Lotus Europa Twin Cam

Lotus Europa Twin Cam

Apparue en 1971, la Lotus Europa Twin Cam transforme profondément la petite sportive à moteur central de Hethel. Jusqu’alors, la Lotus Europa reposait sur une mécanique Renault dont la légèreté convenait parfaitement au concept, mais dont les performances limitaient son potentiel. Avec la Twin Cam, Lotus installe son quatre cylindres à double arbre à cames de 1 558 cm³, revoit le châssis et fait évoluer la carrosserie. Cette version, identifiée en interne comme Type 74, constitue une étape majeure avant l’Europa Special.

La dénomination demande toutefois une distinction précise. L’Europa Twin Cam lancée en 1971 développe environ 105 bhp dans sa spécification européenne courante. Elle ne doit pas être confondue avec l’Europa Special apparue en 1972, équipée du moteur Twin Cam Big Valve de 126 bhp et proposée avec une transmission différente. Certaines fiches regroupent ces deux évolutions sous une même période allant jusqu’en 1975, alors que la Twin Cam standard appartient essentiellement aux années 1971 et 1972.

Le Type 74 donne enfin à l’Europa le moteur Lotus Twin Cam

L’Europa avait été conçue autour d’une idée typiquement Lotus : obtenir des performances élevées par la réduction de la masse, une faible hauteur et une architecture à moteur central plutôt que par une mécanique surdimensionnée. Son châssis-poutre en acier associé à une carrosserie en fibre de verre permettait d’obtenir une voiture exceptionnellement basse et légère. Au début des années 1970, l’adoption d’une mécanique plus puissante devenait néanmoins nécessaire pour maintenir l’Europa au niveau des nouvelles sportives.

Lotus choisit logiquement son quatre cylindres Twin Cam, déjà étroitement associé à la Lotus Elan. Issu d’un bloc Ford profondément retravaillé avec une culasse Lotus en aluminium à deux arbres à cames en tête, ce moteur avait démontré qu’il pouvait offrir puissance, compacité et caractère sans compromettre la philosophie de légèreté de la marque.

L’opération ne consiste pourtant pas à simplement remplacer le moteur Renault. Le nouveau groupe motopropulseur impose des modifications de structure, d’implantation et de refroidissement. Mike Kimberley, qui deviendra bien plus tard directeur général de Lotus, joue un rôle important dans le développement technique de cette Europa remaniée. Le résultat reçoit le numéro de Type 74 et est présenté en 1971.

Dans sa configuration européenne courante, le quatre cylindres de 1 558 cm³ développe environ 105 bhp. Associé à une masse contenue et à une position centrale arrière longitudinale, il donne à l’Europa des performances nettement supérieures à celles des premières versions Renault, sans modifier le principe fondamental de la voiture.

Une carrosserie remaniée et une meilleure visibilité arrière

La Twin Cam se reconnaît également à l’évolution de sa silhouette. L’Europa conserve son profil spectaculaire, son capot avant très bas, son pare-brise fortement incliné et sa poupe allongée autour du moteur central. En revanche, les hauts panneaux latéraux qui encadraient l’arrière des premières Europa sont fortement abaissés. Cette modification, souvent désignée par l’expression anglaise low sails, améliore sensiblement la visibilité vers les trois quarts arrière.

Cette évolution rend aussi le dessin plus léger visuellement. Avec une hauteur d’environ 1,08 m, l’Europa reste extrêmement basse, même pour une sportive de son époque. Son habitacle à deux places est intégré entre le train avant et le compartiment moteur, tandis que la mécanique demeure placée juste derrière les occupants. La carrosserie en fibre de verre contribue à contenir la masse et repose sur le fameux châssis-poutre Lotus en acier.

Le Type 74 conserve une architecture de suspension entièrement indépendante. À l’avant, Lotus utilise des triangles superposés. À l’arrière, la conception fait intervenir des jambes de force et des bras de suspension dans une géométrie étroitement liée à l’implantation de la transmission. La direction à crémaillère sans assistance et l’absence d’équipements superflus participent à la relation directe entre le conducteur et la voiture.

Le freinage associe des disques avant à des tambours arrière, une solution qui peut sembler modeste aujourd’hui mais qui doit être replacée dans le contexte de la faible masse de l’Europa. Les roues de 13 pouces et les pneumatiques relativement étroits rappellent également que son efficacité repose d’abord sur le poids, la géométrie du châssis et le centre de gravité très bas.

