L’Alpina B9 est une berline sportive allemande produite de 1981 à 1985 sur la base de la BMW Série 5 E28. Développée par Alpina à Buchloe, en Bavière, elle associe un moteur six cylindres en ligne atmosphérique de 3,5 litres développant 245 ch à une préparation spécifique du châssis, de la transmission et de l’habitacle. Avec seulement 500 exemplaires généralement recensés, elle appartient aux productions les plus confidentielles de la marque durant les années 1980.
Commercialisée dès novembre 1981, l’Alpina B9 précède l’arrivée de la BMW M5 E28 et illustre une approche particulière de la berline performante : privilégier la puissance disponible, la stabilité à grande vitesse et le confort sur les longs trajets. Son moteur profondément retravaillé, ses suspensions adaptées et ses équipements spécifiques la distinguent nettement d’une BMW Série 5 simplement dotée d’accessoires sportifs.
Histoire de l’Alpina B9 : la première préparation Alpina sur BMW E28
Au début des années 1980, Alpina possède déjà une solide expérience dans la transformation des automobiles BMW. Fondée par Burkard Bovensiepen, l’entreprise allemande s’est progressivement spécialisée dans le développement de moteurs performants, de transmissions adaptées et de châssis capables de supporter une conduite rapide tout en conservant un usage routier quotidien.
Lorsque BMW présente la deuxième génération de Série 5, désignée E28, en 1981, Alpina dispose d’une nouvelle base pour développer une grande berline sportive. La gamme BMW comprend alors notamment la 528i, équipée d’un six cylindres de 2,8 litres. Alpina choisit de dépasser sensiblement les performances de cette version en installant un moteur de cylindrée supérieure, accompagné d’une préparation mécanique complète.
La production de l’Alpina B9 3.5 débute en novembre 1981. Cette rapidité de développement permet au constructeur de proposer une alternative particulièrement puissante alors que la BMW M5 E28 n’est pas encore commercialisée. La B9 s’adresse aux automobilistes recherchant les performances d’une véritable GT sans renoncer à la discrétion et aux qualités pratiques d’une berline quatre portes.
Le modèle s’inscrit dans une gamme Alpina qui associe plusieurs philosophies mécaniques. La B9 conserve un moteur atmosphérique, tandis que l’Alpina B7 Turbo privilégie la suralimentation pour atteindre un niveau de puissance supérieur. Cette coexistence permet à Alpina de répondre à des attentes différentes : souplesse et progressivité d’un côté, caractère plus explosif d’un moteur turbocompressé de l’autre.
À partir de 1983, la B9 bénéficie d’une évolution mécanique généralement désignée B9 3.5/1. Sa cylindrée passe de 3 453 à 3 430 cm³, mais la puissance maximale demeure fixée à 245 ch. Cette modification correspond à une évolution de la base mécanique BMW et de sa préparation par Alpina, plutôt qu’à une nouvelle génération de véhicule.
La production s’achève en décembre 1985. La B9 cède alors sa place à l’Alpina B10 3.5, toujours développée sur la BMW E28, dont le six cylindres atmosphérique atteint 261 ch dans sa configuration non catalysée. Cette succession marque la poursuite du perfectionnement des grandes berlines Alpina à moteur atmosphérique.
Un six cylindres de 245 ch profondément retravaillé
Le moteur constitue la principale particularité technique de l’Alpina B9. Il s’agit d’un six cylindres en ligne BMW à essence, installé longitudinalement à l’avant et associé à une transmission aux roues arrière. Contrairement à la B7 Turbo, cette mécanique ne reçoit aucune suralimentation. Alpina recherche sa puissance supplémentaire par un travail sur la respiration du moteur, la combustion et les réglages de l’injection.
La première B9 utilise un moteur de 3 453 cm³ appartenant à la famille mécanique BMW M90. Alpina intervient notamment sur la culasse, les chambres de combustion, les pistons, l’arbre à cames et la gestion électronique. Des pistons spécifiques Mahle participent à l’augmentation du taux de compression, tandis que l’adaptation de l’injection Bosch Motronic permet d’exploiter les nouvelles caractéristiques du moteur.
Le résultat est une puissance annoncée de 245 ch DIN et un couple maximal de 320 Nm. Pour une berline du début des années 1980, ces valeurs placent la B9 parmi les automobiles routières les plus performantes de sa catégorie. Le six cylindres conserve également les qualités traditionnellement associées à cette architecture : fonctionnement régulier, montée en régime progressive et aptitude aux longues distances.
La B9 3.5/1, introduite en 1983, adopte une mécanique de 3 430 cm³ issue de la famille BMW M30. L’alésage et la course évoluent, passant de 93,4 x 84 mm sur la première version à 92 x 86 mm sur la seconde. Malgré cette différence de conception, Alpina maintient les valeurs de puissance et de couple. Les deux variantes possèdent donc des caractéristiques commerciales proches, mais ne doivent pas être considérées comme mécaniquement identiques.
