Présentée le 29 juin 1959, la Panhard PL 17 est une berline familiale française produite jusqu’en mai 1965. Reconnaissable à sa carrosserie allongée, à ses quatre portes et à son moteur bicylindre à plat refroidi par air, elle incarne une approche originale de l’automobile : privilégier la légèreté, l’aérodynamique et le rendement mécanique plutôt que la cylindrée. Malgré son moteur de moins de 900 cm³, elle offre une habitabilité généreuse et des performances adaptées aux déplacements familiaux de son époque.
Dernière berline quatre portes commercialisée par Panhard, la PL 17 connaît plusieurs évolutions, dont les versions Tigre plus puissantes, un cabriolet et un break. Elle se distingue également par son palmarès sportif, marqué par un triplé historique au Rallye Monte-Carlo 1961. Sa carrière accompagne les dernières années d’indépendance automobile de l’un des plus anciens constructeurs français.
Histoire de la Panhard PL 17 : une évolution de la Dyna Z
À la fin des années 1950, Panhard doit renouveler sa gamme dans un contexte industriel difficile. Le constructeur possède un véritable savoir-faire en matière de moteurs compacts, de traction avant et de carrosseries légères, mais ses moyens financiers restent limités face aux grands groupes automobiles français. Plutôt que de développer une voiture entièrement nouvelle, il choisit de moderniser profondément sa berline existante.
La PL 17 succède ainsi à la Panhard Dyna Z, lancée en 1954. Elle en conserve l’architecture générale, la structure autoporteuse, les principales solutions mécaniques et une grande partie des dimensions. Les transformations concernent surtout le dessin extérieur, les équipements et les améliorations techniques introduites progressivement pendant sa carrière.
Le nom PL rappelle les origines de Panhard et Levassor. Quant au nombre 17, il résulte d’une addition utilisée dans la communication du constructeur : 5 chevaux fiscaux, 6 places et 6 litres de carburant aux 100 kilomètres. Cette dernière valeur correspond à un argument commercial d’économie, et non à une consommation garantie dans toutes les conditions.
La voiture est dévoilée le 29 juin 1959 et commercialisée pour le millésime 1960. Son positionnement est inhabituel : elle possède les dimensions et l’espace intérieur d’une véritable familiale, tout en utilisant un moteur dont la cylindrée est comparable à celle de petites voitures populaires. Panhard mise sur l’efficacité globale du véhicule pour compenser cette différence.
Cette philosophie prolonge celle de la Panhard Dyna, famille apparue après la Seconde Guerre mondiale. Le constructeur avait alors fait de la réduction du poids et de l’originalité mécanique des éléments essentiels de son identité. Avec la PL 17, ces principes sont appliqués à une berline plus moderne dans sa présentation et destinée à une clientèle familiale.
La carrière du modèle s’inscrit également dans le rapprochement progressif entre Panhard et Citroën. Entré au capital du constructeur en 1955, Citroën renforce ensuite son influence industrielle. La disparition de la PL 17 en 1965 intervient dans ce contexte de réorganisation, alors que les possibilités de développement d’une nouvelle berline Panhard deviennent de plus en plus limitées.
Design, carrosserie et habitabilité
Le style de la Panhard PL 17 est associé à Louis Bionier, responsable de nombreuses créations de la marque. Le dessin conserve les proportions générales de la Dyna Z, mais abandonne une partie de ses formes très arrondies au profit de lignes plus tendues. La silhouette reste particulièrement allongée, avec un capot plongeant, une ceinture de caisse marquée et un arrière étiré.
La face avant des premières séries se distingue par ses projecteurs circulaires intégrés dans de larges ornements chromés. Les éléments décoratifs horizontaux accentuent visuellement la largeur de la voiture. Les ailes et les panneaux latéraux présentent des formes relativement simples, tandis que les surfaces vitrées favorisent la visibilité depuis l’habitacle.
Sur les premiers millésimes, les portes avant conservent une ouverture inversée, avec leurs charnières placées vers l’arrière. Cette disposition est abandonnée lors de l’évolution de 1961 au profit d’une ouverture conventionnelle. Ce changement constitue l’un des repères les plus utiles pour distinguer les premières PL 17 des voitures produites ensuite.
La carrosserie repose sur une structure monocoque principalement réalisée en acier. Contrairement à certaines réalisations antérieures de Panhard, la PL 17 n’est donc pas une voiture entièrement construite en aluminium. Son poids reste néanmoins contenu grâce à la conception de sa structure et à la compacité de son groupe motopropulseur.
