L’Amilcar CGSS est une petite voiture sportive française lancée en 1926 et produite jusqu’en 1929. Évolution surbaissée de l’Amilcar CGS, elle associe un moteur quatre cylindres de 1 074 cm³, un châssis raccourci et une carrosserie biplace particulièrement basse. Avec un poids d’environ 550 kg et une vitesse maximale proche de 120 km/h, elle illustre la philosophie des sportives légères de l’entre-deux-guerres : privilégier l’agilité, la simplicité mécanique et le rapport poids-puissance plutôt que la cylindrée.
Reconnaissable à son long capot, ses roues à rayons et sa poupe effilée, la CGSS figure parmi les créations les plus caractéristiques d’Amilcar. Son appellation est généralement interprétée comme « Châssis Grand Sport Surbaissé ». Elle désigne une version précise de la famille CGS, et non l’ensemble des petites voitures sportives construites par la marque durant les années 1920.
Histoire de l’Amilcar CGSS : une sportive née en 1926
Fondée en 1921 par Joseph Lamy et Émile Akar, Amilcar se développe dans un contexte favorable aux automobiles légères. Le constructeur français propose des véhicules compacts, relativement accessibles et dotés de mécaniques simples. Leur faible masse leur permet d’obtenir des performances intéressantes malgré des moteurs de petite cylindrée.
Les premières productions, notamment l’Amilcar C5, contribuent à installer la marque sur le marché des cyclecars. Ces voitures répondent à une demande d’automobiles économiques, mais séduisent également des conducteurs attirés par la conduite sportive. Les succès obtenus en compétition renforcent rapidement cette image.
L’Amilcar CS participe à cette évolution vers des modèles plus performants. En 1923, le constructeur franchit une nouvelle étape avec la CGS, équipée d’un moteur de plus d’un litre et de freins sur les quatre roues. Cette voiture devient une base particulièrement adaptée à une utilisation sportive.
Présentée en juin 1926, l’Amilcar CGSS reprend l’architecture mécanique de l’Amilcar CGS, mais reçoit plusieurs modifications destinées à améliorer son comportement et à abaisser sa silhouette. Son empattement est raccourci, son essieu avant est redessiné et ses ressorts arrière sont modifiés. La voiture conserve ainsi une mécanique familière tout en adoptant des proportions plus ramassées.
Le développement de cette famille de voitures s’inscrit dans les travaux techniques engagés par Edmond Moyet, ingénieur associé aux premières Amilcar. La CGSS bénéficie également du savoir-faire des carrossiers français, particulièrement Charles Duval, dont les réalisations contribuent fortement à son identité visuelle.
La production se poursuit jusqu’en 1929. Durant cette période, la CGSS évolue par petites touches, notamment au niveau de la transmission et des carrosseries. Elle reste une sportive de route utilisable au quotidien dans les conditions de son époque, tout en offrant une base appréciée des amateurs de compétition.
Un roadster surbaissé au dessin caractéristique
La silhouette de l’Amilcar CGSS constitue l’une de ses principales particularités. Son châssis abaissé rapproche visuellement la carrosserie du sol, tandis que le long capot et le poste de conduite reculé accentuent ses proportions sportives. L’ensemble donne une impression de vitesse même lorsque la voiture est immobile.
À l’avant, la CGSS conserve une calandre étroite et verticale, encadrée par des projecteurs ronds. Les roues à rayons métalliques sont accompagnées d’ailes séparées, généralement fines et proches des pneumatiques. Le pare-brise est réduit au minimum sur certaines carrosseries, parfois remplacé par un simple saute-vent.
La partie arrière adopte fréquemment une forme effilée, connue sous le nom de pointe Bordino. Cette poupe étroite, inspirée des carrosseries de compétition de l’époque, renforce le caractère sportif du véhicule. Elle distingue nettement la CGSS des automobiles de tourisme plus conventionnelles.
Les premières carrosseries peuvent recevoir deux sièges légèrement décalés, créant une disposition asymétrique. Cette organisation permet de conserver une caisse particulièrement étroite. D’autres versions adoptent des sièges côte à côte, un petit pare-brise en V ou deux portes latérales. Les dernières carrosseries réalisées dans le style Duval présentent parfois des nervures décoratives sur les ailes et la partie arrière.
La construction reste traditionnelle, avec une ossature en bois recouverte de panneaux métalliques. Le poste de conduite est dépouillé, mais comprend une instrumentation relativement complète pour une sportive de cette catégorie : compteur de vitesse, compte-tours, manomètre de pression d’huile, ampèremètre et indicateur de carburant.
