La Lancia Appia est une berline italienne produite de 1953 à 1963, connue pour son moteur V4 à angle étroit, sa construction autoporteuse et ses portes antagonistes dépourvues de montant central fixe. Développée pour remplacer la href=”https://la-voiture.fr/lancia-ardea/”>Lancia Ardea, elle occupe une place importante dans l’histoire du constructeur turinois en associant les dimensions d’une voiture familiale compacte à des solutions mécaniques particulièrement élaborées pour son époque.
Commercialisée en trois séries successives, l’Appia conserve une architecture à propulsion et un moteur de 1 089 cm³ tout au long de sa carrière. Sa puissance progresse de 38 à 48 ch, tandis que sa carrosserie évolue pour répondre aux attentes d’une clientèle recherchant davantage d’espace, de confort et de performances. Outre la berline, Lancia propose des châssis destinés à des carrossiers prestigieux comme Pinin Farina, Vignale et Zagato, donnant naissance à plusieurs coupés et cabriolets devenus recherchés par les collectionneurs.
Histoire de la Lancia Appia : une nouvelle berline familiale en 1953
Au début des années 1950, Lancia poursuit le renouvellement de sa gamme après les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale. Le constructeur a présenté en 1950 la href=”https://la-voiture.fr/lancia-aurelia/”>Lancia Aurelia, une automobile de catégorie supérieure qui inaugure notamment un moteur V6 de série. L’Appia, dévoilée en 1953, reprend certains de ses codes esthétiques dans un format plus compact et accessible.
Le projet répond à une ambition précise : proposer une voiture capable d’affronter la concurrence des berlines familiales italiennes tout en préservant les particularités techniques de Lancia. Face à des modèles plus conventionnels, notamment les Fiat 1100, l’Appia se distingue par son raffinement mécanique, sa qualité de construction et une conception qui privilégie le confort de conduite.
Son développement s’inscrit dans le travail du bureau d’études Lancia, à une période où l’ingénieur Vittorio Jano joue un rôle majeur dans les orientations techniques de la marque. Plutôt que d’adopter un moteur quatre cylindres en ligne classique, les ingénieurs conservent une architecture V4 compacte, déjà utilisée sur plusieurs modèles antérieurs.
La première Appia possède une silhouette arrondie, une calandre verticale caractéristique et quatre portes dont les ouvrants arrière sont articulés vers l’arrière. L’absence de montant central fixe facilite l’accès à l’habitacle lorsque les deux portes d’un même côté sont ouvertes. Cette disposition, héritée de traditions anciennes de Lancia, impose une structure de caisse suffisamment rigide pour compenser la grande ouverture latérale.
Malgré ses qualités, l’Appia reste une automobile relativement coûteuse à fabriquer. Sa sophistication technique et son positionnement commercial la distinguent des voitures populaires produites en très grandes quantités. Elle s’adresse à une clientèle sensible à la finition, au comportement routier et à l’identité de la marque plutôt qu’au seul prix d’achat.
Les trois séries de la Lancia Appia de 1953 à 1963
La carrière de l’Appia se divise en trois générations successives de berlines. Les évolutions concernent aussi bien les performances du moteur que les dimensions, l’équipement et le dessin extérieur. Les trois séries conservent néanmoins les principaux éléments mécaniques du modèle d’origine.
Lancia Appia première série (1953-1956). La version initiale est la plus compacte et la plus proche, visuellement, des berlines Lancia du début des années 1950. Elle mesure environ 3,87 mètres de long et possède un empattement de 2,48 mètres. Son moteur développe 38 ch, une puissance adaptée à son usage familial, même si les performances restent modestes. La calandre verticale en forme d’écusson, les ailes arrondies et les phares circulaires constituent ses principaux signes distinctifs.
Cette première série conserve une présentation relativement traditionnelle, mais son architecture mécanique est plus originale qu’il n’y paraît. La suspension avant indépendante, le moteur V4 et la carrosserie autoporteuse traduisent la volonté de Lancia de proposer une automobile techniquement aboutie dans une catégorie intermédiaire.