L’aérodynamique occupe une place importante dans cette démarche. Panhard avait déjà exploré des formes particulièrement profilées avec la Panhard Dynavia de 1948, un prototype expérimental consacré à la réduction de la résistance à l’air. La PL 17 adopte une silhouette beaucoup plus conventionnelle, mais conserve cette recherche d’efficacité. Un coefficient de traînée voisin de 0,26 est fréquemment cité, sans que les conditions de mesure soient suffisamment établies pour l’appliquer indistinctement à toutes les carrosseries.
L’habitacle constitue l’un des principaux atouts de la berline. La faible taille du moteur, la traction avant et l’empattement généreux permettent de dégager un espace appréciable pour les occupants. La banquette avant peut accueillir trois personnes sur certaines configurations, ce qui explique la capacité de six places mise en avant par le constructeur.
La planche de bord évolue au fil des millésimes, tout comme les garnitures, les sièges et les équipements. Les finitions les plus soignées proposent une présentation davantage orientée vers le confort. Malgré sa mécanique de petite cylindrée, la PL 17 cherche ainsi à offrir les qualités pratiques d’une berline familiale de catégorie supérieure.
Moteur bicylindre, transmission et comportement routier
La particularité mécanique la plus marquante de la PL 17 est son moteur à deux cylindres opposés horizontalement. Installé longitudinalement en porte-à-faux avant, ce quatre-temps refroidi par air entraîne les roues avant par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports. L’ensemble se distingue nettement des moteurs quatre cylindres refroidis par eau utilisés par la plupart des berlines concurrentes.
Cette architecture possède une histoire ancienne chez Panhard. La Panhard Dyna X avait déjà contribué, dès l’après-guerre, à populariser dans la gamme du constructeur l’association du bicylindre à plat et de la traction avant. La PL 17 perfectionne cette formule sans en modifier les principes fondamentaux.
Le moteur initial possède une cylindrée de 851 cm³. À partir des évolutions introduites pour le millésime 1961, celle-ci passe à 848 cm³. La distribution utilise un arbre à cames central commandant les soupapes par tiges et culbuteurs. Le refroidissement est assuré par une circulation d’air forcée, avec une turbine et des conduits adaptés au compartiment moteur.
Les premières versions normales développent environ 42 ch SAE, tandis que les premières Tigre atteignent 50 ch SAE. Les perfectionnements ultérieurs permettent d’obtenir jusqu’à 50 ch SAE sur certaines versions normales et 60 ch SAE sur les Tigre les plus évoluées. Les chiffres parfois indiqués en puissance DIN sont inférieurs : il est donc indispensable de distinguer les deux normes pour comparer correctement les motorisations.
La version Tigre ne se limite pas à une appellation décorative. Elle bénéficie d’une préparation mécanique spécifique destinée à augmenter la puissance et à améliorer les performances. Sa vitesse maximale peut atteindre environ 145 km/h dans les configurations les plus favorables, contre approximativement 130 km/h pour une berline normale des premières années.
Sur la route, le faible poids constitue un avantage important. La voiture n’a pas besoin d’un moteur de grosse cylindrée pour maintenir une allure soutenue. Sa carrosserie profilée contribue également à limiter la résistance aérodynamique, particulièrement sensible lorsque la vitesse augmente.
Les suspensions associent des roues avant indépendantes à ressorts à lames transversaux et un train arrière utilisant des barres de torsion. Cette conception vise à concilier confort, tenue de route et efficacité sur les chaussées parfois irrégulières des années 1960. La traction avant procure par ailleurs une motricité appréciable, notamment sur route humide.
Le caractère mécanique reste très particulier. Le bicylindre possède une sonorité reconnaissable et fonctionne à des régimes relativement élevés pour délivrer sa puissance. Son entretien demande une bonne connaissance des spécificités Panhard, notamment du refroidissement, de la distribution et des réglages moteur. Ces caractéristiques expliquent pourquoi la PL 17 conserve aujourd’hui une identité technique très différente de celle des berlines françaises contemporaines.
