Lancée en 1967, l’Aston Martin DBS marque une rupture dans l’histoire des grandes GT britanniques. Plus large, plus basse et nettement plus anguleuse que les précédentes Aston Martin de l’ère David Brown, elle inaugure une silhouette pensée pour les années 1970. Le paradoxe est qu’elle apparaît avec une mécanique déjà connue : son six-cylindres en ligne de 4 litres provient directement de l’Aston Martin DB6, car le nouveau V8 prévu pour la voiture n’est pas encore prêt.
Cette première DBS doit être distinguée des modèles qui reprendront ultérieurement son nom. La DBS originelle est la GT six-cylindres produite de 1967 à 1972. La version équipée du nouveau V8 constitue à partir de 1969 un modèle techniquement différent, tandis que les DBS modernes appartiennent à une tout autre époque.
Une nouvelle génération dessinée par William Towns
Au milieu des années 1960, Aston Martin prépare le remplacement de la DB6. Carrozzeria Touring, partenaire historique de la marque et auteur de carrosseries emblématiques, travaille d’abord sur le projet et réalise des prototypes. Les difficultés puis la disparition de l’entreprise italienne obligent toutefois Aston Martin à revoir son programme. Le dessin du nouveau modèle est finalement confié au Britannique William Towns.
Le changement visuel est spectaculaire. Là où l’Aston Martin DB5 et la DB6 conservent les courbes caractéristiques des Aston Martin du début des années 1960, la DBS adopte des surfaces plus tendues et une carrosserie sensiblement plus large. Sa face avant basse reçoit quatre projecteurs et une grande calandre horizontale. Le pavillon et la poupe fastback lui donnent une allure plus massive sans abandonner les proportions d’une GT à moteur avant.
La DBS est officiellement dévoilée à Blenheim Palace le 25 septembre 1967. Malgré son statut de remplaçante, elle ne fait pas immédiatement disparaître la DB6 : les deux voitures sont produites simultanément pendant plusieurs années. Cette coexistence traduit autant le positionnement différent de la nouvelle carrosserie que le développement progressif de la nouvelle génération mécanique d’Aston Martin.
Le six-cylindres 4 litres avant l’arrivée du V8
Le compartiment moteur de la DBS a été conçu pour recevoir le V8 développé sous la direction de Tadek Marek. Son développement prenant plus de temps que prévu, Aston Martin installe d’abord le six-cylindres en ligne de 3 995 cm3 déjà éprouvé sur la DB6. Doté de deux arbres à cames en tête et alimenté par trois carburateurs SU dans sa configuration standard, il développe environ 282 bhp.
La puissance est transmise aux roues arrière. Une boîte manuelle ZF à cinq rapports est proposée, tandis qu’une transmission automatique Borg-Warner figure également au catalogue. La DBS reste donc fidèle à l’architecture traditionnelle de la grande GT Aston Martin, mais son châssis évolue avec notamment un essieu arrière De Dion, associé à des ressorts hélicoïdaux et à un guidage plus élaboré que celui de la génération précédente.
Une DBS Vantage complète la gamme six-cylindres. Avec une préparation plus poussée du moteur, des carburateurs Weber et des arbres à cames spécifiques, sa puissance annoncée atteint environ 325 bhp. Cette appellation s’inscrit dans une tradition déjà illustrée par l’Aston Martin DB5 Vantage. Elle ne doit surtout pas être confondue avec la DBS V8 : la première reste une DBS à six cylindres optimisée, tandis que la seconde reçoit une mécanique entièrement différente.
Le V8 de 5,3 litres arrive finalement en 1969 avec l’Aston Martin DBS V8. Les deux versions cohabitent alors dans la gamme. Visuellement, les roues constituent l’un des indices les plus simples pour les différencier : la DBS six-cylindres est notamment associée à ses roues à rayons, tandis que la DBS V8 adopte des jantes en alliage GKN.
