Dévoilée le 16 février 2016 à Monaco, l’Alpine Vision est le show-car qui matérialise le retour d’Alpine comme constructeur de voitures de sport. Bien plus proche d’un futur modèle de série que les études qui l’ont précédée, elle définit déjà les principes essentiels de la nouvelle Alpine : deux places, moteur en position centrale arrière, propulsion, faible masse et recherche d’agilité. Son dessin annonce également avec une grande fidélité l’Alpine A110 qui sera présentée sous sa forme définitive en 2017.
Vision occupe ainsi une place particulière dans l’histoire de la marque. Ce n’est ni une voiture commercialisée, ni un simple exercice de style détaché de toute perspective industrielle. Alpine l’utilise pour montrer publiquement à quoi ressemblera sa renaissance et pour renouer avec une philosophie construite autour de voitures compactes et légères plutôt que d’une course à la puissance.
Le show-car qui concrétise le retour d’Alpine
Lorsque Vision apparaît en 2016, plus de vingt ans se sont écoulés depuis l’arrêt de la production automobile Alpine à Dieppe en 1995. Renault avait déjà préparé le terrain avec plusieurs concepts, dont l’A110-50 en 2012 et la Célébration en 2015. Vision franchit cependant une étape supplémentaire : ses proportions, son architecture et son habitacle correspondent à un projet destiné à devenir une automobile de série.
La révélation à Monaco et sur les routes associées au Rallye Monte-Carlo n’est pas anodine. Le Col de Turini renvoie directement aux grandes heures sportives de la marque et de la Alpine A110 Berlinette. Alpine ne cherche pourtant pas à fabriquer une réplique rétro. L’objectif consiste à reprendre les principes qui avaient fait la réputation de la Berlinette et à les traduire dans une sportive contemporaine.
Cette présentation permet aussi de clarifier une appellation parfois source de confusion. L’Alpine Vision de 2016 n’est pas l’Alpine Vision Gran Turismo, dévoilée l’année précédente et conçue autour de l’univers du jeu vidéo Gran Turismo. Cette dernière adopte une silhouette beaucoup plus radicale. Vision 2016 est au contraire un coupé routier réaliste, conçu comme l’avant-goût immédiat de la future Alpine de production.
Un dessin moderne nourri par la Berlinette
Sous la direction du design Alpine menée par Antony Villain, Vision reprend plusieurs signes historiques sans tomber dans la reproduction littérale. La face avant constitue la référence la plus évidente avec ses quatre optiques rondes. Le capot sculpté et les ailes marquées rappellent également les proportions caractéristiques des anciennes Alpine, tandis que la cellule centrale compacte renforce visuellement l’impression de légèreté.
Le profil est celui d’un coupé bas à moteur central arrière. Les volumes sont tendus, les porte-à-faux contenus et les ailes arrière nettement dessinées. Des prises d’air placées près des custodes participent au refroidissement mécanique tout en signalant la position du moteur. La poupe reçoit des feux horizontaux à signature lumineuse en X et une lunette dont la forme fait elle aussi écho à l’A110 historique.
Ces références prennent davantage de sens lorsqu’elles sont rapprochées des Alpine sportives des années 1960 et 1970, notamment de l’Alpine A110 1600S. Vision reprend leur idée fondamentale d’une sportive compacte dont les performances ne reposent pas uniquement sur une puissance élevée. Le langage esthétique est toutefois celui des années 2010, avec des surfaces plus travaillées, des éléments aérodynamiques intégrés et des jantes diamantées spécifiques.
L’habitacle poursuit cette recherche d’équilibre entre compétition et usage routier. Deux sièges enveloppants structurent un poste de conduite centré sur le pilote. Les commandes essentielles sont immédiatement accessibles et des palettes apparaissent derrière le volant. Aluminium, cuir, microfibre et fibre de carbone participent à une présentation volontairement sportive, mais plus raffinée que celle d’un prototype de course. Laurent Negroni est notamment associé au dessin intérieur de Vision.
Une architecture conçue autour de la légèreté
Alpine communique volontairement davantage sur la philosophie mécanique que sur une fiche technique exhaustive. Le show-car reçoit un quatre cylindres turbocompressé installé derrière les occupants, préparé avec l’expertise de Renault Sport. La marque ne publie alors ni puissance ni couple officiels pour Vision, alors que de nombreuses estimations circulent dans la presse avant la révélation de la voiture définitive.
La légèreté est présentée comme un élément central du projet. Cette approche doit permettre d’obtenir accélérations, freinage et changements de direction rapides sans recourir à un moteur de très forte cylindrée. Alpine annonce ainsi un objectif de moins de 4,5 secondes pour passer de 0 à 100 km/h. Ce chiffre concerne autant la démonstration proposée par Vision que les ambitions assignées à la future voiture de série.