Lancia Appia deuxième série (1956-1959). Introduite en 1956, elle bénéficie d’une évolution importante. L’empattement passe à 2,51 mètres et la longueur atteint environ 4,01 mètres. La carrosserie devient plus habitable, avec un arrière redessiné et un coffre plus généreux. La puissance du moteur progresse à 43,5 ch grâce à des modifications de la culasse, des pistons, de la distribution et de la carburation.
Cette deuxième série améliore l’agrément de conduite sans bouleverser la formule initiale. Elle conserve la calandre verticale et les portes antagonistes, tout en adoptant une présentation plus moderne. Les modifications apportées à la mécanique répondent également à la nécessité d’améliorer les performances d’une berline devenue plus grande et plus lourde.
Lancia Appia troisième série (1959-1963). Présentée en 1959, elle reçoit le restylage le plus visible de la carrière du modèle. Sa face avant adopte une calandre horizontale élargie, inspirée de celle de la href=”https://la-voiture.fr/lancia-flaminia/”>Lancia Flaminia. Cette transformation abandonne la traditionnelle calandre verticale des premières Appia et rapproche son apparence des nouvelles productions du constructeur.
Le moteur développe désormais 48 ch et la vitesse maximale annoncée atteint environ 132 km/h. La troisième série bénéficie également d’évolutions du freinage, notamment avec l’introduction du système hydraulique à double circuit Superduplex au cours de sa production. Les roues de 14 pouces remplacent les dimensions précédentes de 15 pouces sur la berline.
Avec 55 550 exemplaires fabriqués, cette dernière génération représente plus de la moitié de la production totale des berlines Appia. Elle reste commercialisée jusqu’en 1963, année de son remplacement par la href=”https://la-voiture.fr/lancia-fulvia/”>Lancia Fulvia. Cette succession marque un changement technique majeur : la Fulvia conserve un moteur V4, mais adopte la traction avant, contrairement à l’Appia qui transmet sa puissance aux roues arrière.
Un moteur V4 original et des solutions techniques typiquement Lancia
La principale particularité mécanique de l’Appia réside dans son moteur quatre cylindres en V très fermé. Avec un angle d’environ 10 degrés entre les rangées de cylindres, cette architecture permet de réduire l’encombrement transversal du groupe motopropulseur. Elle constitue l’une des signatures historiques de Lancia, qui avait déjà développé plusieurs moteurs de ce type avant la Seconde Guerre mondiale.
Le V4 de 1 089 cm³ possède un alésage de 68 mm et une course de 75 mm. Il est refroidi par eau et alimenté par carburateur Solex. Sa distribution utilise deux arbres à cames placés dans le bloc, commandant les soupapes en tête par l’intermédiaire de culbuteurs. Il ne s’agit donc pas d’un moteur à double arbre à cames en tête, contrairement à certaines descriptions imprécises.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et associé à une boîte manuelle à quatre rapports. La transmission s’effectue vers les roues arrière par un arbre longitudinal. Sur les berlines, le levier de vitesses est placé près de la colonne de direction, une disposition qui libère de l’espace à l’avant de l’habitacle.
La suspension avant indépendante à montants coulissants constitue une autre particularité majeure. Cette solution s’inscrit dans une longue tradition technique commencée avec la href=”https://la-voiture.fr/lancia-lambda/”>Lancia Lambda de 1922, pionnière de la construction autoporteuse et de la suspension avant indépendante. Sur l’Appia, les montants coulissants guident verticalement les roues et participent au confort de roulement.
À l’arrière, Lancia conserve un essieu rigide associé à des ressorts à lames semi-elliptiques. Le freinage repose sur quatre tambours à commande hydraulique. Cette combinaison d’éléments traditionnels et de solutions plus originales illustre l’approche du constructeur, qui recherche un équilibre entre sophistication, robustesse et facilité d’utilisation.
La carrosserie autoporteuse joue également un rôle essentiel. L’absence de montant central fixe entre les portes avant et arrière rappelle notamment la href=”https://la-voiture.fr/lancia-aprilia/”>Lancia Aprilia. Elle offre une ouverture latérale particulièrement dégagée, mais nécessite une attention importante à la rigidité de la caisse. Cette caractéristique est aujourd’hui un élément déterminant dans l’évaluation de l’état structurel d’un exemplaire ancien.