Fiche technique de la Lotus Europa Twin Cam

CaractéristiqueLotus Europa Twin Cam
Type constructeurType 74
Production1971 à 1972 pour la Twin Cam standard
CarrosserieCoupé 2 portes, 2 places en fibre de verre
ArchitectureMoteur central arrière longitudinal, propulsion
MoteurLotus-Ford Twin Cam, 4 cylindres en ligne
Cylindrée1 558 cm³
Alésage x course82,5 x 72,7 mm
DistributionDouble arbre à cames en tête, 8 soupapes
AlimentationDeux carburateurs double corps en spécification européenne
PuissanceEnviron 105 bhp en spécification européenne standard
CoupleEnviron 140 à 147 Nm suivant la spécification et la source
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports, boîte-pont Renault Type 336 puis Type 352
ChâssisChâssis-poutre central en acier
Suspension avantIndépendante, triangles superposés
Suspension arrièreIndépendante, jambes de force et bras
DirectionÀ crémaillère, sans assistance
Freins avantDisques
Freins arrièreTambours
Roues13 pouces, spécifications variables selon millésime
PneumatiquesDunlop SP Sport 155 HR13 sur les premières configurations documentées
LongueurEnviron 3,96 à 4,00 m selon les données publiées
LargeurEnviron 1,63 à 1,64 m
HauteurEnviron 1,08 m
EmpattementEnviron 2,31 à 2,34 m selon les données publiées
Vitesse maximaleEnviron 188 à 193 km/h selon les essais et spécifications
0 à 60 mphEnviron 7,0 à 7,8 s selon les essais

Une sportive définie par son faible poids plutôt que par la puissance

Avec 105 bhp, la Twin Cam ne possède pas une puissance spectaculaire en valeur absolue. Son efficacité vient de l’ensemble formé par sa mécanique, son aérodynamique, son centre de gravité et sa masse. Les mesures d’époque placent généralement sa vitesse maximale autour de 188 à 193 km/h, tandis que le 0 à 60 mph est réalisé en approximativement 7 à 8 secondes selon les essais et les voitures.

Le comportement profite surtout de la concentration des masses entre les essieux. La position centrale du moteur limite le moment polaire et permet à l’Europa de changer rapidement de direction. Sa faible hauteur et sa direction non assistée renforcent encore cette impression d’une voiture construite autour de son conducteur. Cette recherche de légèreté, également visible sur la Lotus Elan S4 contemporaine, reste plus déterminante que la puissance brute pour comprendre les performances des Lotus de cette période.

Les chiffres de masse publiés pour la Twin Cam sont en revanche trop variables pour imposer une valeur unique : les données disponibles oscillent sensiblement selon le marché, l’équipement et la méthode de mesure. Cette disparité explique en partie les différences constatées entre les performances annoncées par les catalogues et celles relevées lors des essais routiers d’époque.

De la Twin Cam à l’Europa Special

La carrière de la Twin Cam standard est courte. Après son apparition en 1971, Lotus continue à développer le Type 74 et introduit en 1972 l’Europa Special. Cette dernière reçoit la version Big Valve du Twin Cam, annoncée à 126 bhp, et peut être associée à la boîte Renault Type 365 à cinq rapports. Les performances progressent encore, ce qui explique pourquoi certaines données attribuées aujourd’hui à la Twin Cam correspondent en réalité à la Special.

La transmission illustre bien cette évolution rapide. Les premières Twin Cam utilisent une boîte-pont Renault Type 336 à quatre rapports, suivie par la Type 352, elle aussi à quatre rapports. La boîte à cinq rapports appartient principalement à l’Europa Special. Les équipements évoluent également au cours de la production, notamment les roues et pneumatiques, ce qui interdit de considérer toutes les Type 74 comme techniquement identiques.

Environ 1 580 exemplaires de l’Europa Twin Cam standard auraient été produits avant le passage à la Big Valve Special. Les chiffres beaucoup plus élevés parfois associés à l’appellation Twin Cam englobent généralement la Special et ne correspondent donc pas à la seule version de 105 bhp. La FIA homologue par ailleurs l’Europa Twin Cam de 1 558 cm³ en 1972, notamment en Groupe 3, confirmant l’existence réglementaire précise de cette configuration.

La dernière grande évolution de l’Europa avant l’Esprit

L’Europa poursuit sa carrière sous la forme Special jusqu’au milieu des années 1970, mais la stratégie de Lotus évolue déjà. Le constructeur prépare une sportive plus ambitieuse, plus moderne dans sa présentation et toujours fidèle au moteur central : la Lotus Esprit. Présentée sous forme de concept au début des années 1970 puis commercialisée en 1976, elle ouvre une nouvelle période pour la marque.

La première Lotus Esprit S1 conserve plusieurs principes qui avaient fait l’originalité de l’Europa : châssis-poutre, carrosserie en matériau composite, deux places et moteur placé derrière l’habitacle. L’exécution devient cependant plus sophistiquée et le dessin anguleux de Giorgetto Giugiaro rompt avec les courbes compactes de l’Europa.

Le nom Europa réapparaîtra beaucoup plus tard sur la Lotus Europa S des années 2000, mais cette dernière appartient à une famille technique entièrement différente dérivée de l’Elise. L’Europa Twin Cam de 1971 reste ainsi clairement identifiable comme le Type 74 historique qui associa pour la première fois l’Europa de première génération au moteur Lotus-Ford Twin Cam.