Lotus Esprit S1

Lotus Esprit S1

Commercialisée à partir de 1976, la Lotus Esprit S1 est la première version de série de l’Lotus Esprit. Son dessin en coin signé Giorgetto Giugiaro, son moteur central et sa carrosserie en fibre de verre inaugurent une lignée qui restera au catalogue Lotus pendant près de trois décennies. Derrière cette silhouette devenue emblématique se trouve pourtant une sportive très fidèle aux principes historiques de la marque : masse contenue, architecture relativement simple et priorité donnée au comportement routier.

Du concept Italdesign à l’Esprit de série

L’histoire de l’Esprit commence au début des années 1970, alors que Lotus cherche à renouveler son offre routière et à monter en gamme. Colin Chapman se tourne vers Italdesign et Giorgetto Giugiaro pour définir une nouvelle sportive à moteur central. Le premier résultat public apparaît au Salon de Turin en 1972 sous la forme d’un concept construit à partir d’une base profondément modifiée de Lotus Europa.

Giugiaro applique à cette étude son langage stylistique souvent qualifié de folded paper, fondé sur des lignes tendues, des surfaces presque planes et des angles francs. Le concept de 1972 fixe déjà les grandes proportions de la future Esprit : capot plongeant, pare-brise très incliné, habitacle projeté vers l’avant et arrière tronqué. Lotus transforme ensuite cette proposition spectaculaire en automobile industrialisable.

La version de production est présentée au Salon de Paris en 1975, avant le début des livraisons en 1976. Dans la nomenclature interne Lotus, l’Esprit S1 porte la désignation Type 79. Cette appellation ne doit pas la faire confondre avec la monoplace de Formule 1 Lotus 79 apparue plus tard : les deux voitures appartiennent à des programmes totalement différents.

La S1 s’inscrit dans une nouvelle génération de Lotus routières plus ambitieuses. Elle abandonne l’approche très dépouillée des petites sportives historiques de la marque pour adopter l’allure d’une GT exotique, tout en conservant une architecture légère. Sa carrosserie en matériau composite repose ainsi sur un châssis central en acier de type backbone, une solution familière chez Lotus.

Un dessin de Giugiaro particulièrement pur

L’Esprit S1 est la traduction la plus dépouillée du dessin originel de Giugiaro. La carrosserie extrêmement basse privilégie les lignes horizontales et les arêtes nettes. Les phares escamotables permettent de conserver un nez très fin lorsqu’ils sont fermés, tandis que le pare-brise fortement incliné prolonge visuellement le capot. La hauteur d’environ 1,11 m accentue encore cette impression de voiture plaquée au sol.

Plusieurs détails permettent d’identifier une véritable S1. Les jantes Wolfrace en alliage constituent l’un de ses signes les plus reconnaissables. Les pare-chocs noirs sont relativement fins et le traitement des flancs demeure plus simple que sur les Esprit suivantes. La S1 ne possède notamment pas les prises d’air latérales moulées derrière les vitres de custode qui apparaîtront sur la S2.

L’habitacle appartient pleinement aux années 1970. Le conducteur fait face à une instrumentation regroupée dans un ensemble enveloppant, tandis que certaines combinaisons de sellerie utilisent des motifs et des couleurs particulièrement marqués. L’accès à bord et la visibilité arrière pâtissent de la faible hauteur et de la forme spectaculaire de la carrosserie, compromis directement liés au parti pris esthétique.

Cette recherche de pureté a aussi révélé quelques limites pratiques. La gestion de la ventilation et du refroidissement, ainsi que plusieurs détails de finition, seront revus lorsque la Lotus Esprit S2 prendra le relais en 1978. Ces modifications rendent aujourd’hui assez facile la distinction visuelle entre les deux premières séries lorsque les voitures conservent leur configuration d’origine.

Un quatre cylindres Lotus en position centrale

Malgré son allure de supercar, l’Esprit S1 ne reçoit ni six ni huit cylindres. Lotus installe derrière l’habitacle son quatre cylindres Type 907 de 1 973 cm3, doté d’un double arbre à cames en tête et de seize soupapes. Dans sa spécification européenne, il est alimenté par deux carburateurs Dell’Orto et développe généralement environ 160 ch DIN.

Le moteur est disposé longitudinalement et entraîne uniquement les roues arrière. Il est associé à une boîte manuelle à cinq rapports utilisant un ensemble boîte-pont d’origine Citroën, appartenant à la famille mécanique employée sur la Citroën SM. Cette disposition permet à Lotus d’obtenir l’architecture centrale souhaitée sans développer intégralement une transmission spécifique.

La S1 compense une puissance relativement modeste par une masse très faible. Une valeur d’environ 900 kg est généralement retenue pour les voitures européennes, 898 kg étant fréquemment cités. Les valeurs publiées peuvent cependant différer en fonction du marché et surtout de la définition du poids employée.

