Présentée au Salon de Genève en 2015, la Koenigsegg Agera RS représente l’évolution la plus performante de la famille Koenigsegg Agera destinée à une utilisation routière aussi bien qu’au circuit. Produite à Ängelholm, en Suède, elle associe un V8 biturbo de 5,0 litres, une monocoque en carbone et une aérodynamique active particulièrement élaborée. Sa carrière reste surtout associée aux records établis en 2017, dont une vitesse moyenne proche de 447 km/h sur deux passages en sens opposés.
Une Agera enrichie par les technologies de la One:1
L’Agera RS ne correspond pas à une simple augmentation de puissance de l’Koenigsegg Agera R. Koenigsegg cherche à réunir les qualités routières des Agera précédentes et certaines solutions développées pour son programme le plus radical. Le constructeur conserve ainsi deux caractéristiques pratiques inhabituelles à ce niveau de performances : un toit rigide amovible pouvant être rangé à bord et un coffre avant exploitable.
La filiation avec la Koenigsegg One:1 est néanmoins essentielle. Les enseignements tirés de cette dernière concernent notamment les matériaux composites, l’allègement, l’aérodynamique et le groupe motopropulseur. L’RS adopte un splitter avant plus développé, des appendices aérodynamiques, des évacuations d’air agrandies et un aileron arrière actif. L’objectif est d’accroître fortement l’appui sans transformer la voiture en modèle exclusivement réservé à la piste.
La présentation publique intervient à Genève en mars 2015. Son succès commercial est immédiat : la série prévue de 25 voitures est entièrement attribuée en janvier 2016, seulement dix mois après son lancement. La production se poursuit jusqu’en 2018. La Koenigsegg Jesko, dévoilée l’année suivante, sera explicitement présentée par le constructeur comme sa remplaçante.
Un V8 biturbo de 1160 hp et une option 1 MW
Le moteur reste fidèle à l’architecture développée par Koenigsegg : un V8 biturbo de 5,0 litres monté longitudinalement en position centrale arrière. Doté d’un carter sec, de deux turbocompresseurs sur roulements céramiques et d’un échappement en Inconel, il ne pèse que 189 kg selon le constructeur. Dans sa définition standard, il développe 865 kW, soit 1160 hp, à 7800 tr/min, avec un couple maximal de 1280 Nm à 4100 tr/min.
La distinction entre hp anglo-saxons et chevaux métriques explique la présence fréquente d’une valeur d’environ 1176 ch dans les fiches européennes. Il ne s’agit donc pas nécessairement d’une autre version du moteur. Une véritable évolution était en revanche proposée sous la forme du package 1 MW, capable d’atteindre 1360 hp avec de l’E85. Une Agera RS équipée de cette option reste une RS et ne doit pas être confondue avec la One:1, même si sa puissance s’en rapproche.
La puissance est transmise exclusivement aux roues arrière par une boîte à sept rapports commandée par palettes et associée à un différentiel électronique. Dans une voiture aussi puissante, le travail sur la motricité, la suspension et l’aérodynamique est aussi important que le chiffre de puissance lui-même.
Fiche technique de la Koenigsegg Agera RS
| Caractéristique | Koenigsegg Agera RS |
|---|---|
| Présentation | 2015 |
| Production | 2015 à 2018 |
| Architecture moteur | V8 biturbo, double arbre à cames en tête, 4 soupapes par cylindre |
| Cylindrée | Environ 5,0 litres |
| Alésage x course | 92 x 95,25 mm |
| Rapport volumétrique | 9,3:1 |
| Lubrification | Carter sec |
| Alimentation | Injection multipoint séquentielle, deux turbocompresseurs |
| Puissance standard | 865 kW, 1160 hp à 7800 tr/min |
| Puissance avec option 1 MW | Jusqu’à 1360 hp avec E85 |
| Couple maximal | 1280 Nm à 4100 tr/min |
| Régime maximal | 8250 tr/min |
| Masse du moteur | 189 kg |
| Implantation | Longitudinale centrale arrière |
| Transmission | Propulsion, différentiel électronique Koenigsegg KED |
| Boîte de vitesses | 7 rapports, palettes au volant, mode automatique |
| Structure | Monocoque carbone avec structure en nid-d’abeilles aluminium |
| Rigidité torsionnelle | 65000 Nm/degré |
| Suspension | Doubles triangles avant et arrière, système Triplex arrière, amortisseurs réglables |
| Direction | Crémaillère à assistance hydro-électrique |
| Freins avant | Carbone-céramique ventilés, 397 x 40 mm, étriers 6 pistons |
| Freins arrière | Carbone-céramique ventilés, 380 x 34 mm, étriers 4 pistons |
| Jantes | Koenigsegg Aircore en fibre de carbone, 19 pouces avant et 20 pouces arrière |
| Pneus | Michelin Pilot Sport Cup 2, 265/35 R19 avant et 345/30 R20 arrière |
| Longueur | 4293 mm |
| Largeur | 2050 mm |
| Hauteur | 1120 mm |
| Empattement | 2662 mm |
| Poids à sec | 1295 kg |
| Poids en ordre de marche | 1395 kg |
| Répartition des masses | 44 % avant, 56 % arrière |
| Réservoir | 82 litres |
| Volume de coffre | 150 litres |
| Vitesse moyenne du record de 2017 | Environ 447 km/h sur deux passages opposés |
| Pointe maximale mesurée lors du record | 457,94 km/h dans un sens |
Carbone, suspension Triplex et aérodynamique active
Le rapport entre rigidité et masse constitue l’un des fondements de l’Agera RS. Sa monocoque associe fibre de carbone et structure en nid-d’abeilles d’aluminium, avec les réservoirs intégrés. Koenigsegg annonce seulement 70 kg pour cet ensemble tout en revendiquant une rigidité torsionnelle de 65000 Nm par degré. La carrosserie emploie également massivement les composites, tandis que les roues Aircore sont réalisées en fibre de carbone creuse.