Fiche technique de l’Aston Martin DBS
| Caractéristique | Aston Martin DBS six-cylindres |
|---|---|
| Production | 1967 à 1972 |
| Carrosserie | GT 2 portes, 4 places |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | 6 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête |
| Cylindrée | 3 995 cm3 |
| Alésage x course | 96 x 92 mm |
| Alimentation | 3 carburateurs SU sur la version standard |
| Puissance | Environ 282 bhp sur la version standard |
| Couple | Environ 390 Nm à 3 850 tr/min |
| Boîte manuelle | ZF à 5 rapports |
| Boîte automatique | Borg-Warner disponible |
| Suspension avant | Roues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Essieu De Dion, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | À crémaillère, assistée |
| Freins | Disques aux quatre roues, assistance |
| Longueur | Environ 4 580 mm |
| Largeur | Environ 1 830 mm |
| Hauteur | Environ 1 330 mm |
| Empattement | Environ 2 610 mm |
| Voies | Environ 1 500 mm |
| Poids | Environ 1 588 kg |
| Vitesse maximale | Environ 140 mph, soit 225 km/h, pour la DBS standard |
| 0 à 60 mph | Environ 7,1 s pour la DBS standard |
Une GT plus spacieuse et plus moderne
Les nouvelles dimensions ne servent pas uniquement le style. La DBS est conçue comme une véritable quatre places et offre davantage d’espace que les précédentes GT de Newport Pagnell. Son habitacle conserve néanmoins l’atmosphère traditionnelle d’Aston Martin, avec une présentation luxueuse et une instrumentation abondante. Les premières voitures possèdent notamment un tableau de bord à finition bois, détail qui évolue au cours de la production.
La transformation ne se limite pas à l’apparence. Avec environ 1,83 m de largeur et un poids proche de 1,6 tonne, la DBS est une automobile sensiblement plus imposante que ses devancières. Le six-cylindres doit donc déplacer une carrosserie plus lourde, ce qui explique en partie pourquoi l’arrivée du V8 était essentielle au programme dès sa conception.
La production connaît plusieurs modifications de détail. Une évolution généralement désignée comme Series 2 apparaît autour de 1970, avec notamment des changements apportés aux panneaux inférieurs de carrosserie et à la présentation intérieure. Il ne s’agit toutefois pas d’une nouvelle génération : toutes ces voitures restent des DBS six-cylindres tant qu’elles conservent cette mécanique.
Production et chiffres à distinguer
Le nombre exact de DBS six-cylindres produites fait l’objet de comptages différents. Le total historique le plus couramment cité est de 787 exemplaires. Une reconstitution détaillée fondée sur les registres du Heritage Centre aboutit plutôt à environ 802 voitures. La séquence de numéros de châssis, qui s’étend de DBS/5001 à DBS/5829, ne permet pas de conclure à 829 exemplaires, car certains numéros n’ont pas été utilisés ou correspondent à des cas particuliers. Il est donc plus juste de retenir une production d’environ 800 DBS six-cylindres plutôt qu’un total artificiellement précis.
À son lancement, son prix britannique est donné à 4 473 livres. Ce positionnement correspond à celui d’une GT de prestige construite en faible série à Newport Pagnell. La rareté actuelle dépend aussi des configurations : une DBS Vantage, une voiture à boîte manuelle et un exemplaire doté d’un historique particulièrement bien documenté ne se confondent pas avec une DBS standard lors de l’évaluation d’une automobile de collection.
La DBS au cinéma et à la télévision
La DBS acquiert rapidement une visibilité qui dépasse sa diffusion commerciale. Elle apparaît en 1969 dans Au service secret de Sa Majesté, conduite par James Bond interprété par George Lazenby. Cette présence est d’autant plus notable que la DBS représente alors la nouvelle génération d’Aston Martin, succédant à l’image devenue indissociable de la DB5 dans les films précédents.
Une autre DBS devient célèbre grâce à la série télévisée Amicalement vôtre. La voiture de Brett Sinclair est une DBS six-cylindres, châssis DBS/5636/R, modifiée visuellement avec des éléments évoquant la DBS V8, notamment ses roues en alliage. Cette transformation explique pourquoi elle est régulièrement identifiée à tort comme une authentique DBS V8.
Du nom DBS historique aux modèles modernes
La carrière de la DBS six-cylindres s’achève en 1972, dans une période de transition majeure pour Aston Martin. La disparition de l’appellation David Brown sur les modèles entraîne une réorganisation des noms : la DBS V8 devient simplement Aston Martin V8, tandis qu’une évolution six-cylindres prend le nom d’Aston Martin Vantage. La DBS de 1967 reste ainsi attachée à une période très précise, à cheval entre les GT classiques de l’ère DB et les Aston Martin plus anguleuses des années 1970.
L’appellation réapparaîtra bien plus tard sur des automobiles sans filiation technique directe avec la voiture de William Towns. L’Aston Martin DBS Superleggera appartient ainsi à une génération moderne de GT à moteur V12 biturbo. La DBS originelle conserve pour sa part une identité immédiatement reconnaissable : celle de l’Aston Martin qui a fait entrer le style de Newport Pagnell dans une nouvelle décennie tout en utilisant, pendant ses premières années, le six-cylindres hérité de l’époque précédente.