Les performances doivent être replacées dans le contexte du milieu des années 1970. La vitesse maximale se situe autour de 210 à 215 km/h et les mesures d’accélération varient sensiblement entre les essais d’époque. Les versions destinées aux États-Unis répondent par ailleurs à des contraintes antipollution et réglementaires différentes et ne doivent pas être assimilées mécaniquement à la spécification européenne de 160 ch.

Fiche technique de la Lotus Esprit S1

CaractéristiqueLotus Esprit S1
Type LotusType 79
Période de production1976 à 1978
CarrosserieCoupé 2 places en fibre de verre
ArchitectureMoteur central arrière longitudinal, propulsion
MoteurLotus Type 907, 4 cylindres en ligne atmosphérique
Cylindrée1 973 cm3
DistributionDouble arbre à cames en tête, 16 soupapes
Alimentation européenne2 carburateurs Dell’Orto DHLA 45
Puissance européenneEnviron 160 ch DIN à 6 200 tr/min
CoupleEnviron 190 Nm à 4 900 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
TransmissionRoues arrière
StructureChâssis central en acier de type backbone
Suspension avantIndépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs
Suspension arrièreIndépendante
DirectionÀ crémaillère, non assistée
FreinsDisques aux quatre roues, disques arrière inboard
RouesJantes Wolfrace en alliage
LongueurEnviron 4,19 m
LargeurEnviron 1,86 m
HauteurEnviron 1,11 m
EmpattementEnviron 2,44 m
PoidsEnviron 900 kg selon spécification et méthode de mesure
Vitesse maximaleEnviron 210 à 215 km/h selon les sources et essais

Une sportive légère avant la course à la puissance

La conception de la S1 illustre particulièrement bien la philosophie de Lotus. Le moteur central concentre les masses entre les essieux, tandis que la carrosserie composite contribue à limiter le poids. La direction à crémaillère n’est pas assistée et les quatre roues disposent de freins à disque. À l’arrière, les disques sont montés près du différentiel afin de réduire les masses non suspendues.

Le résultat repose davantage sur l’agilité et la précision que sur la puissance brute. Avec son quatre cylindres atmosphérique, la S1 reste très éloignée des performances des Esprit les plus puissantes qui suivront. L’arrivée de la Lotus Esprit Turbo montrera quelques années plus tard tout le potentiel de l’architecture lorsque Lotus lui ajoutera la suralimentation.

Cette simplicité relative participe aujourd’hui à l’identité de la première série. Une Esprit S1 authentique n’est pas une Turbo débarrassée de ses appendices : son moteur 907 atmosphérique de deux litres, ses détails de carrosserie, ses roues et son équipement correspondent à une phase précise du développement du modèle.

James Bond et la célébrité de l’Esprit blanche

La carrière de la S1 change de dimension avec le film The Spy Who Loved Me, sorti en 1977. Une Esprit blanche conduite à l’écran par James Bond, interprété par Roger Moore, devient l’une des automobiles les plus célèbres de la saga. La séquence dans laquelle la voiture quitte la route avant de se transformer en engin sous-marin associe durablement la silhouette de la première Esprit à l’univers de Bond.

La réalisation de ces scènes a nécessité plusieurs véhicules et éléments distincts. La machine submersible surnommée Wet Nellie n’était pas une Esprit routière capable de se transformer réellement : il s’agissait d’un engin spécialement préparé pour les prises de vues sous-marines. Cette distinction est importante, car les voitures employées pour les scènes routières et le véhicule submersible n’avaient pas la même fonction.

L’exemplaire submersible survivant a refait surface plusieurs décennies après le tournage. Vendu aux enchères en 2013, il a été acquis par Elon Musk. Cette provenance spectaculaire renforce encore l’association entre l’Esprit S1 et le cinéma, alors même que la voiture n’avait été produite qu’en quantité relativement limitée.

Une première série produite pendant seulement deux ans

La production de l’Esprit S1 reste courte puisqu’elle s’étend de 1976 à 1978. Environ 718 exemplaires sont généralement attribués à cette première série, même si les décomptes peuvent légèrement varier suivant la manière dont sont traitées les voitures de transition et les différents marchés. Cette faible diffusion contraste avec la longévité exceptionnelle de la famille Esprit.

Dès 1978, la S2 apporte diverses améliorations sans remettre en cause la silhouette fondamentale dessinée par Giugiaro. Le concept continuera ensuite d’évoluer, notamment avec la Lotus Esprit S3, tout en conservant pendant de nombreuses années le principe du moteur central et de la carrosserie composite.

La transformation sera beaucoup plus profonde au fil des décennies, jusqu’aux versions turbocompressées puis à la Lotus Esprit V8 des années 1990. La S1 demeure néanmoins immédiatement identifiable comme le point de départ de cette évolution : une Esprit encore très proche de l’intention stylistique de Giugiaro, sans extensions spectaculaires ni recherche d’une puissance extrême, et dont la silhouette en coin conserve la simplicité du projet présenté au milieu des années 1970.