Lotus Esprit Turbo

Lotus Esprit Turbo

La Lotus Esprit Turbo apparaît en 1980 comme la première version suralimentée de l’Esprit. Elle transforme le coupé à moteur central de Lotus en véritable sportive de hautes performances, sans renoncer à la philosophie de légèreté de la marque. Présentée au Royal Albert Hall de Londres puis au Salon de Genève, elle reçoit le quatre cylindres Lotus Type 910 de 2,2 litres, associé à un turbocompresseur Garrett. Cette évolution constitue une étape majeure dans l’histoire de l’Lotus Esprit.

Une Esprit profondément transformée par le turbo

L’Esprit Turbo reprend le dessin anguleux signé Giorgetto Giugiaro et Italdesign, mais son développement impose d’importantes modifications mécaniques. Lotus cherche à augmenter nettement les performances sans alourdir excessivement la voiture. Le choix se porte donc sur la suralimentation du quatre cylindres de la famille 900 plutôt que sur le V8 initialement envisagé.

Le moteur Type 910 conserve une cylindrée de 2 174 cm³, mais reçoit deux carburateurs Dell’Orto soufflés et un turbocompresseur Garrett AiResearch T3. La puissance atteint 210 ch, soit un gain considérable par rapport aux versions atmosphériques. Le couple progresse lui aussi fortement, ce qui permet à l’Esprit de changer de catégorie en matière de performances.

La transformation ne concerne toutefois pas seulement le moteur. Le châssis-poutre en acier est renforcé et galvanisé, tandis que les suspensions sont profondément adaptées aux performances supplémentaires. Le freinage reçoit quatre disques, avec les disques arrière montés à l’intérieur. L’ensemble reste fidèle à la conception Lotus, qui privilégie un poids contenu et un comportement précis.

La première série prend le nom d’Essex Turbo, en référence à Essex Petroleum, sponsor de l’équipe Lotus en Formule 1. Sa livrée bleu, rouge et argent ainsi que son équipement particulièrement complet en font une série immédiatement reconnaissable. La production envisagée était initialement plus importante, mais environ 45 voitures seulement auraient finalement été construites dans cette spécification de présentation, selon le périmètre retenu pour le comptage.

De l’Essex Turbo à la Turbo de série

Après les premiers exemplaires de 1980, la Turbo devient une véritable version de gamme à partir de 1981. Cette évolution est importante car elle dissocie progressivement le modèle de la série Essex et permet à Lotus de proposer une Esprit Turbo plus largement diffusée.

La voiture adopte progressivement un système de lubrification à carter humide, alors que les premiers exemplaires étaient équipés d’un carter sec. Cette évolution permet notamment de simplifier la conception et la maintenance. Les modifications de châssis et de suspension introduites avec la Turbo profitent également à l’Lotus Esprit S3, apparue en 1981.

La carrière de la carrosserie Giugiaro se poursuit ensuite avec plusieurs évolutions techniques. La Turbo conserve son quatre cylindres 2,2 litres et ses carburateurs, mais reçoit progressivement des améliorations portant notamment sur le châssis, les suspensions et la présentation. L’une des dernières évolutions importantes est la Turbo HC, apparue au milieu des années 1980.

La Turbo HC bénéficie d’un taux de compression porté à 8:1 et développe environ 215 ch, avec un couple annoncé autour de 298 Nm. Une version HCi à injection Bosch KE-Jetronic est également proposée sur certains marchés, notamment pour répondre aux exigences antipollution. Ces versions appartiennent toujours à la phase Giugiaro et ne doivent pas être confondues avec la future Turbo X180.

Une sportive à moteur central aux performances de premier plan

Avec son moteur longitudinal placé en position centrale arrière et ses 210 ch, la Lotus Esprit Turbo revendique des performances qui la rapprochent des grandes sportives européennes de son époque. Lotus annonce environ 150 mph, soit près de 241 km/h, ainsi qu’un 0 à 60 mph en environ 5,5 secondes.

La réponse du moteur constitue l’une des caractéristiques essentielles de la voiture. Lotus travaille notamment sur le volume des circuits d’admission et d’échappement afin de limiter le temps de réponse du turbocompresseur. Le résultat reste cependant très différent d’une motorisation atmosphérique, avec une montée en puissance liée à l’arrivée de la suralimentation.

La boîte manuelle à cinq rapports est associée à une transmission transaxle issue d’une architecture développée à partir de la boîte de la Citroën SM et de la Maserati. L’implantation centrale arrière et la répartition des masses participent au comportement routier de la voiture, tandis que la direction à crémaillère sans assistance conserve une liaison directe avec le train avant.