Fiche technique de la Lancia Appia
| Caractéristique | Série I | Série II | Série III |
|---|---|---|---|
| Production | 1953-1956 | 1956-1959 | 1959-1963 |
| Carrosserie | Berline 4 portes | Berline 4 portes | Berline 4 portes |
| Architecture moteur | V4 à angle étroit | V4 à angle étroit | V4 à angle étroit |
| Implantation | Avant longitudinale | Avant longitudinale | Avant longitudinale |
| Cylindrée | 1 089 cm³ | 1 089 cm³ | 1 089 cm³ |
| Alésage x course | 68 x 75 mm | 68 x 75 mm | 68 x 75 mm |
| Angle du V | Environ 10°14′ | Environ 10°14′ | Environ 10°14′ |
| Alimentation | Carburateur Solex | Carburateur Solex | Carburateur Solex |
| Puissance maximale | 38 ch | 43,5 ch | 48 ch |
| Couple maximal | Environ 71 Nm | Environ 76 Nm | Environ 85 Nm |
| Taux de compression | 7,4:1 | 7,2:1 | 7,8:1 |
| Transmission | Propulsion | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle 4 rapports | Manuelle 4 rapports | Manuelle 4 rapports |
| Structure | Monocoque autoporteuse | Monocoque autoporteuse | Monocoque autoporteuse |
| Suspension avant | Indépendante à montants coulissants | Indépendante à montants coulissants | Indépendante à montants coulissants |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames | Essieu rigide, ressorts à lames | Essieu rigide, ressorts à lames |
| Direction | Mécanique, sans assistance | Mécanique, sans assistance | Mécanique, sans assistance |
| Freinage | 4 tambours hydrauliques | 4 tambours hydrauliques | 4 tambours, évolution Superduplex |
| Pneumatiques | 155 x 15 | 155 x 15 | 155 x 14 |
| Longueur | 3 865 mm | 4 010 mm | Environ 4 020 mm |
| Largeur | 1 420 mm | 1 485 mm | Environ 1 480 mm |
| Hauteur | 1 422 mm | 1 405 mm | 1 450 mm |
| Empattement | 2 480 mm | 2 510 mm | 2 510 mm |
| Poids indicatif | 820 kg | 900 kg | 960 kg |
| Vitesse maximale | 120 km/h | 128 km/h | 132 km/h |
| Production des berlines | 20 025 | 22 425 | 55 550 |
Les versions Coupé, Vignale, Zagato et les carrosseries spéciales
La Lancia Appia ne se limite pas à ses trois générations de berlines. Le constructeur italien fournit également des châssis adaptés à plusieurs carrossiers indépendants. Cette politique permet de proposer des voitures plus exclusives, parfois orientées vers le grand tourisme ou la compétition, tout en conservant la base mécanique du modèle.
L’Appia Coupé Pinin Farina se distingue par une carrosserie deux portes élégante et plus basse que celle de la berline. Ses lignes équilibrées, son pavillon allongé et sa présentation soignée correspondent à une interprétation plus luxueuse de l’Appia. Elle s’adresse à une clientèle recherchant une automobile de tourisme raffinée plutôt qu’une sportive radicale.
L’Appia Convertibile Vignale, dessinée par Giovanni Michelotti et réalisée par Vignale, propose une carrosserie découvrable à deux portes. Elle conserve les qualités mécaniques de la berline tout en offrant une présentation plus exclusive. Son prix neuf était sensiblement supérieur à celui de la voiture familiale standard, ce qui limitait naturellement sa diffusion.
Vignale réalise également des versions fermées, notamment l’Appia Lusso, caractérisée par une silhouette spécifique et une finition plus recherchée. Ces variantes témoignent de l’importance des carrossiers italiens dans la diversification de l’offre automobile des années 1950.
Les Appia Zagato constituent les déclinaisons les plus sportives de la famille. Le carrossier milanais développe des berlinettes légères et aérodynamiques, dont plusieurs versions GT et Sport. Certaines présentent des bossages de pavillon caractéristiques, tandis que leur mécanique bénéficie de préparations destinées à améliorer les performances.
