Présentée en 1989 et produite à partir de 1990, la Lotus Carlton transforme une grande berline Vauxhall en une automobile capable de rivaliser avec les voitures de sport les plus rapides de son époque. Son six cylindres de 3,6 litres à deux turbocompresseurs développe 377 hp DIN, tandis que sa vitesse maximale atteint environ 283 km/h. Ces chiffres sont d’autant plus remarquables que la Carlton conserve quatre portes, cinq places et l’essentiel des qualités pratiques d’une grande routière.
Connue sous le Type 104 chez Lotus, elle constitue aussi un projet inhabituel dans l’histoire de la marque. À une époque où Lotus est surtout associée aux sportives basses et légères comme la Lotus Esprit, la Carlton applique les compétences d’ingénierie de Hethel à une imposante berline du groupe General Motors. Le résultat devient l’une des super-berlines les plus marquantes du début des années 1990.
Une Vauxhall profondément transformée par Lotus
Le projet prend forme après le rachat de Lotus par General Motors en 1986. Mike Kimberley, alors à la tête du constructeur britannique, défend l’idée d’une berline GM radicalement transformée par Lotus, dans un esprit comparable aux collaborations historiques qui avaient permis d’associer le nom de Lotus à des automobiles plus conventionnelles. Le développement commence à la fin des années 1980, pendant une période également marquée par la mise au point de la Lotus Elan M100.
La base retenue est la Vauxhall Carlton GSi 3000, équivalent britannique de l’Opel Omega 3000. Il ne s’agit toutefois pas d’une simple préparation moteur. Les voitures quittent l’usine allemande de Rüsselsheim avant d’être transformées à Hethel. Lotus intervient sur le moteur, la transmission, les suspensions, les freins, les roues, l’aérodynamique et plusieurs éléments de carrosserie afin d’obtenir un ensemble conçu pour supporter durablement des vitesses très élevées.
Le modèle apparaît publiquement au Salon de Genève en mars 1989, alors que ses caractéristiques définitives ne sont pas encore toutes figées. La production débute en 1990. La documentation commerciale britannique est disponible la même année et le programme se poursuit jusqu’en 1992. Certaines voitures sont immatriculées sensiblement plus tard, ce qui explique les périodes de production différentes parfois attribuées au modèle.
Un six cylindres 3,6 litres biturbo de 377 hp
Lotus part du six cylindres en ligne 24 soupapes de la Carlton GSi 3000, mais l’augmentation des performances exige une transformation considérable. La cylindrée passe à 3 615 cm3 et l’alimentation repose sur deux turbocompresseurs Garrett T25 associés à un refroidissement de l’air d’admission. La pression de suralimentation peut atteindre 0,7 bar. L’injection électronique, les deux sondes lambda et les catalyseurs permettent parallèlement de conserver une mécanique adaptée à une voiture routière homologuée.
La puissance atteint 377 hp DIN, soit 281 kW, à 5 200 tr/min. Plus révélateur encore pour une grande berline, le couple culmine à 568 Nm à 4 200 tr/min. Lotus possédait déjà une solide expérience de la suralimentation, notamment avec la Lotus Esprit Turbo, mais l’objectif de la Carlton est différent : fournir des performances de supercar dans une voiture capable de transporter confortablement plusieurs occupants.
Une boîte manuelle ZF à six rapports transmet la puissance aux roues arrière. Cette transmission est apparentée à celle utilisée par la Chevrolet Corvette ZR-1, autre modèle lié à l’ingénierie Lotus à cette époque. Un différentiel autobloquant complète la chaîne cinématique. Cette architecture permet à la Carlton de conserver une propulsion classique malgré un niveau de couple particulièrement élevé pour une berline du début des années 1990.
Fiche technique de la Lotus Carlton
| Caractéristique | Lotus Carlton |
|---|---|
| Type Lotus | 104 |
| Présentation | 1989 |
| Production | 1990 à 1992 |
| Carrosserie | Berline 4 portes |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | 6 cylindres en ligne, 24 soupapes, double arbre à cames |
| Cylindrée | 3 615 cm3 |
| Suralimentation | 2 turbocompresseurs Garrett T25 avec refroidissement de l’air d’admission |
| Pression de suralimentation | Jusqu’à 0,7 bar |
| Puissance | 377 hp DIN, 281 kW à 5 200 tr/min |
| Couple | 568 Nm à 4 200 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle ZF à 6 rapports |
| Différentiel | Autobloquant |
| Suspension avant | Indépendante, jambes MacPherson, réglage Lotus |
| Suspension arrière | Indépendante multibras, ressorts progressifs, correcteur d’assiette automatique |
| Direction | Assistée à assistance variable |
| Freins | 4 disques ventilés, étriers fixes 4 pistons à l’avant et 2 pistons à l’arrière, ABS |
| Jantes avant | 8,5J x 17 |
| Jantes arrière | 9,5J x 17 |
| Pneus avant | 235/45 ZR17 |
| Pneus arrière | 265/40 ZR17 |
| Longueur | 4 768 mm |
| Largeur hors rétroviseurs | 1 812 mm |
| Hauteur hors antenne | 1 435 mm |
| Empattement | 2 730 mm |
| Poids | 1 655 kg selon Lotus Cars |
| Vitesse maximale | Environ 283 km/h |
| 0 à 100 km/h | 5,1 s selon Lotus Cars |
| 0 à 60 mph | 5,2 s dans la documentation Vauxhall de 1990 |
| 0 à 100 mph | 11,5 s |
| 400 m environ | Quart de mile en 13,6 s à 108,8 mph |
| Réservoir | 75 litres |
| Consommation urbaine | 16,1 l/100 km selon le protocole d’époque |
| Consommation à 90 km/h | 8,1 l/100 km selon le protocole d’époque |
| Consommation à 120 km/h | 10,3 l/100 km selon le protocole d’époque |
Un châssis conçu pour dépasser 280 km/h
La puissance ne représente qu’une partie du travail effectué à Hethel. Les ingénieurs revoient les suspensions de la Carlton afin de maintenir stabilité et précision à très haute vitesse sans supprimer son caractère de grande routière. L’avant conserve une architecture de type MacPherson spécialement réglée par Lotus, tandis que le train arrière indépendant reçoit notamment des ressorts progressifs et un système de correction automatique d’assiette.
