Lotus Super Seven

Lotus Super Seven

Apparue en 1958, la Lotus Super Seven est la déclinaison à hautes performances de la première Seven de Colin Chapman. Elle pousse à l’extrême une recette déjà radicale : un châssis tubulaire très léger, une carrosserie réduite au strict nécessaire, deux places à ciel ouvert et un moteur avant entraînant les roues arrière. Dans sa définition originelle, la Super Seven se distingue surtout par son quatre cylindres Coventry Climax FWA de 1 098 cm³ développant 75 bhp, une puissance modeste en valeur absolue mais considérable pour une automobile pesant autour de 420 kg.

Cette première Super Seven doit être distinguée des versions Ford-Cosworth apparues avec la Series 2, ainsi que des Seven produites ultérieurement par Caterham. Le nom désigne donc moins un modèle resté techniquement figé qu’une version sportive dont la définition a évolué au fil de la carrière de la Seven.

De la Lotus Seven à la Super Seven

La Lotus Seven naît en 1957 comme une sportive extrêmement dépouillée, fidèle aux principes de Colin Chapman : supprimer la masse superflue plutôt que compenser son poids par un moteur toujours plus puissant. Son architecture s’inscrit dans l’expérience acquise par Lotus avec ses voitures de compétition légères, dont la Lotus Eleven constitue alors l’une des expressions les plus abouties.

La Seven de base reçoit des mécaniques Ford relativement modestes. Lotus comprend rapidement qu’un châssis aussi léger peut accepter davantage de puissance. Une documentation commerciale de juillet 1958 mentionne déjà une configuration « Super » dotée d’un Coventry Climax de 1 100 cm³ annoncé à 75 bhp. La chronologie historique du Lotus Seven Register situe pour sa part l’annonce de la première Super Seven en décembre 1958. L’année 1958 constitue donc le point de départ pertinent de cette version.

Le choix du Coventry Climax FWA transforme le caractère de la voiture sans remettre en cause sa philosophie. Ce quatre cylindres à simple arbre à cames en tête provient d’une famille de moteurs réputée en compétition. Dans la Super Seven, sa cylindrée exacte atteint 1 098 cm³. Alimenté par deux carburateurs SU et associé à un échappement quatre-en-un, il délivre 75 bhp à 6 250 tr/min.

À partir d’octobre 1959, cette configuration Coventry Climax est également désignée Seven C. La première Super Seven reste produite jusqu’à la fin de la Series 1, au milieu de 1960. La Series 2 prend ensuite le relais et l’appellation Super Seven réapparaît sur des versions utilisant des moteurs Ford préparés par Cosworth, notamment le 1 340 cm³ lancé en 1961. Il est donc essentiel de ne pas attribuer les caractéristiques de ces Super Seven plus tardives au modèle Coventry Climax de 1958.

Une construction dictée par la légèreté

La Super Seven Series 1 repose sur un châssis spaceframe constitué de tubes d’acier. Progress Chassis Company réalise cette structure tandis que des éléments de carrosserie sont notamment produits par Williams & Pritchard. Des panneaux d’aluminium habillent l’ensemble et participent à cette recherche permanente d’économie de masse. Le plancher et le tunnel de transmission utilisent également l’aluminium.

Le résultat est une voiture exceptionnellement compacte. Elle mesure environ 3,12 m de long dans sa première configuration pour seulement 1,35 m de large, avec un empattement proche de 2,24 m. Son poids se situe autour de 420 kg, certaines documentations consacrées aux Series 1 indiquant une plage d’environ 419 à 445 kg suivant l’équipement et la configuration. Le rapport entre masse et puissance constitue ainsi la véritable clé de ses performances.

Le train avant est indépendant, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide. La direction à crémaillère contribue à la simplicité mécanique. Le système de freinage de cette première Super Seven repose encore sur quatre tambours Girling de 8 pouces. C’est un point permettant de la distinguer des évolutions ultérieures, auxquelles sont parfois attribuées par erreur les caractéristiques de la voiture de 1958.

La transmission fait appel à une boîte manuelle BMC à quatre rapports. Une boîte à rapports rapprochés pouvait être commandée, de même que différents rapports de pont. La Super Seven recevait également des roues à rayons de 15 pouces à fixation centrale, particulièrement caractéristiques des exemplaires Coventry Climax de Series 1.

Fiche technique de la Lotus Super Seven

CaractéristiqueLotus Super Seven Series 1
Année d’apparition1958
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurCoventry Climax FWA, 4 cylindres en ligne
DistributionSimple arbre à cames en tête
Cylindrée1 098 cm³
AlimentationDeux carburateurs SU
Puissance75 bhp à 6 250 tr/min
Boîte de vitessesManuelle BMC à 4 rapports
TransmissionAux roues arrière
ChâssisSpaceframe multitubulaire en acier
CarrosseriePrincipalement aluminium
Suspension avantIndépendante
Suspension arrièreEssieu rigide guidé
DirectionÀ crémaillère
Freins4 tambours Girling, 8 pouces x 1,5 pouce
RouesÀ rayons, 15 x 4 pouces, fixation centrale
Pneus5.20 x 15 sur Series 1
LongueurEnviron 3 124 mm dans la première configuration
LargeurEnviron 1 346 mm
EmpattementEnviron 2 235 mm
Voie avantEnviron 1 194 mm
Voie arrièreEnviron 1 194 mm, puis 1 181 mm à partir d’octobre 1959
Garde au solEnviron 127 mm
PoidsEnviron 420 kg, variable selon configuration
Vitesse maximaleEnviron 160 km/h
0 à 60 mphEnviron 9,2 s

Un dessin réduit à sa fonction

La silhouette de la Super Seven est directement dictée par son architecture. Le capot est long et étroit, le cockpit minuscule et les roues avant restent presque entièrement dégagées sous de petites ailes de type cycle. Deux phares ronds indépendants encadrent un nez très simple ouvert par la calandre. L’habitacle se trouve immédiatement devant l’essieu arrière, donnant à la voiture des proportions qui la rendent instantanément identifiable.