La transmission repose principalement sur une boîte manuelle Getrag à cinq rapports. Une boîte automatique figure également parmi les possibilités proposées selon les configurations. Le choix d’une transmission adaptée au moteur fait partie intégrante de la préparation Alpina, qui cherche à obtenir des reprises efficaces et une vitesse de croisière élevée sans compromettre l’agrément quotidien.
Les performances annoncées atteignent environ 240 km/h en vitesse maximale et 6,7 secondes pour accélérer de 0 à 100 km/h. Un essai d’époque réalisé par le magazine allemand auto motor und sport, repris dans les archives spécialisées, rapporte notamment 244,9 km/h et 6,9 secondes sur le même exercice. Ces mesures témoignent du potentiel du modèle, même si les résultats peuvent varier suivant la version et les conditions d’essai.
Châssis, comportement routier et préparation Alpina
La B9 conserve la structure monocoque en acier de la BMW Série 5 E28. Son architecture repose sur une suspension avant à jambes de force de type MacPherson et un train arrière indépendant à bras semi-tirés. Alpina adapte cependant les réglages de l’ensemble afin de répondre aux performances du moteur de 3,5 litres.
La préparation comprend des ressorts aux caractéristiques spécifiques et des amortisseurs Bilstein à gaz. L’objectif n’est pas uniquement de réduire les mouvements de caisse : Alpina cherche également à préserver la stabilité directionnelle, la motricité et le confort sur les longues portions rapides. Cette philosophie distingue les berlines de Buchloe des préparations exclusivement orientées vers la conduite sur circuit.
Le système de freinage reçoit lui aussi une attention particulière. Les données historiques mentionnent notamment des disques avant ventilés de 284 mm. Cette adaptation accompagne l’augmentation importante des performances par rapport à la BMW 528i servant de base au développement.
Les jantes Alpina Classic de 16 pouces constituent l’un des éléments les plus reconnaissables de la voiture. Leur dessin multibranche participe à l’identité visuelle du constructeur, tandis que la monte pneumatique différenciée, avec des pneus plus larges à l’arrière, répond aux exigences de motricité d’une propulsion puissante.
La B9 reste avant tout une berline routière. Elle conserve quatre portes, cinq places et un coffre séparé, avec un empattement de 2,625 mètres. Cette polyvalence constitue une différence fondamentale avec les voitures sportives plus radicales de son époque : les performances sont intégrées à une automobile capable d’assurer des déplacements familiaux ou professionnels.
Fiche technique de l’Alpina B9
| Caractéristique | Alpina B9 E28 |
|---|---|
| Marque | Alpina |
| Modèle | B9 3.5 / B9 3.5/1 |
| Première apparition | 1981 |
| Production | Novembre 1981 à décembre 1985 |
| Pays | Allemagne |
| Base technique | BMW Série 5 E28 |
| Carrosserie | Berline quatre portes |
| Nombre de places | 5 |
| Structure | Monocoque en acier |
| Architecture moteur | Six cylindres en ligne atmosphérique |
| Carburant | Essence |
| Cylindrée B9 initiale | 3 453 cm³ |
| Cylindrée B9 3.5/1 | 3 430 cm³ |
| Alésage x course, version initiale | 93,4 x 84 mm |
| Alésage x course, version 3.5/1 | 92 x 86 mm |
| Distribution | Simple arbre à cames en tête, 12 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique Bosch Motronic |
| Puissance maximale | 245 ch DIN (180 kW) |
| Régime de puissance | Environ 5 700 à 5 800 tr/min suivant les données |
| Couple maximal | 320 Nm |
| Régime du couple | Environ 4 000 à 4 500 tr/min suivant les données |
| Implantation | Avant longitudinale |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle Getrag à 5 rapports, automatique proposée selon configuration |
| Suspension avant | Jambes de force type MacPherson |
| Suspension arrière | Roues indépendantes à bras semi-tirés |
| Amortisseurs | Bilstein à gaz, réglages Alpina |
| Freins avant | Disques ventilés, 284 mm selon les archives spécialisées |
| Freins arrière | Disques |
| Jantes | Alpina Classic, 16 pouces |
| Pneumatiques avant | 205/55 R16 |
| Pneumatiques arrière | 225/50 R16 |
| Longueur | 4 620 mm |
| Largeur | 1 700 mm |
| Hauteur | Environ 1 395 à 1 415 mm |
| Empattement | 2 625 mm |
| Voie avant | 1 452 mm |
| Voie arrière | 1 456 mm |
| Masse à vide | Environ 1 350 à 1 390 kg selon les fiches |
| Vitesse maximale annoncée | 240 km/h |
| 0 à 100 km/h annoncé | 6,7 s |
| Vitesse maximale mesurée lors d’un essai d’époque | 244,9 km/h |
| 0 à 100 km/h mesuré lors d’un essai d’époque | 6,9 s |
| Réservoir | 70 litres |
| Volume du coffre | 460 litres |
| Production totale rapportée | 500 exemplaires |
Design extérieur et habitacle : la discrétion sportive selon Alpina
Visuellement, l’Alpina B9 conserve les proportions classiques de la BMW Série 5 E28. Son capot relativement long, sa calandre à doubles haricots, ses quatre projecteurs circulaires et sa ligne de toit anguleuse rappellent immédiatement les berlines BMW du début des années 1980. Alpina ne transforme pas radicalement cette silhouette, mais lui apporte plusieurs éléments spécifiques.