Fiche technique de la Panhard PL 17
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Panhard |
| Modèle | PL 17, puis Panhard 17 |
| Présentation | 29 juin 1959 |
| Production | 1959 à 1965 |
| Origine | France |
| Carrosseries | Berline quatre portes, cabriolet, break et utilitaires |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, traction avant |
| Moteur | Bicylindre à plat, essence, quatre temps |
| Cylindrée | 851 cm³ initialement, puis 848 cm³ |
| Alésage et course | 85 x 75 mm initialement |
| Refroidissement | Par air forcé |
| Distribution | Arbre à cames central, tiges et culbuteurs |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance des premières versions | 42 ch SAE en version normale, 50 ch SAE en Tigre |
| Puissance des versions évoluées | Jusqu’à 50 ch SAE en normale et 60 ch SAE en Tigre |
| Couple | Environ 6,5 à 7,5 mkg selon motorisation, soit 64 à 74 Nm |
| Boîte de vitesses | Manuelle à quatre rapports |
| Structure | Monocoque autoporteuse principalement en acier |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressorts à lames transversaux |
| Suspension arrière | Train à barres de torsion |
| Amortisseurs | Hydrauliques |
| Direction | Mécanique, sans assistance |
| Freinage | Tambours sur les premières versions, système évolué selon millésime |
| Pneumatiques | 145 x 380 sur certaines versions |
| Longueur de la berline | Environ 4 580 mm |
| Largeur de la berline | Environ 1 670 mm |
| Hauteur de la berline | Environ 1 420 mm en charge |
| Empattement de la berline | 2 570 mm |
| Empattement du break | Environ 2 800 mm |
| Voies avant et arrière | Environ 1 300 mm |
| Masse à vide | Environ 805 à 830 kg selon version |
| Capacité du réservoir | 40 litres |
| Vitesse maximale | Environ 130 à 145 km/h selon version |
| Puissance fiscale | 5 CV pour la berline courante |
| Consommation mise en avant à l’époque | 6 l/100 km, valeur commerciale et non mesure universelle |
| Production totale de la famille | 166 192 exemplaires, chiffre généralement retenu |
Versions, finitions et évolutions de 1959 à 1965
La carrière de la PL 17 se caractérise par de nombreuses modifications qui rendent les voitures des premières années assez différentes des derniers exemplaires. Dès le lancement, Panhard propose des motorisations normales et Tigre, associées à plusieurs niveaux de présentation. Les finitions Luxe, Grand Luxe et Grand Standing permettent de répondre à des attentes variées en matière de confort et d’équipement.
Les premières berlines, identifiées notamment par le type L1, conservent les portes avant à ouverture inversée et les caractéristiques mécaniques initiales. Leur présentation comporte d’importants ornements chromés, particulièrement visibles autour des projecteurs. Ces détails sont aujourd’hui caractéristiques des PL 17 de 1959 et 1960.
Le millésime 1961 apporte des transformations significatives. Les portes avant adoptent une ouverture conventionnelle et la cylindrée du moteur évolue. La gamme reçoit également différentes améliorations destinées à faciliter l’utilisation quotidienne et à renforcer la fiabilité. Ces changements ne sont pas tous introduits exactement au début d’une année civile, les évolutions suivant le calendrier des millésimes.
Le cabriolet enrichit la gamme à partir de 1961. Plus exclusif que la berline, il reprend l’essentiel de sa mécanique mais possède une carrosserie ouverte nécessitant des adaptations structurelles. Sa diffusion demeure limitée, ce qui explique sa rareté actuelle. Sa production s’achève avant celle de la berline, autour de 1963-1964 selon les séries considérées.
Les finitions Relmax apparaissent également dans la gamme, avec une attention particulière portée au confort des occupants. Elles témoignent de la volonté de Panhard de ne pas limiter sa voiture à son caractère économique. La présentation intérieure et les équipements sont ainsi utilisés pour valoriser les versions supérieures.
En 1963, la PL 17 bénéficie d’une nouvelle modernisation. Les modifications concernent notamment certains éléments de carrosserie, les feux, les roues, la présentation intérieure et les motorisations. Les roues à ailettes deviennent l’un des signes distinctifs des versions évoluées. Le constructeur poursuit ses efforts pour améliorer les performances sans abandonner le bicylindre à plat.
Cette période voit également l’arrivée du break, caractérisé par une carrosserie arrière plus volumineuse et un empattement allongé. Cette version répond davantage aux besoins de transport familial et professionnel. Des utilitaires légers, notamment des fourgonnettes et des versions à plateau, complètent par ailleurs la famille PL 17, avec des caractéristiques spécifiques qui ne doivent pas être confondues avec celles de la berline.
Pour le millésime 1964, les appellations 17b et 17bt prennent une place importante dans la gamme. La seconde désigne la motorisation Tigre. La face avant est retravaillée, avec des ornements de projecteurs différents de ceux des premières séries. L’habitacle évolue lui aussi, ce qui permet de reconnaître les dernières voitures au-delà de leur simple désignation commerciale.