La position centrale arrière du moteur répond à la même logique. En concentrant les masses à l’intérieur de l’empattement et en conservant une voiture compacte, les ingénieurs recherchent un comportement vif et équilibré. Vision affirme ainsi une identité différente de celle des coupés sportifs plus lourds : la priorité est donnée au rapport poids-puissance, à l’agilité et aux sensations plutôt qu’à la seule puissance maximale.
Fiche technique de l’Alpine Vision
| Caractéristique | Alpine Vision |
|---|---|
| Année de présentation | 2016 |
| Type | Show-car, coupé sportif deux places |
| Architecture | Moteur central arrière |
| Moteur | 4 cylindres turbocompressé |
| Préparation moteur | Avec l’expertise de Renault Sport |
| Transmission | Propulsion |
| Commande de boîte | Palettes au volant |
| 0 à 100 km/h | Moins de 4,5 s annoncé comme objectif |
| Nombre de places | 2 |
De Vision à l’A110 de série
L’intérêt historique de Vision apparaît pleinement lorsque l’A110 définitive est dévoilée en 2017. Les proportions générales, les quatre optiques, la silhouette des flancs, la forme de la lunette arrière et l’organisation des volumes changent peu. Les principales modifications répondent aux exigences d’homologation, d’industrialisation, de durabilité et d’utilisation quotidienne.
Le modèle de série confirme aussi plusieurs choix fondamentaux annoncés par le show-car, notamment une architecture à moteur central arrière et une recherche poussée de réduction de masse. Vision n’était donc pas une étude destinée à disparaître après les salons, mais une étape avancée du développement de la nouvelle sportive. Cette proximité explique pourquoi certaines caractéristiques de l’A110 définitive sont parfois attribuées rétrospectivement au concept, notamment sa cylindrée, sa puissance ou certaines données de châssis. Elles ne doivent pas être considérées automatiquement comme les spécifications propres au show-car.
L’appellation « A120 », fréquemment employée par la presse pendant le développement, appartient également à cette période d’attente et de spéculation. Le véhicule présenté officiellement en février 2016 porte le nom Alpine Vision. Lorsque la version de production arrive, Alpine choisit finalement de ressusciter le nom A110, établissant un lien explicite avec la Berlinette tout en conservant l’essentiel du langage visuel introduit par Vision.
Une présentation pensée comme un retour aux sources
Le choix de Monaco et du Turini relie directement la nouvelle voiture à l’histoire sportive d’Alpine. La marque s’était construite autour de machines légères capables de compenser une puissance relativement modeste par leur efficacité. Cette culture remonte aux premières créations de Jean Rédélé, dont l’Alpine Mille Miles illustre les débuts, bien avant que la Berlinette A110 ne donne à Alpine une notoriété internationale en rallye.
Vision ne participe elle-même à aucune compétition et n’a donc pas de palmarès propre. Son passage sur les routes du Monte-Carlo relève d’une mise en scène historique et technique, destinée à replacer immédiatement la nouvelle Alpine dans une filiation identifiable. Le choix est cohérent avec le positionnement du projet : une sportive utilisable sur route, privilégiant la précision et la légèreté, plutôt qu’une machine conçue uniquement pour produire des chiffres spectaculaires.
Le show-car est ensuite exposé lors d’événements internationaux, notamment au Salon de Genève et au Festival of Speed de Goodwood en 2016. Ces apparitions accompagnent la reconstruction progressive de la marque avant le lancement commercial de l’A110 et permettent à Alpine de présenter non seulement une silhouette, mais aussi une philosophie de produit suffisamment aboutie pour annoncer une production prochaine à Dieppe.
Le rôle des concepts dans la nouvelle génération Alpine
Vision marque une différence nette avec les prototypes purement exploratoires : son rôle consiste à réduire l’écart entre concept et série. Cette méthode deviendra une composante visible de la communication d’Alpine, avec des études chargées d’annoncer une orientation technique ou stylistique avant son application éventuelle à des véhicules futurs.
Quelques années plus tard, l’Alpine Alpenglow reprend cette fonction prospective dans un contexte très différent, en explorant notamment de nouvelles solutions de motorisation et un univers esthétique plus radical. Vision reste toutefois singulière par la proximité immédiate entre le prototype montré au public et la voiture qui suivra : en 2016, elle donne déjà une représentation particulièrement fidèle de la sportive avec laquelle Alpine va effectivement revenir sur le marché.