La Super Seven ne cherche ni l’isolation ni le confort d’un roadster conventionnel. La carrosserie et l’équipement répondent d’abord à des impératifs de masse, de simplicité et d’efficacité. Même l’instrumentation reflète cette approche. La version Coventry Climax dispose notamment d’un compte-tours, d’indicateurs de pression d’huile et de température d’eau ainsi que d’un ampèremètre, tandis que certains équipements restent optionnels.

Cette simplicité ne signifie pas pour autant que toutes les Seven Series 1 soient identiques. Les composants changent au cours de la production et Lotus utilise différentes pièces disponibles auprès de constructeurs britanniques. La direction évolue notamment pendant la carrière du modèle. Les spécifications d’un exemplaire doivent donc être replacées dans sa date de fabrication plutôt que considérées comme universelles pour toutes les Super Seven.

La compétition comme terrain naturel

Avec une masse très faible, un moteur vif et une mécanique accessible, la Seven trouve immédiatement sa place dans les courses de clubs britanniques, les sprints et les courses de côte. La Super Seven accentue encore cette vocation. Une voiture Coventry Climax pilotée par Graham Hill remporte notamment une course à Brands Hatch le 26 décembre 1958, avant d’être essayée par la presse britannique au début de 1959.

Le niveau de performances illustre l’efficacité de la formule. Une vitesse maximale d’environ 160 km/h est documentée pour la version de 75 ch, avec un 0 à 60 mph donné autour de 9,2 secondes. Ces chiffres doivent être rapportés au contexte d’une automobile de seulement 1,1 litre à la fin des années 1950. Les rapports de boîte et de pont, les pneumatiques et les préparations destinées à la compétition pouvaient naturellement modifier sensiblement le comportement et les performances d’un exemplaire à l’autre.

Lotus proposait d’ailleurs plusieurs équipements adaptés à cet usage, parmi lesquels des rapports de boîte rapprochés et des pneus Dunlop Racing. Cette proximité entre voiture de route et machine de compétition explique une partie du succès de la Seven : plutôt qu’une sportive lourde adaptée à la course, elle se présente presque comme une petite voiture de course rendue utilisable sur route.

De la Super Seven Coventry Climax aux versions Cosworth

La fin de la Series 1 en 1960 ne fait pas disparaître le principe de la Super Seven. La Series 2 simplifie encore la construction et adopte plusieurs éléments différents, notamment des roues de 13 pouces et davantage de pièces en fibre de verre. En 1961 apparaît une Super Seven équipée du Ford 109E de 1 340 cm³ préparé par Cosworth, généralement annoncé autour de 85 bhp. Des versions 1 500 cm³ suivent ensuite avec des puissances supérieures.

Cette chronologie explique une grande partie des contradictions rencontrées dans les fiches consacrées à la « Lotus Super Seven ». Une voiture annoncée avec un Coventry Climax de 1 098 cm³, des roues à rayons de 15 pouces et quatre freins à tambour correspond à la Super Seven originelle de Series 1. Une Super Seven à moteur Ford-Cosworth appartient à une évolution postérieure et ne doit pas servir à décrire la voiture lancée en 1958.

La production totale de la Seven Series 1 est estimée à environ 243 exemplaires, mais ce chiffre englobe les différentes motorisations et ne représente pas le nombre de Super Seven Coventry Climax. Le volume exact de cette seule variante n’est pas établi avec suffisamment de certitude pour lui attribuer un chiffre précis. Son prix permet en revanche de mesurer son positionnement : au 1er octobre 1958, la Super Seven était affichée à 892 livres départ usine, contre 551 livres pour une Seven Ford.

Une formule prolongée bien au-delà de Lotus

Lotus poursuit le développement de ses voitures de sport dans une direction plus sophistiquée, notamment avec la Lotus Elan lancée au début des années 1960. La Seven demeure parallèlement au catalogue pendant plusieurs générations, jusqu’à ce que Lotus cesse sa production et cède en 1973 les droits du modèle à Caterham.

La Lotus Caterham Seven s’inscrit dans cette continuité historique, mais les Caterham construites après la reprise ne sont pas des Lotus Super Seven originelles. Cette distinction est particulièrement importante aujourd’hui, car le nom « Super Seven » est fréquemment employé de manière générique pour des Caterham, des répliques et diverses automobiles inspirées du dessin de Chapman.

Chez Lotus même, le principe consistant à obtenir des performances élevées grâce à une masse contenue réapparaîtra sous des formes très différentes. La Lotus Elise remettra cette priorité au centre de la gamme dans les années 1990, tandis que la Lotus 340R retrouvera une expression particulièrement dépouillée de la sportive ouverte. La Super Seven de 1958 demeure toutefois l’une des applications les plus élémentaires de cette philosophie : un châssis, un moteur vif, deux sièges et aussi peu de masse que possible.