Les trains roulants utilisent des doubles triangles et des amortisseurs gaz-hydrauliques réglables. À l’arrière, le système Triplex ajoute un troisième élément destiné à mieux contrôler les mouvements du train arrière sous les très fortes accélérations. La hauteur de caisse peut également varier, avec une configuration abaissée adaptée au circuit et un dispositif permettant de relever l’avant pour franchir les obstacles à basse vitesse.
L’aérodynamique permet surtout de distinguer visuellement l’RS des Agera moins radicales. Le bouclier et le splitter avant, les winglets, les jupes, les ouvertures derrière les roues et l’aileron arrière actif participent à la gestion de l’appui. La documentation Koenigsegg a publié deux chiffres différents au cours de la carrière du modèle, 450 puis 485 kg d’appui à 250 km/h. Cette évolution documentaire empêche d’appliquer indistinctement une seule valeur à toutes les configurations produites.
Les records de vitesse de 2017
L’Agera RS entre dans l’histoire le 1er octobre 2017 lorsqu’elle réalise au Danemark l’exercice du 0-400-0 km/h en 36,44 secondes. L’épreuve ne consiste pas uniquement à atteindre 400 km/h : elle mesure aussi la capacité à immobiliser la voiture après cette accélération, mettant simultanément à l’épreuve moteur, transmission, aérodynamique, pneus et freins.
Le 4 novembre 2017, Koenigsegg organise une nouvelle tentative sur une portion fermée de la Nevada State Route 160. Le pilote d’usine Niklas Lilja conduit une Agera RS appartenant à un client. Deux passages sont effectués dans des directions opposées afin de neutraliser autant que possible l’influence de la pente et du vent. Leur moyenne atteint environ 447 km/h, établissant alors une référence spectaculaire pour une voiture de série.
La vitesse la plus élevée enregistrée pendant l’un de ces passages atteint 457,94 km/h. Elle ne doit pas être présentée comme la vitesse du record bidirectionnel : ce dernier repose sur la moyenne des deux passages. La documentation Koenigsegg affiche selon les publications 446,97 ou 447,19 km/h pour cette moyenne, une petite divergence qui ne modifie pas la nature de l’exploit.
Durant la même campagne, l’Agera RS réalise le kilomètre lancé à 445,63 km/h de moyenne et le mile lancé à 444,76 km/h. Elle abaisse également le 0-400-0 km/h à 33,29 secondes. Ce dernier record sera ensuite amélioré en 2019 par la Koenigsegg Regera, qui réalise l’exercice en 31,49 secondes.
Une série de 25 voitures aux configurations très individualisées
Koenigsegg présente officiellement l’Agera RS comme une série limitée à 25 exemplaires. Un total physique de 27 voitures apparaît cependant dans certains décomptes spécialisés lorsque sont ajoutés un véhicule de développement et une voiture supplémentaire construite à la suite de l’accident de la Gryphon avant sa livraison. Pour décrire la production commerciale du modèle, le chiffre officiel de 25 exemplaires reste donc la référence.
Cette petite série comporte de nombreuses configurations personnalisées qui peuvent modifier certains détails esthétiques ou techniques. La Koenigsegg Agera RS1 illustre ce degré d’individualisation : ces automobiles nommées ne constituent pas pour autant une nouvelle génération indépendante de l’Agera RS.
Le cas de la Gryphon est particulièrement révélateur du caractère artisanal de la production. Très personnalisée et reconnaissable notamment à ses accents dorés, elle est accidentée en 2017 pendant des essais précédant sa livraison. Koenigsegg conserve alors la voiture endommagée comme véhicule de développement et construit un nouvel exemplaire pour son client, qui prendra le nom de Phoenix.
Comment reconnaître une Agera RS
L’Agera RS conserve les proportions caractéristiques de la famille : habitacle avancé, pare-brise très enveloppant, carrosserie basse de 1,12 m, ailes arrière puissantes et portes à cinématique dièdre propre à Koenigsegg. Son toit rigide amovible permet de transformer la voiture en découvrable sans renoncer à la rigidité de la monocoque carbone.
Face à une Agera standard ou une Agera R, l’identification passe surtout par l’équipement aérodynamique. L’avant reçoit un splitter plus agressif et des appendices supplémentaires, les flancs disposent d’éléments spécifiques et l’arrière est dominé par un imposant aileron actif. Les jantes Aircore en carbone constituent un autre signe caractéristique, même si les nombreuses commandes sur mesure rendent nécessaire l’observation de plusieurs détails plutôt que d’une couleur ou d’une finition particulière.
Les trois Agera Final produites à la fin du programme doivent également rester séparées de la série RS. Elles concluent la carrière de la famille Agera avec des configurations spécifiques. L’Agera RS demeure ainsi une version précisément définie : une hypercar homologuée pour la route qui transpose une partie de la technologie de la One:1 dans une automobile conservant toit démontable et coffre, tout en étant capable d’atteindre sur route fermée des vitesses qui étaient encore inédites pour une voiture de production en 2017.