Ces voitures participent à des compétitions de grand tourisme et à des épreuves italiennes de l’époque. Leur carrosserie et leur préparation technique les distinguent nettement des berlines de série. Il serait donc trompeur d’attribuer à une Appia familiale les performances ou le palmarès d’une Zagato de compétition.
La gamme comprend aussi des carrosseries à vocation pratique. La Giardinetta, réalisée par Viotti, propose une interprétation familiale du modèle. Des utilitaires légers, notamment les Furgoncino et Camioncino, utilisent également une mécanique apparentée, avec des structures et transmissions adaptées au transport de marchandises. Ils constituent une branche distincte de la famille Appia.
Production, diffusion et place de l’Appia parmi les voitures de collection
Entre 1953 et 1963, Lancia produit 98 000 berlines Appia, réparties entre les trois séries. En ajoutant les carrosseries spéciales et la Giardinetta, les compilations historiques recensent 103 161 voitures particulières. Le total généralement publié atteint 107 024 véhicules lorsque les utilitaires sont également comptabilisés. Ces périmètres différents expliquent les écarts que l’on peut rencontrer dans les chiffres de production.
La troisième série représente la majorité des berlines fabriquées, tandis que les premières générations sont sensiblement moins nombreuses. Les carrosseries spéciales demeurent plus rares encore, en particulier certaines réalisations Zagato produites en petites séries. La rareté actuelle dépend cependant aussi du nombre d’exemplaires conservés et de leur état.
Sur le marché italien de l’époque, l’Appia occupe un positionnement relativement élevé pour une voiture de ses dimensions. La berline de deuxième série est notamment affichée à environ 1,33 million de lires lors de son lancement en 1956. Le tarif de la troisième série se situe autour de 1,275 million de lires en 1959, avant de connaître plusieurs ajustements. Ces montants reflètent une politique commerciale privilégiant la qualité de fabrication et la sophistication mécanique.
La production est historiquement associée aux installations Lancia de Turin, puis à celles de Chivasso en fin de carrière. L’Appia appartient ainsi à la dernière période durant laquelle Lancia conserve une identité industrielle fortement marquée par ses solutions techniques traditionnelles, avant l’évolution de la gamme vers des architectures à traction avant.
Pour les collectionneurs, la berline présente un intérêt particulier grâce à son moteur V4, à ses portes antagonistes et à sa suspension avant originale. Les trois séries possèdent des caractères différents : la première séduit par son dessin ancien, la deuxième par ses améliorations d’habitabilité et la troisième par ses performances accrues et sa présentation plus moderne.
L’état de conservation reste déterminant lors de l’achat d’un exemplaire. La corrosion de la structure autoporteuse mérite une attention particulière, notamment autour des bas de caisse, des planchers et des zones d’ancrage. L’absence de montant central fixe rend également indispensable la vérification de l’alignement des portes et de la rigidité de la caisse.
Sur le plan mécanique, le moteur V4 demande un entretien adapté à sa conception. Le refroidissement, la distribution, la carburation et l’étanchéité doivent être examinés avec soin. Les suspensions avant à montants coulissants nécessitent également une lubrification et une maintenance appropriées. Leur remise en état peut demander des compétences spécifiques et des pièces moins courantes que celles d’une berline italienne conventionnelle.
Les coupés Pinin Farina, les cabriolets Vignale et les berlinettes Zagato imposent des vérifications supplémentaires concernant l’authenticité de leur carrosserie et de leurs équipements. Les éléments propres à ces versions sont parfois difficiles à remplacer. Pour les exemplaires les plus rares, la correspondance entre le numéro de châssis, le type de carrosserie et les documents historiques constitue un élément essentiel de l’identification.
L’Appia bénéficie enfin de l’intérêt des clubs spécialisés Lancia, qui contribuent à préserver les connaissances techniques et les archives relatives aux différentes séries. Les manuels d’atelier, catalogues de pièces et registres historiques sont particulièrement utiles pour distinguer les modifications d’origine des transformations effectuées au cours de la vie d’un véhicule.