Le freinage est également dimensionné en conséquence, avec quatre disques ventilés et des étriers fixes à quatre pistons devant et deux pistons derrière, épaulés par l’ABS. Les roues de 17 pouces sont plus larges à l’arrière qu’à l’avant. Elles reçoivent respectivement des pneus de 235 et 265 mm de large, dimensions impressionnantes pour une berline européenne commercialisée en 1990.
Cette combinaison permet d’exploiter les 377 hp sans transformer la voiture en exercice de vitesse en ligne droite. La masse reste néanmoins importante pour une Lotus. La marque indique aujourd’hui 1 655 kg, alors que certaines fiches historiques mentionnent 1 610 kg selon les conventions de mesure. Cette différence illustre surtout la singularité du projet : la Carlton ne cherche pas la légèreté extrême habituellement associée à Lotus, mais applique l’expertise châssis de la marque à une grande berline.
283 km/h et une controverse britannique
La Lotus Carlton atteint environ 283 km/h et franchit le 0 à 100 km/h en 5,1 secondes dans les données actuellement publiées par Lotus. La documentation Vauxhall de 1990 donne pour sa part 5,2 secondes de 0 à 60 mph et seulement 11,5 secondes pour atteindre 100 mph, soit environ 161 km/h. De telles performances placent alors cette berline quatre portes dans le territoire de voitures de sport beaucoup plus exclusives.
La vitesse maximale devient rapidement un sujet politique au Royaume-Uni. Alors que plusieurs constructeurs allemands adoptent une limitation électronique à 250 km/h sur leurs berlines les plus puissantes, la Lotus Carlton reste capable de dépasser largement ce seuil. Une partie de la presse britannique demande sa limitation, voire son interdiction, et le débat atteint la Chambre des communes. Cette polémique contribue autant à sa réputation que ses performances elles-mêmes.
Son apparence relativement discrète renforce cette image. Toutes les voitures sont peintes en Imperial Green, une teinte très sombre qui peut presque paraître noire suivant la lumière. La carrosserie se distingue pourtant immédiatement d’une Carlton GSi 3000 lorsqu’elles sont placées côte à côte : ailes fortement élargies, bouclier avant plus profond, grandes prises d’air, capot ventilé, bas de caisse spécifiques et spoiler arrière donnent au Type 104 une présence nettement plus agressive.
Lotus Carlton et Lotus Omega, deux noms pour le Type 104
La distinction entre Carlton et Omega est principalement commerciale et géographique. La Carlton correspond à la version britannique à conduite à droite, tandis que la Lotus Omega est sa sœur à conduite à gauche destinée aux marchés continentaux. Toutes deux appartiennent au programme Type 104 et partagent les caractéristiques mécaniques fondamentales. Présenter l’Omega comme une génération différente de la Carlton serait donc incorrect.
Lotus indique aujourd’hui une production totale d’environ 950 Carlton et Omega. Pour la seule Carlton britannique, les chiffres demandent davantage de précision : les archives Vauxhall font état de 286 voitures vendues au Royaume-Uni, tandis qu’un registre spécialisé identifie 283 exemplaires destinés à ce marché. Les chiffres parfois publiés de 320 Carlton ne correspondent pas à la même méthode de comptage et ne doivent pas être confondus avec les ventes britanniques.
Le programme devait initialement atteindre un volume supérieur, mais la conjoncture du début des années 1990 réduit la demande pour une berline aussi coûteuse. Au Royaume-Uni, son tarif neuf atteint 48 000 livres sterling, somme considérable pour une automobile issue visuellement de la famille Carlton. L’arrêt intervient en 1992 sans véritable successeur direct chez Lotus.
Une super-berline reconnaissable sans ostentation
Malgré ses transformations, la Carlton conserve volontairement l’architecture et l’habitabilité d’une grande berline. L’habitacle reçoit notamment une sellerie en cuir anthracite, des sièges avant chauffants, la climatisation et un toit ouvrant électrique. Le compteur britannique gradué jusqu’à 180 mph rappelle toutefois que ses performances n’ont rien de celles d’une Carlton ordinaire.
À l’extérieur, les modifications remplissent autant une fonction technique qu’esthétique. Les ailes élargies accueillent les voies, roues et pneumatiques spécifiques, les ouvertures avant participent au refroidissement et les appendices aérodynamiques répondent aux contraintes imposées par une vitesse proche de 285 km/h. Lotus ne cherche donc pas à déguiser une sportive en berline : le Type 104 reste une vraie quatre portes dont chaque système essentiel a été adapté à un niveau de performances exceptionnel pour 1990.