À l’avant, un spoiler placé sous le pare-chocs contribue à différencier la B9 d’une Série 5 ordinaire. Selon les configurations, la carrosserie peut recevoir des bandes décoratives Alpina courant sur les flancs, généralement dans des teintes contrastées. Un becquet de coffre complète la présentation de certains exemplaires.
Les jantes multibranches jouent un rôle essentiel dans l’identification du modèle. Associées à une assiette légèrement modifiée par les suspensions spécifiques, elles donnent à la berline une apparence plus affirmée sans rompre avec son élégance d’origine. Les couleurs de carrosserie restent variées, certaines voitures conservant des teintes BMW relativement discrètes tandis que d’autres adoptent des associations plus caractéristiques d’Alpina.
L’habitacle reçoit également une préparation particulière. Les sièges sport, notamment de provenance Recaro selon les équipements, offrent un maintien latéral adapté aux performances. La sellerie peut présenter les motifs et les couleurs propres à Alpina, tandis que le volant, le pommeau de levier de vitesses et certains instruments contribuent à créer une ambiance distincte de celle d’une BMW standard.
Cette présentation reste fidèle à l’objectif de la B9 : conserver le confort d’une grande routière. La planche de bord, l’ergonomie générale et l’habitabilité demeurent largement celles de la Série 5 E28. L’intérêt du modèle réside donc dans l’association d’une mécanique fortement modifiée avec un environnement intérieur utilisable au quotidien.
Il convient toutefois de distinguer les équipements d’origine des modifications réalisées au cours de la vie des voitures. Les jantes, volants, spoilers et selleries Alpina ont parfois été installés sur des BMW classiques. Leur présence ne suffit donc pas à authentifier une véritable B9.
Production limitée, versions et rareté de l’Alpina B9
L’Alpina B9 E28 est généralement créditée d’une production totale de 500 exemplaires. Les décomptes historiques répartissent ce volume entre 86 voitures de première génération mécanique et 414 exemplaires de la version B9 3.5/1. Ces chiffres expliquent la faible présence du modèle sur le marché des automobiles anciennes, même si le nombre exact de voitures encore en circulation n’est pas établi.
La B9 ne doit pas être confondue avec la B9 Coupé, développée sur la BMW Série 6 E24. Cette dernière reprend une partie de la philosophie mécanique de la berline, mais possède une carrosserie deux portes et une production indépendante. Les registres spécialisés mentionnent notamment deux B9 Coupé initiales et 73 exemplaires de la version Coupé/1. Ces voitures ne sont pas comprises dans les 500 berlines E28.
Une autre confusion concerne la B10 3.5 E28, fabriquée à seulement 77 exemplaires selon les décomptes historiques. Certaines archives présentent ensemble les B9 et B10, aboutissant à un total de 577 automobiles. Ce chiffre correspond à la réunion des deux modèles et non à la production de la seule B9.
Sur le marché de la collection, l’authenticité constitue un critère déterminant. L’identification d’une véritable Alpina B9 repose sur la concordance entre les documents historiques, le numéro de châssis BMW, le numéro de fabrication Alpina et les caractéristiques techniques du véhicule. Les registres de spécialistes permettent parfois de retrouver la configuration d’origine et l’historique d’un exemplaire.
L’état mécanique mérite une attention particulière, notamment en raison des pièces spécifiques au moteur Alpina, de l’âge des systèmes d’injection et des modifications qui ont pu intervenir pendant plusieurs décennies. Une restauration respectueuse de la configuration d’origine peut nécessiter des recherches approfondies sur les composants utilisés lors de la fabrication.
La B9 s’inscrit enfin dans une lignée de berlines sportives qui se prolonge bien au-delà de la génération E28. L’Alpina B10 Bi-Turbo, développée ultérieurement sur la Série 5 E34, illustre une autre étape de cette tradition avec une mécanique turbocompressée beaucoup plus puissante. Elle ne constitue toutefois pas le successeur direct de la B9.
Pour les collectionneurs, la distinction entre une B9 de 3 453 cm³ et une B9 3.5/1 de 3 430 cm³ est particulièrement utile lors de l’examen d’un dossier historique. Elle permet de vérifier la cohérence entre l’année de fabrication, la motorisation et les documents d’origine, sans se limiter aux éléments décoratifs visibles sur la carrosserie.