La CGSS se distingue également des autres variantes de sa famille. L’Amilcar CGS 3 privilégie une configuration à trois places sur un châssis allongé, alors que la CGSS recherche avant tout la compacité et une position de conduite basse. Ces différences concernent autant les proportions que la vocation des deux automobiles.
Moteur et comportement routier
L’Amilcar CGSS utilise un quatre cylindres en ligne de 1 074 cm³ installé longitudinalement à l’avant. Cette mécanique à soupapes latérales reprend les principes éprouvés de la CGS. Son alésage de 60 mm et sa course de 95 mm caractérisent un moteur à longue course, typique des petites automobiles sportives des années 1920.
La puissance annoncée varie dans la documentation historique. Une valeur de 33 ch à 3 800 tr/min figure dans les caractéristiques techniques du Cercle Pégase Amilcar, tandis que certaines descriptions évoquent 37 ch grâce à un profil d’arbre à cames spécifique. Ces chiffres peuvent correspondre à des configurations mécaniques différentes et ne doivent pas être considérés comme interchangeables.
La lubrification sous pression constitue un élément important pour un moteur destiné à fonctionner régulièrement à régime soutenu. Le refroidissement repose sur une circulation d’eau par thermosiphon, sans pompe mécanique, une solution relativement simple qui limite le nombre d’organes auxiliaires.
La transmission aux roues arrière s’effectue initialement par une boîte manuelle à trois rapports. Une boîte à quatre rapports apparaît sur les derniers exemplaires, en 1929. La présence d’un différentiel évolue également au cours de la production, avec son introduction signalée à partir de 1928 sur certaines voitures.
Le châssis séparé conserve des essieux rigides et des ressorts à lames. À l’avant, la suspension utilise des ressorts semi-elliptiques, tandis que l’arrière reçoit des ressorts semi-cantilever. Des amortisseurs à friction complètent le dispositif. Cette architecture reste conventionnelle pour l’époque, mais les modifications de géométrie et la faible masse contribuent au caractère dynamique de la CGSS.
Le freinage est assuré par quatre tambours à commande mécanique. Les freins avant bénéficient d’un système de commande modifié par rapport à la CGS. La direction à vis et secteur ne possède aucune assistance, ce qui impose une participation directe du conducteur.
Sur route, la CGSS doit principalement ses performances à sa légèreté. Sa vitesse maximale, généralement estimée autour de 120 km/h, est élevée pour une automobile de cette cylindrée à la fin des années 1920. Son empattement court favorise la maniabilité, mais les pneus étroits, les suspensions rigides et les freins mécaniques exigent une conduite adaptée aux caractéristiques techniques de l’époque.
Fiche technique de l’Amilcar CGSS
| Caractéristique | Amilcar CGSS |
|---|---|
| Constructeur | Amilcar |
| Pays d’origine | France |
| Année de lancement | 1926 |
| Période de production | 1926 à 1929 |
| Catégorie | Voiture sportive légère |
| Carrosserie | Roadster biplace, plusieurs variantes |
| Structure | Châssis séparé à longerons |
| Moteur | 4 cylindres en ligne |
| Implantation | Avant longitudinale |
| Cylindrée | 1 074 cm³ |
| Alésage x course | 60 x 95 mm |
| Distribution | Arbre à cames latéral, 2 soupapes par cylindre |
| Alimentation | Carburateur, notamment Solex 26 MHG |
| Taux de compression | Environ 6:1 |
| Puissance | 33 ch à 3 800 tr/min, jusqu’à 37 ch mentionnés selon la configuration |
| Refroidissement | Par eau, circulation par thermosiphon |
| Lubrification | Sous pression |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 3 rapports, puis 4 rapports en fin de production |
| Suspension avant | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-cantilever |
| Amortisseurs | À friction |
| Direction | À vis et secteur |
| Freins | Tambours mécaniques sur les quatre roues |
| Diamètre des tambours | 260 mm |
| Roues | À rayons métalliques, fixation de type Rudge |
| Pneumatiques | 27 x 4, également référencés 400 x 19 |
| Empattement | 2 323 mm |
| Voies | 1 045 à 1 090 mm suivant les indications documentaires |
| Poids à vide | Environ 550 kg |
| Vitesse maximale | Environ 120 km/h |
| Équipement électrique | 12 V |
| Nombre de places | 2 |
La CGSS en compétition et les évolutions de la gamme
La vocation sportive de l’Amilcar CGSS dépasse son apparence. À une époque où les épreuves automobiles sont encore largement ouvertes aux petites voitures préparées, son moteur de faible cylindrée et son châssis léger constituent des atouts. La voiture peut participer à des courses de côte, des épreuves routières ou des compétitions réservées aux catégories légères.