Fiche technique de la Lotus Esprit Turbo

CaractéristiqueLotus Esprit Turbo
MoteurLotus Type 910, 4 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête, 16 soupapes
Cylindrée2 174 cm³
AlimentationDeux carburateurs Dell’Orto soufflés
SuralimentationTurbocompresseur Garrett AiResearch T3
Pression de suralimentationEnviron 0,55 bar, soit 8 psi
Taux de compression7,5:1 sur la première Turbo
Puissance210 ch environ à 6 250 tr/min
CoupleEnviron 271 Nm à 4 500 tr/min
ImplantationMoteur central arrière longitudinal
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
ChâssisChâssis-poutre central en acier, galvanisé sur les premières versions
CarrosserieCoupé 2 places en fibre de verre/composite
Suspension avantIndépendante, ressorts hélicoïdaux et barre antiroulis
Suspension arrièreIndépendante, ressorts hélicoïdaux
DirectionCrémaillère, sans assistance
FreinsQuatre freins à disque, disques arrière inboard
RouesJantes alliage de 15 pouces selon millésime
Pneus avantEnviron 195/60 VR15 selon version
Pneus arrièreEnviron 235/60 HR ou VR15 selon version
EmpattementEnviron 2 438 mm
LargeurEnviron 1 852 à 1 860 mm selon millésime
HauteurEnviron 1 118 mm
LongueurEnviron 4,19 à 4,29 m selon configuration
PoidsEnviron 1 148 kg pour la première configuration documentée, puis davantage selon millésime
Vitesse maximaleEnviron 241 km/h, soit 150 mph, selon les données Lotus
0 à 60 mphEnviron 5,5 à 5,6 secondes
RéservoirEnviron 15 gallons impériaux sur la première configuration

Une silhouette Giugiaro facilement identifiable

La Lotus Esprit Turbo conserve le profil en coin caractéristique de l’Esprit dessinée par Giugiaro, mais ses éléments aérodynamiques permettent de la distinguer d’une Esprit atmosphérique. Elle reçoit notamment un spoiler avant plus imposant, des jupes latérales, des prises d’air spécifiques et un spoiler arrière. Les phares escamotables restent l’un des éléments emblématiques de cette génération.

Les inscriptions et détails extérieurs évoluent au fil des millésimes. Les premières Essex Turbo se reconnaissent immédiatement à leur décoration extérieure spécifique, tandis que les Turbo de série adoptent une présentation plus sobre. Les jantes de 15 pouces et la carrosserie élargie par ses appendices aérodynamiques participent également à son identification.

Le lien avec les autres modèles Lotus de l’époque reste évident. L’Esprit S1 avait posé les bases du coupé à moteur central présenté à la fin des années 1970, tandis que l’Esprit S2 avait fait évoluer cette architecture avant l’arrivée de la suralimentation. La Turbo représente donc une évolution mécanique majeure de la même lignée plutôt qu’un modèle totalement nouveau.

Production, prix et évolution vers la X180

Les chiffres de production permettent de mesurer la diffusion relativement limitée de cette Esprit performante. Les registres spécialisés donnent environ 2 274 Turbo à carburateurs sur l’ensemble de la période, dont environ 1 658 à carrosserie Giugiaro et 616 à carrosserie Stevens selon le découpage utilisé. En ajoutant les quelque 881 exemplaires HCi recensés dans certains registres, le total des Type 82 Turbo atteint environ 3 155 voitures.

Ces chiffres doivent être compris comme un périmètre de production du Type 82 et de ses différentes évolutions, plutôt que comme le nombre d’Essex Turbo. La série Essex elle-même est beaucoup plus rare. Cette distinction est essentielle pour éviter de présenter les quelque 3 155 Type 82 comme autant de voitures produites dans la spécification Essex.

Au Royaume-Uni, le prix de base d’une Esprit Turbo était d’environ 16 982 livres en 1981, contre 13 513 livres pour l’Esprit S3 atmosphérique. Une Essex Turbo était affichée autour de 20 900 livres. Ces tarifs montrent le positionnement nettement supérieur de la Turbo au sein de la gamme Lotus.

En 1987, Lotus abandonne finalement la carrosserie Giugiaro au profit d’un important restylage signé Peter Stevens. Cette nouvelle phase, connue sous le nom de X180, conserve le nom Esprit Turbo mais constitue une évolution visuelle suffisamment profonde pour ne pas être confondue avec le Type 82. Les versions Turbo X180 et leurs dérivés appartiennent donc à une autre étape de la carrière de l’Esprit.

Une Esprit devenue célèbre avec James Bond

La Turbo bénéficie d’une exposition internationale exceptionnelle avec le film Rien que pour vos yeux, sorti en 1981. Deux Esprit Turbo sont utilisées pour le tournage, dont une voiture blanche et une autre Copper Fire équipée notamment d’un porte-skis. Cette apparition contribue durablement à associer l’Esprit Turbo à l’image des sportives britanniques de l’époque.

La voiture connaît également quelques engagements sportifs privés. Un exemplaire portant le châssis 10962 a notamment été préparé par Andy Rouse Engineering et engagé dans le Production Sports Car Championship britannique en 1982, avec plusieurs victoires rapportées. Ces résultats concernent une voiture particulière et ne doivent pas être présentés comme un programme officiel de compétition Lotus.

La Turbo reste ainsi une étape déterminante entre l’Esprit atmosphérique des premières années et les versions plus puissantes qui suivront. Les évolutions ultérieures iront jusqu’au V8, avec la Lotus Esprit V8, mais l’apparition du Type 910 turbo en 1980 constitue le véritable tournant qui fait entrer l’Esprit dans le domaine des voitures de très hautes performances.