Ces changements expliquent la diversité des PL 17 conservées aujourd’hui. Une berline de 1960, une Tigre de 1963 et une 17bt de 1965 partagent la même conception générale, mais présentent des différences de mécanique, de finition et d’apparence. L’identification précise repose donc sur le millésime, le type constructeur et les caractéristiques réelles de l’exemplaire.
La Panhard PL 17 en compétition : le triplé de Monte-Carlo 1961
Le résultat sportif le plus célèbre de la PL 17 intervient au Rallye Monte-Carlo 1961. Trois Panhard PL 17 Tigre occupent les trois premières places du classement général, un succès particulièrement remarquable pour une voiture familiale animée par un moteur de moins de 900 cm³.
La victoire revient à Maurice Martin et Roger Bateau. Walter Löffler et Hans-Joachim Walter terminent deuxièmes, tandis que Guy Jouanneaux et Alain Coquillet complètent le podium. Il s’agit bien d’un triplé au classement général, et non d’une simple domination dans une catégorie de cylindrée.
Ce résultat doit être replacé dans le contexte des rallyes de l’époque. Le Monte-Carlo accorde alors une place importante à la régularité, à la navigation, à la fiabilité et à la capacité de maintenir une moyenne imposée sur des routes difficiles. La puissance maximale ne suffit pas à déterminer le classement. Une automobile légère, efficace et bien préparée peut donc rivaliser avec des modèles disposant de moteurs beaucoup plus gros.
La PL 17 Tigre possède précisément plusieurs qualités adaptées à ce type d’épreuve. Sa traction avant favorise la motricité sur chaussée glissante, sa consommation modérée limite les contraintes de ravitaillement et son rapport entre poids et puissance lui permet de maintenir des allures élevées. Le succès de 1961 constitue une démonstration concrète de l’efficacité recherchée par les ingénieurs de Panhard.
Cette victoire contribue à renforcer la réputation de la marque dans les compétitions routières. Elle reste l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire sportive des automobiles Panhard de série, distinct des engagements en endurance réalisés avec des voitures de compétition spécialement développées.
Fin de production et Panhard PL 17 de collection
La production de la PL 17 prend fin en mai 1965, après près de six années de carrière. Le total généralement retenu atteint 166 192 exemplaires pour l’ensemble de la famille PL 17 et Panhard 17. Ce volume comprend plusieurs carrosseries et variantes, et ne correspond donc pas uniquement aux berlines de première génération.
La fin de production intervient alors que Panhard commercialise déjà la Panhard 24, présentée en 1963. Malgré une filiation mécanique évidente, cette nouvelle gamme de coupés et de coaches ne remplace pas directement la PL 17 dans son rôle de berline familiale quatre portes. La marque perd ainsi une partie de son offre traditionnelle.
La Panhard 24 BT, avec son empattement allongé et son habitacle plus accueillant, cherche à répondre à une demande de voitures plus habitables. Elle conserve toutefois une carrosserie à deux portes et ne constitue pas une véritable succession à la PL 17. L’arrêt de cette dernière marque donc la disparition de la berline familiale Panhard.
En collection, la PL 17 intéresse particulièrement les amateurs d’automobiles françaises originales. Les premières séries sont recherchées pour leurs détails spécifiques, tandis que les Tigre attirent ceux qui privilégient les performances. Les cabriolets occupent une place à part en raison de leur production limitée et de leur carrosserie particulière.
L’état de conservation reste essentiel lors de l’examen d’un exemplaire. La structure autoporteuse impose de surveiller attentivement la corrosion, notamment dans les bas de caisse, les planchers, les passages de roues et les zones de fixation des éléments mécaniques. Une carrosserie extérieurement présentable ne garantit pas l’absence de réparations anciennes ou de corrosion dissimulée.
La mécanique nécessite également des vérifications spécifiques. Le fonctionnement du refroidissement par air, l’état du moteur, la distribution, l’alimentation et la transmission méritent une attention particulière. Une voiture régulièrement entretenue par un spécialiste connaissant les bicylindres Panhard présente un intérêt différent de celui d’un exemplaire immobilisé depuis plusieurs décennies.
L’authenticité doit enfin être examinée avec soin. Les différences entre versions normales et Tigre, les changements de présentation au fil des années et les nombreuses possibilités d’échanges de pièces peuvent compliquer l’identification. Le rapprochement du numéro de série, du type constructeur, de la motorisation et des documents historiques permet de déterminer plus précisément la configuration d’origine d’une Panhard PL 17.