Les propriétaires disposent de différentes possibilités de préparation mécanique. Des culasses spéciales, des modifications de carburation et des compresseurs Cozette sont notamment associés aux Amilcar sportives de cette période. Ces transformations peuvent améliorer sensiblement les performances, mais elles éloignent les voitures concernées des caractéristiques d’une CGSS de série.
La marque possède déjà une réputation en compétition avant l’apparition de la CGSS. Les succès obtenus au début des années 1920 ont contribué à faire connaître Amilcar auprès des amateurs de sport automobile. Il convient toutefois de distinguer ces résultats des engagements réellement effectués avec la CGSS, commercialisée seulement à partir de 1926.
La CGSS ne doit pas non plus être confondue avec l’Amilcar C6, développée pour une utilisation beaucoup plus spécialisée en compétition. Cette dernière adopte un moteur six cylindres et une conception nettement plus ambitieuse. La CGSS reste fondamentalement une voiture sportive de route, même lorsque certains exemplaires reçoivent des préparations importantes.
Les modifications apportées au cours de la production témoignent d’une évolution progressive plutôt que d’une refonte complète. L’introduction du différentiel sur certaines voitures à partir de 1928 et l’arrivée de la boîte à quatre rapports en 1929 répondent notamment à des besoins de conduite et d’utilisation plus variés.
Les carrosseries évoluent parallèlement. Les premières configurations très dépouillées, proches de l’esprit des voitures de course, coexistent avec des réalisations offrant davantage de protection et un accès plus pratique à l’habitacle. Cette diversité explique pourquoi deux CGSS authentiques peuvent présenter des différences visibles importantes.
Production, prix d’époque et rareté actuelle
La fabrication de l’Amilcar CGSS s’étend sur une période relativement courte, de 1926 à 1929. Les châssis et les éléments mécaniques sont produits dans l’environnement industriel d’Amilcar, notamment à Saint-Denis, tandis que certaines carrosseries sont confiées à des ateliers spécialisés comme celui de Charles Duval.
Le nombre exact d’exemplaires construits fait l’objet de divergences documentaires. Certaines publications avancent 984 voitures, tandis que d’autres évoquent environ 1 700 unités. Les différences de périodes retenues et les difficultés de reconstitution des séries empêchent de considérer l’un de ces chiffres comme définitivement établi.
Les archives et les études consacrées à la numérotation des Amilcar sportives montrent également que l’identification des exemplaires demande une attention particulière. Les désignations CGS et CGSS peuvent se retrouver de manière différente sur les plaques constructeur, les plaques moteur et les documents anciens. Les séries de numéros moteur ne correspondent pas systématiquement à une numérotation continue et exclusive des châssis.
Le prix neuf indiqué pour une CGSS est de 26 900 francs en 1926, puis de 25 900 francs en 1929. Ces montants situent la voiture dans une catégorie sportive relativement spécialisée, au-dessus des petites Amilcar destinées avant tout aux déplacements économiques. La marque conserve parallèlement des modèles plus accessibles, comme l’Amilcar C4, répondant à une clientèle différente.
Sur le marché de la collection, la CGSS attire les amateurs d’automobiles françaises d’avant-guerre et de sportives légères. Sa rareté, sa silhouette distinctive et son lien avec l’histoire de la compétition contribuent à son intérêt. La valeur d’un exemplaire dépend toutefois fortement de son authenticité, de son état mécanique, de la qualité de sa restauration et de la présence de documents historiques.
Une CGSS conservant une carrosserie ancienne identifiable, ses principaux organes mécaniques et une provenance cohérente présente un intérêt particulier. Les voitures ayant été utilisées en compétition ont parfois subi des transformations importantes, tandis que d’autres ont reçu des carrosseries ou des transmissions différentes lors de restaurations successives.
L’examen d’une Amilcar CGSS ancienne doit donc aller au-delà de sa présentation extérieure. La correspondance des numéros moteur, des plaques et des documents d’époque, ainsi que l’étude de la structure et des éléments de carrosserie, permettent de mieux déterminer sa configuration d’origine. Cette démarche est d’autant plus importante que certaines CGS ont pu être transformées pour adopter une apparence proche de celle de la CGSS.
