’emploi de trois carburateurs Weber. Elle poursuit une tradition déjà présente sur l’Aston Martin DB5 Vantage, en proposant une interprétation plus performante du même Grand Tourisme. Les chiffres de la Vantage ne doivent donc pas être confondus avec les 282 bhp de la DB6 standard.
La déclinaison découvrable prend le nom d’Aston Martin DB6 Volante. Une confusion est possible avec les 37 Short Chassis Volante produites pendant la transition entre les deux générations. Ces voitures antérieures reposent sur les derniers châssis courts de DB5 tout en intégrant certains éléments annonçant la DB6. Elles ne correspondent donc pas à la DB6 Volante sur empattement long proprement dite.
En 1969 apparaît la DB6 Mk2. Son évolution extérieure la plus facilement identifiable concerne les passages de roues élargis, permettant notamment l’utilisation de roues plus larges apparentées à celles de la DBS. Des modifications d’équipement accompagnent cette évolution. Une alimentation par injection électronique AE-Brico a également existé sur un nombre extrêmement réduit de voitures, sans devenir la configuration courante de la DB6.
Quelques DB6 furent par ailleurs transformées en shooting brakes par des carrossiers indépendants. Leur rareté les rend aujourd’hui particulièrement identifiables, mais elles ne doivent pas être considérées comme une carrosserie produite en série par Aston Martin.
Production et place dans l’histoire d’Aston Martin
La DB6 devient l’une des Aston Martin de l’ère David Brown produites en quantité relativement importante. Le total de 1 788 exemplaires est couramment retenu pour la famille DB6, mais les répartitions entre coupés Mk1, Mk2, Vantage et Volante varient en fonction du périmètre utilisé par les sources. Pour le seul coupé de première série, les décomptes historiques tournent autour de 1 325 exemplaires.
La DB6 arrive aussi à une période où Aston Martin prépare une rupture stylistique. Dès 1967, l’Aston Martin DBS introduit une carrosserie beaucoup plus anguleuse et moderne. Les deux modèles coexistent plusieurs années, la DB6 continuant de représenter la silhouette classique issue de la DB4 tandis que la DBS annonce l’orientation esthétique de la décennie suivante.
Cette longue carrière explique également les différences de dates parfois attribuées au modèle. La DB6 originelle est produite de 1965 à 1969 avant l’arrivée de la Mk2, tandis que la famille demeure en fabrication au-delà de cette transition. Il faut donc distinguer la première série de l’ensemble de la lignée lorsqu’une date de fin est mentionnée.
Une Grand Tourisme associée aux années 1960
La DB6 bénéficie d’une image publique forte, sans dépendre du cinéma autant que la DB5. Aston Martin cite parmi ses propriétaires célèbres Paul McCartney, Mick Jagger, Peter Sellers, Twiggy et le prince Charles. Cette clientèle illustre le positionnement particulier de la voiture à la fin des années 1960 : une automobile rapide et coûteuse, mais pensée autant pour les longs déplacements que pour la performance pure.
Son intérêt historique tient surtout à la manière dont elle clôt une formule développée pendant plus d’une décennie. Le six cylindres de Tadek Marek, la carrosserie en aluminium, la calandre caractéristique et les phares carénés prolongent l’école DB4 et DB5, tandis que l’empattement allongé et la poupe Kamm répondent à des exigences nouvelles d’habitabilité et d’aérodynamique. La coexistence avec la DBS matérialise finalement ce passage entre deux époques du Grand Tourisme Aston Martin.




